CHAPITRE IX
^^B conditions à réaliser pour un bon emploi de la lumière à Télectricité. ~ Cïspaces que peut éclairer une seule machine. — Prix de revient et commodité.
— Installation dans Tatelier de l'inventeur. — Établissement Ducommun, à Kf ulhouse. — Ateliers Sautter, Lemonnier et C'% à Paris. — Usines Menier, à ^oisiel, Grenelle et Roye. — Installations dans les filatures. — Installations dans les tissages et les teintureries. — Gare des marchandises delà Chapelle-Paris.
— Chantiers de M. Jeanne Deslandes au Havre. — Hippodrome de Paris. — F*ort du canal de la Marne au Rhin à Sermaize. — Eclairage d*une piste de patinage. — Applications diverses.
L'éclairage à l'électricité peut être employé avec avantage dans un grand nombre d'usines. Il n'offre aucun inconvénient en pratique et permet d'obtenir une grande quantité de lumière ambiante avec une très-faible dépense. C'est le seul éclairage industriel avec lequel on puisse exécuter, la nuit comme le jour, des travaux de chargement, de déchargement, de montage de machines, de charpente, de tissage, etc., et exercer dans un atelier une surveillance facile. La lumière qu'il fournit est tellement abondante, que, reflétée par tous les objets qu'elle frappe, elle est diffusée dans tous les sens à la façon de la lumière du jour ; il n'y a pas de partie absolument sombre ; partout on peut lire, trouver un outil, etc.
Presque toutes les applications industrielles qui existent au monde, ayant été réalisées avec la machine Gramme du type normal, c'est d'elle que nous nous occuperons exclusivement, dans le présent chapitre.
Malgré la puissance lumineuse d'un foyer, s'il s'agît de travaux d'une certaine précision, il est indispensable d'avoir deux machines, afin que les ombres produites par une lumière soient éclairées par l'autre ; mais, dés lors, l'extinction qui se produit pour chaque lampe au bout de trois heures et demie à quatre heures d'allumage ' n'esl pas un inconvénient sérieux; il suffit, en elïel, de deux minutes pour garnir la lampe de crayons neufs et rallumer; pendant ce petit intervalle de temps, la lumière des autres lampes permet de ne pas inlerrompre le travail. D'ailleurs, s'il est indispensable d'avoir une continuité absolue, il suffit d'adjoindre à chaque lampe une lampe de rechange, dont l'allumage se fait automatiquement par l'extinction de lapremière ; mais en pratique cela n'est généralement pas^ nécessaire.
L'expérience nous a montré que le travail à la lumièreélectrique nue n'était pas fatigant pour les yeux ; après quelques jours d'emploi de globes opales, pour tempérer la lumière, on les supprime partout, à la demande des ouvrid^f C'est inutilement qu'ils atténuent la lumière, ^H
Tout le monde sait que la lumière électrique conserve aux couleurs leurs nuances. Cette qualité a été utilisée avec succès par plusieurs teinturiers pour échantillonner la nuit ; un seul foyer lumineux, qui pourrait même èlre de moindre intensitiî, suffll en ce cas.
Lorsque les plafonds ont moins de quatre mètres d'élévation, l'installation électrique devient plus difficile, mais elle est loin d'être impossible, grâce à une disposition particulière de réflexion de la lumière de bas en haut imaginée par M. Gramme, et perfectionnée par MM. Sautter et Lemonnier.
En général, on peut éclairer convenablement, avec un
1. Il exiete aujourd'hui dea régulateurs spt'ciaux qui bn'ilKnl pendant liuil heures sans qu'il soit nécessaire de changer les charbons.
seul appareil, 500 mètres carrés d'un atelier d'ajustage, de tours, de machines-outils, de modelage, etc.; 250 mètres carrés d'une filature, d'un tissage, d'une imprimerie, etc.; et 2,000 mètres carrés d'un montage, d'une cour, d'un quai, d'un chantier en plein air, etc. Avec ces données, il est facile de se rendre compte du prix d'une installation quelconque, sachant qu'un appareil complet : lampe, machine, fil conducteur, transport et pose, coûte environ 2,400 francs en France et dans les pays limitrophes.
Les industriels qui ne payent le gaz que 0', 30 le mètre cube, et qui trouvent leur établissement suffisamment éclairé avec 20 becs de gaz, ne doivent pas chercher une lumière plus économique, à moins qu'ils ne fassent travailler toutes les nuits, sans interruption ; auquel cas, ils auront intérêt à remplacer 10 becs de gaz par un appareil élec- Irique.
Les deux questions qu'on doit examiner pour établir un nouveau mode d'éclairage sont le prix de revient et la com- Qiodité. On fait souvent bon marché de la seconde, mais <^'est un tort; car, dans la plupart des cas, l'intérêt bien .Compris devrait la faire prévaloir.
Nous avons eu l'occasion de visiter un grand nombre ^l'usines, de fabriques et de manufactures de tous genres, €n Europe comme en Amérique, et nous avons vu peu d'établissements qui soient bien éclairés ; peu où une lumière plus intense n'eût donné une surveillance plus efficace, un travail plus considérable, une sécurité plus grande. Les compagnies d'assurance contre l'incendie ont un intérêt si important à la propagation de l'éclairage à l'électricité, que plusieurs d'entre elles ont offert de baisser leur tarif pour tous les bâtiments ainsi éclairés.
Une revue rapide de quelques installations exécutées fera apprécier, mieux que tous les raisonnements possibles, les avantages de l'électricité.
Atelier de la société Gramme
La première installaliori permanenfe de l'éclairage â l'éleclricilé a élé réalisée, en 1873, à Paris, dans l'atelier de la société Gramme. La lumière était fournie par un seul foyer, qui tenait la place de iV> becs de gaz. Pendant six années, la marche a été régulière et le prix de revient n'a pas dépassé fr. 60 par heure, tous frais compris. La salle éclairée a environ 12 mètres sur i2 mètres et ÎJ mètres d^. hauteur.
