DISCOURS PRONONCÉ A L'UNIVERSITÉ LAVAL A L'AGGASION DU
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DU
Couronnement &e pie IX
Monseigneur, ^
Mesdames et Messieurs,
La circonstance qui nous rassemble ce soir s'offre pour la première fois à l'admiration du monde depuis la mort de cet obscur batelier de la mer de Galilée qui s'appela Pierre et qui inaugura la papauté.
Il y aura demain vingt-cinq ans écoulés (car, au moment où je vous parle, l'aurore du 21ème jour de juin éclaire déjà les sept collines de la ville éternelle), avait lieu à Rome, dans la basilique vaticane, le couronnement du 257ème successeur de saint ï*ierre. Le noble Mastaï- Ferretti, auquel personne n'avait pensé de ceux qui prétendent porter leurs intrigues jusque dans la nomination du vicaire de Jésus-Christ, l'humble et modeste évêque d'Imola, à la surprise de tous mais à la joie universelle, devenait tout-à-coup le plus haut personnage qui soit au monde et montait sur le trône des papes en prenant le titre de Pie IX.
1. S. G. Mgr Elzéar- Alexandre Taschereau, archevêque de Québec.
On lui fit entendre sans doute, à lui comme à ses prédécesseurs, les fameuses paroles : " Vous ne verrez pas les années de Pierre, " paroles que dix-huit siècles n'avaient pu encore démentir et qui avaient reçu du temps comme une consécration prophétique.
La Providence qui s'était chargée contre toute prévision humaine, de poser sur la tête de Pie IX la triple couronne, réservait à ce grand Pontife d'atteindre les années de Pierre au milieu des événements les plus tragiques que l'histoire ait peut-être jamais enregistrés.
Depuis le 21 juin 1846, en effet, le monde a vu se produire les choses les plus étranges, comme les plus inattendues. Des trônes se sont écroulés, des empires sont tombés, des guerres funestes ont éclaté, des révolutions sanglantes se sont déchaînées, nous avons eu sous les yeux le spectacle d'un bouleversement général, parfois effroyable. Mais de toute cette histoire du dernier quart de siècle, quelquefois grande, rarement consolante, plus souvent lugubre ; du milieu de ce chaos où vous entendez presque sans cesse le choc des peuples les uns contre les autres, où vous êtes témoins du conflit meurtrier des armes, du conflit parfois plus terrible encore des idées et des passions, une figure se détache, grande, belle, calme, rayonnante même au milieu du malheur, toujours au-dessus des agitations et des défaillances humaines, toujours supérieure à tout par l'ascendant de la vertu, par la force morale, par la droiture de la conscience, par la noblesse et la dignité des sentiments. Cette figure, qui semble à peine de la terre, qui emprunte au ciel une expression surhumaine, des traits presque divins, c'est celle du héros de cette fête, c'est la figure de Pie IX.
Quel homme ! quel pape ! quel pontificat ! je cherche dans toute cette galerie de Pontifes qui ont illustré le trône de saint Pierre ; je parcours cette histoire de dix-
huit cents ans qui offre tant d'illustrations et renferme tant de gloires, mon esprit étonné ne trouve rien qui surpasse, rien qui égale même l'extraordinaire grandeur du règne de Pie IX.
Comment, je vous le demande, Messieurs, comment aborder un sujet si vaste et si élevé ; comment embrasser, resserrer ensemble, dans le court espace de quelque vingt minutes, tant d'événements divers, tant d'actes héroïques, toutes ces luttes courageuses, toutes ces sublimes résistances, ces épreuves si terribles, ces triomphes si éclatants, ces défaites que je pourrais appeler victorieuses, tant elles honorent celui qui en est la victime, mais surtout ces combats incessants, opiniâtres, glorieux, livrés pour le triomphe de la vérité et de la liberté cathoUque !
Je laisse de côté tout le reste ; et je m'attache à ce dernier trait d'une existence si merveilleuse, d'un règne où se trouvent réunis tous les genres de gloires et de grandeurs. Le triomphe de la vérité catholique, l'établissement dans le monde d'une liberté fondée sur la vérité et la religion, tel a été sans contredit le but principal des efforts de Pie IX, et telle est l'ambition constante de sa grande âme.
