CHAPITRE VIL
Des conditions à réaliser pour un bon emploi de la lumière à réleclrioité. — Espaces que peut éclairer une seule machine. — Prix de revient et commodité. — Installation dans Tatelier de l'inventeur. — Établissement Ducommun à Mulhouse. — Ateliers Sautter, Lemonnier et C^, h Paris. — Usines Menier à Noisiel, Grenelle et Roye. — Installations dans les filatures. — Gare des marchandises de la Chapelle-Paris. — * Chantiers de M. Jeanne Desiandes au Havre. — Plafond lumineux. — Port du canal de la Marne au Rhin à Sermaize. — Éclairage d'une piste de patinage. — Applications diverses.
L'éclairage à rélectricité peut être employé avec avantagée dans un grand nombre d'usines. Il n'offre aucun inconvénient en pratique et permet d'obtenir une g'rande quantité de lumière ambiante avec une très-faible dépense. C'est le seul éclairag'e industriel avec lequel on puisse exécuter, la nuit comme le jour, des travaux de chargement, de déchargement, de montage de machines, de charpente, de tissage, etc., et exercer dans un atelier une surveillance facile. La lumière qu'il fournit est tellement abondante, que, reflétée par tous les objets qu'elle frappe, elle est diffusée dans tous les sens à la façon de la lumière du jour; il n'y a pas de partie absolument sombre ; partout on peut lire,trouver un outil, etc.
Malgré la puissance lumineuse d'un foyer, s'il s'agit de travaux d'une certaine précision, il est indispensable d'avoir deux machines, afin que les ombres produites par une lumière soient éclairées par l'autre; mais, dès lors, l'extinction qui se produit pour chaque lampe au bout de trois heures et demie à quatre heures d'allumage, n'est
pas un inconvénient sérieux; il suffît, en effet, de deux minutes pour g^arnir la lampe de crayons neufs et rallumer; pendant ce petit intervalle de temps, la lumière des autres lampes permet de ne pas interrompre le travail. D'ailleurs, s'il est indispensable d'avoir une continuité absolue, il suffît d'adjoindre a chaque lampe une lampe de rechang'e, dont l'allumage se fait automatiquement par l'extinction de la première ; mais en pratique cela n'est généralement pas nécessaire.
L'expérience nous a montré que le travail à la lumière électrique nue n'était pas fatigant pour les yeux; après quelques jours d'emploi de globes opales, pour tempérer la lumière, on les supprime partout, à la demande des ouvriers. C'est inutilement qu'ils atténuent la lumière.
Tout le monde sait que la lumière électrique conserve aux couleurs leurs nuances. Cette qualité a été utilisée avec succès par plusieurs teinturiers pour échantillonner la nuit; un seul foyer lumineux, qui pourrait être même de moindre dimension, suffit en ce cas.
Lorsque les plafonds ont moins de 4 mètres d'élévation, l'installation électrique devient plus difficile, sans cependant être absolument irréalisable.
En général, on peut éclairer convenablement, avec un seul appareil, 500 mètres carrés d'un atelier d'ajustage, de tours, de machines-outils, de modelage, etc. ; 250 mètres carrés d'une filature, d'un tissage, d'une imprimerie, etc., et 2000 mètres carrés d'un montage, d'une cour, d'un quai, d'un chantier en plein air, etc. Avec ces données, il est facile de se rendre compte du prix d'une installation quelconque, sachant qu'un appareil complet : lampe, machine, fil conducteur, transport et pose, coûte environ 2400 francs en France et dans les pays limitrophes.
Les industriels qui ne payent le gaz que 0^30 le mètre cube, et qui trouvent leur établissement suffisam-
ment éclairé avec 20 becs de g'az, ne doivent pas chercher une lumière plus économique, à moins qu'ils ne fassent travailler toutes les nuits, sans interruption ; auquel cas, ils auront intérêt à remplacer 10 becs de gaz par un appareil électrique.
Les deux questions qu'on doit examiner pour établir un nouveau mode d'éclairag^e sont le prix de revient et la commodité. On fait souvent bon marché de la seconde, mais c'est un tort; car, dans la plupart des cas, l'intérêt bien compris devrait la faire prévaloir.
Nous avons eu l'occasion de visiter un g^rand nombre d'usines, de fabriques et de manufactures de tous g^enres, en Europe comme en Amérique, et nous avons peu vu d'établissements qui soient bien éclairés; peu où une lumière plus intense n'eût donné une surveillance plus efficace, un travail plus considérable, une sécurité plus grande. Les compag^nies d'assurance contre l'incendie ont un intérêt si important à la propag^ation de l'éclairag'e à l'électricité, que plusieurs d'entre elles ont offert de baisser leur tarif pour tous les bâtiments ainsi éclairés.
Une revue rapide de quelques installations exécutées fera apprécier mieux que tous les raisonnements possibles les avantagées de l'électricité.
Atelier de la société Gramme.
La première installation permanente de l'éclairag^e à l'électricité a été réalisée en 1873, à Paris, dans l'atelier de la société Gramme. La lumière était fournie par un seul foyer, qui tenait la place de 25 becs de g^az. Pendant quatre années la marche a été rég^ulière et le prix de revient n'a pas dépassé 0^60 par heure, tous frais compris. La salle éclairée a environ 12 mètres sur 12 mètres et 5 mètres de hauteur.