Ëtablissemeiit Ducommun, à Mulhouse
nît^^^
A la suite d'une visite à l'atelier Gramme, MM. Heilmi et Steinlen, les propriétaires actuels de l'établissement Ducommun à Mulhouse, se décidèrent à faire l'application sur une plus grande échelle, du nouveau mode d'éclairage; à cet effet, ils firent placer dans leur fonderie de fer quatre lampes Serrin alimentées par quatre machines Gramme, L'essai fut couronné de succès : depuis cinq ans le fonctionnement des appareils est régulier, et MM. Hellmann et Steinlen ont l'intention d'étendre cet éclairage à plusieurs autres bâtiments.
La fonderie Ducommun est de construction récente. Elle est bien disposée pour l'éclairage à l'électricité, quoique rîen n'ait été approprié spécialement pour ce but. fLa construction était entièrement terminée lorsqu'on s'est décidé à y installer la lumière électrique.) C'est une grande halle, sans mur de refend ni cloison verticale, ayant 56 mètres de longueur intérieure et 28 mètres de largeur. Deux grands chariots roulants, destinés à la manœuvre des châssis, des pièces moulées et des poches remplies de fonte en fusion.
circulent automatiquement d'une extrémité à Tautre du bâtiment. A 3", 50 du sol, au niveau même des chariots, règne sur les deux côtés longitudinaux un plancher de quelques mètres de largeur. Le toit est à deux versants, la charpente peu encombrante, les murs blanchis à la chaux.
Les régulateurs Serrin sont placés sur de petites consoles légèrement en saillie sur les planchers latéraux. On les aborde au moyen d'une échelle, comme cela a lieu pour les lanternes publiques de l'éclairage au gaz. Les foyers sont élevés à 5 mètres du sol, leur écartement est de 21 mètres dans le sens de la longueur et de 14 mètres dans le sens de la largeur.
Les machines Gramme sont placées dans l'annexe où se trouvaient déjà la chaudière et la machine servant au ventilateur. Le moteur ayant été largement calculé pour le but cju'il devait atteindre, il a été inutile de le modiGer et on a pu, sans inconvénient, lui faire actionner les appareils électriques et le ventilateur des cubilots simultanément. L'installation est d'une grande simplicité : les machines Gramme Sont placées au premier étage sur une même ligne et elles ï'eçoivent leur mouvement d'un arbre intermédiaire unique. Toutes les pièces sont facilement accessibles, et le service d'entretien, qui se réduit d'ailleurs à quelques précautions de propreté, peut se faire pendant la marche aussi bien que pendant le repos. La machine motrice est du type Sulzer, sa marche est très-régulière et la consommation de combustible est faible.
L'éclairage est général et d'une intensité constante; à n'importe quel endroit du local, il est aisé de lire un écrit placé à distance normale des yeux. Il n'y a presque pas d'ombres portées, grâce aux jets croisés de lumière émanant des quatre lampes.
L'installation complète a coûté, en chiffres ronds, 10,000 francs ; c'est ce qu'aurait coûté environ l'installation
de 250 becs de gaz. La lumière totale produite par rëee-j tricité dépasse 400 becs.
Nous donnerons plus loin le résultat des expériences (ail»' par MM. Schneider et Heilmann sur la puissance motria absorbée par les machines, le pouvoir éclairant de chaqa lampe, et le prix de revient de la lumière à Télectricilé comparée à la lumière au gaz .
MM. Heilmann et Steinlen ont obtenu de la société Gramme le droit de fabriquer des machines d'un type déterminé et ils ont étudié diverses dispositions pour en facililer remploi sur les navires et dans les manœuvres de guerre. Nous donnons (fîg. 66) une de ces éludes. C'est une machine Gramme placée sur le même bâti que la machine à vapeur et destinée à être installée dans les sucreries, sur les navires, partout où la vapeur est fournie par des générateurs communs et où le moteur de l'appareil électrique doit être indépendant pour assurer la régularité.
Pour éviter toute vibration, le bâti est large, rigide, bien assis. L'emplacement total ne dépasse pas 2", 25 sur 1 mètre. Toutes les pièces frottantes sont calculées pour un service durable. L'arbre de la machine à vapeur fait 150 révolutions à la minute ; celui de la machine Gramme 850.
Un tendeur placé sous la machine électrique permet de l'éloigner du moteur, quand la courroie n'a pas une tension suffisante. C'est là un excellent moyen d'empêcher le glissement de la courroie et d'assurer par conséquent une vitesse réguUère à la bobine, mais il faut en faire usage avec beaucoup de soin ; une tension exagérée de la courroie absorberait un travail considérable et pourrait donner plus d'inconvénients que les glissements eux-mêmes.
Le prix d'un appareil complet, moteur et générateur électrique, est de 4,000 francs.
C'est cette disposition que nous avons adoptée pour l'installation faite sur le steamer X Amérique.
Ateliers Sautter, Lemonnier et C'% à Paris
L'éclairage à I eieciricité avait sa place marquée dans ti ateliers de MM. Sautter, Lomonnieret C'% les fabricants i connus de phares lenticulaires, d'abord parce que personne plus que ces messieurs n'est familiarisé avec l'usage dw fortes lumières, et ensuite parce que, dès les premiers essaîl de M. Gramme, ils ont demandé et obtenu l'autorisation de construire des machines de sou système.
L'installation de leur atelier leur permettait de se convaincre eux-mêmes et de démontrer aux visiteurs que ce mode d'éclairage était excellent à tous les points de vue, et que, dans certaines conditions de dispositions locales et pour certains genres de travaux, il devait être préféré à tous les autres.
Les ateliers Sautter et Lemonnier se composent de deni travées de 30 mètres de longueur sur 25 mètres de largeur chacune ; un plancher à 6 mèlres du sol règne entre ce» deux travées sur une largeur de 10 mètres. Au rez-dechaussée sont les machines-outils: tours, raboteuses, fraiseuses, poinçonneuses, cisailles, forges, etc., etc.; les ajusteurs y travaillent les grosses pièces et l'on y fait le montage des machines. Au premier sont les modeleurs, ferhianlii et ajusteurs travaillant le bronze et les pièces de précisH trois machines Gramme, donnant chacune une lumière valente à foO becs Carcel. éclairent l'atelier d'une fi suffisante pour que fout autre mode d'éclairage ait été primé, aussi bien pour les ouvriers travaillant aux mac! outils que pour les ajusteurs de précision.
