LE 24 JUIN
Uhi spiritus Domini, ihi lihertas.
Là où est l'esprit du Seigneur, là est la liberté.
2 Cor., III, 17.
Mes Frères,
Ce n'est pas une vaine et stérile cérémonie que nous venons remplir aujourd'hui en nous réunissant dans ce temple de la religion. Rien de vain, rien de stérile dans le culte catholique ; et ce serait faire injure à vos sentiments que de supposer un seul instant que l'acte religieux qui vous rassemble est une simple formalité.
Votre présence dans l'immense enceinte de cette église, l'enthousiasme religieux et patriotique que je lis sur vos fronts, renferment un enseignement précieux, revêtent une signification qui ne saurait échapper à personne. C'est un acte qui parle de lui-même, et fait entendre à sa manière le langage d'une haute et éloquente protes-
tation. Elle vous honore, mes Frères, autant qu'elle réjouit l'Eglise, cette manifestation éclatante que chaque année vous renouvelez avec le même zèle patriotique, avec la même ardeur religieuse. Elle vous honore, et elle se traduit par les sentiments les plus nobles, auxquels je ne ferai que prêter, en interprète docile, mon humble parole.
Que dit-elle, que laisse-t-elle entendre, cette pieuse cérémonie à laquelle nous assistons ce matia ?
Elle dit que vous vous reconnaissez redevables à la religion de grandes choses, de services inappréciables. Elle dit que pour vous. Canadiens, enfants de la vieille France catholique, l'autel de la patrie ne se sépare pas de l'autel de la rehgion. Elle dit votre attachement comme peuple à la foi de vos pères, et aussi votre persévérante reconnaissance. Elle dit enfin, — ce que tous vous croyez et sentez, — que l'Eglise, pour vous, c'est plus qu'une alliée ou une amie, c'est une protectrice et une mère qui a sa place marquée, la place d'honneur, dans toutes les fêtes qui se rattachent à votre existence nationale. Enfants de cette Eglise, membres de la société religieuse comme de la société politique, vous ne voulez pas séparer des intérêts qui doivent s'unir, vous ne voulez pas isoler l'une de l'autre deux causes que Dieu a jointes ensemble. Citoyens d'un pays libre, vous aimez la liberté politique ; chaque année cependant, au sortir des luttes diverses que le temps et les circonstances amènent, vous venez reconnaître, proclamer, en face des autels, que la religion est la source et la plus puissante garantie de la vraie liberté. Patriotes sincères, dévoués à votre pays, vous venez encore demander à la religion les inspirations de votre culte et de votre amour pour la patrie.
Ce sont ces deux sentiments, ou je me trompe beaucoup, qui en ce moment s'agitent surtout dans vos âmes :
*' amour de la liberté véritable, soucis du véritable patriotisme. " Permettez que je m'attache à ces deux idées, et que je vous fasse voir brièvement comment l'Eglise^ garantit et bénit ce qui fait ainsi l'objet de vos préoccupations les plus vives. Uhi spiritus Dei, ibi libertas.
La liberté ! combien se passionnent pour elle sans avoir une idée juste de ce qu'elle comporte, sans trop savoir ce que signifie ce mot fascinateur dont on abuse si étrangement ! Qu'est-ce donc que la liberté ? Qu'est-ce surtout que la liberté politique dont notre histoire raconte les luttes si glorieuses et dont il convient, ce semble, dans un jour de fête nationale, de parler ?
Je réponds brièvement : la liberté politique, et je prends ces mots dans leur sens le plus élevé, c'est une application et comme une adaptation de la liberté morale, source et principe de toutes les libertés humaines.
La -liberté morale, mes Frères, vous la connaissez, sinon par la spéculation, ce qui n'est possible qu'à un petit nombre, du moins par l'expérience, par la pratique, et par l'usage. Tous les jours de votre vie, vous l'exercez. Chaque fois que vous vous trouvez engagés dans la lutte entre le devoir et la passion, entre la justice et l'intérêt propre, entre la loi qui commande et l'inclination mauvaise qui regimbe ; chaque fois que vous sentez intimement en vous-mêmes, dans le sanctuaire de vos âmes, qu'il faut choisir entre le bien et le mal, et que vous opérez ce choix, autant de fois vous exercez la liberté morale, liberté inhérente à l'être intelligent et raisonnable, qui le distingue parfaitement de l'être matériel et sans raison, en lui donnant la puissance d'agir par lui-même et avec la conscience de ce qu'il veut faire.