Établissement Ducommun à Mulhouse.
A la suite d'une visite à l'atelier Gramme, MM. Heîlmann et Steinlen, les propriétaires actuels de l'établissement Ducommun à Mulhouse, se décidèrent à faire l'application, sur une plus grande échelle, du nouveau mode d'éclairage; à cet effet, ils firent placer dans leur fonderie de fer quatre lampes Serrin alimentées par quatre machines Gramme. L'essai fut couronné de succès : depuis trois ans le fonctionnement des appareils est régulier et MM. Heilmann et Steinlen ont l'intention d'étendre cet éclairage à plusieurs autres bâtiments.
La fonderie Ducommun est de construction récente. Elle est bien disposée pour l'éclairage à l'électricité, quoique rien n'ait été approprié spécialement pour ce but. (La construction était entièrement terminée lorsqu'on s'est décidé à y installer la lumière électrique.) C'est une grande halle, sans mur de refend ni cloison verticale, ayant 56 mètres de longueur intérieure et 28 mètres de largeur. Deux grands chariots roulants, destinés à la manœuvre des châssis, des pièces moulées et des poches remplies de fonte en fusion, circulent automatiquement d'une extrémité à l'autre du bâtiment. A 5", 50 du sol, au niveau même des chariots, règne sur les deux côtés longitudinaux un plancher de quelques mètres de largeur. Le toit est à deux versants, la charpente peu encombrante, les murs blanchis à la chaux.
Les régulateurs Serrin sont placés sur de petites consoles légèrement en saillie sur les planchers latéraux. On les aborde au moyen d'une échelle, comme cela a lieu pour les lanternes publiques de l'éclairage au gaz. Les foyers sont élevés à 5 mètres du sol, leur écartement est de 21 mètres dans le sens de la longueur et de 14 mètres dans le sens de la largeur.
Les machines Gramme sont placées dans l'annexe où se trouvaient déjà la chaudière et la machine servant au ventilateur. Le moteur ayant été largement calculé pour le but qu'il devait atteindre, il a été inutile de le modifier et on a pu, sans inconvénient, lui faire actionner les appareils électriques et le ventilateur des cubilots simultanément. L'installation est d'une grande simplicité : les machines Gramme sont placées au premier étage sur une même ligne et elles reçoivent leur mouvement d'un arbre intermédiaire unique. Toutes les pièces sont facilement accessibles, et le service d'entretien, qui se réduit d'ailleurs à quelques précautions de propreté, peut se faire pendant la marche aussi bien que pendant le repos. La machine motrice est du type Sulzer, sa marche est très-rég'ulière'et la consommation de combustible est faible.
L'éclairage est général et d'une intensité constante; à n'importe quel endroit du local, il est aisé de lire un écrit placé à distance normale des yeux. Il n'y a presque pas d'ombres portées, grâce aux jets croisés de lumière émanant des quatre lampes.
L'installation complète a coûté, en chiffres ronds, 10000 francs; c'est ce qu'aurait coûté environ l'installation de 250 becs de gaz. La lumière totale produite par l'électricité dépasse 400 becs.
Nous donnerons plus loin le résultat des expériences faites par M. Schneider et Heilmann sur la puissance motrice absorbée par les machines, le pouvoir éclairant de chaque lampe, et le prix de revient de la lumière à l'électricité comparée à la lumière au gaz.
MM. Heilmann et Steinlen ont obtenu de la société Gramme le droit de fabriquer des machines d'un type déterminé et ils ont étudié diverses dispositions pour en faciliter l'emploi sur les navires et dans les manœuvres de guerre. Nous donnons figure 36 une de ces études. C'est une ma-
chine Gramme placée sur le même bâti que la machine à vapeur et destinée à être installée dans les sucreries, sur les navires, partout où la vapeur est fournie par des g'énérateurs communs et où le moteur de l'appareil électrique doit être indépendant pour assurer la rég'ularité.
Pour éviter toute vibration, le bâti est largue, rig'ide, bien assis. L'emplacement total ne dépasse pas 2", 25 sur 1 mètre. Toutes les pièces frottantes sont calculées pour un service durable. L'arbre de la machine à vapeur fait 150 révolutions à la minute ; celui de la jnachine Gramme 850.
Un tendeur placé sous la machine électrique permet de l'éloig'ner du moteur, quand la courroie n'a pas une tension suffisante. C'est là un excellent moyen d'empêcher le g*lissement de la courroie et d'assurer par conséquent une vitesse rég^ulière à la bobine, mais il faut en faire usagée avec beaucoup de soin ; une tension exag'érée de la courroie absorberait un travail considérable et pourrait donner plus d'inconvénients que les g'iissements eux-mêmes.
Le prix d'un appareil complet, moteur et générateur électrique, est de 4 000 francs.
Ateliers Sautter, Lemonnier et C% à Paris.
L'éclairage à l'électricité avait sa place marquée dans les ateliers de MM. Sautter, Lemonnier et C% les fabricants si connus de phares lenticulaires, d'abord parce que personne plus que ces messieurs n'est familiarisé avec l'usage des fortes lumières, et ensuite parce que, dès les premiers essais de M. Gramme, ils ont demandé et obtenu l'autorisation de construire des machines de son système.