On pourrait croire que dans un atelier de cette si ombres portées par les outils, par les courroies, colonnes sont une grande gêne pour le travail, et que
OÙ la lumière n'arrive pas directement, le contraste fait paraître robscurité plus grande qu'avec un autre mode d'éclairage. Il n'en est rien. La lumière diffuse ou, en d'autres termes, la lumière réfléchie par tous les points éclairés est telle, qu'il n'y a point, à proprement parler, dans l'atelier de recoin sombre et qu'un ouvrier distingue facilement les objets placés au fond de son tiroir.
La lumière électrique, pas plus là qu'ailleurs, ne blesse ni ne fatigue la vue des ouvriers ; ils perdent au bout de très-peu de jours l'habitude de la regarder et sont tous trèssatisfaits d'un mode d'éclairage qui rend le travail de nuit aussi facile que le travail de jour.
A plus forte raison peut-on en dire autant de la surveillance, qui peut s'exercer la nuit dans un atelier éclairé par la lumière électrique, absolument comme en plein jour.
Les intermittences ne sont pas à craindre, et il en est ainsi dans chaque atelier éclairé par deux lampes au moins. Quand ces lampes sont bien réglées, les extinctions accidentelles sont fort rares. Au bout de quatre heures d'allumage, il faut remplacer les charbons, et cette opération se fait en deux ou trois minutes.
On a remarqué, dans l'application qui nous occupe, que chaque machine Gramme consommait un travail d'environ 2 chevaux; c'est là, avec les crayons de carbone de la lampe, la seule dépense d'éclairage. Les crayons se consument avec une vitesse de 0°',07 à l'heure et coûtent 2 francs le mètre. 100 becs Carcel fournis par la machine Gramme coûtent donc 0^ 14 par heure, plus les frais de force motrice.
Nous donnons (fig. 67) une vue des ateliers Sautter, Lemonnier et G'" éclairés à l'électricité.
Ce dessin montre la blancheur des plafonds et l'intensité uniforme de l'éclairage. Il donne une idée aussi exacte que
possible des effets remarquables de Tare voltaïque dans un espace clos et couvert.
MM. Sautter et Lemonnier ont déjà construit et livré, tant k l'industrie privée qu'aux services publics, plusieurs centaines de machines Gramme ; ils ont surtout étudié les appareils destinés aux arts militaires et ils ont reçu, à l'Exposition de 1878, une médaille d'or dans la classe 27, pour leur bonne fabrication et pour les perfectionnements apportés par eux dans l'éclairage à l'électricité.
Nous aurons l'occasion de parler en détail de leurs travaux spéciaux dans le chapitre X relatif à l'emploi de la lumière électrique sur les navires, dans les ports, dans les phares, etc., etc.
Usines Menier, à Grenelle, Noisiel et Roye.
M. Menier a fait installer la lumière électrique dans ses divers établissements et en a tiré un excellent parti, par des dispositions particulières bien comprises. Depuis le mois de novembre 1875, 14 machines de 150 becs fonctionnent à son entière satisfaction : 3 sont installées dans la sucrerie de Roye, 3 dans la fabrique de caoutchouc à Grenelle (Paris), et 8 dans la célèbre chocolaterie Menier, de Noisiel.
Dans toutes ces usines, les lampes sont suspendues de telle sorte, qu'on peut les garnir de leurs charbons et les aettoyer, si besoin est, sans se servir d'escalier ou d'échelle.
Le treuil de manœuvre est de l'invention de M. Henri Menier. Il se compose de deux flasques en fonte montées sur un plateau de bois dur et d'un tambour en caoutchouc durci. Les fils conducteurs sont attachés, l'un à la flasque de gauche, l'autre à la flasque de droite, et celles-ci communiquent métalliquement avec les extrémités du câble de suspension.
SOO ECLAIRAGE A L'ELECTRICITE
Ce câble esl formé d'une enveloppe extérieure en toile, d'une gaine en caoutchouc, d'une première série de fils en cuivre tressés comme une mèche, d'une deuxième gaine en caoutchouc, et enfin d'une série de fds de cuivre tressés en corde et formant l'axe du câble. L'enroulement sur le tambour se fait très-aisément, l'n petit rochel empêche la lampe de descendre seule.
Le câble, soutenu et guidé par deux poulies supérieures, est attaché à un petit plateau, lequel est réuni à la lampe par deux liges courbes. Un cadre muni de deux oreilles est fixé sur la lampe et reçoit les extrémités des tiges courbes.
Le courant est amené aux bornes de la lampe par les ' tiges de suspension, dont l'une est reliée avec l'âme métallique du câble et l'autre avec sa partie métallique ïntermé' diaire, c'est-à-dire avec les pôles positifs et négatifs de 1^ mach^ine magnéto-électrique.
L'usine de Noisîel est éclairée toute la nuit. Les hui^ machines sont accouplées en deux batteries de 4. Klles sont mises en mouvement par des roues hydrauliques, et, au besoin, quand les eaux sont basses, par une machine à vapeur spéciale. Les fds aboutissent à un commutateur particulier, placé au rez-de-chaussée (au centre des divers ateliers), et permettant d'envoyer le courant de chaque machine dans quinze directions ditlérentes. On peut, par ce moyen, éclairer une salle avec n'importe quelle machine et parer à tous les inconvénients qui pourraient se présenter, si Tune quelconque des machines ou des lampes venait à se déranger.
Près de chaque lampe se trouve un interrupteur, placé â portée de la main, avec lequel on peut éteindre la lampe sans arrêter le mouvement des machines.
Voici comment sont distribués les foyers lumineux ù Noisiel :
Une lampe placée dans une lanterne carrée et élevée à 7 mètres au-dessus de la serre des machines ù vapeur,
éclaire une cour principale de 2,000 mètres carrés de surface.
