‹ Éclairage à l'électricité; renseignements pratiquesChapitre 32 sur 41 · ET AUX PLACES FORTES · texte numérisé non relu

ET AUX PLACES FORTES

Éclairage des phares. — Phare de la Hëve. — Rapport de M. Quinette de Rochemont. — Divers phares éclairés électriquement. — Installation des phares électriques. — Installation faite à bord de VAmériqtief de la Compagnie transatlantique. — Rapport du capitaine Pouzolz. — Premières tentatives par la Société VAUianee. — Installation à bord des navires de guerre. — Projecteur Sautter. — Applications aux opérations militaires. — Èîxpériences faites au mont Valérien. — Projecteur Mangin. — Machine locomobile actionnée par une machine Brotherhood. — Expériences faites à Toulon et à Cherbourg. — Défense des ports russes.

La lumière électrique est employée avec succès dans les phares, sur les navires et dans les opérations du génie militaire. Elle rend visibles, la nuit, à des distances variant de 2,000 à 8,000 mètres, des objets tels que balises, navires, cotes, maisons, hommes, levées de terre, etc. Elle permet d'établir une correspondance télégraphique, soit par transmission directe de la lumière d'un poste d'observation à l'autre, soit par la réflexion sur un objet intermédiaire visible à la fois de deux postes quand ceux-ci ne peuvent pas communiquer directement.

Éclairage des phares

C'est en 1863 que la lumière électrique fut, pour la preïDière fois , appliquée à l'éclairage des phares. L'essai en fol fait, avec une machine de VAUianee j au phare de pre-

mier ordre de la Hève, près du Havre, et les résultats «i furent si satisfaisants, qu*il n'est pas douteux que tous les phares eussent été munis immédiatement de feux électriques, sans les dépenses assez élevées exigées par un remaniement général. On a constaté que le phare à l'électricité était vu en moyenne à 8 kilomètres plus lom que le phare a l'huile j et qu'en temps de brume la portée de la lumim était sensiblement plus du double, avec le premier qu'a?ec le second.

M. Quinette de Rochemont, ingénieur des ponts et chaussées, a publié, en 1870, sur les phares de la Hève, une note dont voici quelques extraits :

a Depuis six années que la lumière électrique a été installée pour la première fois à la Hève, il s'est écoulé un temps suffisant pour qu'on ait pu se faire une idée exacte de la valeur de ce mode de production de lumière, au point de vue de l'éclairage des côtes.

« Les navigateurs se plaisent à reconnaître les bons services que leur rendent les phares électriques ; les avantages du système ont été vivement appréciés ; l'augmentation de portée des feux est très sensible, surtout par des temps un peu brumeux ; elle permet à bien des navires de continuer leur marche et d'entrer au port la nuit, alors qu'ils n'auraient pas pu le faire avec les phares à l'huile.

« La lumière, qui d'abord laissait un peu à désirer par sa mobilité, est arrivée peu à peu à avoir une fixité remarquable, grâce au perfectionnement des appareils et à l'expérience acquise par les gardiens.

« Les craintes que Ton avait pu concevoir, à priori y eu égard à la délicatesse de certains appareils, ne se sont pas réalisées dans la pratique. Les accidents ont été rares, les extinctions courtes et peu nombreuses ; deux seulement, pendant cette période de six années, ont eu une durée notable : l'une, d'une heure, tient à une avarie à la machine à vapeur;

l'autre, de quatre heures, paraît devoir être attribuée à la malveillance. Dans ces circonstances, il semble qu'il n'y a pas trop lieu de se préoccuper des accidents possibles. »

Depuis 1 863, l'expérience n'a fait que confirmer les appréciations favorables de M. Quinette : les phares de Grinez (France), Cap Lizard (Angleterre), Odessa (Russie) et Port- Saïd (Egypte), ont été pourvus d'appareils électriques, et il est question d'en mettre prochainement dans les phares du Planier et de la Palmire, en France, et dans plusieurs phares étrangers.

Voici quelques données, sur l'installation des phares électriques, qui nous ont été communiquées par MM. Sautter et Lemonnier :

Lorsque le feu doit être fixe, la partie optique de l'appareil se compose d'un tambour lenticulaire, de forme convenable, qui rend les rayons horizontaux dans le plan vertical, en les laissant diverger dans le plan horizontal.

Les dimensions de ce tambour varient suivant les machines. Le diamètre de O'^jSO (appareil de 4' ordre) est suffisant pour les machines Gramme du type normal.

Il convient de l'augmenter quand les machines sont plus puissantes, afin d'éloigner le verre du foyer et d'éviter qu'il ne se brise par suite du trop grand échaufiement.

Avec les machines de 2,000 becs, il faut des optiques ayant 0*,75 de diamètre, et avec les machines de 4,000 becs des optiques de 1 mètre de diamètre.

L'augmentation de diamètre des appareils est sensiblement proportionnelle à l'augmentation de diamètre des crayons de carbone entre lesquels se produit l'arc voltaïque, et qui détermine à peu de chose près les dimensions de la lumière électrique ; il en résulte que la divergence verticale reste la naême dans les trois types d'appareils.