L'installation de leur atelier leur permettait de se convaincre eux-mêmes et de démontrer aux visiteurs que ce mode d'éclairage était excellent à tous les points de vue, et que, dans certaines conditions de dispositions locales et pour
certains g'enres de travaux, il devait être préféré à tous les
autres.
Les ateliers Sautter et Lemonnier se composent de deux travées de 30 mètres de long'uéur sur 25 mètres de larg^eur chacune ; un plancher à 6 mètres du sol règ^ne entre ces deux travées sur une larg^eur de 10 mètres. Au rez-dechaussée sont les machines-outils : tours, raboteuses, fraiseuses, poinçonneuses, cisailles, forges, etc., etc.; les ajusteurs y travaillent les grosses pièces et Ton y fait le montage des machines. Au premier sont les modeleurs, ferblantiers et ajusteurs travaillant le bronze et les pièces de précision ; trois machines Gramme, donnant chacune une lumière équivalente à 150 becs Carcel, éclairent l'atelier d'une façon suffisante pour que tout autre mode d'éclairage ait été supprimé, aussi bien pour les ouvriers travaillant aux machines-outils que pour les ajusteurs de précision.
On pourrait croire que dans un atelier de cette sorte les ombres portées par les outils, par les courroies, par les colonnes sont une grande gêne pour le travail, et que partout où la lumière n'arrive pas directement, le contraste fait paraître l'obscurité plus grande qu'avec un autre mode d'éclairage. 11 n'en est rien. La lumière diffuse ou, en d'autres termes, la lumière réfléchie par tous les points éclairés est telle, qu'il n'y a point, à proprement parler, dans l'atelier de recoin sombre, et qu'un ouvrier distingue facilement les objets placés au fond de son tiroir.
La lumière électrique, pas plus là qu'ailleurs, ne blesse ni ne fatigue la vue des ouvriers ; ils perdent au bout de très-peu de jours l'habitude de la regarder et sont tous trèssatisfaits d'un mode d'éclairage qui rend le travail de nuit aussi facile que le travail de jour.
A plus forte raison peut-on en dire autant de la surveillance, qui peut s'exercer la nuit dans un atelier éclairé par la lumière électrique, absolument comme en plgin jour.
CJ
Les intermittences ne sont pas à craindre, et il en est ainsi dans chaque atelier éclairé par deux lampes au moins. Quand ces lampes sont bien régulées, les extinctions accidentelles sont fort rares. Au bout de quatre heures d'allumag*e, il faut remplacer les charbons, et cette opératign se fait en deux ou trois minutes.
On a remarqué, chez MM. Sautter, Lemonnier et G% que chaque machine Gramme consommait un travail d'environ 2 chevaux; c'est là, avec les crayons de carbone de la lampe, la seule dépense d'éclairag'e. Les crayons se consument avec une vitesse de 0",07 à l'heure et coûtent 2 francs le mètre. 100 becs Carcel fournis par la machine Gramme coûtent donc 0^,14 par heure, plus les frais de force motrice.
Nous donnons (fig. 37) une vue des ateliers Sautter, Lemonnier et G* éclairés à l'électricité.
Ge dessin niontre la blancheur des plafonds et l'intensité uniforme de l'éclairag'e. Il donne une idée aussi exacte que possible des effets remarquables de l'arc voltaïque dans un espace clos et couvert.
Usines Ménier, à Grenelle, Noisiel et Roye.
M. Ménier a fait installer la lumière électrique dans ses divers établissements et en a tiré un excellent parti par des dispositions particulières bien comprises. Depuis le mois de novembre 1875, 14 machines de 150 becs fonctionnent à son entière satisfaction : 3 sont installées dans la sucrerie de Roye, 3 dans la fabrique de caoutchouc à Grenelle (Paris), et 8 dans la célèbre chocolaterie Ménier, de Noisiel.
Dans toutes ces usines, les lampes sont suspendues de telle sorte, qu'on peut les g'arnir de leurs charbons et les nettoyer, si besoin est, sans se servir d'escalier ou d'échelle.
FiG. 38. FiG. 39. FiG. 40.
Suspension des régulateurs^ système Henri Ménier.
Le treuil de manœuvre, représenté figure 38, est de l'invention de M. Henri Ménier. Il se compose de deux flasques en fonte montées sur un plateau de bois dur et d'un tambour en caoutebouc durci. Les fils conducteurs sont attachés , l'un à la flasque de g^uche^ l'autre à la flasque de droite, et celles-ci communiquent métalliquement avec les extrémités du câble de suspension.
Ce câble est formé (figp. 39) d'une enveloppe extérieure en toile, d'une gpaîne en caoutebouc, d'une première série de fils en cuivre tressés comme une mèche, d'une deuxième gaXne en caoutchouc, et enfin d'une série de fils de cuivre tressés en corde et formant l'axe du câble. L'enroulement sur le tambour se fait très-aisément. Un petit rochet empêche la lampe de descendre seule.
Le câble, soutenu et g'uidé par deux poulies supérieures, est attaché à un petit plateau, lequel est réuni à la lampe par deux tigres courbes (fig». 40). Un cadre muni de deux oreilles est fixé sur la lampe et reçoit les extrémités des tigres courbes.