Vous connaissez, Messieurs, cette parole des Ecritures : '' La vérité vous donnera la liberté. " C'est qu'en effet il existe entre la vérité catholique et la véritable liberté une liaison intime et profonde. Toutes deux sont filles du ciel ; toutes deux forment le plus bel apanage de l'homme ; toutes deux se tiennent et s'embrassent étroitement, de telle sorte que si l'une s'affaiblit ou se corrompt, l'autre s'amoindrit ou s'efface. Pie IX, chef d'une Eglise qui a pour mission de propager dans le monde, •de défendre et d'établir la vérité unie à la liberté, Pie IX, vous le savez comme moi. Messieurs, a accompli avec
un courage, une énergie indomptable, cette tâche civilisatrice.
Ai-je besoin de rappeler ici à quelle triste époque nous appartenons ? Sans doute Terreur est de tous les âges, et chaque siècle apporte avec lui son contingent de misères et de tristesses. Mais il semble vraiment que jamais peut-être, à aucune période de l'histoire chrétienne, la malice et les passions des hommes n'ont montré une telle audace. Vous lisez les livres contemporains, vous prêtez l'oreille aux discours de ces hommes qui prétendent éclairer et diriger la société. Que voyez-vous ? Qu'entendezvous ? Point de Dieu, point d'âme, point de libre arbitre, pas de distinction entre le bien et le mal, entre l'honnêteté et la malhonnêteté, entre le juste et l'injuste ; pas de vie future, pas de révélation, pas de religion surnaturelle. Je n'exagère rien. Quiconque connaît l'histoire de la société européenne, quiconque a suivi la marche rapide des idées mauvaises, les progrès effrayants de l'erreur sous toutes les formes dans ces dernières années surtout, n'ignore pas ni ne peut assurément ignorer quel débordement de doctrines perverses se fait de toutes parts.
Et qui donc. Messieurs, osera résister en face à des ennemis si redoutables ? Qui donc, au milieu de la prostration générale des courages, dans ce siècle de compromis honteux et de faiblesses déshonorantes, qui donc aura la force, je dis plus, l'audacieuse intrépidité d'arrêter ce torrent qui s'avance, qui chaque jour grossit davantage, et menace de détruire les fondements même de l'ordre, les bases les plus profondes de toute société ?
Messieurs, la Providence a voulu qu'il y ait toujours sur la terre des hommes qui ne reculent jamais devant l'erreur, quelque puissante qu'elle paraisse, parce qu'ils tiennent du ciel même la mission sublime de défendre les droits de Dieu sur le monde, et d'enseigner au monde
ses devoirs envers Dieu. Ces hommes, ce sont les Papes ; et depuis un quart de siècle, cette grande force spirituelle, c'est Pie IX. Pie IX, intrépide défenseur de la vérité catholique, n'a pas craint de se jeter à la rencontre du torrent des fausses doctrines et de lui opposer une digue dans ce fameux Syllabus qui souleva contre l'Eglise tant de colères impuissantes. Un instant, — vous vous le rappelez, — le flot irrité de l'erreur couvrit de son écume la colonne de la vérité. Elle était là cependant, cette colonne, ferme, inébranlable, résistant fièrement à tous les efforts de la tempête effroyable qui s'agitait autour d'elle. Et lorsque le calme se fit de nouveau, lorsque les cris violents de ceux qui se sentaient atteints par l'acte de Pie IX, se turent enfin pour faire place à la voix de la raison, le monde reconnaissant applaudit aux accents courageux du Pontife personnifiant en lui-même la vigilance, et l'infaillible droiture de l'Eglise enseignante ; une fois de plus il fut reconnu que, si l'erreur ne manque pas d'organes pour se faire entendre, la vérité, elle aussi, vit toujours et ne cesse de retentir sur les lèvres de l'Eglise et du Vicaire de Jésus-Christ.
Quel spectacle. Messieurs, vous ne l'avez pas oublié ! Quel spectacle que celui de ce vieillard en proie aux plus profondes tristesses, aux plus violentes persécutions, menacé de toutes parts, trahi par les souverains catholiques, poursuivi par ses ennemis, en partie dépouillé, presque captif, et qui cependant fermant les yeux sur tous ces périls pour ne voir que celui de la société, sans s'inquiéter de l'affreux tumulte qui va se faire autour de son acte, élève courageusement la voix pour flétrir les doctrines de l'erreur et défendre l'ordre établi par Dieu même !
