‹ Echos et glanuresChapitre 18 sur 51 · PRONONCÉ DANS L'ÉGLISE DE SAINT-ROCH LK 8 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

PRONONCÉ DANS L'ÉGLISE DE SAINT-ROCH LK 8 DÉCEMBRE

Eœe enim ex hoc beatam me dicent omnes generotiones.

Et voici qu'à dater de ce moment toutes les générations m'appellf ront bienheureuse.

S. Luc, I, 48.

Est-ce Torgueil, est-ce l'inspiration qui met dans la bouche de cette jeune fille, la descendante, il est vrai, d'une famille royale, mais enfin d'une famille déchue, les paroles extraordinaires que je viens de citer ?

Ce ne peut être ni l'orgueil ni la présomption ; car la raison qu'elle donne elle-même pour appuyer ce langage en apparence si hardi, c'est que le Seigneur a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante. Il faut que ce soit le souffle d'en haut. — Oui, mes Frères, c'est l'Esprit -Saint lui-même qui lui prête ces paroles. Marie parle sous l'influence de l'action divine, et elle prédit qu'à partir de ce jour, c'està-dire à dater du moment où elle est devenue la Mère du Sauveur, et à cause même de cette incomparable dignité, pendant tous les siècles et jusqu'à la consommation des temps toutes les générations l'appelleront bienheureuse.

Si cette prédiction est vraie, et nous ne pouvons pas

en douter, puisqu'elle est renfermée dans les Saintes Ecritures, il doit donc y avoir dans le monde et jusqu'à la fin des temps une succession ininterrompue de chrétiens qui rendront à la Vierge Mère un culte d'honneur, de vénération et de louanges.

Et si vous me demandez où sont ces générations de dévots enfants de Marie, la réponse est aussi facile à donner qu'elle est consolante pour tous les membres de la grande famille catholique. — L'Eglise catholique seule honore la Vierge Marie d'un culte véritable et proportionné à sa dignité de Mère de Dieu ; l'Eglise catholique seule ne se lasse jamais, dans ses prières publiques et dans ses offices les plus solennels, de chanter les louanges de Marie et de la proclamer bienheureuse ; l'Eglise catholique seule répand par la terre entière, de l'Aurore au Couchant, du Midi au Septentrion, à travers tous les siècles et jusque dans les régions les plus éloignées et les plus barbares, le nom et la gloire de Marie.

Il s'en suit que l'Eglise catholique seule renferme en son sein ces générations non interrompues dont parle la Vierge inspirée, et qui remplissent à la lettre la prophétie que r Esprit-Saint a mise sur ses lèvres. C'est là un fait public, éclatant, indiscutable. Nous sommes les seuls, nous catholiques, qui formions en l'honneur de Marie, cette chaîne continue d'hommages solennels dont son regard prophétique a vu se dérouler dans l'avenir les anneaux séculaires.

Et maintenant si nous voulons connaître le fondement d'un fait aussi extraordinaire ; si, afin de nous affermir davantage dans une croyance et une pratique dont nous sommes justement fiers, nous nous demandons pourquoi ce culte ? pourquoi ces fêtes religieuses et solennelles ? pourquoi cette vénération si grande, ce respect si profond, cette confiance si vive ? Ah ! vous êtes les premiers,

mes P>ères, à élever la voix et à répondre avec l'Eglise : — Pourquoi ? c'est d'abord parce que Dieu lui-même nous en a donné l'exemple ; pourquoi encore ? c'est à cause de l'excellence et de la dignité singulière de Marie, Mère du Rédempteur.

Dieu, je vous le demande, pouvait-il honorer une femme d'une manière plus haute et plus éclatante, qu'en la choisissant dans ses éternels conseils pour être la Mère de son Fils ? Et cependant de toute éternité, lorsque de ce regard divin devant lequel tout est présent et qui embrasse tous les événements futurs, il vit que l'homme tomberait du trône de gloire sur lequel il devait l'élever, entraînant avec lui sa race tout entière ; lorsque, pour relever l'homme de cette chute dégradante et pour le ramener à la vie de la grâce, il décréta aussi de toute éternité d'envoyer dans le monde son Fils unique, la seconde personne de la très Sainte Trinité, et de lui faire prendre notre nature mortelle, il statua également que Marie serait la femme privilégiée dont la chair servirait à former le corps du divin Sauveur. De toute éternité donc, Marie fut choisie pour cette œuvre sainte par Dieu le Père ; et voilà pourquoi, en tête même des livres inspirés, immédiatement après l'histoire de la chute de l'homme, vous lisez ces paroles que Dieu adresse au serpent infernal : ''Je placerai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ; et elle t'écrasera la tête. "

Cette femme élue, et si puissante, et qui doit écraser la tête du serpent, quelle est-elle ? Ah ! vous la reconnaissez, mes Frères, c'est celle qui, en donnant naissance au Sauveur, répare les ruines accumulées par le péché d'Eve, et rétabht l'homme coupable dans l'amitié de Dieu. C'est Marie, associée dans les pensées et les décrets de Dieu, au Rédempteur lui-même, et dès lors indispen-

sable à la réalisation de ses miséricordieux desseins.

