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Le Journal de Québec, 11 mars

de verve qu'était Tabbé Paquet, s'était donné libre carrière. Voici le compte-rendu que nous lisons dans V Evénement du 8 mars 1875 : '' Il y avait hier soir à l'Institut Canadien conférence donnée par M. l'abbé L.-H. Paquet devant un auditoire d'élite, tant dames que messieurs. La réputation de M. l'abbé Paquet comme théologien des plus distingués, prédicateur des plus populaires, était connue et est fort grande à Québec. Il a démontré hier soir qu'au besoin le talent de causeur spirituel ne lui fait pas défaut. Le savant abbé a amusé son auditoire pendant plus d'une heure dans une charmante causerie sur la Vie des bains à Ussat. "

L'année 1876 fut encore très bien remplie. Notre zélé prédicateur distribua le pain de la vérité tantôt au personnel du Couvent de Bellevue dont l'œuvre occupait alors dans sa vie une si large place, tantôt aux religieuses Ursulines et à leurs élèves qui appréciaient si hautement la clarté de sa doctrine et la distinction de sa parole, tantôt aux fidèles de la Haute- Ville pour qui il prononça, dans la Cathédrale, le sermon de l'Ascension. Ce sermon sur le ciel fit grande impression ; il trahissait en même temps que l'orateur maître de lui-même et de sa diction, le professeur de dogme à la science claire et à l'esprit pénétrant.

L^auditoire si cultivé qui se presse d'ordinaire dans les nefs de Téglise métropolitaine de Québec ne se lassait pas de l'entendre. Il fit pour lui en 1877 deux grands sermons, l'un sur la papauté en présence de S. E. Mgr Conroy, Délégué Apostolique, l'autre sur le serment. Le sermon sur la papauté, dont nous avons pu retrouver la substance, mérite, croyons-nous, de prendre place dans ce recueil.

Cette même année 1877, l'abbé Paquet prêcha chez les Révérends Pères Jésuites, à la Purification, et dans sa paroisse natale, Saint-Nicolas, lors de la bénédiction du couvent où enseignent depuis cette époque les Sœurs de la Charité. Mentionnons de plus l'éloge du cardinal Franchi, Préfet de la Propagande et premier Cardinal protecteur de l'Université Laval, qu'il prononça le 8 octobre à l'Université devant le Délégué Apostolique, le Lieutenant-Gouverneur et tous les évêques de la Province de Québec, et qui peut être considéré comme un modèle de tact, de délicatesse et d'éloquence académique. " L'abbé Louis Paquet (écrit V Evénement du 9 octobre 1877) a pris ensuite la parole et il a fait le panégyrique de l'illustre Cardinal que Pie IX a bien voulu donner comme protecteur à l'Université. Cet éloge fait en termes délicats et élevés, a provoqué un assentiment unanime. La finesse de diction de l'orateur et l'éloquence

de style de récrivain ont justement excité la vive admiration de l'auditoire, heureux en même temps de voir si bien louée une des plus grandes figures de la Cour de Rome. ''

Dans le cours de l'hiver, l'abbé Paquet avait donné à l'Université une série de conférences sur le droit public de l'Eglise en s'inspirant de la grande théologie romaine dont il s'était nourri aux pieds de la chaire apostolique. Ce cours fait sans vaine rhétorique, mais non sans forte doctrine, eut le plus grand succès.

Et c'est pourquoi, l'année suivante, le docte conférencier remonta dans sa chaire pour y traiter en sept leçons des questions fondamentales du droit naturel et social.^ Déjà son frère, l'abbé Benjamin, avait donné lui aussi, à l'Université, quelques années auparavant, un cours de droit naturel et de droit des Gens, et avait livré à la publicité sous le titre de libéralisme les leçons les plus actuelles de ce cours (leçons qui eurent l'honneur d'une édition romaine avec Bref du Saint-Père et éloges de la Civiltà cattolica). L'abbé Louis-Honoré reprend à son tour le même thème inépuisable pour l'exploiter à sa manière et sous une forme nouvelle. Il s'agissait évidemment d'un cours

1. Voir V Abeille du 18 avril 1878. On y trouvera une analyse des leçons de l'abbé Paquet, ainsi que de celles que donnait le même hiver l'abbé Bégin sur l'histoire de l'Église.