Cela est grand, cela est noble ; et de pareils exemples, dans un siècle où le courage chrétien faiblit et se fait de plus en plus rare, doivent remplir de joie, de recon-
naissance et d'enthousiasme toute âme vraiment chrétienne, tout esprit droit et impartial, tout cœur qui bat pour la justice et la vérité.
Sans doute la vérité trouva toujours dans les Vicaires du Christ de puissants soutiens, et d'énergiques défenseurs. Les papes, voyez-vous, ce sont les sentinelles désignées par Dieu même pour veiller à la garde des sociétés ; et ils ont ce courage surhumain que donne à l'Eglise l'assistance de l'Esprit d'en haut. Qui ne voit cependant, qui ne reconnaît dans Pie IX l'homm^e spécial de la Providence, le Pontife choisi par le ciel pour combattre les tendances perverses, les faiblesses et les entraînements coupables d'un siècle où toutes les erreurs semblent s'être donné rendez-vous, dans un commun assaut contre la vérité ?
Pendant un quart de siècle, il soutient contre l'erreur cette lutte héroïque, gigantesque, dont nous avons été les témoins étonnés ; et c'est au moment où les années s'appesantissent davantage sur ses nobles épaules, que, pour frapper un dernier coup, pour affirmer une fois de plus, mais de la manière la plus éclatante, les droits inviolables de l'Eglise, il conçoit le dessein de ce concile œcuménique qui a jeté le monde dans l'admiration, et qui est là, malgré sa prorogation forcée, comme une menace pour le mal et une précieuse espérance pour le bien.
Tout devait donc être grand dans ce règne de Pie IX ! Ce n'était pas assez de la définition d'un dogme cher à tout cœur catholique ; pas assez de ces encycliques admirables, monuments de la plus haute sagesse commedu courage le plus intrépide ; pas assez de ces fêtes grandioses, de ces immenses réunions d'Evêques auxquelles le monde n'était plus accoutumé depuis longtemps ;. pas assez de ce coup d'Etat, — pardonnez-moi le mot parce qu'il rend bien l'effet produit, — non pas assez:
de ce coup d'Etat du Syllahus qui venait affermir les hommes de bien dans leurs droits et les éclairer dans leurs devoirs ; il fallait, comme couronnement à tant d'œuvres, un de ces actes qu'on ne voit qu'à des intervalles séculaires, et qui marquent les grandes époques de la vie de l'Eglise, il fallait le Concile du Vatican ! — Un Concile œcuménique en plein dix-neuvième siècle ! Oui, Messieurs ! Et ces assises majestueuses se tiennent au moment même où l'Europe s'agite aux prises avec la révolution, où les princes chrétiens renient les plus belles pages de leur histoire et renoncent à l'honneur de protéger l'Eglise, où le Pape est menacé dans le dernier coin de terre et le dernier asile que lui laisse l'audacieuse usurpation d'un roi prévaricateur !
Non, jamais spectacle plus grand ne fut donné au monde ; et jamais on ne vit plus clairement l'immortelle vitalité de l'Eglise, l'inébranlable fermeté de cette pierre angulaire qui est le Christ lui-même, et contre laquelle les attaques de l'erreur resteront toujours vaines.
Mais ce n'est pas tout. Messieurs. La cause de la liberté catholique tient par des liens intimes et indissolubles à celle de la vérité. Et c'est pourquoi Pie IX ne pouvait défendre l'une sans protéger l'autre.
