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LES PLACES D'EAUX

Nous voici à l'époque où tout le monde part pour les places d'eaux ; on y va chercher la sanlé, par coutume ou par ordonnance de médecin.

Le fait est que les bains et l'air de la mer sont une panacée universelle. On en use pour se faire maigrir ou pour gagner de l'embonpoint, suivant le

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besoin du moment ; cela guérit les rhumes et -les rhumatismes, l'excès de sang et l'anémie. Plusieurs patients y ont même trouvé un excellent remède contre la calvitie.

Mais je crois qu'au fond, ce qu'on va chercher surtout aux eaux salées, ce sont les distractions et les amusements. C'est, dans tous les cas, ce qu'on y trouve ordinairement en cherchant tout le reste, et je parie qu'on ne s'en plaint pas.

Dans cela, cependant, comme dans toutes les choses de la vie, il y a le côté plaisant quand il n'est pas regrettable, le côté de la contradiction et de l'abus.

De même qu'on va souvent à la comédie non pas pour entendre la pièce, mais pour être vu et faire concurrence à l'acteur principal ; de même un bon nombre de porsonnes vont aux eaux non pas pour jouir des beautés de la campagne et se

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procurer un repos salutaire, mais dans l'unique but de changer de monde et d'aller faire figure sur un nouveau théâtre.

On voit cela de suite au nombre des malles rebondies que chaque voyageuse — et souvent chaque voyageur — fait empiler sur le wagon, ou le bateau qui a l'honneur de voiturer sa personne.

On parle des toilettes et des modes de la ville : elles semblent un simple négligé du matin à côté des ajustements, des atours qu'éclaire le soleil campagnard des places un peu fréquentées.

Le Cap-à-l' Aigle compte trois toilettes par jour^ dans le petit moins; la Poinle-au-Pic, quatre: Buies est le seul mortel que j'y aie vu en négligé. La Rivière-du-Loup et Karaouraska exigent aussi quatre toilettes ; Cacouna se contente à peine de cinq, et Tadousac, si lord Dufferin eût continué à

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y séjourner pendant la belle saison, aurait porté à un chiffre incalculable le nombre de ses jupes et de ses doubles-jupes.

Le matin, quand la marée adonne, on a un costume pour se rendre à la grève ; pour déjeûner, il faut en mettre un autre que Ton conserve jusqu'au lunch. Après ce léger repas, vient l'heure des visites ou des réunions au salon de l'hôtel : il est impossible d'y paraître dans une robe de matin, tout le monde voit cela d'ici. Mais la grande chose, c'est le dîner; c'est là que se décernent les triomphes et les défaites en fait d'élégance et de bon goût. La toilette du dîner ne peut pas se construire en moins de deux heures. Celles qui y consacrent moins de temps ne comprennent pas encore toute l'importance de cette grave affaire. Un ruban ou un bijou de moins, on est déjà mal noté ; s'il y a récidive, on est inévitablement classé parmi les gens qui manquent de goût.

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Le dîner s'achève tant bien que mal ; mais la journée n'est pas finie. Il y a encore la promenade et les réunions du soir. On ne peut pas s'y montrer avec un costume trop chargé ; il faut donc réduire ou changer. Le plus ordinairement on change. Puis on va prendre l'air, on chante, on joue, on cause. C'est alors que les œillades s'échangent, que les mariages s'ébauchent. Cela s'ouvre par une romance et finit par une complainte. Les papas et les mamans s'en mêlent, ouvrent ou ferment les yeux suivant que la chose leur va ou leur déplait. Le plaisir marche son train ; on s'amuse .et on prend des rhumes ; mais à la campagne cela ne compte pas. Le bain journalier n'est-il pas là pour avoir raison de touti

Bref, après deux mois de cette vie d'épreuve et de santé, le plus grand nombre revient plus pauvre toujours, plus malade très-souvent.

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Voilà, généralement, le résultat le plus certain des bains de mer fasliionables. A côté, cependant, il y a les séjours moins coûteux, plus tranquilles, et où Ton gagne véritablement de toutes les manières. Ceux-là sont les moins fréquentés. Ne le disons pas trop haut et ne les indiquons pas. Le jour où la foule élégante s'y portera, ils perdront tout leur charme et tous leurs avantages. Dès qu'un endroit devient à la mode, on y transporte la ville et tous ses inconvénients.

Ce n'est plus alors la peine de se déranger et de payer très-cher pour aller souffrir un peu plus loin.

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