Sess, XXV
L'Ecriture confirme pleinement cette doctrine. '^ Les vingt-quatre vieillards, nous dit l'Apocalypse, se prosterneront devant l'Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes d'or pleines de parfums, qui sont les prières des saints. " Judas Machabée nous parle d'une vision dans laquelle il aperçut Onias, qui avait été grand prêtre et qui était mort, levant les mains au ciel et priant pour les Juifs. Le prophète Zacharie rapporte la prière d'un ange faite au Seigneur : " Seigneur des armées, jusques à quand n'aurez-vous pas pitié de Jérusalem et des villes de Juda, contre lesquelles votre colère s'est élevée ? " Ces témoignages sont absolument concluants.
Le ciel, du reste, n'est-ce pas la possession de tout bonheur véritable ? Et pour une mère, im frère, un ami, quelle jouissance plus pure, et quel bonheur plus digne de l'état bienheureux, que de prier, d'intercéder, de travailler en faveur de ceux qui leur sont chers, et de savoir que Dieu reçoit ces prières, et qu'elles sont utiles à ceux qui en sont l'objet ? Pourquoi refuser aux saints une puissance qui répond, si bien aux plus profonds instincts du cœur, aux plus belles conceptions de l'esprit ? Au ciel, sans doute, nous le savons par les oracles sacrés, la foi et l'espérance s'absorbent dans la vision béatifique ; mais la charité demeure. Elle demeure avec sa double fonction qui est de chérir Dieu, et le prochain en Dieu ; elle ne change pas de nature. Là donc aussi elle se prouve par des œuvres ; là aussi elle présente les nobles caractères que lui assigne ici-bas l'Apôtre ; elle est avant tout *' bienveillante, " caritas henigna est ; rien déplus naturel qu'elle s'exerce en faveur de ceux qui s'adressent aux saints pour obtenir leur intercession et leur assistance.
La mort, il est doux de le penser, la mort qui brise les liens de la chair, ne rompt pas ceux de l'esprit. Sur la terre les saints étaient unis à nous dans une pieuse asso-
dation de prières et de secours spirituels ; ils étaient avec nous membres d'une même société, l'Eglise, qui est le corps mystique du Christ. Cette société, la foi nous l'assure, cette communauté religieuse existe après comme avant la mort, et les liens qui l'entretiennent au ciel n'en sont que plus étroits et plus sacrés.
Vous voyez donc, mes Frères, combien est rationnel le culte que nous rendons aux saints. Il en est de même du culte des images, des statues et des reliques, dont je vais maintenant vous dire quelques mots.
En ce qui regarde les images, l'Eglise enseigne par la voix du Concile de Trente " qu'on peut avoir, surtout dans les temples, des images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge, et des autres saints, et qu'on doit leur rendre l'honneur et le respect qui leur est dû ; non qu'on croie qu'il y ait en elles aucune divinité ni vertu, mais à cause des personnes auxquelles elles se rapportent. "
Tel est l'enseignement de l'Eglise, aussi fondé en raison que facile à comprendre. Cependant, les ennemis du catholicisme ne cessent d'attaquer ce point de doctrine. Ils prétendent qu'il est défendu par le premier commandement de Dieu de faire, pour des raisons de culte, des images ou des statues. Ils ne font pas attention sans doute, qu'en donnant au premier commandement ce sens exclusif, ils mettent Dieu en contradiction avec lui-même ; car, pour ne citer qu'un endroit des Ecritures, n'ont-ils jamais lu la description du temple de Salomon, bâti par l'ordre du Seigneur ? Ce temple, le plus somptueux que la terre ait jamais vu, était orné, nous disent les Livres Saints, d'un nombre incalculable de figures, d'images, d'emblèmes et de symboles qui en recouvraient les murs et les portes. Ne
serait-il pas étrange que Dieu, dans le décalogue, défendît les images et les statues, et qu'il en autorisât une telle profusion dans son propre temple ?
Autre chose étrange. C'est que ceux-là mêmes qui nous objectent ce précepte tiré de l'Exode, sont les premiers à l'enfreindre. Je le demande au voyageur qui a visité Londres : n'a-t-il pas vu dans la fameuse abbaye de Westminster, dans l'immense église de Saint-Paul, tout un monde d'êtres symboliques ? Je le demande à ceux qui nous reprochent de garder, soit dans nos églises soit dans nos maisons, soit sur nous-mêmes, les images ou les statuettes des saints : ne gardent-ils pas dans leurs salons les portraits de leurs ancêtres, de leurs parents, de leurs amis ? N'élèvent-ils pas sur les places publiques des statues en l'honneur de leurs grands hommes ? Ne font-ils pas eux-mêmes frapper leur ressemblance, afin de la transmettre à leurs enfants ? Cependant tout cela, s'il fallait s'en tenir à leur interprétation, tout cela serait contraire, absolument contraire au commandement de Dieu, et euxmêmes en ce cas devraient s'avouer coupables de transgresser les lois du ciel.
