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Ce sujet est aussi difficile que dangereux à traiter, surtout dans un pays comme le nôtre, où la critique, même honnête, a généralement besoin, pour qu'on la reçoive, d'être entouré de toutes les précautions possibles. Jugez ce qu'il faut de tactique quand il s'agit de toucher à cette grande
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puissance qui prétend régir tout le monde et faire courber tous les fronts sous les éclats de sa voix.
On me trouvera peut-être téméraire, mais je dois avouer que je n'ai pas peur. Etant, d'ailleurs, un peu du métier, je sais que ce souverain formidable qu'on nomme la presse n'est pas du tout malin en soi et fait souvent plus de bruit que de besogne. Pour vous montrer que j'ai peut-être raison, nous allons, si vous le voulez bien, faire une petite visite à l'un des palais de l'autocrate et le surprendre en déshabillé. C'est ce que j'appelle pénétrer de suite au cœur de mon sujet.
Frappons à cette lourde porte qui garde eu plusieurs endroits l'empreinte de mains noires et huileuses ; on dirait une porte de prison, l'entrée d'un lieu de tristesse et de douleur. Au sous-sol, ou au rez-de-chaussée, dans quelque coin sombre, est une machine grondante qui fait mouvoir plusieurs
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mécanismes obscurs et grinçants, monstres qui multiplient, dans leurs griffes gigantesques, le travail des doigts humains. Au premier, des hommes, des enfants, des jeunes filles ; tout cela courbé devant un casier fumeux, cherchant les caractères de la main, pendant que le regard fatigué erre dans le vague. Silence effrayant partout, troublé seulement par les grondements sourds de la machine.
Il est onze heures du matin. Montez deux ou trois escaliers ; ce n'est déjà plus aussi sale et aiissi sombre, bien qu'encore assez peu chatoyant. A mesure que vous montez, des éclats de voix joyeuses arrivent jusqu'à vous. Entrez hardiment dans le sanctuaire. Ils sont là deux ou trois, quelques fois quatre et plus, riant à haute voix, le cigare aux lèvres et les pieds sur la table ou sur la chaise d'un voisin bienveillant. On parle du dernier bal, du prochain dîner ou d'une fameuse
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partie de billard qui s'est jouée la veille même au club. Cependant l'heure avance et les cigares, rendus au bout, commencent à roussir les moustaches. Celui qui occupe le fauteuil tire sa montre.
— Midi déjà! soupire-t-il entre deux bâillements solides, et mon article qui n'est pas encore prêt !
— Au fait, dit l'un des amis présents, n'as-tu pas tes ciseaux, comme d'habitude ?
— Ne m'en parle pas, mon cher, les journaux d'Europe sont en dentelle, et les nôtres ne conliennent rien ce matin ; pas moyen de faire la moindre découpure !
— Voyons, voyons; il faut pourtant trouver quelque chose, continue l'ami ; tu ne peux pas faire paraître ton journal en blanc, ou mettre les quatre pages en annonces !
— JBah! glisse un troisième, il te reste encore
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les faits-divers ; s'ils sont un peu corsés, cela suffit: c'est d'ailleurs la seule partie du journal qui se lise.
Le jeune rédacteur mâchonne le tronçon de son cigare et commence à se piquer ; son sourcil se fronce ; le coin de sa bouche a quelque chose damer.
— Si vous croyez, dit-il, que j'en suis réduit là, vous vous trompez singulièrement! Veuillez me laisser seul, messieurs : ce soir vous saurez me dire si je suis complètement à sec.
Sur ces paroles, les amis se retirent les uns, avec une certaine confiance, les autres légèrement incrédules. i
Après leur départ, noire homme se met à songer. Des sujets d'articles se présentent en foule à son esprit, trop en foule peut-être. Il prend une plume
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et se campe devant son bureau. Il écrit douze titres divers et s'arrête généralement après la première ou la seconde phrase. Pourquoi? Le premier sujet touche à un point sur lequel ses idées sont un peu confuses ; il lui faudrait les éclaircir : c'est trop de travail pour le temps qu'il a devant lui ; il passe. Cet autre aurait besoin d'être étayé de quelques solides principes de science ou de philosophie. Notre ami n'a jamais beaucoup fréquenté ni l'une ni l'autre. Il passe. Ce troisième provoque une question d'histoire. Jugé et condamné séance tenante. Il passe encore. Un quatrième sujet empiète un peu sur le domaine religieux. La décision de l'écrivain balance quelque temps. Il prend la plume, la quitte, il la prend pour la quitter encore. Enfin, un mouvement décisif: il passe à quelque autre chose. C'est à peu près jusqu'à présent ce qu'il a lait de plus judicieux.