Deux autres lampes éclairent chacune une cour intérieure de 500 mètres carrés.
L'atelier de torréfaction, où travaillent 32 ouvriers, a 44 mètres de longueur, 11 mètres de largeur et 7°',70 de hauteur; il est éclairé par une seule lampe placée dans une lanterne vitrée, sur le sol, à Tune des extrémités de Tatelier. La lumière est projetée sur le plafond par un miroir parabolique, incliné comme un mortier de guerre ; elle est ainsi diffusée dans toute la pièce par réflexion.
L'atelier pour le pesage et le moulage, où travaillent 90 ouvriers, a 52 mètres de longueur sur 1 1 mètres de largeur et 7™,70 de hauteur. Il est éclairé par deux lampes placées à 25 mètres de distance Tune de l'autre el supendues à 6 mètres du sol.
Les ateliers d'entretien et de construction mécanique ont 400 mètres carrés de surface ; ils sont éclairés par un régulateur unique suspendu à 6 mètres du sol.
On étudie en ce moment l'éclairage par réflexion des deux ateliers de broyage, qui ont 40 mètres de longueur, 12 mètres de largeur et seulement 3°", 60 de hauteur.
Par une disposition de câbles et de commutateurs fort ingénieuse, M. Menier peut amener la lumière dans la maison d'habitation et éclairer le vestibule, la grande salle à manger, les deux salons, le jardin d'hiver et les jardins.
Une lampe est spécialement destinée aux projections photométriques et aux démonstrations scientifiques de la salle des cours et conférences.
A l'occasion de la première distribution des prix des écoles (le l'usine, M. Menier a donné, le 20 août 1876, un banquet de 1,450 couverts dans une tente de 65 mètres de longueur, 32", 50 de largeur et 7 mètres de hauteur. Le banquet et le bal, qui a suivi, ont été éclairés d'une manière féerique par
6 régulateurs de 1 50 becs. Un phare de 1 ,200 becs, placé à quelque distancé de la tente, éclairait la campagne dans m rayon de plus d'un kilomèlre.
A la sucrerie centrale de Roye, M. Menier a installé trois machines Gramme avec des dispositions analogues à celles adoptées à Noisiel. La première de ces machines éclaire la halle de carbonatation ^ qui a 45 mètres de longueur, 20 mètres de largeur et 1 5 mètres de hauteur ; la seconde est placée au milieu de la cour principale, où se trouvent les fours à chaux, les bouveries, les dépôts de charbons, etc.; elle éclaire une surface de 6,000 mètres carrés ; la troisième éclaire la réception des betteraves, les halles de dépôt, la monteuse et le laveur des betteraves.
A Grenelle, la fabrique de caoutchouc a sa grande halle, où travaillent 1 50 personnes , éclairée par trois régulateurs suspendus à 6 mètres du sol et placés en triangle. La halle a 47 mètres de longueur sur 41 mètres de largeur. Les machines sont actionnées tantôt par la machine motrice de Tusine, tantôt par une petite machine spéciale.
Les trois lampes électriques remplacent 259 becs de gaz et produisent, au dire même de M. Menier, cinq fois plus de lumière que le gaz n'en donnait. A Grenelle, comme à Noisiel et à Roye, on a adopté le même système de treuil en caoutchouc avec câbles à deux conducteurs et la même disposition de commutateurs permettant d'envoyer le courant de chaque machine dans n'importe quel régulateur.
Installations dans les filatures
Parmi les installations de lumière électrique faites dans des filatures, nous citerons celle de M"^® veuve Dieu-Obry, à Daours (Somme), celle de MM. Ricard fils, à Manresa (Barcelone), celle de MM. Buxeda frères, à Sabadell (Espagne), et celle de MM. David, Trouillet et Adhémar, à Epinal.
r Filature de M"" veuve Dieu-Obry. — L'atelier a 3",70 de nauteiir sous plancher, 43 mètres de longueur et H mètres de largeur. Il renferme 9 métiers à doubler de 30 broches et 17 métiers à retordre de 52 broches. Cinquante personnes, tant ouvriers qu'ouvrières, y sont employées.
L'éclairage est obtenu par deux machines Gramme actionnées par le moteur hydraulique qui donne le mouvement aux métiers.
Les lampes sont suspendues à environ 2 mètres de hauteur et elles sont munies, chacune, d'un large abat-jour renversé.
Cet abat-jour projette les rayons lumineux sur le plafond et les rayons se dispersent dans toutes les directions. On ne voit pas les foyers, et, par suite, la vue ne peut se reposer que sur des surfaces très-éclairées.
Nous avons déjà dit que le même artifice avait été employé avec succès chez M. Menier, à Noisiel. La seule disposition spéciale, à Daours, consiste dans la hauteur des lampes par rapport au sol, qui est nulle à Noisiel, et à mi-hauteur de l'atelier à Daours. Du reste, le résultat est très-bon dans les deux installations.
Toutes les fois que l'on possédera un plafond très-blanc et un local ayant moins de 4 mètres de hauteur, on aura avantage à employer la lumière réfléchie au lieu d'employer la lumière directe.
2"" Filature de coton de MM. Ricard fils. — Le premier étage de cette filature a 33 mètres de longueur sur 21"", 20 de largeur. Deux lampes éclairent 10 machines à filer selfacting. Les machines Gramme sont placées à l'extrémité de l'atelier et sont mues par le moteur de l'usine au moyen d'une transmission intermédiaire. La hauteur des lampes est de 3"*, 40 et leur distance relative de 15 mètres.
Au deuxième étage, la partie occupée par les métiers a 16 mètres de longueur sur 21°", 20 de largeur; une seule lampe suffît. Il y a 14 5 machines self-acting qui fonction-
nenl loules les nuits, comme celles du premier étage, depuk le mois de mai 1876. Les propriétaires sont très-satisfaits de 'j leur éclairage.