Voilà en quoi consiste cette liberté essentielle et fondamentale. Or, on peut le dire, la liberté politique n'est pas autre chose que la liberté morale des peuples, la liberté de l'homme-peuple ; car un peuple, c'est un homme collectif, et la force d'un peuple, c'est d'être comme un seul homme, et de n'avoir dans sa vie sociale qu'une âme et qu'une volonté.
Appliquez donc à une nation considérée dans son être propre, les conditions essentielles de la liberté morale, et vous aurez la liberté politique : c'est-à-dire le pouvoir d'agir par soi-même, c'est-à-dire la faculté de prendre part, au moins par un libre suffrage, si ce n'est par un concours immédiat, à la direction de la chose publique, faculté qui requiert dans son exercice l'intelligence, le développement convenable du sens social, l'exemption de toute coaction extérieure, de toute pression injuste, et surtout une connaissance suffisante du but de la société et des devoirs imposés à tout citoyen par sa double qualité d'homme et de chrétien. Autrement ce ne serait pas la liberté, ce serait le désordre, la licence, l'anarchie, le despotisme.
Et par cela même que la liberté politique s'appuie sur la liberté morale et la suppose ; par le fait qu'elle n'en est qu'une application et une efflorescence, le rôle de la religion, du christianisme, dé l'Eglise catholique dans ses rapports avec la liberté des peuples, devient clair, positif, indéniable.
J'affirme donc, mes Frères, et mon affirmation rencontrera, j'en suis sûr, l'entière sympathie de vos idées et de vos sentiments, j'affirme que l'Eglise catholique fondée pour accomplir sur la terre l'œuvre chrétienne, est un foyer d'institutions libres, et que l'esprit de l'Eglise féconde et favorise la yraie et saine liberté. Ubi spiritus Dei, ibi lihertas.
Voyez en effet la manière dont elle s'est établie dans le monde ; étudiez les phases diverses de son existence depuis dix-huit siècles. Vous trouverez que ses voies sont absolument contraires à celles des autres religions. Toutes les autres Eglises sont dans la main des puissances de la terre ; le pouvoir spirituel s'y confond avec le pouvoir temporel ; ce sont des institutions purement nationales, circonscrites par les limites d'un royaume, d'une république ou d'un empire. Dieu merci, il n'en est pas ainsi de l'Eglise du Christ. Elle n'est pas nationale, mais universelle. Et c'est précisément ce qui fait qu'elle s'élève au-dessus des intérêts humains, qu'elle plane dans une région plus haute d'où elle domine la terre entière ; c'est ce qui explique comment elle conserve toute la beauté de sa nature, toute la liberté de son action ; comment, ne relevant que de Dieu seul, supérieure à toutes les puissances terrestres, indépendante dans ses attributions de tous les pouvoirs du monde, elle devient pour les peuples comme pour les individus le fondement et la sauvegarde de leurs, plus chères libertés.
Elle se pose devant les hommes, en vertu même de ses titres divins, comme une puissance spirituelle autorisée. Forte de la parole de Jésus-Christ, elle se dresse en face des pouvoirs temporels et leur dit : '' Je viens du ciel, je tiens ma mission d'en Haut, et je suis envoyée ici-bas pour annoncer l'éternelle vérité ; je viens, au nom de Dieu, combattre le mal, protéger l'innocence, proclamer le droit, faire respecter la justice, poursuivre le crime, enseigner la vertu. Telle est ma mission ; telle est aussi la puissance que je dois exercer en ce monde ; elle s'étendra sur tous, peuples et rois, parce que les rois sont hommes, comme les derniers des sujets. "
Eh bien ! mes Frères, une telle institution, je le répète, c'est la réalisation même de la liberté sociale sage-
ment comprise, parce que c'est l'affranchissement de l'âme humaine, et que ce bienfait soustrait à l'action despotique des tyrans la partie la plus noble de notre être et la fait dépendante de Dieu seul et de ses ministres. Oui, si la vraie liberté règne dans le monde, si nous en avons l'idée exacte, inconnue à l'antiquité païenne, si nous jouissons dans une large mesure des avantages et de la gloire d'une juste et saine liberté politique, liberté ample, généreuse, qui n'exclut personne, et qui ne suppose ni l'esclavage, ni l'ilotisme, ni l'anarchie des pouvoirs, c'est à l'Evangile que nous le devons ; c'est par l'esprit du christianisme que cette liberté peut se développer et s'affermir ; c'est l'Eglise catholique qui l'a fondée, •et c'est l'Eglise catholique qui la maintiendra.