Lorsque le phare doit être tournant, on enveloppe l'optique de feu fixe d'un tambour mobile formé de lentilles droites

verticales, dont la forme varie suivant l'apparence qu'on veut donner au feu .

Les phares tournants électriques ont sur les phares tournants à rhuile ce très grand avantage, que Ton peut donner aux éclats une durée égale à celle des éclipses.

Dans les phares à l'huile, quand on concentre la lumière sous forme d'éclats, on a deux buts en vue : 1* augmenter l'intensité et par suite la portée du phare; 2* créer une apparence différente de celle du feu fixe. On ne peut atteindre le premier de ces buts qu'en donnant à l'éclat une durée beaucoup plus courte que celle de l'éclipsé, ou, en d'autres termes, en faisant l'angle du faisceau lumineux une faible partie de l'angle soustendu par la lentille. Du reste, cet angle dépend de la dimension du foyer lumineux, et on ne peut l'augmenter, soit en augmentant celte dimension, soit en changeant la distance focale de la lentille, qu'en se condamnant à perdre une partie de la lumière, puisque la divergence se produit non-seulement dans le plan horizontal, le seul dans lequel elle est utilisée pour prolonger les éclats, mais dans tous les sens.

Avec la combinaison de lentilles verticales et d'un tambour cylindrique qui sert à produire les éclats dans les phares électriques, on peut, en donnant aux lentilles verticales une courbure convenable, augmenter autant qu'on le veut la divergence des faisceaux dans le plan horizontal seulement, et diminuer à proportion la durée des éclipses.

La portée d'un phare électrique de la plus petite dimension resle néanmoins très supérieure à celle des plus puissants phares à l'huile. On peut s'en convaincre par les chiffres suivants :

L'intensité lumineuse d'un phare de premier ordre à feu fixe avec lampe à six mèches équivaut à 1 , 1 05 becs Carcel .

L'intensité lumineuse d'un panneau annulaire de 45* d'un phare de premier ordre tournant, avec lampe à 6 mèches,

équivaut à 9847 becs Carel. C'est la plus grande intensité lumineuse qu'on puisse obtenir avec un phare à huile.

La divergence du faisceau donné par ce même panneau est de Tjlj et la durée de Téclat est environ le sixième de la durée de Téclipse qui le précède et qui le suit.

En appliquant au calcul de l'intensité lumineuse des phares électriques les méthodes de M. Allard, et en partant des mesures photométriques, prises dans différentes directions, d'une lampe électrique alimentée par une machine Gramme petit modèle, on trouve que l'intensité lumineuse d'un phare électrique de 0",50 de diamètre à feu fixe équivaut au moins à 20,000 becs Carcel.

Cette même lumière concentrée au moyen de lentilles droites mobiles, en faisceaux ayant une divergence telle que la durée des éclipses soit égale à celle des éclats, équivaudra à 40,000 becs Carcel, c'est-à-dire qu'elle sera quatre fois plus intense que celle des plus puissants phares à l'huile, avec une durée d'éclipsé beaucoup moindre.

Avec une machine Gramme à quatre colonnes, l'intensité lumineuse d'un phare électrique de 0",75 de diamètre sera d'environ 60,000 becs ou 100,000 becs pour le feu fixe (suivant que la machine sera couplée en tension ou en quantité) et de 120,000 ou 200,000 becs pour le feu tournant.

Avec une machine Gramme grand modèle , l'intensité lumineuse d'un phare électrique de l'^OO de diamètre sera d'environ 80,000 becs ou 160,000 becs pour le feu fixe (suivant que la machine sera couplée en tension ou en quantité) et de 160,000 ou 320,000 becs pour le feu tournant.

Les chiffres donnés pour les feux tournants correspondent, dans les trois types, à une durée d'éclats égale à la durée des éclipses.

On conçoit que, disposant d'une telle quantité de lumière.

ÉOLAIRAGE A L'ÉLECTRICITÉ on n'ait pas à se préoccuper de concentrer plus ou moins les faisceaux, aGn d'augmenter ainsi la portée du phare. Le seul objet des lentilles mobiles des appareils tournants est alors de produire des apparences caractéristiques qui distinguent nettement cbaque phare des phares voisins.

L'emploi de la lumière électrique et celui des groupes d'éclats (beaucoup plus faciles à réaliser avec cette lumière qu'avec les lampes à huile) fournit un nombre d'apparences suffisant pour que l'on puisse se dispenser de faire figurer parmi les caractères distinctifs d'un phare tournant, la durée de l'intervalle qui sépare les apparitions de deux éclats successifs. Chaque phare dit son nom plus vite, plus nettement, et sans obliger l'observateur à consulter sa montre.

Enfin, si le nombre des apparences réalisées avec la lumière blanche parait insuffisant, on peut recourir à 1»lumière rouge, ou, ce qui est toujours préférable, à un& combinaison d'éclats blancs et d'éclats rouges, sans craindra de trop diminuer la portée du feu, qui, même après la pert^ causée par la coloration, restera supérieure à celle des pluspuissants appareils à huile.