Mais non, mes Frères, ce commandement qu'ils nous opposent, n'est pas ce qu'ils disent. Il ne défend qu'une chose que tous les catholiques, grâce à Dieu, évitent avec soin : il défend de faire des images et des statues, nos dieux, nos idoles ; il défend de les adorer et de les servir, et voilà pourquoi vous lisez en toutes lettres, dans ce premier commandement : ^' Vous ne les adorerez, ni ne les servirez. "'
Les adorons-nous, ces images ? Non. Nous nous agenouillons devant elles, nous nous découvrons devant elles, nous les baisons, c'est vrai. Mais qu'est-ce que tout cela ? C'est simplement l'expression de notre respect, de l'amour, de la vénération, que nous éprouvons pour les personnes qu'elles représentent. Et ceux-là mêmes qui nous adres-
sent à ce sujet de si vifs reproches, n'ont-ils jamais baisé, et pressé contre leur cœur, le portrait d'une mère chérie, d'une épouse, d'un ami ? Qu'auraient-ils alors répondu à l'importun qui se serait scandalisé de cet acte d'amour filial et qui aurait crié à l'idolâtrie ? " Vous ne comprenez pas, lui auraient-ils dit, non, vous ne comprenez pas l'acte que je viens de faire. Ce n'est pas que je croie que l'âme de ma mère soit là sur cette toile, dans les lignes de cette peinture ; mais comment puis-je voir cette ressemblance, comment puis-je contempler ces traits sans me rappeler vivement celle que j'ai tant aimée ? Elle est au ciel, j'en ai la confiance ; mais c'est pour moi une consolation que de garder son image ; ce portrait qui me rappelle ma mère, qui la fait revivre pour ainsi dire sous mes yeux, c'est ce que j'ai de plus cher au monde. " — Rien de plus sensé que cette réponse : elle est la raison même. Or, que faisons-nous autre chose à l'égard des images des saints, nos meilleurs amis, nos modèles, nos frères? A ceux donc qui nous font un crime de vénérer leurs images, de prier devant une statue de la sainte Vierge, de nous agenouiller devant un crucifix, nous devons répondre à notre tour : " Nous croyez-vous assez dénués de sens et de raison pour placer dans ce bois, cet ivoire, ce marbre, cette peinture, le terme de nos hommages, de notre vénération ? Ne voyez-vous pas que notre pensée, aidée et soutenue par cette ressemblance qui est là devant nos yeux, se porte ailleurs, que nos sentiments s'élèvent plus haut, pour atteindre l'objet réel de notre culte ? "
Si nos accusateurs étaient de bonne foi, ils devraient 86 rendre à pareille remarque, si évidemment raisonnable.
Je me hâte d'arriver à la question des reliques, pour ne pas trop prolonger cette instruction.
^' Il faut, dit encore le Concile de Trente, honorer les corps des martyrs et des autres saints, qui ont été les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint- Esprit, qui ressusciteront pour jouir de la vie éternelle, et par lesquels Dieu accorde beaucoup de grâces aux hommes. "
Nous trouvons dans ce passage très lumineux, outre l'exposé de la doctrine catholique, les principaux motifs sur lesquels s'appuie le culte que nous rendons aux restes mortels des saints.
Les saints étaient sur la terre les membres vivants de Jésus-Christ. Or, de même que Jésus-Christ, en mourant, n'a pas cessé d'être la tête de l'EgHse, son corps mystique, de même aussi les saints ne cessent pas, à leur mort, d'être les membres de ce corps spirituel. Et comme c'est de la tête que se communique aux membres la vie et l'animation, il est juste également que les membres participent, dans une certaine mesure, au respect qui est dû à la tête. Le chef de l'Eglise, étant Dieu et homme, doit être par nous adoré ; mais les membres, ayant reçu de lui l'adoption divine, ont droit de recevoir des hommes un culte d'honneur et de vénération. Je suis le cep de la vigne, dit Jésus-Christ, et vous êtes les branches. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, porte beaucoup de fruits ; car vous ne pouvez rien faire sans moi.
Cette parole du Sauveur est précieuse ; elle renferme toute la doctrine catholique de la communion des saints. Nous honorons les reliques des saints, à cause de leur union intime avec Jésus-Christ, et l'honneur que nous leur rendons rejaillit sur Jésus-Christ lui-même.