Le courant est amené aux bornes de la lampe par les tig'es de suspension, dont l'une est reliée avec l'âme métallique du câble et l'autre avec sa partie métallique intermédiaire, c'est-à-dire avec les pôles positifs et négatifs de la machine magnéto-électrique.
L'usine de Noisiel est éclairée toute la nuit. Les huit machines sont accouplées en deux batteries de 4. Elles sont mises en mouvement par des roues hydrauliques, et, au besoin, quand les eaux sont basses, par une machine à vapeur spéciale. Les fils aboutissent à un commutateur particulier, placé au rez-de-chaussée (au centre des divers ateliers), et permettant d'envoyer le courant de chaque machine dans quinze directions diff'érentes. On peut, par ce moyen, éclairer une salle avec n'importe quelle machine et parer à tous les inconvénients qui pourraient se pré-
senter, si l'une quelconque des machines ou des lampes venait à se dérang^er.
Près de chaque lampe se trouve un interrupteur, placé à portée de la main, avec lequel on peut éteindre la lampe sans arrêter le mouvement des machines.
Voici comment sont distribuées les foyers lumineux à Noisiel :
Une lampe placée dans une lanterne carrée et élevée à 7 mètres au-dessus de la serre des machines à vapeur, éclaire une cour principale de 2000 mètres carrés de surface.
Deux autres lampes éclairent chacune une cour intérieure de 500 mètres carrés.
L'atelier de ' torréfaction , où travaillent 32 ouvriers, a 44 mètres de long*ueur, H mètres de larg^eur et 7", 70 de hauteur ; il est éclairé par une seule lampe placée dans une lanterne vitrée, sur le sol, à l'une des extrémités de l'atelier. La lumière est projetée sur le plafond par un miroir parabolique, incliné comme un mortier de g'uerre; elle est ainsi diffusée dans toute la pièce par réflexion.
L'atelier pour le pesag'e et le moulage, où travaillent 90 ouvriers, a 52 mètres de long^ueur sur H mètres de larg'eur et 7", 70 de hauteur. Il est éclairé par deux lampes placées à 25 mètres de distance l'une de l'autre et suspendues à 6 mètres du sol.
Les ateliers d'entretien et de construction mécanique ont 400 mètres carrés de surface; ils sont éclairés par un rég^ulateur unique suspendu à 6 mètres du sol.
On étudie en ce moment l'éclairag'e par réflexion des deux ateliers de broyag^e, qui ont 40 mètres de long^ueur, 12 mètres de larg^eur et seulement 3", 60 de hauteur.
M. Ménier possède, sans contredit, la plus belle installation d'éclairag^e électrique qui existe au monde ; il peut^ sans aucun dérang^ement, amener cette lumière dans la
maison d'habitation et éclairer le vestibule, la grande
salle à mang'er, les deux salons, le jardin d'hiver et les
jardins.
Une lampe est spécialement destinée aux projections photométriques et aux démonstrations scientifiques de la salle des cours et conférences.
A Toccasion de la première distribution des prix des écoles de Fusine, M. Ménier a donné, le 20 août 1876, un banquet de 1 450 couverts dans une tente de 65 mètres de long-ueur, 32", 50 de larg^eur et 7 mètres de hauteur. Le banquet et le bal qui suivit ont été éclairés d'une manière féerique par 6 régpulateurs de 150 becs. Un phare de 1200 becs, placé à quelque distance de la tente, éclairait la campag'ne dans un rayon de plus d'un kilomètre.
A la sucrerie centrale de Roye, M. Ménier a installé trois machines Gramme avec des dispositions analogues à celles adoptées à Noisiel. La première .de ces machines éclaire la halle de carbonatation^ qui a 45 mètres de Iongpueur, 20 mètres de larg'eur et 15 mètres de hauteur ; la seconde est placée au milieu de la cour principale, où se trouvent les fours à chaux, les beuveries, les dépôts de charbons, etc. ; elle éclaire une surface de 6000 mètres carrés; la troisième éclaire la réception des betteraves, les halles de dépôt, la monteuse et le laveur à betteraves.
A Grenelle, la fabrique de caoutchouc a sa g'rande halle, où travaillent 150 personnes, éclairée par trois rég'ulateurs suspendus à 6 mètres du sol et placés en triang'le. La halle a 47 mètres de long'ueur sur 41 mètres de larg'eur. Les machines sont actionnées tantôt par la machine motrice de l'usine, tantôt par une petite machine spéciale.
Les trois lampes électriques remplacent 259 becs de g*az et produisent, au dire même de M. Ménier, cinq fois plus de lumière que le g»az n'en donnait. A Grenelle, comme à Noisiel et à Roye, on a adopté le même système de treuil
en caoutchouc avec câbles à deux conducteurs et la même disposition de commutateur permettant d'envoyer l'électricité de chaque machine dans n'importe quel rég'ulateur.
Installations dans les filatures.
Parmi les installations de lumière électrique faites dans des filatures, nous citerons celle de M"' veuve Dieu-Obry, à Daours (Somme), celle de MM. Ricard fils, à Manresa (Barcelone) et celle de MM. Buxeda frères, à Sabadell (Espagne).
