PAR LE
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Eminentissime Seigneur, Messeigneurs \
Mes Révérendes Mères
et mes bien chères Sœurs, Mes Frères,
Lorsque nous célébrions, voici trois ans à peine, les noces d^or sacerdotales de M. l'abbé Louis-Honoré Paquet, nous ne pensions pas qu'il nous faudrait si tôt pleurer la perte de ce prêtre vénérable dont nous admirions alors la verte vieillesse. Lorsque dans sa paroisse natale, j'eus à prendre la parole, à l'occasion de ce jubilé, j'étais loin de songer que retom-
1. Son Êminence le Cardinal Bégin, Archevêque de Québec ; Nos Seigneurs Bruchési, Archevêque de Montréal ; Labrecquc, Evêque de Chicoutimi ; et Brunault, Evêque de Nicolet.
berait sur moi le douloureux honneur de redire en cette chapelle, dont il fut l'ouvrier, ce qu'a été cette vie qui vient de s'achever.
D'autres voix plus autorisées que la mienne auraient pu, ce me semble, remplir cette tâche ; mais se dérober, n'eût-ce pas été, pour un fils de saint François, faire preuve d'ingratitude envers celui à qui la famille franciscaine tout entière doit une impérissable réconnaissance ; envers celui qui, avec l'appui bienveillant de l'autorité diocésaine, prépara le retour des Frères Mineurs à Québec ; envers celui qui, pour tous les enfants de saint François et en toutes circonstances, s'est montré bienfaiteur infatigable, je dirai mieux. Père plein de vigilante soUicitude et d'inébranlable affection ?
M. l'abbé Louis-Honoré Paquet naquit le 23 octobre 1838, à Saint-Nicolas, dans une des familles d'agriculteurs les plus marquantes de cette paroisse. Il y passa les douze premières années de sa longue vie. Son intelligence et ses talents précoces, chose qui semble héréditaire en cette famille, ne tardèrent pas à attirer l'attention de son curé, le frère de Mgr Baillargeon. En 1850, il entrait au Séminaire de Québec où facilement il fit de brillantes études. En 1859, bacheher-ès-arts, il
entrait au Grand Séminaire. A cette époque, sa santé commençait à donner des inquiétudes et, pour ménager ses forces, il fut, simple séminariste, attaché à Tarchevêché de Québec, eomme assistant-secrétaire de Mgr Baillargeon. Le 21 septembre 1862, il recevait l'onction qui consacre les prêtres du Seigneur. Qui eût pensé alors que ce jeune prêtre, à la santé débile et sur qui la mort semblait déjà étendre la main, achèverait, à deux jours près, sa cinquante-troisième année de vie sacerdotale ? Et quelle vie !
Les lèvres du prêtre doivent être les gardiennes de la science et de la vérité, labia sacerdotis custodient scientiam. (Mal. ii, 7). M. Tabbé Louis-Honoré Paquet n'a pas failli à la tâche ; ce fut un homme de doctrine. Cette doctrine, il alla la puiser à ses sources les plus pures. Après une année de repos qui suivit son ordination, il partit pour Rome en eompagnie de son frère, le futur Recteur de l'Université Laval, Mgr Benjamin Paquet, de douce mémoire ; en compagnie aussi de celui qui devait ajouter une nouvelle gloire au siège métropolitain de Québec, déjà illustre à tant de titres divers, nous avons tous nommé notre
archevêque bien-aimé, Son Eminence le cardinal Bégin.
Après trois années d^études brillantes, quoique rendues difficiles par une santé toujours chancelante, Monsieur Louis, comme on aimait à rappeler au Séminaire de Québec, revint au Canada, et, à TUniversité Laval, occupa successivement la chaire de philosophie et Tune des deux chaires de Théologie dogmatique. Il devait rester attaché au Séminaire de Québec, soit en qualité de professeur, soit en quahté de directeur, durant près de trente années. Ce que fut son enseignement durant cette période la plus brillante de sa vie, ceux-là peuvent le dire qui ont eu l'heureuse fortune d'avoir l'abbé Louis-Honoré Paquet comme professeur, professeur toujours clair, net, hmpide dans l'exposé de la doctrine ; ceux-là aussi qui ont eu l'heureuse fortune d'entendre cet orateur toujours éloquent, toujours captivant dans les différentes chaires où il fut invité à annoncer la parole de Dieu ; ce causeur, ce controversiste, ce conférencier, toujours avidement désiré, et non moins avidement écouté, soit à l'Université Laval dans ses conférences de droit pubhc ecclésiastique, soit à la Malbaie dans ses conférences apologétiques. Dieu seul sait le nombre d'âmes qu'il a éclairées, qu'il a ramenées à la pratique
de la religion, qu'il a fait rentrer dans le bercail du divin Pasteur, grâce à Faction d'En- Haut préparée par la clarté, la netteté de cet enseignement qu'il savait toujours donner avec une délicatesse et une charité dignes d'une âme vraiment sacerdotale. Si la faiblesse de sa constitution physique n'y avait mis obstacle, que n'aurait pu donner cette intelligence d'élite, libre de prendre tout son essor ! Malgré sa faible santé, l'abbé Louis- Honoré Paquet n'en fut pas moins un ouvrier très actif dans la vigne du Seigneur. Tout en occupant à l'Université Laval la chaire de Théologie dogmatique, il trouvait encore le moyen de consacrer ses loisirs aux intérêts temporels, intellectuels et spirituels du pensionnat de Belle vue qui lui a toujours gardé une profonde reconnaissance des dix années environ qu'il lui a consacrées.
