‹ Échos de SuisseChapitre 4 sur 59 · K CHAUMONT A BELFORT · texte numérisé non relu

K CHAUMONT A BELFORT

En quittant Chaumont, pour prendre et suivre jusqu'au bout la ligne de Paris-Belfort, le train s'enfonce dans une longue tranchée, taillée dans la roche qui forme le sol.

Jusqu'à Chalindrey, l'aspect général du pays, très accidenté, avec ses grandes mon-

tagnes boisées, vous donne comme un avantgoût de la Suisse.

Mais quel est ce ruisseau qui court

là-bas dans la prairie et nous accompagne jusqu'au voisinage de Langres ? — Ce ruisseau, monsieur, c'est une rivière, une rivière qui donne son nom à un grand département ; ce fossé que, par places, on franchirait d'un saut, c'est la Marne.

La géographie nous apprend, en effet, que le plateau de Langres est l'un des plus élevés de France et que sur ses pentes trois rivières prennent leurs sources : la Meuse au nord, la Marne à l'ouest et la Saône au sud.

Voici maintenant la citadelle et la ville de Langres, haut perchée sur un roc. Formidables défenses naturelles ! On connaît l'histoire de Calino faisant ses vingt-huit jours. « L'escarpement de la citadelle, di- « sait-il, est si raide que j'ai été obligé, « pour en faire l'ascension, de me débar- « rasser de mon sac et de mon fusil et de « faire un second voyage pour les y monter « ensuite. »

A noter, chemin faisant, les travaux considérables du canal de la Marne à la Saôjie.

De Cumont-Chalindrey à Vitrey, le pays offre des horizons plus larges. Aux montagnes boisées succèdent des coteaux couverts de vignes et de blondes moissons encore sur pied, comme j'en vois depuis Paris, comme j'en verrai en Suisse, attestant que partout, en 1891, les récoltes sont en retard d'un mois. Dans les bas-fonds, des prairies et des oseraies.

Tout ce paysage est charmant, bien que déparé par la couleur grise et terne des maisons. Leurs toits sont, en effet, couverts de pierres éclatées, qui remplacent désavantageusement l'ardoise et la brique. La brique pourtant ne fait pas défaut partout.

Parmi les nombreux villages qu'on aperçoit au loin, en voici un plus grand que les autres, dont les toits rouges, relevés par le rayonnement du soleil couchant, contrastent avec le vert sombre de la forêt de sapins qui le domine, dominée elle-même par un ciel d'un bleu pur, parsemé de gros nuages d'argent. Malgié sa fugacité, la

beauté de ce tableau m'est toujours présente ; mais ce n'est pas une plume, c'est un pinceau qu'il faudrait pour le rendre.

Vers Vitrey,la nuit tombe. Le passage devant Vesoul n'est signalé que par les lumières qui scintillent, comme une couronne fantastique, sur les crûtes de la motte de Vesoul.

J'arrive enfin à Belfort, où je trouve, en face de la gare, un hôtel tranquille et d'aimables hôtes.

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