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En fin de compte, et après beaucoup de tâtonnements, il s'aperçoit que le temps s'écoule et que rien ne vient. Il cache son front dans ses mains et se serre les tempes : procédé violent mais fort en vogue. Tout-à-coup, il relève la tête : une idée s'est fait jour et a jailli de la mémoire d'un nom.
— Oui ! se dit notre rédacteur, ce Monsieur X ! Je lui avais promis quelque chose ; il faut se tenir parole. D'ailleurs, sa femme ne m'a pas salué, l'autre jour : il mérite un éreintement, il l'aura ! Un soupir de satisfaction s'échappe de sa poitrine. Ses doigts saisissent fièvreusemeui la plume qui court sur le papier avec une vitesse prodigieuse. Les seuls instants de repos permis sont pour feuilleter Bescherelle au sujet de quelques mots douteux. Bref, les proies ont des feuillets pardessus la tête et sont obligés de d'élaguer trois annonces pour faire place à la conclusion de l'article.
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De mémoire de rédacteur, on n'avait jamais va pareille fécondité.
Le lendemain une feuille adverse contient une correspondance furibonde avec une provocation en règle, signée Justice ou Veritas. La polémique sur ce point, — si toutefois on peut appi'ler cela une polémique — dure fort longtemps. Le journal y perd quelques abonnés mais son rédacteur a des sujets d'articles pour trente numéros. Pour peu que la chose se répète, — et elle se répèle fort souvent,— la feuille n'en a plus que pour six mois à vivre. C'est ce qui explique la chute, prévue d'ailleurs, d'un grand nombre de nos journaux. Voilà, Messieurs, un fait qui n'a pas besoin de preuve ; vous le connaissez tous ; vous savez qu'il est vrai. 11 y a fort heureusement d'honorables exceptions ; mais la chose est plus générale qu'on ne le pense.
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Dans ce pays, ou lance un peu un journal comme une drogue. Le prospectus contient toutes espèces de merveilles qui, en réalité, ne seront jamais que dans le prospectus. Généralement, un journal est une affaire. L'unique but, — but assez naturel d'ailleurs, — est d'y faire de l'argent. On n'a pas d'autre ambition. Et, comme dans tout autre commerce, on s'occupe beaucoup moins de la qualité de la marchandise que de son prompt écoulement et de son rapport en espèces.
Je ne suis pas de ceux qui voudraient faire du journalisme une chose de dévouement stérile, sans aucun espoir de gain. Ce serait peut-être exiger trop de notre nature qui, après tout, ne peut pas vivre seulement d'esprit. Mais il ne faut pas non plus donner dans l'extrême opposé, comme cela se pratique un peu trop universellement. Quoiqu'il en soit, puisque cet état de choses existe, tâchoos d'en rechercher les causes ; nous arriverons tout
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naturellement parla aux moyens qu'il faut prendre pour nous réformer. Ce ne sera pas long ; il n'y a pas lieu de chercher bien loin.
D'abord, et en premier lieu, absence ou plutôt rareté extrême de personnes vérilablement capables d'écrire. Le métier du journaliste, comme on veut bien l'appeler, n'est pas un métier ordinaire. Il faut une tête et même plusieurs têtes solides pour bien conduire un journal.
En second lieu, nous avons généralement des journaux qui veulent trop embrasser et qui négligent les spécialités dans lesquelles ils réussiraient pour tenter de s'universaliser dans des domaines oiJ ils perdent pied à chaque instant. Il vaut mieux n'écrire qu'une seule bonne page sur un sujet que l'on possède que d'en griffonner cinquante médiocres sur des choses que l'on ignore complètement. L'universalité des connaissances exige le
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génie, et cet attribut ne se rencontre pas nécessairement et essentiellement dans la chaire d'un journal.
En troisième lieu, absence presque complète d'éducation et de mœurs politiques et sociales. On regarde un adversaire comme un ennemi ; c'est un Prussien à toutes fins que de droit, et, pour l'abattre, tous les moyens sont bons. Il y a bien la correspondance anonyme et plusieurs autres causes que je pourrais mentionner, lesquelles se rattachent de près ou de loin aux trois que je viens d'énoncer ; mais cela nous entraînerait trop loin. Je ne veux pas donner à cet article les proportions d'un traité, ce qui serait d'ailleurs au-dessus de mes forces et de votre patience.
Voilà donc, à mon sens, les trois grandes plaies du journalisme dans ce pays. Ici je fais encore une fois mes restrictions. Je n'entends parler que
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des généralités. Il existe, Dieu merci, de consolantes exceptions.