1° Filature de M"' veuve Dieu-Obry, — L'atelier a 3"", 70 de hauteur sous plancher, 43 mètres de long'ueur et 11 mètres de larg'eur. Il renferme 9 métiers à doubler de 30 broches et 17 métiers à retordre de 52 broches. Cinquante personnes, tant ouvriers qu'ouvrières, y sont employées.
L'éclairagpe est obtenu par deux machines Gramme actionnées par le moteur hydraulique qui donne le mouvement aux métiers.
Les lampes sont suspendues à environ 2 mètres de hauteur et elles sont munies, chacune^ d'un larg-e abat-jour renversé. Cet abat-jour projette les rayons lumineux sur le plafond et les rayons se dispersent dans toutes les directions. On ne voit pas les foyers et, par suite, la vue ne peut se reposer que sur des surfaces très-éclairées, mais non incandescentes.
Nous avons déjà dit que le même artifice avait été employé avec succès chez M. Ménier, à Noisiel. La seule disposition spéciale, à Daours, consiste dans la hauteur des lampes, qui est nulle à Noisiel et à mi-hauteur de l'atelier à Daours. Du reste, le résultat est très-bon dans les deux installations.
Toutes les fois que l'on possédera un plafond très-blanc et un local ayant moins de 4 mètres de hauteur, on aura
avantage à employer la lumière réfléchie au lieu d'employer la lumière directe.
2* Filature de coton de MM. Ricard fils. — Le premier étage de cette filature a 33 mètres de longueur sur 21", 20 de largpeur. Deux lampes éclairent 10 machines à filer Self-acting». Les machines Gramme sont placées à l'extrémité de l'atelier et sont mues par le moteur de l'usine au moyen d'une transmission intermédiaire. La hauteur des lampes est de 3 ",40 et leur distance relative de 15 mètres. Nous représentons cette installation (fig». 41), par ce qu'elle est faite dans de très-mauvaises conditions au point de vue de la faible hauteur des plafonds ; c'est une limite possible qui donne de bons résultats, mais qu'il ne faudrait pas dépasser pour conserver à la lumière électrique tous ses avantagées.
Au deuxième étag'e, la partie occupée par les métiers a 16 mètres de long-ueur sur 21",20 de larg'eur; une seule lampe suffît. Il y a là 5 machines Self-acting» qui fonctionnent toutes les nuits, comme celle du premier étag'e, depuis le mois de mai 1876. Les propriétaires sont trèssatisfaits de leur éclairage.
3' Tissage et filature de laine de MM. Buxeda frères. — La salle éclairée électriquement chez MM. Buxeda a 58 mètres de long'ueur sur 22 mètres de larg^eur; elle contient 13 machines à filer, 12 cardes, 1 battant et quelques autres machines accessoires. Les lampes, au nombre de 3, sont suspendues à 4", 20 de hauteur et distantes de 13 mètres l'une de l'autre. Il y a 4 ouvriers à chaque machine à filer, 3 à chaque g*roupe de deux cardes et 10 aux appareils accessoires , en tout 80 ouvriers dans la même salle.
Avec l'éclairag'e au g'az on ne pouvait pas faire certains travaux la nuit, à cause des difTérences observées dans les couleurs ; maintenant on travaille nuit et jour sans arrêt
Fia. 41. Filature de coton de MM. Eicart fils.
142 ÉCLAIRAGE A LÉLEGTRICITÉ.
et sans le moindre inconvénient, malgré les couleurs foncées
des fils ouvrés.
L'installation électrique de MM. Buxeda fonctionne depuis six mois; la meilleure qualité des produits compense laidement les frais de force motrice; Téclairage en luimême est, dès lors, beaucoup plus économique que celui du gsz ou du pétrole.
Gare des marchandises de la Chapelle-Paris.
A la suite d'expériences faites en 1876 à la g^are des voyageurs à Paris, la Compag^nie des chemins de fer du Nord jugea que l'application la plus utile pour elle, de l'éclairage électrique, était celle des halles à marchandises, dans lesquelles le travail se prolonge toute la nuit. Comme il s'agissait d'établir une petite usine complète, comprenant le bâtiment, le moteur, la transmission et les appareils Gramme, il était plus économique d'éclairer pendant toutes les nuits, afin de répartir l'amortissement de la dépense sur un plus grand nombre d'heures. C'est dans ces conditions favorables que la Compagnie voulut se placer.
Voici la désignation des espaces éclairés :
1° Une halle de 70 mètres de longueur sur 25 mètres de largeur et 8 mètres de hauteur au faîtage;
2° Un hangar de 70 mètres de longueur sur 15 mètres de largeur et 8 mètres de hauteur au faîtage ;
3* Une cour de 20 mètres de largeur, séparant la halle du hangar.
La halle est éclairée par deux lampes placées sur une des diagonales et d'une façon dissymétrique par conséquent, ce qui est très-avantageux pour le service. Les lampes sont élevées à 4", 50 du sol et renfermées dans de grandes lanternes carrées. Les vitres de ces lanternes sont peintes au blanc de zinc à leur partie inférieure et jusqu'à
un niveau tel que, d'aucun point de la halle, l'œil ne puisse apercevoir l'arc voltaïque et en être affecté. La partie supérieure, au contraire, reste claire et le dessus des lanternes n'est même pas vitré, d'où il résulte que les rayons lumineux supérieurs vont sans obstacle frapper le plafond et les parois de la halle, g'rossièrement blanchis à la chaux, et réfléchissent une lumière douce et très-uniforméitient répartie.