Eclairage des navires ^^^|

Pour bien faire connaître les avantages de l'éclairage électrique à bord des navires, nous allons d'abord reproduire la note que nous avons publiée en 1 876 dans le Moniteur de la Flotte, et nous donnerons ensuite quelques renseignements sur les applications à la marine de guerre :

Le paquebot V Amérique, appartenant à la Compagnie générale transatlantique, est, depuis la fin de mars 1876, pourvu d'une machine Gramme et des divers appareils propres à la production de la lumière électrique.

L'installation, qui a été faite sous notre direction avec le

concours de MM. Sautter et Lemonnier, est due à Tinitiative personnelle de M, Eugène Pereire. La machine Gramme a été construite par l'inventeur lui-même, sur un type essentiellement nouveau. Tous les détails du projet ont été préalablement soumis à M. Audenet, ingénieur en chef. Elle est fixée à Tavant du paquebot, à 15 mètres de Tétrave.

Le fanal proprement dit est à verres prismatiques ; il peut éclairer un arc de 225 degrés, en laissant le paquebot presque entièrement dans l'ombre. Le régulateur électrique est du système Serrin. L'appareil est suspendu à la Cardan ; un petit siège ménagé dans le haut de la tourelle permet au surveillant chargé du service de régler la lampe sur place. La tranche lumineuse a environ O^'jSO d'épaisseur.

La machine magnéto-électrique Gramme a une puissance de 200 becs Garcel, son poids est de 200 kilogrammes ; elle est actionnée par un moteur à trois cylindres, système Brotherhood. La vitesse de régime est de 850 tours à la minute pour la machine Gramme comme pour son moteur (les axes de ces deux appareils sont simplement réunis par un manchon d'entraînement). L'emplacement exigé pour les deux machines ne dépasse pas 1°", 20 de longueur, 0"',65 de largeur et 0^,60 de hauteur.

Les câbles qui réunissent le fanal ou la lampe mobile au générateur d'électricité sont bien isolés. La section totale des fils qui les constituent est de O^'^OOOiO. La machine Gramme et son moteur sont placés sur un faux plancher dans la chambre de la machine motrice, à 40 mètres environ du fanal.

Tous les fils passent par la cabine du commandant, lequel a sous la main des commutateurs lui permettant de faire naître ou d'interrompre à volonté la lumière dans chacune des lampes, alternativement ou simultanément, et sans que la machine Gramme s'arrête.

. La nouveauté de l'installation de X Amérique réside dans

l'intermittence automatique de la lumière du fanal. Cette intermittence est obtenue par un petit mécanisme très simple fixé à l'extrémité libre de l'arbre de la machine Gramme.

Un fil spécial permet cependant au commandant de faire briller une lumière fixe et continue dans le fanal ; mais cette manœuvre est tout exceptionnelle, et en général les éclats et les éclipses se succèdent sans cesse. La machine Gramme, comme nous l'avons dit, ne s'arrête pas, elle tourne pendant toute la durée de la marche des appareils; mais l'électricilc se rend tantôt dans la lampe du fanal entre deux pointes de charbon d'où jaillît la lumière, tantôt dans un faisceau métallique fermé qui s'échauffe et se refroidit alternativement. Un dessin serait nécessaire pour faire bien comprendre l'organe d'interruption ; nous pouvons cependant en donner une idée assez précise.

La machine est animée d'une vitesse de 850 fours à la minute; au moyen de deux vis sans fin et de deux roues d'engrenages, on fait tourner un disque 1 ,700 fois moins vite, c'est-à-dire qu'on lui donne une vitesse d'un tour en deux minutes. Le disque est double dans le sens de son épaisseur et il est formé de bois et de cuivre. Deux petits frotteurs appuyés chacun sur une des parties du disque communiquent, l'un avec les conducteurs du fanal, l'autre avec les fils destinés à équilibrer la résistance électrique de la lampe. L'appareil est combiné de façon à ce que le frotteur d'une partie du disque se trouve sur le cuivre, tandis que l'autre est sur le bois, ce qui résout d'une manière très satisfaisante le problème de l'intermittence du feu dans le fanal. D'après les calculs de M. Pouzolz, la meilleure relation entre les arcs métalliques et isolants du disque est celle qui produit alternativement 20 secondes d'éclat et 100 secondes d'éclipsé. Rien n'est d'ailleurs plus facile que de modifier cette proportion, même en route; il suffit pour cela de se

- munir d'une série de disques ayant des garnitures métalli- ' ques plus ou moins grandes.

Placé sur un sol peu stable en lui-même, le moteur Brotherhood a donné lieu à des vibrations intenses et à un bruit si exagéré, qu'il devenait impossible de s'entendre dans la chambre des machines ; mais cet inconvénient disparaîtra complètement dans les autres installations, qui posséderont des moteurs à peu près silencieux.

La hauteur du foyer lumineux est de 1 mètres au-dessus de l'eau. La portée possible de la lumière, eu égard à la dépression de l'horizon, est de 10 milles marins (18,520 mètres) pour un observateur ayant l'œil à 6 mètres au-dessus de l'eau.

Dans le but d'éclairer les huniers et les perroquets, tout en laissant les basses voiles dans l'obscurité, M. Pouzolz a fait construire un tronc de cône en fer blanc et l'a placé sur la lampe mobile, la large ouverture en l'air. De cette façon V Amérique était vue de très loin par les bâtiments et les sémaphores, quand il convenait au commandant de laisser la lumière électrique en fonction continue pendant toute la nuit. C'est certainement là une bonne idée qui rendra de grands services dans les atterrissages.