Un jour vint où M. l'abbé Louis-Honoré Paquet estima qu'une vie moins sédentaire que celle du professorat conviendrait mieux à son état de santé. Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque de Québec songeait alors à établir dans son diocèse l'Œuvre de l'Adoration Perpétuelle. La Providence lui envoyait, à son heure, l'ouvrier et les ouvrières de cette œuvre
chère à son cœur de prêtre et de pasteur des âmes.
Les ouvrières d'abord, c'étaient les Franciscaines Missionnaires de Marie, arrivées depuis peu à Québec, et que, selon vos propres paroles, Eminence, vous établissiez pour être la garde d'honneur permanente autour du trône de Jésus, au nom de V archidiocèse tout entier.
L'ouvrier ensuite, ce fut M. l'abbé Louis- Honoré Paquet, qui quitta alors le Séminaire de Québec, et qui, durant vingt années accomplies le 5 septembre dernier, consacra à cette œuvre tout ce que le bon Dieu lui avait donné de talents, d'énergie et de persévérance.
A cette œuvre naissante, il fallait d'abord un asile. Et sur les hauteurs dominant la vieille cité de Québec, l'on vit bientôt et comme par enchantement s'élever et monter vers le ciel ce temple magnifique qui nous réunit en ce moment, et qui, permettez-moi encore, Eminence, de citer vos propres paroles, — je ne saurais mieux dire, — est comme V expression imposante et durable des sentiments du diocèse tout entier envers le Dieu caché qui continue dans V Eucharistie sa mission de Rédempteur du monde.
M. l'abbé Louis-Honoré Paquet eut vite compris qu'aux Franciscaines Missionnaires de Marie, gardiennes titulaires de l'Eucharistie,
il fallait adjoindre au dehors un nombre plus considérable d'adorateurs et d'adoratrices ; et, toujours avec la même bienveillante faveur qui accueillait les initiatives intelligentes de son chapelain, le sanctuaire du Très Saint- Sacrement, à Québec, devint le centre diocésain de l'Association de l'Adoration Perpétuelle.
Au milieu des préoccupations et des multiples affaires qu'entraînait la construction de l'église et du monastère, la santé de M. l'abbé Louis-Honoré Paquet s'affermissait ; et avec une santé meilleure, il voyait aussi s'élargir le champ de son activité : n'y était-il pas invité par les encouragements de ses Supérieurs ? C'est ainsi que le Tiers-Ordre de Saint François, déjà merveilleusement florissant dans la paroisse dirigée par les RR. PP. Oblats, à Saint-Sauveur, vit se créer un nouveau centre dans l'église du Très Saint Sacrement. C'est ainsi encore que les Religieux du Premier Ordre de Saint François rentrèrent à Québec, après une longue absence, et trouvèrent en la personne de M. l'abbé Louis-Honoré Paquet l'ami généreux et dévoué qui devait pendant quinze années remplir, au nom du Souverain Pontife, les fonctions de Syndic Apostolique, c'est-à-dire d'administrateur des biens et des propriétés, à l'usage des Frères Mineurs.
Ces vingt dernières années de M. l'abbé Louis-Honoré Paquet furent donc vingt années de vie eucharistique et franciscaine. A cette vie il se donna tout entier ; par amour pour cette œuvre, il ne recula devant aucun sacrifice ; il crut même devoir laisser se relâcher des relations bien chères ; et de cela, je le sais, son âme fidèle garda une plaie qui ne s'est jamais cicatrisée.