Nous ne disons pas que c'est l'Eglise qui a donné aux nations des chartes, des constitutions, des lois politiques. Ce n'est point là sa mission. Mais ce que nous disons, c'est qu'elle répand sur les hommes l'esprit de Dieu, et par là même la liberté véritable ; c'est qu'elle jette dans le temps des paroles d'éternité, et que ce sont là des semences fécondes qui, avec les siècles, lèvent, grandissent, et produisent des fruits de force et de salut.
Regardez la société depuis Jésus-Christ. Comptez les unes après les autres les libertés réelles, je ne dis pas les libertés fausses, qui s'y sont épanouies ; et ditesmoi si l'Eglise, depuis sa fondation, n'a pas été à la tête de tout mouvement noble et généreux ; dites-moi si on ne l'a pas toujours vue la première à l'œuvre quand il s'est agi d'effacer du monde quelque servitude, la dernière sur la brèche, quand il a fallu défendre contre le despotisme les droits inviolables des peuples et des individus. Ai-je besoin de citer des exemples ? Ils sont aussi nombreux qu'éclatants. Qu'il me suffise de rappeler les noms de deux nations à jamais célèbres
dans les fastes historiques, l'Irlande et la Pologne.
L'Irlande ! j'admire les luttes pacifiques qu'elle a livrées ; j'admire les longues et victorieuses campagnes de l'illustre O'Connell ; et si j'emploie le mot ''campagnes," «'est qu'en effet O'Connell était à sa manière un vrai guerrier, et qu'il a fait plus pour l'Irlande avec le glaive de la parole et en s'appuyant sur le droit, que les plus grands conquérants n'auraient jamais pu faire avec le glaive des combats. Oui, j'admire les nobles luttes de cette nation chrétienne. Mais j'affirme en même temps que c'est à l'Eglise surtout qu'elle doit ses triomphes et ses conquêtes ; j'affirme que le jour où l'Irlande refuserait d'écouter et de suivre la voix de l'Eglise, ce jour-là marquerait le terme de ses gloires et ouvrirait peut-être une ère nouvelle de malheurs. La noble cause de l'Irlande, — c'est l'espoir de tous les amis de la justice, c'est la prière ardente de tous les hommes de cœur, — cette cause triomphera pourvu que la révolte et la violence ne viennent pas troubler l'œuvre de Dieu, pourvu que l'Irlande demeure fidèle à l'esprit des chefs qui comprennent la liberté comme l'entend l'Eglise, et qui puisent dans leur foi, dans leur attachement aux saines doctrines, l'inspiration et la lumière de leur patriotisme.
J'ai nommé aussi la Pologne ; et il suffit en effet de prononcer ce nom qui éveille de si justes et de si profondes sympathies, pour rappeler en même temps quel noble appui l'Eglise, par la voix de l'immortel Pie IX, ne cessa de prêter à la nation mourante. Seule, vous le savez, au milieu d'un silence honteux pour les grandes puissances de l'Europe, seule cette voix magnanime retentit aux oreilles du persécuteur, lorsque déjà sa proie allait rendre le dernier souffle ; seule vous l'avez entendue et l'entendez encore protester, au nom de l'éternelle justice, contre l'iniquité des faits accomplis.
Mes Frères, l'histoire du monde entier vient à Fappui de la thèse si vraie que je regrette de ne pouvoir qu'effleurer en ce moment. Lisez-la, cette histoire, vous y verrez partout éclater ce fait incontestable : c'est que l'Eglise n'a jamais cessé de travailler avec fermeté, et en même temps avec douceur, au véritable affranchissement de l'humanité ; c'est que si les peuples ont fait la conquête de certaines libertés précieuses, si les siècles ont vu se rompre une à une les chaînes que le monde païen avait forgées à la honte de l'humanité, cela est dû à la lutte persévérante, aux énergiques efforts et aux courageuses protestations de l'Eglise.
