‹ Echos et glanuresChapitre 24 sur 51 · Rom., XII · texte numérisé non relu

Rom., XII

le ciel ? En vertu de quelle loi ont-ils perdu leurs titres à ce respect ? Et en vertu de quel principe avons-nous perdu nous-mêmes le droit de les vénérer et de traduire nos sentiments envers eux ?

Mais j'entends nos frères séparés nous dire : " Vous ne vous contentez pas d'honorer les saints ; vous les invoquez, vous les priez. "

En effet, et pourquoi pas ? Ne nous est-il pas permis -de nous demander mutuellement des prières ici-bas ? Un fils ne peut-il dire à son père : Mon père, veuillez prier Dieu pour moi ? Une fille ne peut-elle demander à sa mère le même pieux secours ? Y a-t-il une secte chrétienne •où il ne soit loisible de se recommander de cette manière aux prières des autres, de ses parents, de ses amis, de tous ceux qui jouissent du prestige de la sainteté ? Que maintenant ces mêmes personnes à qui vous vous recommandiez sur la terre, meurent et aillent au ciel ; pourquoi vous serait-il défendu d'élever votre regard vers elles et d'implorer leur intercession ? Le principe est le même, absolument le même, les circonstances seules sont changées.

On nous dit encore : '' Si les saints pouvaient prier pour moi, intercéder pour moi, ce serait faire injure au grand médiateur placé entre le ciel et la terre, car, suivant les paroles de saint Paul, il n'y a qu'un Dieu, et qu'un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ.

Je réponds : Pourquoi alors demandez-vous à vos Amis, aux personnes pieuses, le secours de leurs prières sur la terre ? En quoi différera leur intercession lorsqu'ils seront au ciel ? Si la prière qu'ils adressent pour vous maintenant ne fait point injure à Jésus-Christ, comment sera-t-elle injurieuse plus tard ? Vous allez, je suppose, sortir du confessionnal, votre confession est faite et bien faite. Le prêtre vous a absous au nom de Jésus- Christ, dont il est le représentant. Vous avez entendu

ses conseils, ses exhortations, il vous semble dorénavant que vous serez plus courageux dans la lutte. Toutefois vous vous défiez encore de vous-même, et confiant dans la charité de votre confesseur, vous lui dites avant de vous éloigner : '' Mon Père, vous savez combien il m'est difficile de vivre chrétiennement ; je voudrais être vertueux, mais je suis si faible : priez donc pour moi.'^ Je vous le demande, croyez-vous avoir par là fait injure à Notre-Seigneur dans son office de médiateur ? Et si le prêtre, comme vous en avez l'espoir, prie pour vous^ croyez-vous que cette prière sera un empiétement sur les fonctions médiatrices de Jésus-Christ ? — Ce confesseur en qui reposait toute votre confiance, qui connaissait votre cœur et vous dirigeait dans les voies de Dieu, est mort maintenant, et vous n'avez pas le moindre doute qu'il ne soit au ciel. Vous, vous êtes encore sur la terre, au milieu des mêmes difficultés et des mêmies combats ; et, vous adressant de nouveau à lui, vous lui dites du fond de votre misère : '' Vous qui jouissez aujourd'hui de la récompense de votre courage et de vos vertus, qui communiquez directement avec Dieu, vous connaissez mieux que personne de quelles grâces j'ai besoin, priez, je vous en conjure, ne cessez de prier pour moi. " Encore une fois, n'y a-t-il pas toujours là, malgré le changement de situation, le même principe en jeu ? Et si ce juste pouvait prier pour vous lorsqu'il était sur la terre, ne le peut-il plus aujourd'hui qu'il est au ciel ?

L'erreur de ceux qui nous reprochent le culte que nou& rendons aux saints, c'est de ne pas distinguer une double médiation qui existe toutefois réellement. Sans doute Jésus-Christ est le seul Rédempteur, le seul Sauveur, et sous ce rapport, son office ne peut être partagé ni par les saints ni par les anges. Mais, outre cet office de souverain médiateur qui est propre à Jésus-Christ seul^

il y il celui (l'intercesseur, cjui appartient à tout homme juste sur la terre, aux anges et aux saints dans le ciel. C'est ce que le Concile de Trente exprime lorsqu'il dit : " Il est bon et utile d'invoquer les anges et les saints, d'avoir recours à leurs prières, secours et assistance, afin d'obtenir les faveurs de Dieu, par le moyen de son Fils, Jésus-Christ, qui est seul notre Rédempteur et notre Sauveur. ^ "

Telle est la doctrine de l'Eglise. Elle distingue clairement entre l'office de suprême Médiateur et celui de simple intercesseur. Nous croyons que Jésus-Christ seul est l'auteur de tout don spirituel ; que les saints en cela n'ont par eux-mêrres, et indépendamment de Jésus-Christ, aucun pouvoir ; que tout ce qu'ils peuvent faire, c'est de lui adresser nos demandes et nos prières. Y a-t-il quelque chose de plus raisonnable ? Supposons que vous désiriez obtenir une situation dans un service public, et que cette situation, le gouverneur général seul puisse vous l'accorder. Au lieu de vous adresser directement à ce dernier, vous recourez aux bons offices d'un ami jouissant en haut lieu d'une légitime influence, et vous le priez d'intercéder pour vous. Est-ce que par cette démarche vous faites injure à celui qui exerce parmi nous le pouvoir souverain ? Nullement, et c'est même un double honneur que vous lui rendez : vous reconnaissez d'abord que lui seul peut vous accorder la faveur que vous sollicitez, et de plus vous êtes la cause que votre ami, en portant votre requête aux pieds de l'autorité suprême, y dépose le même respecteueux hommage. Ne jugeons pas autrement, mes Frères, les prières que nous adressons aux anges et aux saints pour obtenir de Dieu, par leur entremise, les grâces dont nous avons besoin.

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