‹ Échidné de la Nouvelle-GuinéeChapitre 2 sur 3 · PAUL GERVAIS · texte numérisé non relu

PAUL GERVAIS

J’ai eu l’occasion d’éludier, tout dernièrement, deux exemplaires de cet Échidné de la Nouvelle-Guinée, apportés à Paris par M. Léon Laglaize, qui se les est procurés, avec le concours de M. Bruijn, de Ternate, dans les montagnes des Karons, à une hauteur de 1,150 mètres. Les naturels les y appellent Nokdiak, et ils leur donnent la chasse au moyen de Chiens, qui les délogent des profonds terriers dans lesquels ils se tiennent.

L’Échidné de Bruijn diffère par des caractères bien tranchés de celui de l’Australie, et il paraît devoir être distingué de ce dernier, non-seulement comme espèce, mais encore comme genre.

Il est plus fort et sa couleur n’est pas la même. Ses poils sont noirâtres, au lieu d’être d’un brun roussâtre, et ses piquants sont entièrement blancs dans le sexe mâle, en grande partie noirs, au contraire, dans le mâle (1) ; chez celui-ci, la pointe d’un certain nombre d’entre eux passe au blanc. On sait que la pointe est noire dans l’Échidné véritable. Mais ce qui a une valeur plus grande, c’est que les ongles, d’ailleurs forts et disposés pour fouiller le sol, ne sont qu’au nombre de trois aux pieds de devant comme à ceux de derrière et que le rostre, dont la couleur est noire, est beaucoup plus long que dans YEchidna aculeata (2) et qu’il est sensiblement arqué. La langue mérite aussi d’être mentionnée ; elle est très-grêle et. beaucoup plus longue (3) que dans l’Échidné déjà connu ; les papilles cornées de sa base n’ont pas la même disposition que dans ce dernier et sa partie antérieure, qui est disposée en gouttière, présente -trois séries d’épines dont deux marginales et une médiane, tandis que celle de l’Échidné

(1) Je rectifie ici ce que j’avais d’abord écrit au sujet des individus qui m’ont été remis et je le discute dans un travail, actuellement sous presse.

(2) 0,12 au lieu de 0,04.

(3) 0,270 au lieu de 0,085.

antérieurement décrit est lisse, sauf à la base. Le nombre des vertèbres et celui des côtes ne sont pas non plus identiquement les mêmes et, outre que les os sont plus robustes, on y remarque quelques caractères, de forme un peu différents. C’est ce que je montrerai dans le Mémoire détaillé que je prépare au sujet de ce curieux animal.

J’ai proposé de donner au genre formé pour l’Échidné de la Nouvelle-Guinée le nom d ' Acanthoglossus ; l’espèce qui lui sert de type deviendra ainsi VA. Bruijnii.

Si l’on compare le crâne de l’Échidné de la Nouvelle- Guinée à celui de l’animal de la même famille, qui habite l’Australie, on y remarque plusieurs traits distinctifs justifiant la séparation de cette espèce d’avec celle que l’on connaissait précédemment, et dont quelques-uns contribueront à caractériser le genre que j’ai proposé d’établir pour y placer ce curieux Mammifère.

Non-seulement il a une longueur presque double, mais il est arqué, au lieu d’être droit et aplati, à sa face inférieure, et son rostre ou portion faciale, dont la courbure est plus accentuée que celle de la portion contenant le cerveau, est proportionnellement beaucoup plus allongé. La surface palatine en est plus excavée par suite du relèvement des bords de la mâchoire, et elle ressemble davantage à une gouttière. Elle est aussi plus étroite, que l’on considère soit sa région ptérygo-palatine, soit les maxillaires, soit encore l’espace occupé par les intermaxillaires depuis leur implantation dans la fissure antérieure du bord libre des maxillaires jusqu’à leur réunion en avant de l’ouverture extérieure des narines. L’échancrure qui existe entre les ptérygoïdiens ne forme que la moitié d’un ovale, et elle ne se prolonge pas entre les palatins comme dans l’espèce australienne où elle figure un triangle isocèle à sommet fort étroit. L’arc supérieur du trou rachidien est aussi plus régulier, et l’on n’y voit pas la petite

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