LES GORGES DU CHAUDRON. — VEVEY
DuchâteaudeChillonjegagne Territet par
le chemin de fer électrique avec câble aérien, semblable à celui, qui, à Paris, lors de l'Exposition universelle de 1878, reliait la Place de la Concorde au Palais de l'Industrie.
Je monte ensuite à Glion par le funiculaire du Righi- Vauâois, dont La pente (57 ° ,,) est telle qu'on semble s'élever presque verticalement, comme dans les ascenseurs des piliers de la tour Eiffel.
La vue qui s'offre, de Glion, sur le lac de Genève, les montagnes de la Savoie et la Dent du midi mérite, seule, cette ascension.
Mais on ne peut s'en dispenser si l'on tient à faire l'une des plus poétiques promenades de la Suisse. Je veux parler de l'excursion aux gorges du Chaudron.
Au delà de Glion on suit, au milieu des sapins et des grands châtaigniers, un petit chemin sous bois, qui vous ménage de magnifiques éclaircies sur le lac et sur une vallée profonde, où serpente le ruisseau du Chaudron.
On arrive ainsi à un chalet, à gauche duquel un sentier plus étroit vous conduit, à travers une prairie émaillée, jusqu'au fond
delà vallée. A un entrecroisement, près d'un rocher pourvu d'un poteau indicateur, on change de nouveau de direction, pour revenir vers le lac et descendre à Montreuœ, par les gorges du Chaudron.
Rien de joli comme l'ombreux sentier, bordé de rampes, qui accompagne les flexuosités du ruisseau ; les ponts rustiques qui le traversent ; le gazouillis de ses cascades se précipitant, glissant dans les fentes des rochers, se perdant sous les blocs ; l'odorante fraîcheur des bois touffus, la limpidité des fontaines glacées établies sur ses bords. Po^f ces chaudes journées d'été on n'imagine rien de plus délicieux.
Involontairement on rêve au « bois noir », à la « vallée frisquette », au lucus niger, à la frigida Tempe de Virgile.
Je quitte Montreux et son essaim de charmantes villas pour regagner Lausanne par le chemin de fer, non sans m'arrêter à Vevey.
Vevey ! proprette et coquette petite ville, réputée par sa salubrité, et que beaucoup d'étrangers choisissent pour résidence d'été.
Près du quai brillent les coupoles dorées
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d'un somptueux château. En ville, je remarque : la maison qu'habitait Jean-Jacques Rousseau, sur un mur de laquelle on lit une inscription, extraite de ses écrits et rappelant combien il en avait aimé le séjour ; un pont en marbre noir, une élégante église russe et l'église Saint-Martin.
J'arrive enfin à une promenade ravissante, bordée de haies vives, dominant la ville et le lac.
L'endroit est solitaire, admirablement choisi pour méditer et rêver, assis sur un banc, le regard hypnotisé, suivant vaguement les panaches de fumée et les sillages des bateaux, le vol capricieux des mouettes, semblables à de légers flocons blancs emportés par le vent.