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LE CHATEAU DE GHILLOX

Cette forteresse, conquise au 12° siècle par Pierre de Savoie, et reprise trois siècles plus tard par les Bernois et les Genevois (voir le chapitre X), sert aujourd'hui d'arsenal et de caserne de gendarmerie.

Bâtie sur un rocher, qui émerge du lac à un endroit où il mesure plus décent mètres de profondeur, elle est formée de grands bâtiments massifs et d'une tour carrée cen-

traie. On y accède, du quai, par un pont en bois. Ses souterrains, taillés dans le roc, éclairés par d'étroites meurtrières, sont du plus funèbre aspect.

On rencontre dans ce labyrinthe le cachot où les condamnés à mort, attachés à un énorme bloc, passaient leur dernière nuit, avant d'être précipités dans le lac. A côté, la salle des piliers. A l'un d'eux reste scellé l'anneau où fut attaché, pendant six ans, la légendaire victime de la tyrannie des princes et évoques de Savoie : Bonivard, de Genève, prieur de Saint-Victor, chanté par lord Byron. La dépression qu'on remarque sur le roc autour du pilier a été creusée par les pas du prisonnier, au dire du guide féminin qui nous conduit.

Au-dessus du souterrain nous visitons la vaste salle à manger du duc de Savoie et l'ancienne salle de justice, au fond de laquelle se dresse une potence, dit poteau de justice.

« C'est à cette poulie, nous apprend notre gracieuse introductrice, avec une douce intonation d'un singulier effet ironique, qu'on

suspendait les patients pour leur brûler la plante des pieds avec un fer rouge. »

Elle nous mène ensuite, par un étroit escalier, dans une cave ayant servi de cimetière ; et, soulevant la trappe des oubliettes :

« C'est ici, dit-elle gentiment, sur les saillies intérieures de ce puits, qu'on faisait descendre les prisonniers, en leur promettant la liberté comme prix de cette épreuve.

Mais bientôt les points d'appui basculaient ; et les malheureux, tailladés par des lames tranchantes, tombaient dans le lac, où ils achevaient de périr. »

Au premier étage : une chapelle, la chambre du duc de Savoie, celle de la duchesse, enfin la salle de réception des chevaliers.

Et, dans ces grandes pièces froides et sombres, des armures, des boiseries sculptées, des meubles du temps, extrêmement suggestifs.

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