Ce que nous avons tous cherché, en étudiant l'installation de V Amérique, c'est d'éviter les inconvénients plus ou moins sérieux qui nous avaient été signalés et qui peuvent se résumer ainsi : la lumière électrique crée autour d'elle un nuage blanchâtre qui fatigue la vue et nuit aux observations; le feu fixe électrique, par sa grande intensité, fait disparaître les feux réglementaires vert et rouge, ce qui constitue un vrai danger ; près des côtes, les bâtiments peuvent prendre le fanal électrique pour un phare et faire fausse route; enfin les appareils sont encombrants et leur prix d'installation est trop considérable eu égard aux services rendus.

Les appareils Gramme ne coûtent pas cher ; ils sont très-

faciles à installer et à manœuvrer, ne courent aucun risque de dislocation, et ils n'exigent enfin qu'un eraplacemeni très-restreint. Les autres objections sont levées par l'emploi de feux intermittents. M. Pouzolz termine son rapport en déclarant que la lumière faite par courts éclats ?i'a jamais gêné la vue d'aucun officier de quart, ni des hommes de veille au bossoir, et que l'éclat des feux de cotés vert et rouge n'est en rien diminué par F usage du phare de t avant.

Après des expériences aussi concluantes, il semble que rien ne doive plus s'opposer à l'adoption immédiate de la lumière électrique sur tous les navires, car il est bien prouvé que la plupart des collisions proviennent de la dinicullé qu'éprouvent les capitaines à relever la position exacte du navire qui approche, et c'est surtout en navigation que les questions de sécurité doivent primer toutes les autres. Cependant, nous ne croyons pas que l'application s'en généralisera vite; ce n'est que petit à petit, après de nouvelles séries d'essais, que la lumière électrique prendra déiinitivement possession de l'Océan. Nous désirons même que les ehoses se passent ainsi, car si nous avons réussi à annuler les inconvénients qu'on nous avait signalés, nous espérons bien, dans les installations qui vont suivre, apporter des améliorations importantes. A notre avis, les véritables progrès ne se développent que très lentement, mais aussi, dès que l'expérience les a consacrés, ils restent à l'abri des revirements, si communs dans l'histoire des innovations scientifiques et industrielles.

Les essais qui réussissent trop vite amènent le plus souvent de graves déceptions, et s'il nous fallait une preuve de cette assertion, nous la trouverions précisément dans les premières tentatives d'installation de l'électricité sur les navires.

Ilya douze ans que M. Berlioz, alors directeur de la Société VAlliance, installait à bord du Jérôme-Napoléon une machine électrique avec un projecteur placé à quelques mètres

au-dessus du pont et destiné à diriger la lumière sur l'horizon. Le succès de cette première application fit beaucoup de bruit et amena d'autres commandes à la même société. Parmi les applications qui suivirent, nous citerons celles du Saint-Laurent y du For fait ^ du dEstrées et celle plus récente de la France^ de la Société des transports maritimes de Marseille. Eh bien, à l'exception de la dernière, dont nous ignorons le sort, il ne reste rien de toutes ces installations, et nous avons vu à Saint-Nazaire la carcasse tout oxydée de l'appareil électrique du Saint-Laurent.

Cependant les machines de X Alliance étaient bonnes, les rapports des capitaines sur leur emploi étaient favorables, et ce n'est malheureusement pas que les sinistres maritimes soient devenus plus rares.

Les causes de l'insuccès viennent surtout de ce qu'on n'a pas eu assez de constance dans les expériences, qu'on s'est arrêté au moindre inconvénient qui a surgi, au lieu de chercher à l'annuler. Le déplacement dans les commandements a également nui au maintien des appareils à bord.

Il y a aussi le point de vue économique, qui, ici comme

partout ailleurs, a joué un grand rôle : on espérait qu'en

augmentant la sécurité, les Compagnies d'assurance feraient

une réduction dans les primes : ce résultat n'ayant pu être

obtenu, ouest bientôt arrivé à considérer l'appareil électrique

comme un objet de luxe. De là l'abandon du système essayé

souvent à grands frais.

En moins de deux ans nous venons, à notre tour, d'installer des machines Gramme à bord de plusieurs navires de guerre français, danois, russes, anglais et espagnols ; nous ï*eprenons à la Compagnie transatlantique la suite d'expé- Wences depuis longtemps interrompues et nous avons V espoir de voir nos efforts aboutir à la réalisation complète du problème.

Jusqu'à présent nous n'avons éprouvé aucun mécompte et

nous travaillons sans cesse à améliorer nos premières dis()ositions, afin d'en tirer encore un meilleur parti .

Parmi les applications récentes nous citerons celles faites par MM. Sautter, Lemonnier et C* sur le Livadia et k Pierre- le-Gr and de la marine russe, le Richelieu et k Suffren de la marine française, etc., etc. ; et celles faites par M. Dalmau à bord des navires cuirassés espagook Numancia et Vitoria.

