MEDIANA, D'ALBUQUERQUE
MEDIANA- froid et contraint.
Vous avez à me pailer, duc?
le Dtc, très amical-
Oui.
MEDIANA
J’éccutc.
LE DEC
Je vous dirai en ami, comte, que je ne suis pas le teul dont fa cour veuille bien s’occuper, et qu'il circule de méchants propos sur vous.
Sur moi, duc?
Il LDI AN A.
Diiait-on par hasard au$M que j'ai une maîtresse?
LB DIX
Non, monsieur; on dit, au contraire, que vous n’en avez pas.
MEDIANA
Mais, en vérité, dnc, je ne vois rien là-dedans qui puisse «^'offenser.
LE DEC
Quand j’avais l’honneur et le plaisir d’avoir votre Sge, on aurait été mieux venu à mettre en doute mes ancêtres que ma maîtresse. Parfois, je n’en avais pas, parce qu'il me convenait de n’eu point avoir ; mais il me convenait qu’on m'en donnât une. et l’on m’en donnait vingt ; je ne m’en plaignais point, les belles lion plus : de la sorte, tout le inonde était cornent, et voilà de quelle façon, de mon temps, nous eulendious nos devoirs de gentilshommes.
MEDIANA
Il parait que, depuis, votre morale a changé, duc.
LB DUC
Pourquoi cela?
MEDIANA
Puisque lout à l'heure vous avez nié avec tant d'acharnement
la bonne fortune dont on voulait vous faire honneur.
LE DUC
Oh ! moi, Mediana, c'est nuire chose : remarquez bien que' je puis nier une fausse bonne fortune, n'ayant point à eu cacher de véritables.
MEDIANA
Duc, j'ignore où vous voulez en venir.
LE DUC
Moi. à rien ; c'est une théor.e que j'expose. Je disais, par exemple, que lorsqu'on vient à concevoir un amour sérieux, ce n'eal pas le moment de quitter sa maîtresse, comme font les sots, mais bien plutôt d'en prendre une avec beaucoup de bruit, et même un peu de scandale. Mc faites-vous l'honneur de me cotupreudre, Nnini?
■EDI AXA
Pas le moins du monde, monsieur le duc, je vous assure.
LE DUC
N'importe, je continue : vous admettez bien, mon cher comte, maigre votre modestie, qu'un homme de votre mérite n*cst pas sans envieux, sans ennemis à la cour. On n'imaginera pas qu'un jeune homme de vingt ans, poète, qui plus est, n'ait pas quelque amour en tête, et l'on aimera mieux Taire les suppositions les plus singulières et même les plus dangereuses. Croyez-moi, Mediana, donnez un aliment à la méchanceté do la cour. Tenez, il y a la marquise ü’Astorga... il est vrai que son mari est en Portugal, cl qu'il vous répugnerait sans doute do faiie la cour à une li mine dont le mari est absent. Du reste, en attendant son retour, vous avez la comtesse...
■ EDIANA.
Je vous suis oblige, duc ; tcmrns-uous-en Là. J'attendraL
LE DUC
Soit ! mais croyez- moi, Mediana, l'avis que je vous donne est sérieux, très-sérieux; maintenant, faites-en le casque vous voudrez. Voilà ce que j'avais à vous dire.
MEDIANA
Je vous remercie, duc, quoique je persiste à dire que je n'ai pas compris. J'ai entrevu seulement que vous prêchiez la morale a ravir. [Le duc lui donne la muin, il sort.)