L'éclairage de cette halle était l'objet principal qu'on avait en vue; il est très-abondant et cela est nécessaire parce qu'on y manutentionne des petits colis parmi des g'ros et qu'on a quantité d'étiquettes à lire ; on y fait même des écritures correspondantes au mouvement des marchandises, qui arrivent, se distribuent et finalement se chargent dans des wagons amenés sur l'un des côtés de la halle.
On voit clair partout, sur les bureaux des écrivains, comme dans les parties les plus éloignées de l'espace en question, comme dans les petits passages ménagés entre les volumineux colis et malgré leur nombre ; on y voit même suffisamment dans le fond des wagons couverts qui sont en chargement.
D'un document qui nous a été obligeamment communiqué avec l'autorisation de M. Sartiaux, ingénieur de l'exploitation, nous extrayons les passages suivants : ■ « L'éclairage fonctionne depuis le 17 janvier 1877 avec une durée quotidienne de 15 heures et demie en moyenne pour le premier mois et variable, bien entendu, avec la saison.
« La grande clarté répandue dans la halle permet de faire le travail avec une plus grande célérité et moins d'hommes; l'économie de personnel réalisée est évaluée à 25 pour 100.
« Chaque chef d'équipe n'a plus besoin de porter avec lui une lanterne à main pour chercher les colis, déchiffrer les
144 ÉCLAIRAGE A L^ËLEGTRIGITÉ.
adresses et les marques et lire les feuilles de chargpement; le travail se fait donc la nuit à peu près dans les mêmes conditions qu'en plein jour.
« Nous avons pris des mesures pour ne plus utiliser que deux halles au lieu de trois pour le service des expéditions, ce qui nous permettra d'économiser la construction d'une nouvelle- halle.
« En dehors de ces résultats directs, l'éclairag'e électrique a donné les avantagées indirects suivants, qui diminuent les indemnités payées par la Compag-nie. Il diminue les erreurs de directions et les retards qui en sont la conséquence, les avaries produites dans le charg'ement »
Ajoutons qu'il met obstacle à diverses fraudes des expéditeurs et diminue les détournements.
Le hang*ar est éclairé par une seule lampe, et cela est suffisant parce qu'on n'y manie que de g*ros colis ; la lanterne est semblable à celles de la halle ; le blanchiment à la chaux a été expérimentalement reconnu ici nécessaire comme dans l'autre bâtiment.
La cour est éclairée surtout par la lampe du hang*ar, qui est absolument ouverte sur les côtés long*itudinaux ; il y vient aussi de la lumière par les portes de la halle lorsqu'elles s'ouvrent; au total, l'éclairag^e y est au moins aussi bon que dans les rues de Paris.
La distance moyenne des machines aux lampes est de 80 mètres.
La dépense est estimée aujourd'hui à 0^75 par heure et par lampe. Ce chiffre sera grandement réduit quand on aura un nombre double de lumières^ car le mécanicien et le lampiste suffiraient à un éclairag^e beaucoup plus important.
Les frais de premier établissement se sont élevés à 23 000 francs, y compris l'achat d'une machine à vapeur de force surabondante. Cette dépense ne sera que très-peu
augrnentée, par l'addition de trois nouvelles machines Gramme.
Voici le détail des frais de premier établissement :
Une machine locomobile de 12 chevaux. 7900 francs.
Transmission, courroies, etc 4348 —
Bâtiment 3560 —
Lanternes, fils et poulies 793 —
Trois machines Gramme 4500 —
Quatre lampes Serrin 1800 —
Total 23000 francs.
Sans rien exagférer, une installation analog'ue vaut 16000 francs; car la transmission, le bâtiment et la machine sont 30 pour 100 trop chers, eu ég^ard, non à ce qu'on a fait, mais à ce qu'il était réellement nécessaire de faire.
Avant-port du Havre. — Entreprise Jeanne Deslandes.
Une des plus remarquables applications de Téclairag'e à l'électricité est celle faite sur les chantiers de M. Jeanne Deslandes, au Havre.
On sait que cet entrepreneur termine, en ce moment, de g^rands travaux ayant pour objet Tag'randissement de Tavant-port du Havre et la création d'une annexe destinée aux bâtiments en relâche.
Ces travaux nécessitent la démolition d'ouvrag-es considérables tels que : le quai courbe et la jetée sud jusqu'à la mer, les écluses de chasse du bassin de la Floride, les murs de contrescarpe, le déblai de tous les terre-pleins compris dans cette vaste étendue, l'annexion de la majeure partie du bassin de la Floride, à l'avant-port. Ils auront pour résultat de donner à l'avant-port une larg*eur de 185 mètres, au lieu de 90 mètres, qui est sa dimension actuelle ; la superficie nouvelle, en y comprenant le bassin
de la Floride, sera de 21 hectares au lieu de 11 hectares.
Pour l'exécution de toutes les maçonneries à bas niveau, le battag'e des pieux, la démolition des anciens murs, etc., on ne peut travailler qu'à marée basse et c'est pour utiliser les marées basses nocturnes que M. Chéron, directeur de l'entreprise, a fait installer deux machines Gramme, lesquelles fonctionnent depuis six mois dans d'excellentes conditions.