A cette œuvre eucharistique et franciscaine, il consacra son cœur. Et grand Dieu ! quel cœur que celui de Tabbé Louis-Honoré Paquet ! Cœur magnanime: il ignora toujours ce qui de près ou de loin aurait pu ressembler à du ressentiment ; prompt à oublier la peine qu'on avait pu lui faire, l'abbé Louis-Honoré Paquet eût été incapable de ne pas pardonner ! Cœur fidèle: rien au monde ne pouvait le détacher des œuvres et des personnes à qui il avait une fois voué son affection et son dévouement ! Cœur généreux : lorsqu'il s'agissait des autres, il ne regardait jamais à la dépense ! Rien de plus frappant que le contraste qui existait entre les goûts simples et modestes de ce prêtre, en tout ce qui le touchait personnellement, et ses allures distinguées de grand seigneur, lorsqu'il s'agissait de rem-
plir envers ses amis les devoirs de l'hospitalité.
Cœur charitable : s'il s'en trouve un seul ici qui ait fait appel à la charité de ce prêtre désintéressé et qui ait essuyé un refus, qu'il se lève et qu'il le dise ! Ah ! vous tous qui avez eu le bonheur de l'approcher, n'est-il pas vrai que M. l'abbé Louis-Honoré Paquet fut l'incarnation de la bonté, de la charité la plus délicate et la plus dévouée ? Oui, ils sont légion ceux qui, pour un motif ou pour un autre, pour une œuvre ou pour toute autre fin légitime, ont bénéficié de son inépuisable libéralité ! Son bonheur était de faire des heureux. Et cependant, chose admirable, chose incompréhensible, cet homme, ce prêtre, qui avait passé sa vie à donner sans compter, il se demandait avec crainte quelques jours à peine avant sa mort, s'il avait, dans sa vie, fait assez de charités. Tant la véritable vertu s'ignore elle-même !
Une telle vie ne pouvait être couronnée que par une sainte mort. Cette mort plus menaçante depuis deux ans apparut à M. l'abbé Louis-Honoré Paquet, en ces derniers mois, comme inévitable ; et courageusement, sacerdotalement, il fit à Dieu le sacrifice de sa
vie et se prépara à mourir. Oh ! il ne fut pas exempt des terreurs que ce moment redoutable fait naître dans les plus saintes âmes. Mais ces terreurs elles-mêmes ne donnaient que plus de valeur et plus de mérites à l'humble abandon, à la parfaite résignation dont était pénétrée l'âme du regretté défunt. A ceux qui l'interrogeaient sur sa santé, il avouait ses incessantes souffrances ; mais jamais un murmure, jamais une plainte ne s'échappait de ses lèvres. Chapelain de celles qui s'offrent à Dieu en victimes pour VEglise et pour les âmes, et, si j'ose ainsi parler, identifié avec elles depuis vingt ans,^ lui aussi, dans une union constante avec Dieu, prêtre du Christ, il s'offrait en victime expiatoire !
L'heure approchait où l'exil de cette âme allait finir ! Incapable de parler, il réussit cependant à manifester son désir de recevoir une fois encore l'Extrême-Onction et le Saint Viatique. Incapable de soulever ses membres affaiblis, mais aidé par ses infatigables infirmières, il bénit ses chères Franciscaines Missionnaires de Marie réunies par groupes autour de lui ; il bénit les membres de sa famille accourus à son chevet ; il bénit les humbles et les petits, vers qui d'instinct allaient toujours ses plus délicates attentions ; et peu
à peu, sans heurt, sans secousses, lentement, doucement, il rendit son âme à Dieu, le dimanche, 19 septembre 1915, à une heure du matin.
C'en est donc fait ! Nous ne reverrons plus cet aimable vieillard à la physionomie sympathique où l'intelligence et la distinction le disputaient à la bonté ! Nous ne pourrons plus venir nous éclairer auprès de cet ami, de ce conseiller judicieux, prudent, entendu dans les affaires, et dont on ne regrettait jamais d'avoir suivi les directions, écouté les avis ! Nous n'entendrons plus tomber de ces lèvres harmonieuses cette parole séduisante qui, en faisant pénétrer dans nos esprits les rayons lumineux de la vérité, venait aussi réchauffer et embraser notre cœur d'amour pour la vertu !
En la personne de M. l'abbé Louis-Honoré Paquet un grand nombre perdent un ami fidèle ; la famille franciscaine voit disparaître un père vénéré et tendrement aimé ; le diocèse de Québec, et l'Éghse, au Canada, un prêtre véritablement selon le cœur de Dieu !
J'ai fini, Mes Frères, mais laissez-moi, avant de quitter cette chaire, vous livrer, comme suprême hommage à celui que nous pleurons,
ces paroles de nos Saints Livres ; elles me semblent exprimer en toute vérité les sentiments de vous tous qui fûtes les amis de M. Fabbé Louis-Honoré Paquet : Memoria in compositionem odoris, sa mémoire est un parfum composé des plus suaves odeurs ! In omni ore quasi met indulcahitur ejus memoria^ sur toutes les lèvres son souvenir sera doux comme le miel. Ainsi soit-il !