VOIX DE FRANCE
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uand ils parurent tous trois : le futur Cardinal, le futur Monsignore et Lui, la rentrée battait son plein à Santa Chiara. On s'empressait nombreux autour des nouveaux venus ; curieux, surtout, de dévisager ceux qui s'appelaient euxmêmes, en riant, des sauvages.
On loua copieusement les deux premiers.
Comment faire autrement ? Ils étaient si avenants, si bons, et s'affirmaient déjà très remarquables.
Pour Lui, huit jours n'étaient pas écoulés, qu'on le définissait : c^est un charmeur ! Tant il se montrait à l'aise et mettait tout le monde à l'aise ; tant il recrutait déjà d'amis !
De quoi était fait ce charme ? De tout ce qu'il était : distinction, bonté, entrain, attraction cordiale, sans prétention. Et aussi
je crois, beaucoup d'oubli de soi-même.
Il savait s'assortir aux hommes et aux choses : butinant partout, comme l'abeille, le bien et le beau ; et, malgré sa santé chétive, faisant rayonner sur tout, son contentement et sa belle humeur.
Toujours malade, Louis Paquet était, nonobstant, le plus vivant des élèves de Santa Chiara. Il menait sa vie au pas de charge : aussi ardent à la distraction qu'au travail, et traitant tout en virtuose, tout, jusqu'à ses délassements et à ses promenades.
Quand, de sa voix claire, il nous chantait vos vieilles chansons canadiennes, on se groupait autour de Lui sur la voie Nomentane ou sous les bocages de Frascati. Et lorsque d'une voix qui, après avoir ri, s'oubhait parfois à l'émotion, il soupirait :
et ton ami
U oiseau hleu s^est endormi.
on aurait pleuré volontiers et l'on passait, avec lui, sur d'autres rivages.
Mais il ne s'imposait pas. Il excellait, au contraire, à mettre en valeur les aptitudes et les petits talents des autres. Il y avait donc toujours beaucoup de monde autour de lui. Son esprit d'entraîneur et de boute-en-train ne chômait jamais. Sous les ombrages de Panifîli ou de la Villa Borghese, il provoquait à
chanter, à causer, à discuter, à raconter, à dépeindre : sur chaque pays, sur chaque diocèse, sur tout ce qu'un étudiant impressionnable peut avoir déjà recueiUi et emmagasiné. Et, à la fin, quel que fût l'intérêt de ces petites académies, chacun se reprochait, à part soi, d'avoir usurpé un rôle, que lui seul savait tenir.
N'insistons pas sur l'orateur, le philosophe et le théologien que tous ont connu à Québec.
Je n'ai assisté qu'à son examen de Licence, si mes souvenirs ne me trompent pas. Quelle sûreté de langue ! Quel brio ! Quelle présence d'esprit ! Ce fut une fête de l'entendre, et pour lui aussi, je le crois, quelle joie de lutter !
Il mena cela tambour battant, avec l'illustre Franzelin, qui ne put s'empêcher d'esquisser ce jour-là un demi-sourire, ravi qu'il était de se voir battu par ses propres armes. — ^^ Ce petit coq français, observa le P. Cardella, chante déjà son Doctorat en Théologie. "
Assez pour aujourd'hui. N'oublions pas que Louis Paquet savait être souvent d'une modestie farouche.
Quand nous nous revîmes pour la dernière fois, Louis Paquet et moi, près de quarante hivers avaient neigé sur nos têtes. Mais chez
lui, c'était toujours le même printemps d'humeur, de grâce souriante et de juvénile vivacité. Toujours la même voix prenante, bien que légèrement voilée ; toujours la même sympathie rayonnante, qui dore les moindres choses et provoque à éterniser les conversations. . .
Nous étions de bonne foi tous les deux, en nous complimentant réciproquement. Nous nous trouvions bien conservés tous deux et encore verts. . . Toujours la même illusion des vieux qui confondent la chaleur de l'amitié avec la chaleur de la vie ! Et, secrètement, nous nous flattions de la possibilité d'une autre rencontre. . .
Elle aura lieu, en effet. Elle ne tardera pas : — non au Canada, ni à Paris, mais là où il est déjà avec tant de nos Maîtres bien-aimés, tant de nos camarades cueillis avant nous ; — au banquet de ces vraies Noces d'or, dont Dieu lui-même est l'amphytrion et dont le service est fait par ses anges.