En visitant en détail les travaux en cours d'exécution, par une nuit sombre, dépourvue d'étoiles, nous avons constaté que des hommes, placés à des distances variant de 20 à 120 mètres des lampes, pouvaient se livrer à tous les travaux ordinaires sans le moindre inconvénient. Les mineurs perforaient l'ancien mur à 115 mètres du foyer le plus rapproché d'eux, et produisaient la même somme de travail que pendant le jour. Une locomotive, remorquant 10 wagons, circulait sur une voie de 1 500 mètres, amenant des matériaux à pied d'oeuvre et transportant les déblais aux emplacements désig^nés. Une équipe battait des pieux à l'aide d'une sonnette à vapeur. Des maçons, des charpentiers, des terrassiers^ etc., exécutaient, çà et là, des travaux de toute nature. Plus de 150 ouvriers, sur un espace d'environ 30000 mètres carrés, travaillaient sans autre éclairag^e que celui produit par les deux machines Gramme.
Les foyers, placés dans des lanternes, sur un terreplein, à 5 mètres de hauteur, se trouvaient en réalité à 15 mètres d'élévation de la plupart des parties en construction ou en démolition. A 115 mètres nous lisions distinctement un journal, mieux que nous ne l'eussions fait, éclairé par un bec de gaz placé à 5 mètres. Chaque lampe répandait une lumière de plus de 500 becs Carcel.
Nous eng*ag*eons vivement les ing^énieurs et les entrepreneurs de travaux publics à visiter l'installation de
M. Jeanne Deslandes : ils y trouveront la solution la mieux appropriée qui existe aujourd'hui de Téclairag^e des travaux de nuit.
Usine de MM. Mignon, Rouart et Deliniëres, à Hontluçon.
Dans leur fabrique de tubes en fer, à Montluçon, MM. Mig^non, Rouart et Delinières, ont fait placer deux machines Gramme et deux lampes Serrin pour Téclairag^e d'un des ateliers.
Le bâtiment, ainsi éclairé, est une halle de 63 mètres de long*ueur sur 35 mètres de larg^eur. Les lampes sont placées à 6 mètres de hauteur et à 31", 50 l'une de l'autre. Les ouvriers peuvent très-aisément faire leur travail et exécuter la manœuvre et le transport des pièces lourdes comme pendant la journée. Les ombres portées par les colonnes ou par l'outillag^e de l'usine sont assez peu sensibles pour qu'on puisse lire dans les parties où elles ont le plus d'intensité.
Une deuxième halle, adjacente à la première et séparée de celle-ci par un mur percé de larjg^es baies, se trouve profiter de l'éclairag'e électrique, assez pour qu'on puisse lire partout, bien que certaines parties soient à 85 mètres des lampes.
On ne se sert à Montluçon que des crayons Gaudoin, qu'on trouve bien supérieurs aux charbons de cornue.
MM. Mignon et Rouart, satisfaits de cette première application, se disposent à éclairer complètement, avec des machines Gramme, les nouveaux ateliers qu'ils viennent de faire construire sur le boulevard Voltaire, à Paris.
C'est là une chose qui prouve beaucoup en faveur du système, que toutes les personnes qui en font déjà usagée en étendent successivement l'application à tous leurs locaux susceptibles de le recevoir.
I Plafond lumineux.
11 arrive souvent qu'une g^rande salle est mal éclairée pendant le jour, soit parce qu'elle fait partie d'un sous-sol, soit parce qu'elle est entourée d'autres pièces interceptant les rayons du soleil; on peut alors établir un plafond lumineux et répandre dans la salle une lumière blanche, douce et tout à fait comparable à la lumière solaire. C'est ce que
FiG. 42. Plafond lumineux,
nous avons fait dans une des salles des grands mag^asins du Louvre, à Paris, et ce que nous représentons fig'ure 42.
Le compartiment G se trouve au-dessus et à peu près au milieu de la pièce à éclairer. Un rég^ulateur A, équilibré par le contre-poids C, est mis en communication avec une machine Gramme actionnée par une locomobile et placée à 60 mètres du plafond. Une g^lace sans tain et dépolie E em-
pêche les rayons lumineux d'arriver trop directement dans la salle et de créer des ombres nuisibles. Quatre faces F, formant un tronc de pyramide renversé, sont g^arnies de ferblanc et reflètent en bas une g^rande partie de la lumière émise par le rég»ulateur. Deux tring»les HH supportent la g*lace dépolie E. Une deuxième lampe B, posée sur une console J et équilibrée par un contre-poids D, est préparée à l'avance et remplace la lampe A dès que les charbons de celle-ci sont usés. Par ce moyen, il n'existe aucune interruption dans la lumière.
Cette installation a été faite en février 1877, et elle n'a pas cessé de fonctionner depuis cette époque. La machine motrice provisoire n'ayant pas une vitesse très-rég^ulière et les charbons des rég'ulateurs n'étant pas bien homogènes, on remarque des petits scintillements et des variations assez sensibles dans l'intensité lumineuse, mais cet inconyénient n'est que temporaire ; il disparaîtra complètement lorsque la machine définitive sera en place et le charbon actuellement employé, remplacé par celui de M. Gaudoin,
Port du canal de la Marne au Rhin à Sermaize.