Aussi les patriarches de l'ancienne loi qui soupirent après la venue du Messie, les prophètes qui l'annoncent dans leurs écrits tant de siècles avant son apparition sur la terre, ne séparent jamais du Christ Rédempteur cette femme privilégiée, cette Vierge de Judée, cette tige de Jessé sur laquelle devait germer et fleurir un rejeton divin. C'est donc leur exemple, l'exemple des prophètes inspirés de Dieu, l'exemple des patriarches et des justes de la loi ancienne, c'est plus que cela, c'est l'exemple et l'enseignement du Très-Haut lui-même, que nous suivons lorsque nous rendons honneur à la Vierge Marie.

Mais ce premier motif n'est pas le seul qui dicte notre conduite ; ce n'est même pas le motif principal et fondamental. Le fondement de notre culte, il faut le chercher dans l'admirable titre et l'incomparable dignité de Mère du Sauveur.

Marie, Mère du Sauveur ! Dignité si excellente et si sublime, dignité tellement au-dessus de notre faible compréhension que toute bouche humaine se sent impuissante à en parler convenablement ! Parcourez en effet la création entière depuis le Paradis terrestre jusqu'à nos jours ; portez le regard de votre esprit jusque dans les sphères les plus hautes, et repassez par votre imagination toutes les hiérarchies célestes, les anges, les archanges, les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Puissances et les Dominations ; rien, rien de tout cela n'est comparable à la grandeur de Marie, parce que nul ne peut dire, comme Marie, à Dieu lui-même : " Vous êtes mon Fils, et c'est moi qui vous ai donné la vie ; c'est de moi que vous avez reçu ce corps, ce sang, tout ce qui constitue votre nature humaine ; et comme cette nature humaine est unie à votre nature divine dans une seule et même personne divine, tout Dieu que vous êtes, je suis vraiment votre mère, je

suis la Mère de Dieu ; comme telle, tout Dieu que vous êtes, vous me devez honneur, amour et respect, ce respect, cet honneur et cet amour qu'un fils doit à sa mère, et qu'une Mère a droit d'attendre de son fils. "

Voilà, mes Frères, le fondement inébranlable du culte que nous rendons à Marie, et sur lequel l'Eglise appuie tout cet ensemble d'hommages, de vénérations, de pieuses et ardentes intercessions qu'elle ne craint pas d'étaler à la face du monde entier, quoi qu'en puissent dire ou croire ceux qui, comme les Protestants, séparent ce que Dieu lui-même a uni d'une manière si étroite, acceptent le Fils et repoussent la mère.

Pour nous, comprenant tout ce que renferme de grand et de consolant ce titre de Mère de Dieu, nous croyons qu'à l'exemple de Jésus lui-même, le plus aimant comme le plus aimable des enfants des hommes, nous ne pouvons assez bénir et aimer cette créature privilégiée entre toutes, l'honneur et le salut de notre race, qui a été placée entre le ciel et la terre comme protectrice et médiatrice de tout le genre humain.

Avec combien de raison donc nous lui décernons les titres les plus flatteurs, et nous lui attribuons les prérogatives les plus nobles, les qualités les plus éminentes î Elle est la Mère de Dieu : tout est renfermé dans ce mot^ et les dons les plus insignes de la nature et les bienfaits les plus précieux de la grâce. Elle est la Mère de Dieu, et son Fils est en même temps son Créateur.

Faut-il être surpris si le Verbe divin, prévoyant detoute éternité qu'il prendrait dans le temps un corps et une âme comme nous, a voulu faire de celle qui serait sa Mère le chef-d'œuvre et comme l'idéal de la création ? Faut-il s'étonner s'il a voulu lui donner, suivant l'expression même des Ecritures, la pure beauté de l'aurore, l'éclatante splendeur du eoleil ; s'il a voulu qu'elle fût exempte-

•non seulement de tout péché actuel, mais encore, par un privilège spécial, de la souillure originelle ? Comment en effet supposer que le Rédempteur des hommes venant dans le monde pour détruire le péché, eût consenti à avoir pour Mère une femme souillée de la tache inhérente à notre nature rebelle et pécheresse !