Vous lirez dans certains écrits, vous entendrez dire peut-être que Pie IX a combattu la liberté ! Eh bien ! oui, il a combattu, il combat encore, il combattra jusqu'au dernier soupir cette fausse liberté qui cache sous un nom qu'elle déshonore les plus mauvais instincts du cœur de l'homme. Oui, il s'est opposé de toutes ses forces, de toute l'énergie de ses avertissements et de ses condamnations, au flot de plus en plus redoutable des idées qui bouleversent aujourd'hui une partie de l'Europe ; seul peut-être parmi les souverains, il refuse d'accepter tout compromis avec la révolution, lors même que celle-ci
re donne insolemment le nom de liberté ; seul encore, sans se laisser intimider par des menaces qui ne peuvent effrayer que les consciences faibles ou coupables, il conserve, même dans les fers, cette indépendance morale qui fait toute la dignité de Thomme, et dont le Chef de l'Eglise catholique s'est toujours montré la plus haute personnification sur la terre.
Mais la liberté véritable, Messieurs, oh ! Pie IX l'aime et la respecte ! Il aime cette liberté qui, comme nous l'avons dit, est unie à la vérité et s'appuie sur la religion. Il aime cette liberté soumise à la puissance et à la sagesse divines, parce qu'il sait que la liberté humaine n'est au fond que le reflet, l'image de la toute-puissante liberté de Dieu, et qu'elle n'est grande et digne de son origine que lorsqu'elle consacre ses forces et son énergie à la défense des intérêts divins.
Entre la religion et toute liberté vraie, il y a nécessairement alliance et harmonie ; et, en défendant la liberté morale et religieuse telle qu'il sait la comprendre, Pie IX défend par là même les fondements, les conditions essentielles de la liberté des peuples.
Non, Messieurs, ce n'est pas le chef d'une religion qui a restauré le monde, ce n'est pas l'infaillible interprète d'un Evangile qui n'a été prêché que pour " renvoyer libres ceux qui sont brisés sous les fers, " ce n'est pas le Pape, ce n'est pas Pie IX qui inclinera les peuples à la servilité et qui prêtera la main aux rigueurs injustes de l'absolutisme et du despotisme.
Et qui donc, de notre temps, a tenu avec le plus mâle courage le drapeau de la véritable liberté, si ce n'est Pie IX ? Faible lui-même, il résiste intrépidement à la force inique ; désarmé, il défie toutes les tyrannies ; renfermé dans ce sanctuaire même de la liberté morale qu'aucune puissance humaine, grâce à Dieu, ne saurait attein-
dre, il y a vingt-cinq ans qu'il règne, et depuis vingt-cinq ans il ne se lasse de jeter comme un défi à toutes les oppressions odieuses cette parole qui résume sa vie entière : " Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. "
Nous l'avons entendue, cette voix auguste et fière ! Races meurtries, opprimés de toutes les nations, clients délaissés par les heureux du siècle, vous avez entendu les accents émus de ce généreux défenseur des droits les plus sacrés comme les plus indignement sacrifiés ! Ces accents ont retenti d'un pôle à l'autre avec un éclat où s'alliaient à la fois l'indignation et la pitié. Mais c'est à vous surtout, illustre et à jamais malheureuse nation polonaise, à vous dont les plaies nationales et religieuses sont encore toutes saignantes, c'est à vous de nous dire de quel nom s'appelle l'homme au cœur noble, le roi à la conscience juste, le Pontife à la parole vigoureuse, qui osa troubler de ses protestations le silence honteux au milieu duquel s'est accompli l'attentat le plus infâme des temps modernes contre la liberté et les droits d'un peuple ! Raisons d'honneur, de justice, de conscience, d'humanité, rien, vous le savez, ne put réveiller la cruelle inattention des rois, rien ne put vaincre l'impassible indifférence des nations chrétiennes. Seule la voix de Pie IX, comme l'éclair qui brille dans une nuit obscure, comme le coup de foudre qui éclate au milieu d'un silence de mort, seule la voix de Pie IX, empruntant à la religion sa force et son autorité surnaturelles, faisant appel à tous les sentiments les plus nobles et les plus justes, répondit au cri de détresse de la Pologne, écrasée et agonisante.