3"* Filature de laine de MM. Buxeda frères. — I^ salle éclairée électriquement chez MM. Buxeda a 58 mètres de longueur sur 22 mètres de largeur; elle contient 13 machines à filer, 12 cardes, 1 battant et quelques autres machines accessoires. Les lampes, au nombre de 3, sont suspendues à 4°", 20 de hauteur et distantes de 13 mètres Tune de l'autre . Il y a 4 ouvriers à chaque machine à filer, 3 à chaque groupe de deux cardes et 10 aux appareils accessoires, en tout 80 ouvriers dans la même salle.
Avec l'éclairage au gaz on ne pouvait pas faire certaias travaux la nuit, à cause des différences observées dans les couleurs ; maintenant on travaille nuit et jour sans arrêt et sans le moindre inconvénient, malgré les couleurs foncées des fils ouvrés.
L'installation électrique de MM. Buxeda fonctionne depuis 2 ans ; la meilleure qualité des produits compense largement les frais de force motrice ; l'éclairage en lui-même est, dès lors, beaucoup plus économique que celui du gaz ou du pétrole.
4"^ Filature de MM. David, Trouillet et Adhémar. — Nous empruntons à une note présentée à la Société industrielle de Mulhouse^ par M. William Grosseteste, les renseignements suivants relatifs à l'installation de l'éclairage à l'électricité, dans la filature du Champ-du-Pin à Epinal.
« La salle éclairée est un rez-de-chaussée, dont la surface totale est 2,926 mètres carrés ; déduction faite d'une partie séparée par des murs pleins, il reste une superficie de 2,646 mètres carrés, constituant une salle unique, sans cloisons intermédiaires et toute entière occupée par les machines.
« Les self-actings ne sont pas encore éclairés à l'électri*
îité*, qui n'a été appliquée jusqu'ici qu'à la préparation, lont la superficie est de 1,314 mètres carrés. Quatre lampes ant été appliquées dans cet espace et y répandent une quantité de lumière assurément trop considérable, surtout si on la compare à celle produite par les 60 becs de gaz qui réclairaient auparavant.
^< Les lampes sont munies de globes dépolis ; elles sont placées à 3°", 300 au-dessus du sol et éclairent directement à la manière ordinaire.
c< Loin de se plaindre de la fatigue qui semblerait devoir résulter d'une lumière aussi intense, les ouvriers la préfèrent à Téclairage au gaz, et, les crayons ayant manqué pendant trois jours, ils vinrent, dès le premier jour, réclamer Féclairage électrique.
« Avant l'installation, on avait quelque crainte que les ombres portées par les colonnes, les courroies, les bâtis même des machines, ne fussent un inconvénient. L'intensité des ombres étant en raison de l'intensité delà source de lumière, ces craintes avaient lieu de se manifester. L'expérience montra qu'il n'y avait pas à s'en préoccuper ; grâce à l'entrecroisement des rayons émanés des différentes lampes ; grâce aussi à la lumière réfléchie par les plafonds et par les murs, qui sont blanchis, les ombres ne constituent pas un inconvénient.
« Cette lumière réfléchie suffît même pour éclairer d'une manière très-satisfaisante les parties de machines où la lamière directe ne peut absolument pas pénétrer.
« Dans un angle situé à une distance de 40 mètres environ de la lampe la plus rapprochée, j'ai pu lire une écriture assez fine, en me plaçant de façon à intercepter sur le papier toute autre lumière que celle réfléchie par les murs et les plafonds.
1. Depuis le rapport de M. Grosseteste toute l*usine est éclairée au moyen de neuf maobioes Gramme du type normal.
20fi ÉCLAIRAGE A L'ÉLECTRICITÉ
« (Juant à la rcgularîté de l'éclairage, elle est très-satisfaisante; les intermittences sont très-rares et dépendent uniquement de la qualité du charbon. Comme elles ne sont jamais que de courte durée et n'ont jamais lieu pour les quatre lampes à la fois, aucune plainte ne s'est élevée à ce sujet.
« Au point de vue de l'éclairage, la solution est donc satisfaisante; l'économie est réelle, malgré l'immense supériorité de la nouvelle source lumineuse, La force motrice est prise sur un moteur hydraulique, dont l'excédant tk puissance fournit, et au delà, la force nécessaire. C'est là un des avantages spéciaux aux usines qui se trouvent munies de moteurs de celte nature, et, pour le plus grand nombre, cff sont celles-là qui dépensent le plus pour l'éclairage, commet par exemple les usines placées dans des vallées éloignées des foies ferrées, et qui payent pour les charbons des prix très-élevés.
« Mais ce n'est pas seulement au point de vue de l'éclairage que cette installation est intéressante. La combustion du gaz élève la température des salles, surtout dans les rez-dechaussée, d'une manière souvent gênante pour les ouvriers ; l'éclairage électrique supprime cet inconvénient. Au Champdu-Pin, réchauffement de l'air est insensible, comme le montre l'expérience suivante : la salle avait été éclairée au gaz, comme à l'ordinaire, jusqu'au moment de l'arrêt du travail; l'éclairage électrique ayant été mis en train, la température s'est abaissée en une demi-heure de 3 à 4 degrés,
" Les produits de la combustion du gaz, qui ne présentent pas d'inconvénients sensibles quand la durée du travail est coiule, finissent par devenir gênants quand le travail dure toute la nuit, surtout dans un rez-de-chaussée, car la ventilation est toujours très-difficile à y établir.
M II n'en est plus de même avec l'éleclricité, el ce sont
r^ là, messieurs, des avantages dont Timportance est à prendre
} en considération. »
^ Nous pouvons encore citer parmi les filatures éclairées à
i l'électricité, celle de MM. Bourcard fils et C* dans le Doubs, et celle de MM. Harroch et Miller à Preston, qui possèdent, Tune quatre machines Gramme, et l'autre trois.
Installations dans les tissages et les teintureries
Un grand nombre de lissages, parmi lesquels nous citerons ceux de MM. Grégoire frères à Crèvecœur-le-Grand, Baudot à Bar-le-Duc, Manchon à Rouen, Brindle à Preston, Mottet et Baillard à Rouen, etc., etc., sont éclairés au moyen de machines Gramme.