Le Livadia est muni d'une machine Gramme donnaot 500 becs Carcel environ, avec laquelle on distingue nettement des édifices à une distance de 3,0(M3 mètres. Plusieurs fois il est entré la nuit et s'est mis à quai dans les ports d'Odessa et de Constantinople, aussi facilement que s'il eût fait jour.

La lumière électrique lui fut particulièrement utile une nuit, à l'entrée de l'hiver, où, le froid continu qui régnait depuis plusieurs jours s'étant encore accru pendant sa navigation, il craignait d'être pris par les glaces. Il fallait aller chercher de suite un refuge dans une rivière à l'entrée de laquelle la barre ne laisse qu'un chenal balisé d'une vingtaine de mètres. Grâce à son projecteur, il distingua parfaitement le chenal et atteignit à toute vitesse l'abri de la rivière.

A bord de tous ces navires, l'éclairage électrique a été utilisé avec grand succès pour renouveler la provision de charbon sans attendre le jour.

La marine française a fait installer, à bord du Richelieu et du Suffren^ des machines Gramme très puissantes commandées directement par une machine Brotherhood et envoyant la lumière par des projecteurs lenticulaires. De nouvelles installations vont suivre.

Le nouvel engin d'attaque, la torpille, portée ou remorquée, met, on le sait, les plus gros cuirassés à la merci d'un de ces rapides canots porte-torpilles. L'expérience a en effet

Fil, 68. Projecteur Sautier et Lemonai

238 ÊCÈAIRAGE A L'ÉLECTRICITÉ

démonlfé que, quelque vigilante que soil la surveillance à bord d'un navire de haut bord, une attaque nocturne par une chaloupe porte-torpille réussit souvent. Le bateau rapide filant à 1 5 ou 18 nceuds est arrivé à son but avant qu'on ait soupçonné sa présence. Il en est autrement si le navire, but de l'attaque, peut explorer l'horizon dans foules les direetions à une distance de deux à trois milles. Il voit Tennenii une dizaine de minutes avant d'être atteint, c'est assez pour se défendre, si même cette attaque n'est pas empêchée par le seul fait qu'elle est découverte.

Les installations à bord des navires sont complétées, comme nous l'avons dit, par le projecteur lenticulaire Sautter et Lemonnier. Ce projecteur, que nous représentons figure 43, a pour fonction de concentrer en un faisceau cylindrique, les rayons émanés de la lampe, et de donner à l'opérateur les moyens faciles de diriger la lumière sur un point quelconque de l'espace. A cet eflet, l'arc vollaïqne d'un régulateur Serrin est placé au foyer d'une lentille de Fresnel de ()'°,(iO de.diamètre, composée de 3 éléments dioptriques et de 6 éléments catadioptriques. La lampe et la lentille sont portées dans un tambour en fonte, mobile autour de son axe vertical et oscillant autour de son axe horizontal, sans que les positions relatives de la lampe et de la lentille changent ; d'où il résulte qu'en repos comme en mouvement, le [luïnt lumineux reste au foyer optique et ses rayons continuent à être envoyés dans l'espace en faisceau, suivant l'axe optique de la lentille.

Les mouvements tournant et oscillant peuvent être successifs ou simultanés ; ils ont pour objet de diriger l'axe optique et, par suite, le faisceau lumineux dans toutes les directîqi et sous toutes les inclinaisons.

L'opérateur est placé debout derrière le projectei effectue ses manœuvres au moyen de poignées disposées li^ commodément.

■ectîo^i leuif^^

^: Par le seul fait de son introduction dans l'appareil, la l'iampe est mise dans le circuit électrique et ne cesse de s'y :^ trouver .quels que soient les mouvements imprimés au cylini dre mobile.

Une petite lunette , placée sur un des tourillons du cylindre , projette sur un écran de verre dépoli l'image des charbons et permet de suivre la marche de la lampe sans qu'il soit r nécessaire d'ouvrir le cylindre. Une vis fait varier la position de la lampe lorsqu'il s'agit de ramener au foyer le point lumineux ou de l'en écarter pour produire une divergence plus ou moins grande du faisceau. Une deuxième vis et une manette servent à maintenir le faisceau dans une direction déterminée : la vis en arrêtant le mouvement tournant, la manette en empêchant l'oscillation.

Pour les usages de l'artillerie, une disposition particulière permet de déplacer lentement, au moyen de vis tangentes, le faisceau lumineux, afin de l'amener exactement dans une direction déterminée à l'avance.

L'appareil complet est placé sur un socle en fonte qui se fixe sur la passerelle d'un navire, à l'intérieur d'une casemate dans un fort, ou sur un chariot mobile. A l'aide d'un interrupteur on supprime à volonté le courant sans qu'il soit utile d'arrêter la machine.

La machine électrique et son moteur peuvent être installés dans la chambre des machines ou en tout autre emplacement. La vapeur peut être empruntée aux chaudières de la grosse machine ; mais il vaut mieux qu'une chaudière spéciale et à haute pression soit disponible pour cet objet.

On peut ainsi avoir de la lumière au mouillage et sans qu'il soit nécessaire d'être sous pression dans les grandes chaudières.

