SCÈNE I
LOLOTTE, MAT1IIW.
(Au lever du rideau , Lolotte balaie arec un balai de bouleau.
Malhurin , assis devant la table, écrit sur le registre.) matiii'IUS, en manches de chemise bise, pantalon de toile bleue, rayé et usé; gilet usé aussi >t très-court ; bonnet de coton trèshaut , et gros sabots avec de la paille dedans.
Trente cl trois, trente-trois... et soixante...
M) LOTTE. Chetnise bise , corsage de coton bleu, jupe de b are à raies noires et gnses , tablier de colonnade bleue, bas bleus et
oros sabots, bonnet normand. — Ce costume doit Jtre /rM- grossier et très-lourd , pour faire contraste avec celui de Rose. — Elle s'arrête de balayer.
Not’ maître...
NATtlCRI.V.
Tais-loi... (Ecrivant.) Et soixante. . quatre-vingt-treizo...
LOLOTTE
Oui, not’ mattre. ( Elle continue à balayer.)
u wilir.l.N, écrivant toujours.
Qualrc-vingl-lrei/u cl vingt-deux sous, ça fait quatre-vingtquatorze livres deux sous.
LOLOTTE , s'arrêtant encore.
Not’ maître?
UATUUni.T.
Mais lais- toi donc?...
LOLOTTE
Oui, nul’ maître. (Elle se remet a balayer et gagne la droite.) MATlIUltIN, continuant à écrire.
Quatre-vingt-quatorze livres deux sous et trois mille, font... (C/irnhant.) loin... font... aUl... trois mille quatre-vingt-quatorze livres deux sous.
MA.M ZELL’ ROSE
j.olotte , s'arrêtant encore et descendant à droite
Pas vrai qu’ Gênais est un fort homme?
MATHCRIN , criant.
Oui!..: »’
LOLOTTE. I
Il doit être plus fort que vous.
math crin , criant.
Oui!...
LOLOTTE
Et pus forL aussi que...
matiicrin, comptant.
Quatre bœufs, douze cochons...
LOLOTTE, étonnée et croyant que hfalhurin lui répond.
Hein ?
matii crin , continuant.
Quarante poules... ( Lolotte continue a balayer en repassant à gauche.) sans compter la maison qui vaut ben... Non... gi... allons !... Elle vaut ça... pas vrai, Lolotte ?
lolotte , s'arrêtant et descendant à gauche.
Ahl j’ gavons pas, moi... je n' savons compter qu’ jusqu’à dix-huit.
UATHURIN.
Grosse bétc, va ! (fl ferme son registre.) Que qu* tu m’ voulais tantôt?...
• LOLOTTE
J’ voulions vous demander combien qu’y faut d’ sous peur faire trente pistolets...
MATIICRIN.
Pour faire trente pistolcs?... il faut... ( Il compte tout bas.) et jo retiens n’un... Mais, puisque tu n’ sais compter qu’ jusqu’à dix-huit... El puis, pourquoi qu’ tu me demandes ça?
LOLOTTE
C est rapport à Chicotin...
MATIICRIN.
Rapport à Chicotin ?
LOLOTTE
Oui... Gervais est un fort homme... Mais Chicotin, qu'est nourrisscur, m’a dit l’aut* jour que si j’ avions seulement trente pistoles, qu’y m’épouserait tout il’ go.
MATHCRIN.
Tout d’ go?
lolotte, appuyant.
Tout d’ go !... Les ons-jc, les trente pistolcs?
MATiii’RiN , r’oMtTnni son registre et lisant.
Toi?... t’as neuf francs dix sous; plus, douze francs do la Saint-Martin d’hiver... ça fait vingt et un franc* dix sous-, sur lesquels tu me redois trois fianes pour un bonnet des dimanches. Qui de vingt et un francs dix sous paie trois, reste dix-huit francs dix sous .. Mettons dix-huit francs pour ne pas t’embrouiller. [Il referme son registre . se lève et range, ra table à droite, de maniéré cependant à ce qu'on puisse passer entre la table et le mur.)
LOLOTTE
Merci , not’ maltro.
MATIICRIN.
Il n’y a pas de quoi.
LOLOTTE
Croyez-vous que Chicotin s’en contentera?
MATIICRIN
S’il est béte, il s’en contentera.
LOLOTTE
Ah ! ben, alors, j’vas dire c’que j'ai à Gervais. qu’est l’double de force do Chicotin... mais ben sûr, j'ons pas ant’ chose ?
MATIICRIN.
Si !... T'as encore deux canarda et un veau, que j* lai promis pour ta corbeille.
LOLOTTE
H y a un veau ?... ( Allant reporter son balai au fond, àga><~ che, contre la palissade. ) Alors j’ vaa trouver Chicotin... vous voulez ben, dites?...
MATIICRIN.
Oui, godiche, mais lâche do ne pas être longue.
Air : .Y# railles pat la garde citoyenne.
Allon*. n-t-cn four revenir pin» r te ;
A lun rninnr qo» timi «oii bien ranjié:
Aine a ion fré. mai* auriune, ma prtKc,
Qu Moo travail ne toit puiat néj i a c
ENSEMBLE
MATIICRIN.
ÔUoM, etc.