L'installation de M. Manchon ayant donné lieu à plusieurs rapports, c'est d'elle que nous nous occuperons spécialement.
L'atelier de tissage en question est rectangulaire ; il a 5 mètres de hauteur, 24 mètres de largeur, 42 mètres de longueur, soit 1,008 mètres carrés de surface. 11 contient 160 métiers à tisser, lesquels étaient éclairés, très-imparfaitement d'ailleurs, par 100 becs de gaz grand modèle, brûlant chacun 155 litres à l'heure.
Pour remplacer ces 160 becs de gaz, on a installé six machines Gramme et six régulateurs projetant leur lumière sur le plafond et donnant dans tout l'atelier un éclairage uniforme tout à fait satisfaisant. Avant l'introduction de cet éclairage, l'atelier avait un plafond à solives apparentes. M. Manchon n'hésita pas à faire les frais d'un nouveau plafond, et il n'eut qu'à se louer de son initiative.
M. Delahaye, ancien élève de l'École polytechnique, a présenté, à la Société industrielle de Rouen y un rapport sur l'installation qui nous occupe et dont nou3 extrayons les lignes suivantes :
ÉCLAIRAGE A L'ÉLECTRICITÉ « yuand on entre dans le tissage de M. Manchon, on esl favorablement impressionné par vme sensation de clarté tout à fait intense et saisissante, due encore plus à la suppression à peu près absolue des ombres qu'à l'intensité même delà lumière régnant dans l'atelier. Les ouvrières sont très-contentes de l'éclairage obtenu. Quant aux confre-maitres, les plus aptes sans doute à comparer les deux modes d'éclairage, puisqu'ils ne quittent jamais l'atelier, ils n'hésitent pas à déclarer que la lumière électrique vaut beaucoup mieux que le gaz, et que les femmes, comme eux-mêmes, sont beaucoup moins fatiguées après les longues veillées, par suite de la suppression de la chaleur que leur envoyait le réflecteur du bec de gaz placé immédiatement au-dessus et tout pris de leur tète.
« M. Manchon m'a encore signalé un avantage considérable du nouvel éclairage qui résulte de cette propriété bien connue de la lumière électrique, de ne pas altérer les nuances des couleurs les plus délicates. On évite, par suite, les erreurs commises autrefois assez fréquemment par les ouvrières dans le remplacement des fils de chaîne cassés ou dans le placement des cannelles dans les navettes. On obtient par suite une supériorité sensible dans la qualité des produits. »
Satisfait de cette application, M. Manchon va installer l'automne prochain la lumière électrique dans un tissage de 56 mètres sur li qui contient, comme le premier iofl métiers '.
1. Voici la lettre qu'écrivait M. Manchon à MM. Saulter et l.emonnier, la as juin 1878, au sujet de son éclairage à l'électricité :
« Mrbbibukb,
« Je trouve, od rentrant de Paris, oîi j'ai pasai quelques jours, voire estimée du ffî courant et m'empressu d'y répondru, et de vous envoyer, suivant voire désir, mon appréciation sur l'installa lion d'éclairage électrique que vous avez rdite dans mes ateliers.
MM. Isaac Holden et fils ont fait installer 9 foyers Gramme uïs leur peignage anglais de Reims^ et 3 dans celui de roix.
La qualité que possède la lumière électrique de conserver is nuances aux couleurs a été utilisée par toutes les manuictures, notamment dans les papeteries de MM. Lafargue et •aprade et Avondo et C*% à Milan ; et dans les teintureries e MM. Gaydet et fils, à Roubaix ; Haincart frères, à Wasuehal; Macs, à Clichy ; Coron et Vignat, à Saint-Etienne ; tescat-Leleu, à Lille ; Pullur et Sous, à Pesth, etc., etc. IM. Haincart frères ont constaté que Ton pouvait teindre es gris-perle à la lumière électrique, et que leur production vait augmenté notablement depuis l'installation de la nachine Gramme.
Gare des marchandises de la Chapelle-Paris
A la suite d'expériences faites en 1876 à la gare des .voyageurs, à Paris, la Compagnie des chemins de fer du
u Celte ioslallution me donne très grande satisfaction, aux divers points de ne suivants :
a 1» Éclairage incomparablement plus puissant et meilleur que celui que me onnait le gaz, — bien que ce dernier fût monté chez moi dans des conditions n peu exceptionnelles comme grand nombre et puissance des Jl)ecs;
« 2<» Lumière extrêmement agréable, ne fatiguant nullement la vue des nvriers et ne produisant aucune ombre, par suite de la disposition employée ai consiste à cacher les foyers lumineux aux yeux des ouvriers et à diriger la imière vers le plafond ;
« 3<> Absence complète d*émanations désagréables ou malsaines, comme en rodait inévitablement le gaz;
(c 4» Maintien dans les salles d'une température uniforme; l'atmosphère des teliers ne s'échauffe plus comme cela a lieu avec l'éclairage au gaz, et c'est là,
mon sens, un avantage considérable : l'éclairage au gaz, pendant les longues aillées d'hiver, rendait à nos ouvrières le séjour des ateliers extrêmement énible, et je puis même dire dangereux, à cause de la transition qu'elles avaient
subir au moment de leur sortie à l'air extérieur;
« 5« Facilité complète de distinguer les nuances comme à la lumière du jour;
« 6» Bonne marche et bon fonctionnement des divers appareils que vous l'avez fournis;
« 7o Enfin, économie d'environ 25 0/0 réalisée sur la dépense qu'entraînait K>ar moi l'éclairage par le gaz. » •
Nord jugea que l'application la plus ulile pour elle, de l'éclairage électrique, était celle des halles à marchandises, dans lesquelles le travail se prolonge toute la nuit. Comme il s'agissait d'établir une petite usine complète, conipreuacl le bâtiment, le moteur, la transmission et les appareils Gramme, il était plus économique d'éclairer pendant toutes les nuits, afin de répartir l'amortissement de la dépense sur un plus grand nombre d'heures. C'est dans ces conditions favorables que la Compagnie voulut se placer.
