LAUSANNE
Le trajet que je fais ensuite de Fribourg à Lausanne concourt à me persuader qu'en pénétrant dans le pays de Vaud j'entre en pays français ; pays boisé, fertile, que dominent la station et le château de Romont.
Plus loin, à droite, de grandes plaines plantées d'arbres, d'où émergent des clochers. Puis, à gauche, en approchant de Lausanne, un vaste horizon lumineux. C'est le lac de Genève, — une petite mer ! — limité par les, montagnes de la Savoie, bordé de villas et de coteaux couverts de vignes.
On traverse enfin la vallée de la Pcmdèze sur un viaduc de neuf arches ; et, après un tunnel, on arrive en gare de Lausanne, audessous de la ville, bâtie en amphithéâtre
sur le mont Jorat, et au-dessus d'Ouchy, station de bateaux sur le lac de Genève. Un chemin de fer à ficelle relie Lausanne à Ouchy.
Chef-lieu du canton de Vaud, siège du Tribunal fédéral, avec une population de 30,000 habitants, Lausanne possède des monuments remarquables.
Voir, sur la place de la Palud, son curieux Hôtel-de- Ville, avec clochetons, gargouilles et peintures à fresques, ainsi qu'une fontaine, ornée d'une statue de la Justice, raide et naïve.
Cette Justice, à l'exemple d'une autre que j'avais précédemment remarquée à Berne, tient à la main une balance dont un des plateaux fléchit sous le poids d'un glaive. Y a-t-il là une allusion à l'épée de Brennus?un symbole anticipé de la maxime bismarkienne: «La Force prime le Droit»?
Ou bien est-ce une liguration de l'adage :
« La Force doit rester à la Loi ? » Cette interprétation, plus honnête, est vraisemblablement la bonne.
On rencontre plus haut : la grande école
industrielle, la Cathédrale protestante, le Musée cantonal, enfin l'ancien Château épiscopal, siège des autorités vaudoises et du Tribunal fédéral.
Cette forteresse du treizième siècle, avec ses meurtrières, ses couronnes de créneaux, ses pavés de mosaïques, sa terrasse, sa masse rouge imposante, est une des curiosités de Lausanne.
Il en est de même du Signal. On appelle de ce nom une promenade plantée de grands arbres, où l'on monte par un chemin à mi-côte, très pittoresque. Il y a là un beau parc aux cerfs et, sur le faite, une terrasse d'où la vue s'étend au loin sur le lac de Genève.
On y trouve, comme au Righi-Kulm, comme sur la terrasse de Bâle, comme sur le quai du Gymnase à Neuchâtel, une table d'orientation, où sont gravés les noms et les directions des principaux points des environs : villes, montagnes, stations des côtes du lac. Il suffit, pour se repérer, de braquer dans les différentes directions l'aiguille mobile qui pivote au centre de la table. Le ciel,
sans nuages, serait aussi propice que possible à cette exploration, si l'horizon n'était voilé par la brunie, ce mauvais génie de la Suisse. — Le meilleur moyen de le prévenir est de partir en juillet. — Aussi m'est-il impossible de distinguer les villes françaises d'Evian et Thonon, sur la rive méridionale du lac.