‹ Échos de SuisseChapitre 50 sur 59 · LES ORGUES DE FHIBOURG · texte numérisé non relu

LES ORGUES DE FHIBOURG

J'arrive à la cathédrale Saint-Nicolas à une heure et demie, à temps pour entendre

le premier concert d'orgue de la journée. Il y en a un autre vers huit heures du soir.

Rien ne peut donner l'idée de la puissance de ces orgues. Il ne suffit pas pour cela de dire qu'elles se composent de 67 registres, comprenant 7,800 tuyaux, dont quelques-uns ont 10 mètres de longueur.

Tout au plus serait-on porté à en conclure qu'elles font énormément de bruit.

Oui et non, ou plutôt non. Ce n'est pas du bruit, ce sont des modulations inconnues, c'est une harmonie divine qu'on entend-là.

Ce qui fait vraiment du bruit — un bruit aussi très harmonieux sans doute — c'est, par exemple, l'orgue de la salle des fêtes du Trocadéro, accompagnant les fanfares de Berlioz ou de Wagner. Ses vibrantes sonorités se fondent bien avec celles des cuivres et s'adaptent à merveille aux concerts à grand orchestre.

Mais ici l'orgue seul est tout l'orchestre.

Et j'avoue n'en avoir jamais entendu de plus varié, déplus émouvant, étendant aussi loin le champ de l'harmonie imitative.

Tantôt vous entendez chanter des voix humaines, des voix d'enfants, qui font vibrer toutes vos cordes intimes. Tantôt vous êtes enlevé par un chant sublime, enveloppé par le tumulte de la foule en marche. Puis les grandes voix de la nature s'élèvent.

Vous écoutez surpris, ravi, les sifflements de la tempête qui s'approche, et les roulements du tonnerre, précédant le fracas de l'orage.

Les deux morceaux qui m'ont le plus remué ont été la berceuse du Pardon de Ploermel et la tyrolienne du 3 e acte de Guillaume Tell. Leur interprétation par cet admirable instrument, dans ces hautes nefs qui réfléchissent nettement les plus faibles sons, en laissant toute leur latitude à l'expansion des plus profondes et des plus intenses vibrations, m'a laissé dans l'âme et dans l'oreille une impression ineffaçable.

J'avais, en traversant Fribourg, rencontré un autre plaisir, savouré une autre musique, plus connue, mais non moins jolie :

j'entendais enfin parler français. C'est ici, en effet, la langue courante, bien que la

ville basse ait conservé l'usage d'un vieil idiome, ni allemand ni français, moins dur que le tudesque, mais tout aussi inintelligible pour moi.

Page 1