Voici la désignation des espaces éclairés :
1" Une halle de 70 mètres de longueur sur 25 mètres de largeur et 8 mètres de hauteur au faîtage ;
2° Un hangar de 70 mètres de longueur sur 15 mètre» de largeur et 8 mètres de hauteur au faitage ;
3" Une cour de 20 mètres de largeur, séparant la halle du hangar.
La halle est éclairée pai' deux lampes placées sur une des diagonales et d'une façon dissymétrique par conséquent, ce qui est très-avantageux pour le service. Les lampes sont élevées à 4°", 50 du sol et renfermées dans de grandes lan- ' ternes carrées. Les vitres de ces lanternes sont peintes aU blanc de zinc à leur partie inférieure jusqu'à un niveau teV que, d'aucun point de la halle, l'œil ne puisse apercevoi*^ l'arc voltaïque et en être affecté. La partie supérieure, ai^ contraire, reste claire et le dessus des lanternes n'est mêmea^ pas vitré, d'où il résulte que les rayons lumineux supérieurs ■ vont sans obstacle frapper le plafond et les parois de la halle, grossièrement blanchis à la chaux, et réfléchissent une lumière douce et très uniformément répartie.
L'éclairage de cette halle était l'objet principal qu'on avait en vue ; il est très abondant et cela est nécessaire parce qu'on y manutentionne des petits colis parmi des gros et qu'on a quantité d'étiquettes à lire ; on y fait même des écritures correspondant au mouvement des marchandises,
Y^ ^txîveiit, se distribuent et finalement se chargent dans
^ "Wagons amenés sur l'un des côtés de la halle.
^ïi voit clair partout, sur les bureaux des écrivains,
^^lïie dans les parties les plus éloignées de l'espace en
^^^^tion, comme dans les petits passages ménagés entre les
I ^*Uinineux colis, et malgré leur nombre; on y voit même
^*fisamment dans le fond des wagons couverts qui sont en
^^^^rgemenl.
^ D'un document qui nous a été obligeamment commu- *^^ué avec l'autorisation de M. Sartiaux, ingénieur de *^ exploitation au chemin de fer du Nord, nous extrayons les ï^assages suivants :
« L'éclairage fonctionne depuis le 17 janvier 1877 avec Vine durée quotidienne de 1 5 heures et demie en moyenne ^ur le premier mois et variable, bien entendu, avec la ^ison.
« La grande clarté répandue dans la halle permet de faire le travail avec une plus grande célérité et moins d'hommes ; l'économie de personnel réalisée est évaluée à 25 pour 100.
« Chaque chef d'équipe n'a plus besoin de porter avec lui une lanterne à main pour chercher les colis, déchiffrer les adresses et les marques et lire les feuilles de chargement ; le travail se fait donc la nuit à peu près dans les mêmes conditions qu'en plein jour.
c< Nous avons pris des mesures pour ne plus utiliser que deux halles au lieu de trois pour le service des expéditions, ce qui nous permettra d'économiser la construction d'une nouvelle halle.
a En dehors de ces résultats directs, l'éclairage électrique a donné les avantages indirects suivants, qui diminuent les indemnités payées par la Compagnie. 11 diminue les erreurs de directions et les retards qui en sont la conséquence, les avaries produites dans le chargement »
Ajoutons qu'il met obstacle à diverses fraudes des expéditeurs et diminue les détournements.
Le hangar est éclairé par une seule lampe, el cela est suffisant parce qu'on n'y manie que de gros colis; la lanterne est semblable à celles de la halle, le hlanchiraenl à la chaux a été expérimentalement reconnu ici nécessaire comme dans l'autre bâtiment.
La cour est éclairée surtout par la lampe du hangar, qui est absolument ouverte sur les côtés longitudinaux ; il v vient aussi de la lumière par les portes de la halle lorsqu'elles s'ouvrent; au total, l'éclairage y est au moin^ aussi bon que dans les rues de Paris.
La distance moyenne des machines aux lampes est de 80 mètres.
La dépense est estimée aujourd'hui à 0',7d par heure et par lampe. Ce chiffre sera grandement réduit quanil on aura un nombre double de lumières, car le mécanicien et le lampiste sulTiraient à un éclairage beaucoup plu* important.
Les frais de premier établissement se sont élevés i
23,000 francs, y compris l'achat d'une machine à vapeur de
force surabondante. Cette dépense ne sera que très-peu aug'
mentée par l'addition de trois nouvelles machines Gramme
Voici le détail des frais de premier établissement :
Uae machine locomobiie de 12 cliovaus 7,900 franca.^^^l
ITransmissiuii, (lourroios, blc. . 4,348 — J^^^l
Bâlimcnl 3,560 — ^^H
Lanteraea, 6\s et poulies 702 — ^^^H
Trois machines Gramme 4,500 — ^^^^Ê
Quatre lampes Serrin l.SOO — ^^^^|
Total 22.900 fren^^^^
Sans rien exagérer, une installation analogue vaut 16,000 ' francs ;carla transmission, le bâtiment et la machine sont
130 pour 100 trop chers, eu égard, non à ce qu'on a fait, mais à ce qu'il était réellement nécessaire de faire. = A k.
kirant-port du Havre. — Entreprise Jeanne Deslandes
Une des plus remarquables applications de l'éclairage à l'électricité est celle faite sur les chantiers de M. Jeanne Deslandes, au Havre.
On sait que cet entrepreneur termine, en ce moment, de grands travaux ayant pour objet l'agrandissement de l'avantport du Havre et la création d'une annexe destinée aux bâtiments en relâche.
Ces travaux nécessitent la démolition d'ouvrages considérables tels que : le quai courbe et la jetée sud jusqu'à la mer, les écluses de chasse du bassin de la Floride, les murs de contrescarpe, le déblai de tous les terre-pleins compris dans cette vaste étendue, l'annexion de la majeure partie du bassin de la Floride à Tavant-port. Ils auront pour résultat de donner à Tavant-port une largeur de i 83 mètres, au lieu de 90 mètres, qui est sa dimension actuelle ; la superficie nouvelle, en y comprenant le bassin de la Floride, sera de 21 hectares au lieu de 11 hectares.
