‹ Échec et mat drame en cinq actes, en prose par mm. Octave Feuillet et Paul BocageChapitre 37 sur 83 · MT · texte numérisé non relu

MT

Et si je désirais que vous en lussiez instruit, au contraire ?

■EDIANA.

Si vous désiriez que j’en fusse instruit?

LE DUC

Oui.

Et pourquoi cela ?

■ EMANA.

LE DUC

Pour que vous fussiez convaincu que, venant de moi, cette arrestation pouvait être une contrariété, mais non un malheur.

■EDIANA.

Je ne suis pas venu ici pour écouler des énigmes ; je suis venu, duc...

LE DUC, avec amitié.

Prenez garde, Mcdiana, vous n’étes pas de sang-froid.

■EMANA.

Raillez-vous, duc ?

LE DUC

Non pas. Je vou6 dis, Mediana, que la colère est mauvaise conseillère, et que vous avez tort, pour un rendez-vous manqué...

■EMANA.

C’est bien, monsieur, assez. Vous plairait-il de m’accompacncr bors de la ville?

A cette heure?

LE DUC

Pourquoi non?

■EMANA.

LE DUC

vous êtes un enfant, Mediana.

■ EDIANA.

Monsieur, cet enfant porte au côté l'cpéc de son père et vous demande la faveur de la mesurer avec la vôtre.

LE DUC

Vous n'y pensez pas, Mcdiana ; dans le palais du roi

■ EDIANA.

Comment cette raison, qui ne vous a pas arrêté pour le capi-

laiue Riobos, vous arréic-t-elle vis-à-vis de moi? ci comment ave x- vous accordé à un chef de sbires la faveur que vous me refusez ?

lh duc, «ipemtnf.

Parce qu’il m’était égal de me battre avec Riubos...

MEDIANS.

Tandis que...

LI DEC

Tandis que, pour rien au monde, je ne veux me battre avecvous !

MEDIAN A.

Vous refusez de me faire satisfaction?

LH DUC

Oui, je refuse. Pensez et dites tout ce qu’il vous plaira ; je do me battrai point.

MEDIANS.

Tout Madrid saura demain que vous êtes un lèche.

Madrid ne le croira pas.

NEDIANA.

Vous dites que rien ne pourra vous faire battre avec moi, doc?

LB DUC

Rien.

mediana, tenant ton gant.

Saints du ciel ! nous allons le voirt

le duc, fui arrêtant le bras et avec une vive émotion.

Ab ! jeune homme, assez, assez !... J’ai quelques paroles à vous dire d'abord, ensuite nous nous battrons si vous le voulez.

MEDIANS.

Oui, mais promettez -moi que, dans le cas où je ne serais pas satisfait de voire explication , nous nous battrons cette nuit même, afin que dediain nul n'ose rire d'un enfant qui sera mort ou vengé.

LE DUC

Je vous le promets. (Il va fermer Ut portiiret du fond .) Ecoutez- moi maintenant, comte.

MEDIANS.

Je vous écoute.

le duc.

Il y a vingt ans... il y a même un peu plus, c’était sous l'autre règne; *ix mois après votre naissance, Mediana... j'avais votre Age ; j’étais heureux ! Non pas parce que j’étais jeune, riche cl de bonne maison, mais parce que j’avais un ami.

MEDIANS.

Et que m'importent à moi ces souvenirs?

LE DUC

Ne blasphémez point, Mediana ! cet ami, c’était voire père.

MEDIANS.

Mon père!

LE DUC

Oui ; nous avions été élevés ensemble ; nous avions grandi ensemble; nos pères avaient éié amis comme nous, et ils nous avaient légué ce doux héritage.

MEDIANS.

Continuez, monsieur.

parfois semblait troublé jusqu’à l'égarement par cette penséo mystérieuse. Ainsi, un jour... écoulez bien ceci, Mediana.

MEDIANS.

Je ne perds pas un mot de votre récit, monsieur.