Il faut l'avouer, néanmoins, nous avons peu d'hommes vérilablemenlinslruils ; j'entend> parmi ceux qui se livrent au journalisme. On en cher» lie la cause dans le peu de rémunération que donne cet emploi. Je conviens que nos rédacteurs sont peu payés, mal payés. Il y a des journaux qui n'ont pas le moyen de donner plus : c'est un grand malheur. Mais il y en a d'autres qui peuvent faire bien davantage, et qui ne le font pas: c'est une chose inqualifiable. Le plus d'intelligence, la plus grande somme de travail, pour le moins d'argent possible : telle paraît être notre devise. Ce principe a certainement son bon côté ; mais il me semble que nous en abusons. Les articles de journaux sont à une sorte d'enchère, mais une enchère renversée. On chorche, non pas celui qui écrira le mieux, mais celui qui pourra écrire à plus
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bas prix. Yoilà pourquoi les hommes de talent s'abstiennent en général d'entrer dans un état qui ne peut pas même fournir le nécessaire ; et voilà pourquoi les rédacteurs compétents peuvent facilement se compter.
D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit plus haut, le journalisme, ici, n'est pas une mission ; c'est presqu'exclusivement une affaire. Le grand chef de l'établissement, l'homme important, celui qu'on paye le mieux, c'est l'administrateur de la partie commerciale et financière ; et celui-là n'a peut-être qu'un rival, c'est le solliciteur de jobs et d'annonces, que les anglais appellent, je crois, canvasser. Le rédacteur n'est absolument rien, comparé à ces personnages, et son article n'est véritablement qu'un accessoire, qu'un hors-d'œuvre dans le journal.
J'ai mentionné, en second lieu, la funeste cou-
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tume qu'ont nos journaux d'embrasser à la fois trop de sujets. La chose serait certainement possible s'ils avaient le personnel nécessaire. Il n'est pas défendu à une feuille de s'universaliser dans ses sujets ; au contraire, c'est l'une de ses qualités, c'est l'un de ses devoirs même. Mais il faut s'entendre. Dans les grands établissements où la rédaction compte un personnel de plusieurs membres compétents, chacun a sa spécialité et s'occupe d'une branche particulière. Le journal peut alors embrasser un grand nombre de sujets et les traiter convenablement. Mais quand, pour tout cela, vous n'avez qu'un seul homme, et surtout un homme mal payé qui doit chercher, en dehors et dans d'autres travaux, le surplus d'un salaire que le journal lui refuse ou ne peut pas lui payer, comment voulez-vous qu'il se tire d'affaire ? "Vous le savez aussi bien que moi : nous en avons partout des exemples sous les yeux. Il fait un article pour
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le prix qu'on lui donne ; et, comme le prix est maigre, l'article est maigre aussi.
J'aborde maintenant le point le plus délicat qui touche aux mœurs du journaliste. Je voudrais certainement ne pas commettre la faute que je reproche à quelques-uns de ces messieurs et ne pas leur tomber dessus de la même manière qu'ils en usent enlr'eux; mais je ne puis pas m'empêcher de dire qu'il y a, dans la plupart de nos journaux, un manque étonnant de manières politiques et sociales. On ne discute pas, on crie ; on ne raisonne pas, on frappe. On ne recule devant rien. Il n'est pas d'injure si violente qu'on n'imprime en toutes lettres. Les colonnes de certains journaux ressemblent moins à une joute honnête qu'à une arène de pugilat.
Il y a là un mal incalculable pour notre pays ; un mal auquel personne n'a l'air de songer, mais
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qui n'en est pas moins réel ; et ce mal consiste en ce que une foule de personnes distinguées qui pourraient être utiles à leurs concitoyens, aider aux affaires publiques et prêter leur concours en beaucoup de circonstances, ne veulent rien faire et se tiennent à l'écart de peur de se voir sur le champ disséquées, et d'assister au triste spectacle de leur réputation démolie que l'on jette sans miséricorde aux quatre vents du ciel. Tout le monde n'a pas la même ardeur chicanière. Il y a des gens pacifiques et tranquilles qui se privent volontiers d'une promenade au grand air plutôt que de sortir dans une rue où l'on lance des pierres ; et ces gens pacifiques ont la majorité.
Il en est ainsi du journalisme, et même du simple domaine littéraire. Beaucoup de personnes n'osent s'y aventurer dans la crainte des éclaboussures ; et l'expérience a démontré que c'est là une crainte fort sage. Le fait est que, très-souvent,
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on a obtenu beaucoup de certaines personnes à l'aide de celle seule menace: «Je vous mettrai dans les journaux. »
Yoilà, à mon avis, ce qui entrave les progrès du journalisme dans notre pays, ce qui lui Ole l'influence qu'il devrait avoir, et ce qui par là même rend presque nul le bien qu'il cherche à produire. Cela veut-il dire que la situation soit désespérée ? Non ; cerlainement. A côté de cet élément délétère, il y a l'élément sain et vivificateur. Nous avons des journaux qui marchent droit et portent haut la tête. Malheureusement ils sont la minorité et ne sont pas assez forts pour contre-balancer les abus qui pullulent autour d'eux. L'exemple ici ne suffit pas, il faut donc un remède et un remède radical : le voici, en peu de paroles.
