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LE « PORTIER

Comme toutes les principales villes de Suisse, Bâle regorge d'bùtels. Vous sortez

de la gare entre une double rangée de portiers... pardon ! mais c'est le mot propre et il n'y en a pas d'autre, même en allemand. Seulement il signifie tout autre chose que le mot français, depuis longtemps démodé.

Ne vous figurez pas qu'il s'agisse ici des descendants de feu Pipelet, auquel son ami Gabrillon rendait la vie si dure, et que le désespoir aurait poussé à s'expatrier en Suisse, dont les hôtels seraient ainsi peuplés de sa race pullulante.

Non, le portier suisse n'a rien de commun, ni avec l'ancien pipelet parisien, ni avec le moderne concierge (saluez !). Il est d'une espèce, toute spéciale, comportant plusieurs variétés.

Et d'abord le « portier » des gares de chemins de fer.

Chaque gare a le sien. Quelles portes ouvre-t-il ? Aucune.

Le contrôle des billets à l'entrée et à la sortie des voyageurs n'a pas lieu en Suisse, du moins dans la Suisse allemande. Chacun monte dans les trains et en descend libre-

ment, sans rien demander à personne, sinon des renseignements au « portier », s'il en a besoin et s'il le rencontre. Car cet employé n'a pas de poste fixe. Ses fonctions seraient des plus vagues s'il n'était spécialement préposé à la consigne des bagages.

Quant au contrôle des billets, s'il n'est pas fait dans les gares, il est excellemment fait dans les trains eux-mêmes, par des agents qui les poinçonnent après le départ, et les recueillent avant l'arrivée de chaque voyageur à la station destinataire.

Ainsi se trouvent supprimés deux inconvénients du système français : la perte de temps et la difficulté de chercher et présenter son billet, quand on a les mains pleines de bagages, à l'entrée des salles d'attente et à la sortie des trains.

J'arrive maintenant à la seconde variété, à la variété commune du « portier » suisse.

C'est le portier d'hôtel, dont la place est loin de ressembler à une sinécure, comme celle de son congénère de la gare.

Celui-là est le Maître-Jacques de l'hôtel, dont il porte le nom inscrit en lettres d'or

sur sa casquette. Il en est à la t'ois : le cocher, le palefrenier, le valet de chambre, le commissionnaire, le brasseur, le cireur et même un peu le concierge,... s'il est possible de concevoir un concierge sans cordon ni loge. Car le portier suisse est dépourvu de ces deux attributs.

S'il vous arrive de rentrer après onze heures du soir, à votre premier coup de sonnette, au second tout au plus, il vient en personne vous ouvrir. Par là seulement, il est véritablement et sérieusement portier.

J'ai dit qu'à la descente *des trains vous êtes assailli par une légion de portiers.

Tous, ou à peu près, parlent assez le français pour vous offrir leurs services. Le mieux est de les refuser, si vous n'êtes pas d'avance fixé sur le choix d'un hôtel, et de vous tirer d'affaire comme il suit.

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