L'emplacement affecté au projecteur lenticulaire a beaucoup varié. Installé d'abord sur la passerelle du commandant, on a préféré sur le Livadia mettre le socle à poste fixe

no ECLAIRAGE A L'ELECTRICITR

loul à fait à l'avant et y monter l'appareil optique quand on voulait éclairer. A bord de la frégate cuirassée la jVtimancia de la marine espagnole, on a disposé à l'avant une plateforme ; c'est sur cette plale-forme qu'est mÎ5 le projecteur et que se tient l'officier qui le manœuvre.

Cette disposition nous parait avantageuse, elle permet y l'observateur d'être placé en contre-bas de la zone du faisceau et de ne pas être gêné par lui ; mais elle n'est possiblt que lorsque l'avant ne porte pas de beaupré.

Sur le Téméraii-e, de la marine royale anglaise, placé deux projecteurs, lun à tribord et l'autre à bâb)

On emploie également la lumière électrique sur les canots à vapeur employés en vedette et munis d'un appareil de projection permettant soit de fouiller l'horizon k une dislance de t,J)O0 mètres, soit de correspondre par signaux lumineux avec le navire dont ils dépendent.

Le peu de place et le peu de force dont on peut disposer sur ces canots exigent des appareils très légers, peu encombrants et par suite beaucoup moins puissants que ceux dont nous avons parlé.

L'appareil projecteur n'est plus l'appareil lenticulaire, mais un simple réflecteur parabolique argenté, monté sur la lampe même; il est mobile à la main autour d'un axe horizontal, et l'ensemble, renfermé dans une boîte très légère, peut tourner sur un axe vertical. On l'installe instantanément à l'avant de la chaloupe ; ropéraleur peul alors diriger les rayons dans tous les sens.

La machine Gramme est disposée pour être actionnée soit par le moteur, soit par quatre hommes agissant sur une-double manivelle.

Quelle que soit la combinaison adoptée, l'appareil Uer»-^ un quart de mètre cube environ et ne pèse pas plus J* 230 kilogrammes.

Le courant électrique est porté de la machine à la larnp»*

842 ÉCLAIRAGE A L'ÉLECTRIClTÊ

par un câble à double conducteur en fil de cuivre rouge parfaitement souple et assez isolé pour qu'il puisse être dévidé hors du canot et tremper dans la mer. afin de ne pas gêner la circulation à bord.

Oans les embarcations particulières, l'éclairage électrique donne également de très bons résultais. M. Menier a installé sur son yacht une petite machine de tiO becs mue par un moteur Brotherhood, el il est très satisfait de son service.

Nous représentons, figure 60, cette application qui fait honneur à l'esprit d'initiative du grand industriel de 1 Noisicl.

Application aux opérations militaires ^^H

La première idée de l'application de la lumière électrique à l'art militaire remonte à la guerre d'Italie, en 1859. Une Société fut formée à cette époque pour exploiter, en vue de cette application, la pile de (Irenet, et l'on put voir circuler dans les rues de Paris une voiture portant une pile et une lumière électrique. La paix de Solférino mit fin à ces expériences dont, avec les moyens alors connus de produire l'électricité, on n'aurait pu attendre des résultats pratiques sérieux.

En 1867, à l'Exposition universelle de Paris, l'Aulriche avait envoyé une parabole métallique de grande dimension, ayant une lampe électrique à son foyer; à côté étaient exposés plusieurs dessins montrant diverses applications qui pouvaient être . faites de cet appareil à l'attaque ou à la défense des places, ou à d'autres opérations militaires.

Les premières applications pratiques que nous connaissons datent de la guerre franco-allemande, du siège de Paris. On n'obtint, à cette é|)oque, aucun résultat saillant. Cela tient, dune pari, a ce que, pendant cette opération militaire, les

attaques par rartillerie n'eurent lieu qu'à de grandes distances et à ce que les tentatives d'attaque de vive force furent extrêmement rares ; d'autre part, à ce que les moyens dont on disposait pour produire la lumière et la projeter à distance étaient hors de proportion avec la portée des engins d'artillerie. Les producteurs d'électricité étaient des piles, et la machine de l'Alliance (la machine de Gramme était à peine inventée), les appareils, des projecteurs, des réflecteurs paraboliques ou sphériques de petits diamètres , quelques combinaisons plus ou moins ingénieuses de lentilles, et un projecteur lenticulaire.

Ces efforts montrèrent, dès lors, qu'il était nécessaire d'avoir des appareils mobiles pouvant opérer hors de l'enceinte de la place et susceptibles d'accompagner certaines opérations. A cet effet, on étudia des piles portatives, très ingénieuses d'ailleurs, mais dont les dimensions encore encombrantes ne permettaient pas un emploi courant.

Si la lumière électrique employée dans ces conditions ne parut pas aux assiégés d'une grande utilité, il est probable que les assiégeants n'en jugèrent point ainsi, car dès cette époque, les Allemands s'en occupèrent, et l'on voyait figurer en 1873, à l'Exposition de Vienne, dans leur section, un appareil de projection de lumière électrique approprié aux usages militaires et alimenté par une machine dynamoélectrique de Siemens, en même temps que quelques travées plus baSy MM. Sautter et Lemonnier exposaient, dans la section française, lin projecteur destiné à la marine, qu'une machine de Gramme éclairait.