élémentaire. Le conférencier en prévient ses auditeurs dès le début : ''Le seul attrait, dit-il, que ce cours offrira est celui qui s'attache à l'exposition et à l'intelligence de la vérité. Je m'efforcerai d'être simple, clair et utile, rien de plus : je ne viserai nullement à la beauté de la forme, mais toujours à la solidité du fond. " Les notes qui sont restées attestent tout à la fois que le fond fut solide, et que la forme elle-même, sans être recherchée, ne cessa d'offrir le charme d'une langue faite de clarté sereine et de précision élégante. Le lecteur trouvera plus loin une analyse des leçons philosophiques de l'abbé Paquet. Ce travail n'empêcha point notre cher abbé de porter, cette même année, sur divers autres théâtres l'activité de sa parole et de son zèle. Il prêcha à la Cathédrale " en termes émus " (dit V Abeille) sur les gloires de saint Joseph, et il fit aux Ursulines, pour les Enfants de Marie du monde, une conférence qui dut être très goûtée, car l'année suivante nous retrouvons le conférencier au même endroit et devant le même auditoire.

L'abbé Paquet excellait dans ce genre de causerie. Mêlé plus que d'autres prêtres à la société, il en connaissait particuhèrement les besoins. Il savait ce que doit être, dans le monde, une femme chrétienne, et c'est à en tracer le tableau, d'après l'Evangile et d'après le sens

catholique, qu^il consacrait ces entretiens simples, spirituels, et éminemment utiles. La femme chrétienne, pour lui, doit allier aux pratiques de la piété et à Turbanité des manières, le travail manuel : il faut qu'elle soit ^^ une excellente maîtresse de maison. C'est FEsprit-Saint qui le dit. '' Toutefois ces soins manuels n'excluent pas tout effort intellectuel. Et faisant la distinction entre le bas bleu et le simple instrument de ménage, entre la femme savante et la femme qui ne pense pas, Fabbé Paquet marquait avec une rare justesse à quelles conditions et dans quelle mesure il convient que la femme se livre aux choses de Fesprit, quels avantages pour elle-même et pour son mari elle peut retirer de ce commerce intellectuel sagement réglé, et combien il serait injuste et malséant de la confiner exclusivement à ses chiffons. Il signalait du reste avec soin les dangers à éviter soit dans le choix des livres, soit dans la manière de les lire. L'année 1879 nous montre Fabbé Paquet prêchant en outre à Saint-Joseph de Lévis à l'occasion de la bénédiction d'une statue de saint Honoré, à Sillery où il donne des instructions de retraite, au couvent de Jésus-Marie et au monastère des Ursulines où il célèbre par sa parole éloquente le 25^ anniversaire de la définition du dogme de l'Immaculée Conception.

1880 est encore pour le distingué prédicateur une année très active. Sillery, Saint-Nicolas, Notre-Dame du Portage, le couvent des Ursulines, la Cathédrale de Québec, se disputent le plaisir de l'entendre. Il prononce à FUniverniversité Laval, sur les Ordres religieux, une importante conférence que le lecteur sera sans doute heureux de parcourir dans la deuxième partie de cet ouvrage. Sa santé toutefois va déclinant. Sous l'administration financière de Mgr Benjamin son frère, on l'a attaché spécialement aux travaux de la Procure du Séminaire : ce qui est pour lui une diversion utile, mais va l'obliger à ralentir, sinon à suspendre complètement, pendant plusieurs années, ses travaux de prédication. L'abbé Paquet, d'ailleurs, est trop souvent malade pour prêter régulièrement aux hommes et aux œuvres qui le sollicitent le concours de sa parole. Il monte encore quelquefois dans la chaire de la Cathédrale ; mais, s'il faut en croire la preuve résultant d'une absence presque totale de notes, il semble que partout ailleurs, à peu près, sa voix se soit tue.