Eh quoi ! Marie aurait été prédestinée par Dieu pour écraser la tête du serpent, et Satan -pourrait se dresser en face de Jésus-Christ lui-même, et lui dire avec vérité: '' Ce temple dans lequel vous êtes demeuré pendant neuf mois, je l'ai habité avant vous ! Ce corps et ce sang, dont vous avez tiré la substance de votre humanité, ont été soumis à mon empire ! La femme qui vous a donné la vie a été autrefois mon esclave ! " Non, mes Frères, Jésus-Christ, Fils éternel du Dieu qui est la sainteté et la pureté par essence, ne devait pas permettre que Satan pût jamais tenir un pareil langage. Et le même décret qui élevait Marie à la dignité de mère de Dieu, l'exemptait •en même temps de la loi générale du péché d'Adam en lui accordant le privilège d'une conception sans tache.

Ce privilège, quelque grand qu'il soit, n'était en réalité qu'une conséquence rigoureuse de la dignité de Mère du Sauveur conférée à celle qui, selon les vues et les •desseins de Dieu, devait jouer un rôle si important dans l'œuvre de la rédemption et dans l'économie tout entière du christianisme.

Nous le voyons donc, mes Frères, la croyance et la pratique de l'Eglise au sujet de la Vierge Immaculée, reposent sur les fondements les plus solides, sur les motifs les plus rationnels et les plus évidents. Le culte de la Sainte Vierge que nous honorons dans sa conception bénie, c'est la Trinité entière qui nous le commande et nous en a donné l'exemple : Dieu le Père, en choisissant Marie avant tous les temps pour être la Mère du Rédemp-

leur; Dieu le Saint-Esprit, en la recevant pour son épouse; Dieu le Fils en s'incamant mystérieusement dans son sein. Et jamais l'Eglise dans les transports les plus vifs de son admiration et de son amour pour celle qui n'a de supérieurs que les personnes divines ne pourra rendre à Marie tout l'honneur que demande et comporte sa dignité de Mère de Dieu.

Oh ! que oe culte est consolant, et qu'il est grand et beau le rôle d'avocate, de patronne, de mère secourable et compatissante que l'Eglise se plaît à reconnaître à la Vierge Immaculée ! Soyons donc fiers de prendre part aux concertg d'éloges qui sans cesse s'élèvent de toutes parts en l'honneur de cette Vierge admirable, de sa conception très pure, de sa bonté sans bornes, de sa puissance glorieuse.

Nous nous rappelons les paroles mises par l'Ecriture sur les lèvres de Marie : " Voici qu'à partir de ce moment toutes les générations m'appelleront bienheureuse. " — Dieu soit loué, mes Frères, nous sommes de ces générations ; nulle part mieux que parmi nous, ces paroles prophétiques ne trouvent leur écho et leur accomplissement. Jamais, dans ce pays, le nom de Marie n'a été séparé du nom de Jésus ; nos plus anciennes églises, nos institutions les plus vénérables, tous les monuments de notre histoire témoignent hautement de la dévotion de nos ancêtres envers Marie, et surtout envers Marie Immaculée. Recueillons avec amour et reconnaissance ces pieuses traditions, et efforçons-nous de les transmettre fidèlement à ceux qui viendront après nous.

Que de jour en jour le culte de Marie jette dans nos cœurs de plus fortes et de plus profondes racines ! Prionsla pour nous ; prions-la pour ceux qui ne la prient pas, et qui auraient tant besoin de sa puissante intercession. Prions-la encore, dans ce jour si honorable pour elle où

l'Eglise montre avec orgueil le plus beau fleuron qui ait été attaché à sa couronne, n'oublions pas de la prier pour l'Eglise elle-même, pour son Chef affligé et persécuté. C'est au grand Pontife qui gouverne actuellement la société religieuse, c'est à l'initiative et à la piété de Pie IX que Marie doit de voir le monde catholique professer unanimement, comme dogme de foi, le mystère de sa Conception Immaculée. Demandons-lui, en retour, d'obtenir au Pape et à toute l'Eglise la paix et le triomphe, et à nous tous, ses enfants, le bonheur de la chanter éternellement dans le ciel avec son divin Fils. Ainsi soit-il.

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Sermon 6ur la paneton

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