LE TABAC
C'est le poison de prédilection des suisses et des allemands, comme l'alcool est celui des anglais et l'opium celui des orientaux.
Du peuple français je ne parle pas ; on sait qu'en sa qualité de peuple éminemment assimilateur et policé, il cumule à la fois le tabagisme, l'alcoolisme et l'implacable morphinomanie.
Le tabac est donc proprement le poison
— so —
allemand. Je ne sais si cela tient à la langue, mais en tout temps et en tout lieu ceux qui la parlent fument, sans cesser de parler. Ils mâchent simultanément de gros cigares noirs, très odorants, et les rauques syllabes de leur langue asthmatique. Du fond de leurs pharynx ils aspirent les h, en même temps que de leurs hauts fourneaux de porcelaine des brouillards de nicotine.