Cette divine énergie, cette puissante vitalité de la société religieuse, elle se manifeste aujourd'hui encore d'une manière admirable dans les actes qui se déroulent au sein du Concile du Vatican, et dont les échos nous arrivent de plus en plus consolants. Représentez-vous un instant cette auguste assemblée, cette réunion de sept cents évêques travaillant tranquillement, malgré la violence des bruits extérieurs, sous l'œil de leur chef et sous le regard de Dieu, à l'œuvre du saint Concile. Je le demande à tous ceux qui ne sont pas tout à fait étrangers à la nature de ces délibérations : est-ce là le spectacle du despotisme ? Honte à ceux qui ont prononcé ce mot impie ! Non ! c'est le spectacle et l'œuvre même de la liberté, de la liberté des enfants de Dieu. Et l'Eglise, grâces lui en soient mille fois rendues, en repoussant avec fierté les tentatives de pression que les gouvernements voudraient mettre en œuvre, l'Eglise donne au monde la plus forte garantie et la meilleure assurance que le Concile continue en réalité et d'une manière efficace le travail salutaire des siècles chrétiens, l'affranchist^ement noble et fécond de l'humanité entière.
La religion, mes Frères, favorise donc le culte de la vraie liberté. J'ajoute qu'elle favorise également, et qu'elle bénit de tout son pouvoir le vrai patriotisme.
Ici, mes Frères, ma tâche devient facile. Il me f^uffit de dire comment il faut entendre le patriotisme digne de ce nom, pour faire voir l'élément religieux dans ce sentim^ent si noble, si pur, si élevé qui nous anime tous et qui doit animer tout bon citoyen.
Qu'est-ce donc que le patriotisme ? Est-ce seulement un enthousiasme factice ? est-ce la fureur brutale d'une passion aveugle et désordonnée ? C'était là, si vous le voulez, le patriotisme des sociétés païennes, parce que les païens ne voyaient rien, absolument rien au-dessus de la chose publique, parce que, dans ces siècles de ténèbres spirituelles, la religion se confondait avec l'Etat, et que les citoyens appartenaient tout entiers, âmes, corps et biens, à la patrie de la terre. Pour nous, chrétiens, le devoir patriotique prend une autre signification. Le vrai patriotisme, celui qu'enseigne et qu'approuve l'Eglise, implique nécessairement une idée supérieure : c'est une forme spéciale de la foi et de la charité. Le citoyen le plus dévoué, le patriote le plus ardent, avant d'appartenir à la patrie terrestre, fait partie d'une autre société, plus grande, plus haute, qui élargit ses vues, élève ses espérances, assure la liberté et la dignité de son âme. Il peut aimer la patrie, il le doit même, mais jamais jusqu'à l'adoration, comm.e faisaient les païens ; il peut se dévouer pour la patrie, et il y est même tenu dans bien des circonstances, mais que le miobile de son dévouement soit un sentiment chrétien, jam.ais l'aveugle fanatisme.
Est-ce à dire, comme on n'a pas craint de l'affirmer
de nos jours, que l'Eglise veut effacer l'idée de patrie ? Non, mes Frères, l'Eglise n'affaiblira jamais dans les âmes ce ressort vigoureux qui les rend capables de si grandes chsoses ; jamais elle ne prêtera la main à cette guerre injuste et dangereuse que des hommes mal inspirés déclarent à nos plus nobles sentiments. Sans doute chaque homme est un membre de ce grand corps qu'on appelle l'humanité, et c'est la gloire du christianisme d'avoir enseigné au monde la vraie fraternité, qui dépasse les limites d'un territoire ou l'enceinte d'une cité, pour ne s'arrêter qu'aux confins de la terre. Sans soute encore l'Eglise catholique est une patrie commune où toutes les nations doivent se rencontrer, pour y trouver l'union dans les mêmes principes et la direction vers une même fin. Il n'y a, il ne peut y avoir d'universel ici-bas que la religion. Mais l'Eglise elle-même, tout en se déclarant la patrie de tous les hommes, approuve cependant, sanctifie et consacre l'idée nationale, le sentiment de la patrie, ce sentiment qui fait qu'on s'attache à une terre en particulier, à une histoire, à des traditions, à une langue, à une nationalité, et qu'on est prêt à défendre tout cela au péril même de sa vie.