LE DUC

Un jour, dans une chasse royale, comme le cheval de la reine se cabrait, votre père se précipita, et, quoique le danger ne fût pas sérieux au point de faire excuser cet oubli de l'étiquette, il prit la reine dans ses bras, l’arracha de sa selle et la déposa à terre.' Le lendemain, comme toute la cour était émue encore de ce dévouement, que quelques-uns appelaient de l’audace, il se présenta au palais, ayant a son épée un ruban qui, la veille, ou crut se le rappeler du moins, faisait partie de la parure de la reine. Malheureusement, le comte n’avait point là un ami pour changer de nœud avec lui; il en résulta que chacun put voir et remarquer ce ruban à son épée... Le même jour votre père reçut sa nomination de gouverneur de la Catalogue.

C'était un exil. Je comprends. .

LE DUC

Attendez encore. Le soir même du départ, on homme que Ton savait attaché à votre père recevait un avis annnyme par lequel on l'invitait à veiller sur son ami. Cet homme, bien armé, monta sur le siège du carrosse où était le comte cl sortit avec lui de Madrid. Après une heure de marche, et comme il traversait un petit bois, le carrosse fut subilemenl entouré et percé de plusieurs balles; l'homme qui était sur le siège tenait déjà au bout de son pistolet celui qui paraissait commander aux bandits, quand, à la lueur d'un coup de feu, il le reconnut; l’arme lui tomba des mains : c’était le roi d'Espagne, Philippe III.

• MEDIANA

Philippe III?

LE DUC

Lui -même.

MEDIANA

Mais c’est impossible,. ccl homme a mal vu on vous a menti.

LE DUC

C’était moi, Mediana.

mediana, avec respect.

Vous !'

le DUC, trèt-ému.

Je reçus le dernier serrement de main de votre père; je recueillis sa dernière parole, comte. Celte parole, c’était : « Albuquerque, je te recommande mon fils ( » J étendis la main en signe de sainte promesse, car je ne pouvais parier. {Il pleure. )

MEDIANS.

Monsieur... %

LE DUC

El voilà à quel titre, Mediana, je vous ai humilié de ma protection et fatigué de mon amitié. Voilà pourquoi, n’ayant pas de fils, j’ai veillé sur vous comme un père et vous ai traité comme mon enfant ; et maintenant, Mediana, jo me battrai avec vous si vous l'exigez.

MEDIANA

Oh ! duc, duc, je vous demande humblemeul pardon.

LE DUC

Nous fimes ensemble nos premières armes : c'était en Cataloguent dés ce moineui notre amitié fut resserrée par un lien nouveau : la communauté du danger, la sainte fraternité du champ de bataille. Ah 1 vuus écoutez maintenant?

MEDIANA

Monsieur, c’est mon devoir.

LE DUC

Votreqiêic s’était fait une huilante réputation militaire, l’avenir s’aiiiiQiiçmi pour lui glorieux et magnifique ; aussi, quelques mois upiès notre retour a Madrid, le roi le nomraa-l-il gouverneur de la Catalogne.

MEDIANA

Oui, monsieur. Ce fut même en sortant de Madrid pour se rendre à sou poste qu'il fut attaque et assassine par des bandits. Je sais cela, monsieur, c'est de I histoire.

LH DUC

Oui, comme la tant les historiens. Vous avez été trompé, jeune homme, trompe avec tout le momie et coiurnc tout le monde; un hi-ul humme sait et peut dire comment est mort votre père. Celui qui irappa le comte de Mediana n 'était point un bandit... c'était un mari qui sc vengeait.

MEDIANA

Grand Dieu* Duc, vous allez me dire à l'instant même le nom de cet homme I

LE DUC

A l' instant même, oui. Mais écoulez ; depuis quelque temps votre père était sombre, préoccupe; pour la première fois il a 'ait uu secret dont il me refusait U cunlidence ; son e-prit même

set SE XI.

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