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CHALONS-SUR-MARNE

Je m'assure, en déjeunant au buffet de la gare, que sa réputation n'est pas surfaite.

Puis je mets à profit ce premier arrêt pour visiter le chef-lieu du département de la Marne.

Du remarquable pont de Marne se déroulent, à droite, le barrage et la chute du Pertuis, le Jard et des collines de sapins, à gauche, le cours tourmenté delà rivière, avec ses îlots de saules et ses berges verdoyantes.

A visiter la Cathédrale d'un élégant style gothique. Le musée de la ville renferme le modèle en bois de ce monument, tel qu'il

existait autrefois, avec ses deux flèches à jour, d'une sveltesse malheureusement trop hardie.

Il a fallu, en les démolissant,' découronner véritablement l'édifice. Si l'on veut s'assurer qu'il ne le cède en rien à de plus célèbres, il suffit de le comparer aux autres modèles d'églises gothiques dont le musée de Ghâlons renferme la collection.

Je me dirige vers la belle promenade du Jard, qui renferme un coin charmant : la Pépinière.

Avec ses allées ombreuses, son cours d'eau où des cygnes s'ébattent, ses blanches statues mythologiques, ses corbeilles de bégonias éclatants, bordées de pyrèthre et de lobélie, ses sapins d'un vert sombre encadrant la blancheur des érables panachés, ce petit parc vous apparaît comme une réduction-bijou de la Pépinière du Luxembourg.

Je note seulement parmi les curiosités de la ville : la porte Sainte-Croix, la Préfecture, les Archives départementales, le Marché couvert, l'Hôtel de Ville, gardé par qua-

tre énormes lions accroupis, l'église Notre- Dame et son carillon automatique, eniin l'Ecole des Arts, qu'on ne peut visiter sans autorisation spéciale.

DE C.HALOXS A l'.HAUMONT.

Le lendemain je reprends ma route par le train rapide « le dijonnais. » À Vitry-le- François, je laisse à droite, bordées par le cours frais et ombragé de la Marne, les vastes plaines où, dans quelques semaines, au milieu d'une foule immense, quatre corps d'armée évolueront, en présence du président de la République et les étatsmajors des puissances étrangères.

\,vne sans égale, admirablement disposée pour une de ces grandes tueries d'hommes qu'on appelle les batailles modernes !

Vitry après Chàlons ! Les plaines de Matignicourt après le camp de Mourmelon, après ces historiques champs vatalauniques, désolés jadis par les hordes sauvages du « fléau de Dieu. »

Nous sommes bien décidément dans la région de l'Est, sur la route de la frontière et de l'invasion. Après avoir, à Blesmes, aiguillé sur Saint-Dizier, nous atteignons et dépassons bientôt cette grande fabrique du fer.

Dès lors l'aspect du pays change. Aux vastes plaines du Perthois succède la pittoresque vallée de la Ma***'', sur les bords de laquelle s'élèvent Joinville et ses forges ; la hKvwS» qui serpente capricieusement au milieu de coteaux chargés de vergers, de vignes et de grands bois. Laissant à gauche, à Bologne, la ligne des Vosges, le train gagne vite Ghaumont (Calwus nions). L'approche du chef-lieu de la Haute-Marne nous est signalée par le passage du train sur le viaduc qui porte son nom et dont les dimensions donnent une idée anticipée, mais affaiblie, de celui de Granfrey,prèsdeFribourg.

CHA.UMONT.

L'arrêt à Chaumont est plus que suffisant pour déjeuner. Recommandé aux estomacs

oo

exigeants ou pressés un bon restaurant, à gauche de la statue de Philippe Lebon, sur l'Esplanade, plantée d'arbres séculaires, qui s'étend en face de la gare.

De la fenêtre ouverte du restaurant, j'examine à loisir cette statue en bronze de l'ingénieur français qui découvrit, en 1786, le gaz d'éclairage. La tête inclinée sous sa perruque à la Robespierre, il suit d'un regard fasciné l'opération d'où il a tiré sa découverte, au moment où il vient d'allumer le gaz qui s'échappe de la houille chauffée dans une cornue.

Derrière la statue de Philippe Lebon, l'Esplanade se termine, au nord, par un escarpement à pic. De là le regard plonge sur la campagne à gauche, sur la ville à droite et, au centre, sur des villas et des jardins diaprés d'éclatantes couleurs.

Je consulte ma montre. L'heure avancée ne me permet pas de parcourir la ville.

Mais il me reste assez de temps pour visiter, dans le voisinage, l'église Saint-Jean, dont la haute tour gothique domine toute cette partie de la ville. Les portails et les nefs

sont d'une architecture fine et fouillée.

Mon attention est attirée, à l'entrée de la nef de gauche, par une peinture naïve représentant l'apparition de Notre-Dame de la Salette aux petits pastoureaux que l'on sait.

Dans les églises fastueuses de Paris, cette image (qui rappelle le voisinage d'Epinal) ferait sourire. Il n'en est rien ici, dans ce milieu moyen-âge, où les tahleaux de ce genre s'harmonisent parfaitement avec les motifs sculpturaux de l'édifice, d'une primitive et parfois touchante naïveté.

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