L'année précédente, le Danemark et la Russie s'étaient déjà servi d'engins analogues que nous leur avions fournis pour éclairer des passes défendues par des torpilles.

Depuis cette époque, des travaux sérieux ont été faits, et les résultats, obtenus dès maintenant par une commission d officiers français au fort du Mont-Valérien, permettent de

iH ÉCLAIRAGE A L'ELECTRICITE

compter l'éclairage électrique parmi les moyens utiles de défense dont doivent disposer une place de guerre, un forf, un corps d armce.

iSous citerons quelques-uns de ces résultats dont nous avons été nous-mème témoin. En employant la machine (iramme à 4 colonnes donnant, couplée en tension 1 ,500 becs t'arcel, et couplée en quantité 2,500 becs Carcel, on rendit visibles, pour des observateurs placés à côté de l'appareil de projection de lumière, des mouvements de troupes, des maisons, des chariots à une distance de o,000 mètres ; on put, à une distance de 2,700 mètres, apercevoir des soldats et reconnaître qu'ils s'escrimaient à la baïonnette.

Si l'on remarque que, pour un observateur plaoé près de l'appareil projecteur, la lumière traverse deux fols la distance qui le sépare du terrain éclairé et que l'intensité de la lumière de retour est inversement proportionnelle non plus au carré de la distance, mais à sa quatrième puissance, abstraction l'aile de l'absorption atmosphérique qui, de son coté, agit comme si la distance était doublée, on reconnaîtra que la portée de la vue peut être notablement augmentée en plaçant l'observateur à 1 ,000 ou \ ,500 mètres du point à éclairer, laissant l'appareil projecteur à 3 ou 4 kilomètres en arrière, à l'abri de l'artillerie ennemie.

Nous laisserons aux gens spéciaux à examiner le parti à en tirer pour leur art. Nous appellerons toutefois leur attention sur cette particularité de la machine de Gramme de pouvoir, par un simple mouvement de commutateur, être couplée en tension ou en quantilé; couplée en quantité, la lumière est doublée, ce qui est commode si l'on veut éclairer plus loin ou d'une fa(;on plus intense, et indispensable si le temps esl brumeux; couplée en tension, on peut porter le courant à une grande distance, jusqu'à 1 kilomètre de la machine, et obtenir encore une lumière de 1,000 à 1,500 becs Carcel, en augmentarit le nombre de tours de la machine électrique

en proportion de la distance à laquelle on veut produire la lumière. La machine électrique peut alors être installée dans une position fixe et centrale, autour de laquelle on déplace l'appareil projecteur dans un rayon de 1,000 mètres. A cet effet, cet appareil est monté sur un léger chariot très facilement transportable.

Les appareils employés parle gouvernement français pour l'éclairage des places fortes et la défense des côtes se composent d'une machine Gramme, d'un projecteur Mangin, d'un machine Brotherhood, d'une chaudière Field.

La machine Gramme a des électro-aimants plats; elle donne, couplée en tension, une lumière de 2,500 becsCarcel, et couplée en quantité, une lumière de 4,500 becs.

Cette machine tourne à des vitesses de 250 à 300 tours couplée, en tension, et de 500 tours, couplée en quantité.

A cause de sa destination, cet ensemble : machine électrique, moteur et chaudière, peut être installé à demeure sur un socle en maçonnerie, ou mieux, comme le représente la figure 69, monté sur un chariot en fer muni de 4 roues également en fer. La chaudière, dans cette dernière disposition, porte une cheminée mobile et assez basse pour pouvoir passer sous les voûtes des traverses.

Le projecteur employé est celui du colonel Mangin. 11 est établi sur un chariot bas et léger qui permet de le porter sur le point de la fortification ou de la côte le plus convenable. Ce projecteur, décrit en détail dans le Mémorial de t officier du géniey se compose essentiellement d'un miroir de verre concave convexe, à surfaces sphériques de rayons différents. La face convexe est réfléchissante et est recouverte d'argent. Ce miroir, qui a (r,90 de diamètre, jouit de la remarquable propriété de ne pas avoir d'aberration de sphéricité, malgré la presque égalité entre son diamètre et sa distance focale.

Entre le miroir et le foyer est interposée une lentille concave convexe dont la concavité est tournée vers le foyer. Son

rôle es! de recueillir, au profit du miroir, une plus grande quantité de rayons de la source lumineuse et d'augmenter ainsi l'amplilude du champ éclairé.

Le faisceau qui sort du projecteur Mangin, quand la lampe est au foyer de la lentille, est parfaitement limité |)ar une circonférence presque sans pénombre, et n'a de divergence que celle due è la dimension de la source lumineuse, c'est-à-dire 2 degrés 1/2 environ. La lumière est uniformément répartie sur toute sa surface.

Cet appareil possède la propriété de pouvoir, par le simple déplacement du foyer, lequel s'effectue par une vis ordinaire, éclairer à volonté un espace considérable ou de concentrer toute son intensité sur un même point. Cette propriété le rend éminemment propre à un certain nombre d'opérations militaires.

MM. Saulter et Lemonnier ont déjà construit un grand nombre d'appareils pho(u-élecfrif/ues pour la marine et la guerre et, grâce à leur compétence exceptionnelle dans la question, ils ont su combiner les divers organes de ces appareils, de manière à leur assurer un fonctionnement irréprochable.

