L.V LANGUE
Ce bruit de perpétuel gargarisme vous fait, à la longue, mal à la gorge, vous crispe et vous exaspère le tympan.
Quelle détente après cela, quel apaisement du système nerveux, quand on passe de l'Oberland dansla Suisse française. Après le schnaps brûlant, il semble qu'on boit du lait ; l'oreille est doucement chatouillée comme par les berceuses mélodies maternelles.
Et cette musique paraît lumineuse. Au-
tour de soi les visages s'épanouissent et le regard s'éclaire. La parole devient le verbe, l'âme de la patrie ; on revit enfin parmi les vivants.
Ce qui m'avait le plus déconcerté en tombant tout à coup dans un pays à idiome exclusivement allemand, c'était le contraste saisissant et heurté entre la bonhomie des gens à physionomies et allures placides, et leur voix articulée, uniformément barbare.
Cette langue était-elle donc bien celle des Goethe et des Schiller ? l'inspiratrice des poésies éthérées et des rêves bleus ? la langue dans laquelle avaient chanté les âmes de Beethoven et du divin Mozart ? Se ligure-t-on l'Idylle hachant de la paille et l'Harmonie broyant des cailloux ?
Etrange ! étrange !
Mais si je m'oublie ainsi, direz-vous, aux abstraites réflexions, si je m'attarde aux bagatelles de la porte, jamais je n'arriverai au terme de mon voyage.
^HMHl
N'ayez crainte ! Du reste « mon voyage »
est plutôt une promenade. Et la promenade porte à philosopher. — Tels les péripatéticiens. — Elle implique les libres causeries et les flâneries intermittentes au bord de la route.