L'éclairag'e électrique a été installé vers la fin de 1875 sur l'un des ports du canal de la Marne au Rhin, à Sermaize, port contig^u à une sucrerie. On voulait continuer pendant les long^ues nuits d'hiver le décharg^ement, si pressé alors, des bateaux de betteraves et en conduire immédiatement le contenu à l'usine, sans mise en dépôt sur le terre-plein du canal. Il importait d'ailleurs que le terre-plein restât libre en tout sens pour la circulation. Ce problème spécial fut résolu g^râce à une machine Gramme de 200 becs, placée auprès d'une des machines à vapeur de l'usine, à 70 mètres de distance de la lampe. Les ouvriers, qui décharg^ent souvent deux bateaux simultanément, peuvent travailler sans
le moindre embarras. Ce fait a été constaté par Fingénieur du canal et par le directeur de la sucrerie; ce dernier nous a écrit qu'il était très-content de cet éclairag^e, que Ifi machine Gramme atteig^nait à merveille le but qu'il s'était proposé et lui économisait au moins 10 francs par heure.
Il est bon de dire que dans les sucreries la dépense occasionnée par Téclairag^e électrique est à peu près limitée aux bagfuettes de carbone des lampes, car la vapeur dont on se sert pour actionner le moteur peut être utilisée à nouveau en sortant de l'échappement.
Éclairage d'une piste de patinage.
La Société de patinag*e de Vienne (Autriche) a fait installer l'éclairag^e à l'électricité dans la g'rande piste qu'elle possède près Park-Ring. C'est l'installation en plein air la plus réussie qui soit à l'étranger.
La surface du banc de g^lace est de 5 700 mètres carrés.
La Iong»ueur de l'emplacement éclairé, y compris le promenoir, est de 133 mètres.
La larg'eur totale dudit emplacement est de 57 mètres.
La lumière est fournie par deux machines Gramme de 3000 francs pièce, placées à 135 mètres de la piste et actionnées par une locomobile de 8 chevaux.
Les lampes sont du système Serrin. Elles sont placées à la partie supérieure de deux pylônes en sapin de 7", 50 d'élévation. Leur écartement est de 57 mètres.
Deux abat-jour empêchent la lumière d'éclairer, en pure perte, le haut de l'espace et ramènent tous les rayons sur la surface glacée. A cet effet, les huit segments qui composent chacun de ces abat-jour sont courbés suivant une ellipse, laquelle a l'un de ses foyers au point lumineux, et l'autre, un peu plus bas, à 1 mètre de distance.
Tous les points de remplacement sont très-bien éclairés et l'ensemble de Tinstàllation est des plus satisfaisants.
Il est à remarquer qu'aucun autre système d'éclairag^e n'aurait pu donner un aussi bon résultat, car la principale condition d'une piste de patinag*e c'est de n'être pas encombrée en son milieu par une série de poteaux. Chacun sait d'ailleurs combien le gaz éprouve de variations en plein air, et quelle dépense considérable il exig*erait pour éclairer convenablement un espace de 5 700 mètres carrés.
La meilleure preuve que nous puissions donner de la réussite de cette installation, c'est que la Société de patinag*e qui avait pris les appareils en location, vient de les acheter définitivement.
Applications diverses.
Nous aurions encore beaucoup d'autres installations à décrire, mais celles qui précèdent suffiront sans doute, pour faire apprécier les services de toute nature que peut rendre l'éclaîrag^e à l'électricité. Une indication sommaire de quelques applications importantes complétera ce chapitre.
La fonderie de canons de Bourg^es possède 1 1 appareils complets pour ses divers ateliers; la maison Gail, à Paris, a 3 foyers électriques éclairant une halle de montage de 5 000 mètres carrés ; la Société des forgées et chantiers de la Méditerranée a 7 machines Gramme dans ses ateliers du Havre ; les ateliers de constructions mécaniques de Pantin ont 4 appareils complets. Les ateliers de MM. Crespin et Marteau, à Paris ; Beaudet, à Arg*enteuil ; Thomas et Powel, à Rouen; Ackermann, à Stockholm; Avondo, à Milan; etc., sont ég^alement pourvus de machines Gramme.
Citons encore les ateliers de Fives-Lille, les ateliers de Tarbes, les ateliers de constructions mécaniques de Barce-
lone; les gares du Midi, de Bruxelles ; les forgées de Fourchambault ; les fonderies de Bessèges et de Fumel, etc.
La qualité que possède la lumière électrique de conserver les nuances aux couleurs a été utilisée dans plusieurs manufactures, notamment dans la teinturerie de MM. Guaydet père et fils, à Roubaix, et dans celle de MM. Hannart frères, à Wasquehal. MM. Hannart ont constaté que Ton pouvait teindre des g»ris-perle à la lumière électrique et que leur production a aug'menté notablement depuis l'installation de la machine Gramme.
On installe Téclairag'e à l'électricité dans les ateliers de M. de Quillacq, à Anzin; dans le tissagpe de M. Baudot, à Bar-le-Duc ; dans la blanchisserie des hospices de Lyon, etc. Plus de 100 nouvelles installations sont décidées, un grand nombre s'achèvent.