WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y
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puissance qui prétend régir tout le monde et faire courber tous les fronts sous les éclats de sa voix.
On me trouvera peut-être téméraire, mais je dois avouer que je n’ai pas peur. Etant, d’ailleurs, un peu du :nétier, je sais que ce souverain formidable qu’sn nomme la presse n’est pas du tout malin en soi et fait souvent plus de bruit que de besogne. Pour vous montrer que j'ai peut-être raison, nous allons, si vous le voulez bien, faire une petite visite à l’un des palais de l’autocrate et le surprendre en déshabillé, C’est ce que j'appelle pénétrer de suite au cœur de mon sujet.
, Frappons à celte lourde porte qui garde en plu-
sieurs endroits l'empreinte de mains noires et huileuses ; on dirait une porte de prison, l'entrée d'un lieu de tristesse et de douleur. Au sous-sol, ou au rez-de-chaussée, dans quelque coin sombre, est upe machine grondante.qui-fait mouvoir. plusieurs
Notre Presse 183 : et faire mécanismes obscurs et grinçants, monstres qui ) sa VOÏx. multiplient, dans leurs griffes gigantesques, le tra-
vail des doigts humains. Au premier, deshommes,
, mais je des enfants, des jeunes filles ; tout cela courbé aber ie devant un casier fumeux, cherchant les caractères ain formi- de la main, pendant que le regard fatigué erre as du tout dans le vague. Silence effrayant partout, troublé it que de seulement par les grondements sourds de la mapeut-être chine.
bien, faire utocrate et Il est onze heures du matin. Montez deux ou e j'appelle trois escaliers ; ce n’est déja plus aussi sale et aussi sombre, bien qu’encore assez peu chatoyant. À mesure que vous montez, des éclats de voix de en plu- joyeuses arrivent jusqu’à vous. Entrez hardiment es et hui- dans le sanctuaire. Ils sont là deux ou trois,
entrée d'un L quelques fois quatre et plus, riant à haute voix, le. sol, OÙ AU cigare aux lèvres et les pieds sur la table ou sur la ombre, est chaise d'un voisin bienveillant. On parle du derrplusieurs À nier bal, du prochain ‘dîner ou d’une fameuse
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partie de billard qui s’est jouée la veille même au club. Cependant l'heure avance et les cigares, rendus au bout, commencent à roussir les moustaches. Celui qui occupe le fauteuil tire sa montre.
— Midi déjà ! soupire-t-il entre deux baïllements solides, et mon article qui n’est pas encore prêt!
— Au fait, dit l’un des amis présents, n’as-tu pas tes ciseaux, comme d'habitude ?
— Ne m'en parle pas, mon cher, les journaux d'Europe sont en dentelle, et les nôtres ne contiennent rien ce matin ; pas moyen de faire la moindre découpure !
— Voyons, voyons; il faut pourtant trouver quelque chose, continue l'ami; tu ne peux pas faire paraître ton journal en blanc, ou mettre les quatre pages en annonces !
— Bah! glisse un troisième, il.te reste encore
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les faits-divers ; s'ils sont un peu corsés, cela suffit: c’est d'ailleurs la seule partie du journal qui se lise.
Le jeune rédacteur mâchonne le tronçon de son cigare et commence à se piquer; son sourcil se fronce ; le coin de sa bouche a quelque chose d'amer.
— Si vous croyez, dit-il, que j'en suis réduit là, vous vous trompez singulièrement! Veuillez me laisser seul, messieurs : ce soir vous saurez me dire si je suis complètement à sec.
Sur ces paroles, les amis se retirent les uns, avec une certaine confiance, les autres légèrement incrédules.
Après leur départ, notre homme se met à songer. Des sujets d’arlicles se présentent en foule à son esprit, trop en foule peut-être. Il prend une plume
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et se campe devant son bureau. Il écrit douze titres divers et s'arrêle généralement après la première ou la seconde phrase. Pourquoi? Le premier sujet touche à un point sur lequel ses idées sont un peu confuses ; il lui faudrait les éclaircir : c'est trop de travail pour le temps qu'il a devant lui; il passe. . Cet autre aurait besoin d’être étayé de quelques solides principes de science ou de philosophie. Notre ami n’a jamais beaucoup fréquenté ni l’une ni l’autre. Il passe. Ce troisième provoque une question d’hisloire. Jugé et condamné séance tenante. Il passe encore. Un quatrième sujet empiète un peu sur le domaine
religieux. La décision de l'écrivain balance quel-
que temps. Il prend la plume, la quitte, il la prend pour la quitter encore. Enfin, un mouvement décisif : il passe à quelque autre chose. C’est à peu’ près jusqu'à présent ce qu'il a fait de plus judicieux. j
écrit douze 1près la preni? Le preel ses idées es éclaircir :
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En fin de compt nements, il s'aperc rien ne vient.
e, et après beaucoup de lâtonoit que le lemps s'écoule et-que Il cache son front dans ses mains empes : procédé violent mais fort en vogue. Tout-à-coup, il relève Ja tête: une
idée s’est fait jour et a jailli de nom.
et se serre les t
la mémoire d’un
— Oui! se dit notre rédacteur, ce Monsieur X !
; il faut se tenir me ne m'a pas salué, éreintement, il l'aura ! ‘échappe de sa poitrine.
usemeui Ja plume qui
parole, D'ailleurs, sa fem
l’autre jour : il mérite un Un soupir de satisfaction s Ses doigts Saisissent fièvr
Court sur le Papier avec une vitesse Prodigieuse.
douteux, Bref, les protes
dessus la Hête et so
ont des feuillets parñ6 vbligés de d’élaguer trois anplace à la Conclusion de l’article,
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De mémoire de rédacteur, on n'avait jamais vu pareille fécondité.
Le lendemain une feuille adverse contient une correspondance furibonde avec une provocation en règle, signée Justice ou Veritas. La polémique sur ce point,—si toutefois on peut appeler cela une polémique—dure fort longtemps. Le journal y perd quelques abonnés mais son rédacteur a des sujets d'articles pour trente numéros. Pour peu que la chose se répète, —-et elle se répète fort souvent,—la feuille n'en a plus que pour six mois à vivre. C’est ce qui explique la chute, prévue d’ailleurs, d'un grand nombre de nos journaux. * Voilà, Messieurs, un fait qui n’a pas besoin de preuve; vous le connaissez tous ; vous savez qu'il est vrai. 11 y a fort heureusement d’honorables exceptions ; mais la chose est plus générale qu’on ne le pense. t
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