Qu'on ne dise donc pas qu'un bon catholique ne peut pas être un excellent patriote ; qu'on ne dise pas que ses principes religieux l'empêchent de vouer à la patrie l'intégrité de ses forces et de son dévouement. Il donne à la patrie, à la corporation politique dont il fait partie, tout ce qu'elle a raisonnablement droit d'attendre de lui. Mais il n'oublie jamais que toute société terrestre n'est, en définitive, qu'un moyen pour arriver à un but supérieur. Sa vertu civique est réglée et limitée par les principes de sa foi, et la foi du vrai chrétien domine toujours l'âme du citoyen. C'est pourquoi son patriotisme revêt un caractère hautement religieux et qui le rend
fort et durable. Ce n'est plus une passion sauvage, aveugle, brutalement exclusive ; c'est un sentiment noble, éclairé, d'où jaillit l'héroïsme véritable et un enthousiasme de bon aloi.
Ce sentiment, mes Frères, encore une fois, il est naturel au cœur de l'homme, et le vice lui-même ne parvient pas à l'en déraciner. Mais la religion chrétienne le retrempe à des sources plus pures et plus fécondes. Pour un chrétien, l'amour de la patrie puise dans les pensées de la foi une vigueur et une ardeur nouvelles. Pour un peuple chrétien, pour le peuple canadien surtout dont l'histoire s'identifie avec l'histoire même du christianisme en ces contrées, défendre et aimer sa patrie, ce n'est plus seulement aimer et défendre un territoire, des biens, des intérêts temporels, c'est encore aimer et défendre tout un passé, tout un patrimoine de gloires et de grandeurs religieuses, tout un héritage de travaux consacrés à l'expansion de la foi et de luttes soutenues pour le Christ et pour l'Eglise.
Voilà ce que doit être le patriotisme digne de ce nom ; voilà comment l'Eglise comprend ce sentiment très naturel à l'homme, et comment elle sait en faire un levier puissant pour le bien, et un principe des plus belles et des plus glorieuses entreprises.
Je n'ajouterai que quelques mots. En vous parlant, mes Frères, de ce que la vraie liberté et le culte éclairé de la patrie doivent à l'Eglise du Christ, je crois être entré dans l'esprit de cette fête. Je me flatte, en même temps, de n'avoir pas faussement interprété les sentiments qui nous animent, vous et moi, lorsque nous venons ensemble offrir à la religion le tribut de notre reconnaissance pour le passé, et déposer au pied de Dieu, pour l'avenir, la demande de nouveaux secours.
Bien des voix avant la mienne ont proclamé, dans ces
fêtes annuelles de la piété nationale, les droits sacrés et de plus en plus visibles que l'Eglise possède à notre attachement, à notre amour, à notre entière et inaltérable confiance. Mais aujourd'hui plus que jamais, au souvenir d'une histoire marquée par des luttes admirables, et en face d'un avenir assez incertain et de perspectives qui parfois flottent comme des nuages sombres dans le ciel de nos espérances, il me semble que c'est un devoir pour nous, pour tous les membres de notre chère famille canadienne, de nous rappeler quelles ont été dans le passé, et quelles seront toujours les solides garanties de notre bonheur public.
Notre passé : c'est une lutte constante, soit sur les champs de bataille, soit dans l'arène de la politique, pour la possession entière de nos légitimes libertés. Eh bien ! c'est avec assurance que je le dis : sans l'appui et les efforts de la religion, cette lutte n'aurait pas eu pour nous les résultats heureux dont nous jouissons. Bien plus, j'oserai l'affirmer, c'est la religion, c'est le clergé, c'est l'Eglise surtout qui nous a faits ce que nous sommes, un peuple, encore petit par le nombre, mais noble par le rôle historique qu'il a joué, et appelé, tout l'indique, aux plus hautes et aux plus magnifiques destinées.
Quels que soient donc les difficultés ou les embarras de l'heure présente, quelles que soient les inquiétudes ou les craintes de l'avenir, une chose paraît certaine : c'est que, en restant fortement attachés à la foi et aux mœurs de nos pères, nous pourrons, quoi qu'il arrive, faire face avec succès aux événements les plus imprévus ou les plus redoutés.
Des transformations politiques ont déjà modifié notre vie publique sans altérer notre caractère national. S'il nous fallait en subir encore,et si jamais de graves circonstances venaient de nouveau éprouver notre fermeté,
nous trouverions, esp6rons-le, dans les mobiles de notre foi, dans notre amour profond de la vraie liberté, dans le dévouement éclairé de notre patriotisme, nous trouverions, dis-je, les forces, les lumières et le courage suffisants pour conserver tout ce qui nous est cher et tout ce qui nous est nécessaire comme peuple catholique et comme peuple français.
C'est le vœu que je formule avec conviction, et que je dépose ce matin avec respect aux pieds de la patrie canadienne.