Nous citerons parmi les principales inslallalîons qu'ils ont réalisées, celle destinée à éclairer la passe de la Caraque à Toulon.

Cette passe a 1 ,800 mètres de large, elle est défendue par 12 torpilles dont la position est signalée par 12 bouées rouges. Le problème était de trouver à chaque instant un navire partant à toute vapeur de Toulon et cherchant à ta^H verser la passe en divers endroits. ^^|

L'expérience a été des plus concluantes. ^^1

A peine le navire avait-il franchi le cap qui ferme l'entrée du port qu'il fut aperçu à plus de 3,000 mètres et, à partir de ce moment, on a pu le suivre, le quitter, le re- Irouver avec la plus grande facilité.

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248 ÉCLAIRAGE A L'KLECTRICITE

Ce premier essai terminé, on a voulu se rendre compte du nombre de bouées visibles à la fols. Pour cela on a projeté le faisceau lumineux au pied de la fortification et l'on a vu nettement la ligne de séparation de l'eau et du sol ; puis élevant peu à peu !e faisceau on a vu successivement la première, la deuxième, la troisième et la quatrième bouée. A ce moment, on a remarqué qu'on pouvait relever le faisceau jusqu'à l'apparition de la douzième bouée, placée à 2,000 mètres, sans perdre de vue aucune des premières, bien que celles-ci ne reçussent pas de lumière directe. Elles étaient éclairées par la lumière que réfléchissaient les corpuscules et les vésicules d'eau répandus dans l'atmosphère.

Grâce à l'intensité de la source lumineuse et à l'exactitude Je concentration des rayons que donne le projecteur Mangin, la puissance du faisceau était telle que les corps placés en dehors de son action et à 10 mètres au-dessous de lui, étaj parfaitement visibles.

On fit ensuite une troisième expérience.

La porte divergente fut placée devant le faisceau lumT neux, qui se trouva étalé et qui permit de voir, de l'autre côté de la passe, à 3,000 et 3,IiOO mètres, un champ de plus de 200 mètres de longueur, éclairé suffisamment pour rendre faciles toutes les opérations de l'artillerie.

Enfin, on voulut reconnaître quelle portée maxima on pouvait atteindre. La porte divergente fut supprimée et le faisceau concentré fut envoyé sur les hauteurs qui dominent la ville de Toulon. Ce fut avec la plus grande satisfaction que les observateurs, munis de bonnes jumelles et placés près de l'appareil optique, découvrirent la caserne du Mont- Faron située à O.'iOO mètres de distance et à 500 mètres d'altitude.

Les conclusions furent unanimes. Il était certain que l'ensemble de ces appareils constituait une protection efficace contre les bateaux torpilles qui essaieraient de franchir la

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passe. Ces bateaux seraient découverts à temps pour être battus par les feux du fort, et des officiers placés dans des postes spéciaux pourraient provoquer l'explosion des torpilles noyées, au moment précis où lesdits bateaux ennemis arriveraient dans leur rayon d'action. Ces expériences ont été faites par une nuit sombre. Une légère brume empêchait l'atmosphère d'être absolument pure.

L'efficacité des appareils Gramme et Mangin a été égalestient reconnue dans des expériences faites pour l'éclairage de la passe nord du port de Cherbourg.

Plusieurs bateaux devaient franchir cette passe et être i*econnus de l'endroit où se trouvaient placés les appareils photo-électriques. La plupart furent parfaitement reconnus; puis le jet de lumière fut dirigé constamment sur l'un d'eux, ^uand le capitaine qui commandait ce bâtiment vint près des observateurs, il leur adressa de vifs reproches : la lumière électrique l'avait empêché de gouverner et il avait failli à plusieurs reprises se heurter dans d'autres embarcations. On peut conchire de ce fait que les navires ennemis sur lesquels se concentrerait un semblable faisceau lumineux ne pourraient pas entrer dans le port et seraient obligés de virer de bord.

Pendant la guerre turco-russe, les bords de la mer Noire ont été protégés par des appareils semblables qui ont fonctionné toutes les nuits, au port d'Odessa notamment.

Pour les signaux de guerre, M. Gramme a étudié une 'nachine de très petites dimensions qu'on peut faire mouvoir à bras. Cette machine, actionnée par 4 hommes, produit '•ne lumière équivalente à 50 becs Carcel environ. Elle a des électro-aimanls plats, est montée sur chariot, et reçoit '^ mouvement de deux manivelles agissant sur un double i^u d'engrenages. Sa construction est rustique et convient éminemment au rôle qu'elle est appelée à remplir.

()n exécute en ce moment, pour divers gouvernements, de

nombreux appareils de projection de lumière électrique ; les uns placés sur des locomobiles comme il est indiqué, fig. 70; les autres alimentés par des chaudières fixes et accouplés avec leur moteur. Un des appareils les plus réussis que nous connaissions est celui qui a été agencé par M. Brotherhood de Londres, avec une machine à trois cylindres combinée spécialement pour cet usage. Le générateur d'électricité, système Gramme, sort des ateliers de MM. Sautter et Lemonnier.

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