Elevons le niveau de la rédactioii dans nos journaux. Nous faisons disparaître, d'un seul coup,
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tous les inconvénients que je viens de signaler. La chose est plus réalisable qu'on ne le pense. Il s'agit d'y mettre un peu de cœur, un peu de conscience surtout. On se plaint beaucoup dans ce pays du défaut de carrières ouvertes au talent et à la science. On n'a pas tout-à-fait tort, mais on n'a pas absolument raison non plus. Je conviens que les vieux pays et même la République qui nous avoisine, offrent incontestablement à leurs sujets plus de moyens d'avancer, de parvenir. Mais s'ils ont plus de carrières, ils ont aussi un bien plus grand nombre d'hommes qui se les disputent. A mon avis, notre infériorité n'est pas autant dans le nombre que dans la qualité. Nos carrières, à cause même du niveau inférieur où un esprit de trafic mal entendu les retient, sont souvent envahies par la médiocrité et tout naturellement délaissées par le talent supérieur.
Le journalisme est une de nos carrières ; c'en
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est une des plus importantes et des plus belles. Il est appelé à faire beaucoup dans ce pays, s'il veut suivre la ligne de conduite que le devoir lui trace.
Il y a encore une infinité de choses qu'il devrait dire et qu'il n'a pas dites, comme il y en a aussi malheureusement beaucoup qu'il a dites et qu'il aurait dû taire à jamais.
Le journalisme— qui n'est pas toujours la pensée d'un peuple — est néanmoins censé l'élre. C'est l'écho de ce peuple au dehors ; c'est lui qui le fait connaître aux autres nations, et ces nations jugent tout naturellement d'après cet écho qu'elles reçoivent, sans trop s'occuper s'il est fidèle ou mensonger. D'où il suit que, si le seul sentiment du devoir n'est pas assez fort pour nous faire garder la ligne droite et nous maintenir à la hauteur de notre tâche, nous devons avoir au moins pour mobile le légitime sentiment de l'amour-propre
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national. Pour nous faire songer à ce que nous disons, songeons un peu à ce que l'on dira de nous. Nous ne sommes pas encore grands par notre science ou par nos industries; nous ne sommes même pas très-avancés comme simple peuple d'agriculteurs. Tâchons au moins de nous faire remarquer en quelque chose.
Nos journaux circulent peu, sont peu consultés. Ils circuleront, ils se feront hre. Attirons la saine collaboration au lieu de l'effrayer, de la décourager. En un mot, pour instruire, pour intéresser, prenons les moyens d'être instructifs, intéressants.
Et, pour cela, il n'est pas besoin de créer des talents ; ces talents existent et ne demandent que des circonstances honorables, des conditions raisonnables pour se faire jour, pour entrer en scène. Créons ces circonstances, établissons ces conditions ; la médiocrité s'effacera d'elle-même et la
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supériorité prendra sa place en relevant tous les niveaux. Du même coup, nous faisons disparaître tous les défauts que j'ai constatés. Nous aurons une rédaction compétente, sagement dirigée. La stérilité étant disparue, il n'y aura plus lieu de recourir aux attaques personnelles, aux injures mordantes, pour se faire lire. Il y aura moins de sensation et plus d'intérêt. La polémique deviendra ce qu'elle doit être : une polémique de raisonnement, de déférence, et de bon goût. D'un autre côté, la rédaction saura se tenir dans des bornes raisonnables et définies sans s'aventurer au hasard sur les terrains qu'elle ne connaît pas et sans aborder avec une ardeur dangereuse des sujets qui lui sont complètement étrangers. Nous instruirons, nous intéresserons les nôtres qui nous liront et nous soutiendront. Nous y gagnerons du mérite tout en réussissant au point de vue des finances ; et, si nous devenons riches, ce qui vaut bien quel-
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que chose, nous serons en même temps considérés et respectés, ce qui vaut mieux encore.
Enfin nous aurons la satisfaction, et ce sera une satisfaction bien légitime, nous aurons la satisfaction de nous faire connaitre avantageusement au dehors. Nous exporterons à l'étranger un langage un peu plus soigné, une polémique un peu mieux apprise, des renseignements un peu plus exacts et, surtout, une science un peu moins boiteuse.