Ici, encore, mes Frères, permettez que je vous signale l'accord admirable de la raison avec les doctrines de notre foi.
La véritable amitié ne s'étend-elle pas à tout ce qui
touche de près ou de loin celui qui en est l'objet ? Chaque famille n'a-t-elle pas un sanctuaire du souvenir, et comme un musée sacré où elle garde avec religion diverses choses qui ont appartenu aux ancêtres ? Telle personne meurt, que vous vénériez, que vous aimiez ; que faites-vous ? N'ayant pu la conserver elle-même, vous tâchez du moins, par quelque objet qui était sien, ne serait-ce qu'un morceau d'habit, ne serait-ce que quelques cheveux, d'en perpétuer auprès de vous la mémoire. — Le culte des reliques n'est pas autre chose que ce respect dû aux morts. Et vous qui me reprochez de garder avec honneur, d'entourer de respect, les ossements de ceux qui ont versé leur sang pour la foi, qui ont illustré l'Eglise par l'héroïsme de leurs vertus, qu'est-ce donc que vous faites, lorsque vous cultivez la tombe de vos parents, de vos amis ; lorsque vous allez y déposer des fleurs, y répandre des larmes ; lorsque vous élevez sur leurs ossements des monuments superbes ; lorsque vous exigez de tout le monde le respect le plus grand pour ces enclos sacrés qu'on appelle cimetières, dans lesquels cependant se trouvent, à côté des citoyens les plus dignes, des monstres d'impiété, d'injustice ou d'immora- Hté ?
Tant il est vrai, mes Frères, que la religion de Jésus- Christ n'offre à l'esprit et au cœur de l'homme que des enseignements qui s'harmonisent, malgré leur supériorité, avec les lois les plus constantes de la nature, et qui répondent aux plus nobles instincts de l'humanité !
C'est donc avec raison que nous vénérons les reliques des saints comme nous vénérons les saints eux-mêmes. Nous croyons que d'elles-mêmes elles n'ont aucun pouvoir, ni aucune vertu ; mais que Dieu se plaît souvent à accorder des faveurs à ceux qui s'en servent comme d'un moyen de toucher son cœur ou de fléchir sa colère.
Cette croyance, c'était celle du prophète Elisée, qui
sépara les eaux du Jourdain en les frappant avec le manteau d'Elie ; celle qui porta cette femme malade dont il est question dans l'Evangile, à toucher la frange de la robe du Sauveur afin d'être guérie ; celle des chrétiens du temps de saint Paul, lesquels obtenaient de Dieu les miracles les plus éclatants, en appliquant aux infirmes et aux malheureux les mouchoirs et les linges qui avaient touché le corps du grand apôtre ; celle encore des mêmes chrétiens des temps primitifs dont la foi, simple et robuste, arrachait à Dieu, par l'ombre seule de saint Pierre projetée sur les malades, les plus extraordinaires guérisons.
Cette croyance, vous le voyez donc, mes Frères, elle n'est ni nouvelle ni dénuée de sens. Elle s'appuie, au contraire, comme le culte des images et des saints, sur les principes mêmes de la foi catholique, sur la doctrine si belle, si admirable de la communion des saints. En vertu de cette doctrine, nous estimons que la mort ne brise pas tous les liens qui régnaient sur la terre entre l'homme et l'homme, entre le chrétien et le chrétien. Nous croyons que les sentiments d'affection qui jaillissent du cœur d'une mère pour des enfants déjà arrivés au ciel, trouvent dans le cœur de ceux-ci un écho, un écho d'autant plus fidèle que là-haut les sentiments sont plus purs, les affections plus saines et plus vives. Nous croyons qu'à la mort de nos parents, de nos frères, de nos sœurs, de nos amis, tout rapport d'amitié et de parenté n'est pas suspendu. Nous ne voulons pas admettre ce définitif éloignement, ce voile obscur, impénétrable, cet abîme infranchissable jeté entre les vivants et les morts, entre la terre et le ciel. Et nous croyons que repousser cette froide et cruelle séparation, ce n'est pas tant faire acte de foi catholique que se montrer simplement raisonnable et chrétien.
Admirons donc les beautés touchantes de notre religion, qui nous assure au ciel autant de protecteurs et d'intercesseurs qu'il y a d'esprits bienheureux déjà admis à la jouissance du souverain Bien. Et chaque jour demandons à Dieu, par l'intermédiaire des anges et des saints, la grâce de le posséder comme eux, de le célébrer avec eux pendant toute l'éternité. Ainsi soit-il !
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Sermon 9ur le Ciel