Néanmoins en 1888, l'un de ses grands amis, Mgr Dominique Racine, premier évêque de Chicoutimi, venait de mourir. Un service solennel ayant été chanté le 1er février dans la Basilique de Québec, pour le repos de son âme, l'abbé Paquet y prononça l'éloge funèbre du

défunt. Avec quel succès, les témoins de cette époque déjà lointaine le savent. Au dire de V Evénement (1er février 1888), cet éloge fut '^ admirable " ; et '^ ce discours si joli de forme fut dit avec une émotion vive et vraie qui toucha profondément la foule des fidèles qui se pressaient dans la Basilique. '^ On n'y trouve peut-être pas toute la richesse et toute la splendeur de style des plus brillantes pages laissées par l'orateur ; mais l'éloquence des idées et du cœur y est tout entière.

Quelques feuilles volantes nous apprennent que, en 1889, l'abbé Paquet prêchait à Chicoutimi la retraite du Petit Séminaire. Son ancien condisciple, et son ami de toujours, Mgr L.-N. Bégin (depuis archevêque de Québec et cardinal de la sainte Eglise romaine), était alors l'évêque de la région. L'amitié s'était jointe au zèle pour faire sortir le prédicateur québecquois d'un silence où la maladie s'obstinait à le retenir. Le 7 mars 1890, il put faire à la Basilique le sermon d'inauguration de l'adoration hebdomadaire ; et, vers la même époque, il acceptait de donner aux élèves du Petit Séminaire de Québec une série de conférences pratiques. Les deux années suivantes ne sont marquées, dans les plans de sermons mis sous nos yeux, que par une seule instruction faite sur l'Eucharistie à l'Hôpital-Général où les

abbés Paquet avaient une sœur, Mère Saint- François de Borgia, déjà avancée en âge, et où l'abbé Louis-Honoré, dans ses- plus fortes crises de santé, aimait à se transporter pour recevoir de mains amies les soins les plus dévoués. La Providence cependant réservait à Tabbé Paquet de nouvelles œuvres de parole et de nouveaux succès oratoires. L'année 1893 lui avait apporté un regain de vigueur. Son Em. le Cardinal Taschereau, Archevêque de Québec, profita de cette amélioration de sa santé pour lui confier la prédication du Carême à la Basilique. C'était presque une résurrection. Voici en quels termes sympathiques le Courrier du Canada, alors rédigé par Thon. Thomas Chapais, annonçait sous le titre de '^ Conférences à Notre- Dame, " cette rentrée en scène : ^^ Nous avons salué hier matin avec bonheur la réapparition de M. l'abbé Louis-Honoré Paquet dans la chaire de Notre-Dame de Québec. L'éminent orateur, qu'une cruelle maladie a tenu longtemps éloigné de la grande prédication, a été chargé par son Eminence de donner une série de conférences durant le Carême de 1893, à la Cathédrale. Cette station se composera de quatre conférences, y compris celle d'hier. En voici les sujets : P Ressemblance de l'homme avec Dieu ; 2^ vanité de l'homme ; 3° dégradation de l'homme ; 4° restauration de l'homme.

M. Tabbé Paquet a ouvert cette prédication d'une façon magistrale. Il a traité la première partie du vaste programme qu'il s'est tracé, avec une élévation, une clarté, une éloquence admirables/ " Il en fut de même des autres conférences lesquelles eurent un double effet, celui de répandre dans l'esprit des auditeurs la semence d'une parole éminemment féconde, et celui aussi de confirmer l'orateur lui-même dans l'idée consolante que ses forces n'étaient pas épuisées et que son riche talent gardait en réserve pour de nouveaux travaux les plus précieux trésors.

C'est au cours d'une de ces conférences que l'abbé Paquet eut l'occasion, à propos du 22* anniversaire du sacre du Cardinal Taschereau, de montrer une fois de plus avec quel tact et quelle souplesse il savait manier la langue française. ^Evénement du 20 mars l'observait par ces mots très significatifs : " Hier, après son sermon à la Basilique, M. l'abbé Louis Paquet a fait de son Eminence un éloge que les assistants se sont accordés à considérer comme un chef-d'œuvre d'éloquence et de délicatesse. "

Nous n'en dirons pas davantage de cette station quadragésimale qui fut suivie avec un

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