Elles résonnent encore les paroles du grand Pontife fulminant contre l'iniquité triomphante l'immortelle protestation du droit et de la liberté : " Non, dit-il avec cet accent de voix souverain qu'il sait prendre quand il faut lancer les foudres de l'Eglise,^ non, je ne veux pas
être forcé de m'écrier un jour en présence du Juge éternel : Malheur à moi, parce que je n'ai pas parlé ! Le sang des faibles et des innocents crie vengeance contre ceux qui le répandent. Et que personne ne dise qu'en m'élevant contre le potentat du Nord, je fomente la révolution européenne ; je sais bien distinguer la révolution socialiste du droit et de la liberté légitime. "
Je m'arrête, Messieurs, sur ces paroles désormais célèbres. Elles révèlent à elles seules tout ce qu'il y a dans l'âme d'un Pape de courage moral, d'amour de la justice, d'attachement sincère à la liberté juste et raisonnable des peuples.
Faut-il l'ajouter ? Celui qui les prononça, celui qui pendant tout le cours d'un règne de vingt-cinq ans ne se lassa jamais de combattre pour les droits de la véritable liberté, de la liberté unie à la religion, celui qui a défendu la Pologne, protégé l'Irlande, tendu une main généreuse aux opprimés et aux faibles de tout pays et de toute condition. Pie IX le grand Pontife, Pie IX le roi magnanime, est aujourd'hui prisonnier dans sa propre ville, victime d'une indigne et honteuse spoliation !
Ah ! sans doute, cette pensée est bien propre à attrister tous les cœurs vraiment chrétiens. Toutefois elle n'a pas de quoi nous étonner, encore moins nous effrayer. Nous sommes tranquilles, nous catholiques, sur l'avenir de la Papauté, parce que nous avons foi dans les promesses divines, et que nous croyons à une Providence spéciale pour l'Eglise. Dieu est trop puissant et en même temps trop sage pour permettre à ses ennemis, je ne dis pas d'abattre, mais même d'ébranler cette institution nécessaire. Nous savons qu'ils ne réussiront jamais à saper par la base cet arbre gigantesque dont les rameaux ombragent l'univers entier, ce vieux tronc de Jessé dixhuit fois séculaire qui a ses racines dans le monde et sa
tête dans les cieux. Il est dans les destinées de l'Eglise d'être attaquée, c'est vrai ; mais d'être vaincue, jamais î
Toutefois, Messieurs, en attendant avec confiance un triomphe (lui ne peut tarder bien longtemps, et au milieu même des réjouissances légitimes qu'autorise l'événement extraordinaire du Jubilé de Pie IX, c'est notre devoir d'unir une fois encore nos protestations et nos plaintes à celles que l'on élève de toutes parts contre le sacrilège attentat qui met aujourd'hui à la merci d'un roi usurpateur le Souverain spirituel de deux cents millions de catholiques.
Deux fois déjà, dans l'espace de quelques années, répondant à l'appel des premiers pasteurs du pays, vous avez associé vos voix en une revendication publique et solennelle. Les voûtes de cette Université résonnent encore des paroles éloquentes tombées, ici même, du haut de cette estrade, de la bouche d'hommes franchement dévoués à la cause catholique. Ces deux manifestations, quel que soit le sort que la Providence réserve à l'illustre Pontife qui en était l'objet, resteront, dans l'histoire du Canada, comme une preuve glorieuse de l'attachement profond, du dévouement sincère des citoyens de la vieille ville de Québec à la personne vénérée de Pie IX, et à la cause sacrée de la vérité et de la liberté catholiques.
Ce sera aussi la gloire de l'Université Laval, — qu'il me soit permis de le dire en finissant, — oui, ce sera la gloire de cette institution, au milieu des difficultés et des obstacles semés sur son chemin, d'avoir en toute occasion encouragé et secondé de ses plus grands efforts ces démonstrations magnifiques de foi et de sympathie religieuse auxquelles vous avez tous pris part. Messieurs, et qui sont en partie votre œuvre.
L'Université Laval qui doit à Pie IX son existence comme université catholique, l'Université Laval, fondée pour ainsi dire par Pie IX, soutenue, bénie, protégée
par Pie IX, sera toujours fière de rappeler à tous, amis ou ennemis, comme un honneur et une justification, les circonstances nombreuses et solennelles où, s'unissant aux citoyens de Québec et de la Province entière, elle protesta avec eux comme elle le fait encore ce soir, énergiquement et sincèrement, de son dévouement sans bornes, de sa soumission profonde et filiale au plus grand comme au plus malheureux des Pontifes.
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Sermon ôur la Sainteté