Pour l'exécution de toutes les maçonneries à bas niveau, le battage des pieux, la démolition des anciens murs, etc., on ne peut travailler qu'à marée basse et c'est pour utiliser les marées basses nocturnes que M. Chéron, directeur de l'entreprise, a fait installer deux machines Gramme, lesquelles fonctionnent depuis six mois dans d'excellentes con- <litions.
En visitant en détail les travaux en cours d'exécution, par une nuit sombre, dépourvue d'étoiles, nous avons constaté que des hommes, placés à des distances variant de 20 à 1 20 mètres des lampes, pouvaient se livrer à tous les travaux ordinaires sans le moindre inconvénient. Les mineurs perforaient l'ancien mur à 115 mètres du foyer le plus rap-
proche d'eux, et produisaient la même somme de travail qne pendant le jour. Une locomotive, remorquant 10 wagons, circulait sur une voie de 1500 mètres, amenant des matériaux à pied d'œuvre et transportant les déblais aux emplacements désignés. Une équipe battait des pieux à Taide d'une sonnette à vapeur. Des maçons, des charpentiers, des terrassiers, etc., exécutaient, càetlà, des travaux de toute nature. Plus de 150 ouvriers, sur un espace d'environ 30,000 mètres carrés, travaillaient sans autre éclairage que celui produit par les deux machines Gramme.
Les foyers, placés dans des lanternes, sur un terre-plein, à 5 mètres de hauteur, se trouvaient en réalité à 1 5 mètres d'élévation de la plupart des parties en construction ou en démolition. A 1 15 mètres nous lisions distinctement un jou^ nal mieux que nous ne l'eussions fait, éclairé par un bec de gaz placé à 5 mètres. Chaque lampe répandait une lumière de plus de 500 becs Carcel.
Nous engageons vivement les ingénieurs et les entrepreneurs de travaux publics à visiter l'installation de M. Jeano^ Deslandes : ils y trouveront la solution la mieux approprié qui existe aujourd'hui de l'éclairage des travaux publics.
Usine de MM. Mignon, Houart et Delinières, à Montluço::
Dans leur fabrique de tubes en fer, à Montluçon, MM. Mignon, Rouart et Delinières, ont fait placer deux machiner Gramme et deux lampes Serrin pour l'éclairage d'un deî ateliers.
Le bâtiment, ainsi éclairé, est une halle de 63 mètres de longueur sur 35 mètres de largeur. Les lampes sont placées à 6 mètres de hauteur et à 31 "",50 l'une de l'autre. Lej ouvriers peuvent très aisément faire leur travail et exécutei la manœuvre et le transport des pièces lourdes comme
pendant la journée. Les ombres portées par les colonnes ou par l'outillage de l'usine sont assez peu sensibles pour qu'on puisse lire dans les parties où elles ont le plus d'intensité.
Une deuxième halle, adjacente à la première et séparée de celle-ci par un mur percé de larges baies, se trouve profiter de l'éclairage électrique, assez pour qu'on puisse lire partout, bien que certaines parties soient à 85 mètres des lampes.
On ne se sert à Montluçon que des crayons Gauduin, qu'on trouve bien supérieurs aux charbons de cornue.
MM. Mignon et Rouart, satisfaits de cette première application, se disposent à éclairer complètement, avec des machines Gramme, les nouveaux ateliers qu'ils viennent de faire construire sur le boulevard Voltaire, à Paris \
C'est là une chose qui prouve beaucoup en faveur du système, que toutes les personnes qui en font déjà usage en étendent successivement l'application à tous leurs locaux susceptibles de le recevoir.
Hippodrome de Paris
L'Hippodrome de Paris renferme une installation d'éclairage par l'électricité des plus remarquables, où se trouvent réunis les deux modes d'application usités aujourd'hui : les bougies JablochkofF et les régulateurs automatiques.
La salle est immense, et lorsqu'elle est entièrement illuminée, son aspect est réellement féerique. Sa forme est celle d'un rectangle, terminé par deux demi-circonférences. Quatre colonnes en fonte, distantes de 36 mètres dans un sens, et de 17 mètres dans l'autre, sont les seuls points
1. Cette installation est aujourd'hui réalisée. Neuf machines Gramme répandent dans ces beaux ateliers une lumière très remarquable par son intensité et sa régularité.
d'appui placés à l'inlérieur de celle vasie conslruelîon. La longueur totale de rédifice est de 105 mètres; sa largeur de 70 mètres ; sa hauteur de 25 mètres ; sa surface, de 0,300 mètres carrés. Huit mille personnes, environ, peuTenI irouvcr place dans le pourtour de l'enceinte.
La piste est éclairée par 20 régulateurs, munis de puissants rétiecleurs. et la salie, par 60 bougies .lablochkolT disposées en deux lignes sur le pourtour, et en i corbeilles couronnant les colonnes centrales. Deux machines à vapeur, de 100 chevaux chacune, donnent le mouvement aux appareils magnéto-électriques. La force réellement ab.sorhée ne dépasse pas 140 chevaux, transmissions comprises; mais on a installé des moteurs ayant un excès de puissance, en prévision d'un supplément de lumière exigé par les fêtes de nuit.
Le local des machines est intéressant à visiter, car la disposition adoptée a été l'objet d'une étude approfondie '. Ce local, en outre des moteurs, renferme 3 machines Gramme à courants alternatifs, alimentant chacune 20 bougies, les excitatrices de ces machines, ft 21 machines Gramme du type normal, dont 20 servent aux régulateurs de la piste, et une à l'éclairage du local en question, La lumière totale dépasse 12,000 becs Carcel. La dépense par soirée, tou.s trais compris, est de 250 francs. Le prix de l'installation est, en chiiîre rond, de 200,000 francs.
Port du cajial de la Marne au Rbin, à Sermaia
L'éclairage éleclrique a été installé vers la fin de I8*"i sur l'un des ports du canal de la Marne au Rhin, à Sermaize, port conligu à une sucrerie. On voulail continuer pendant les longues nuits d'hiver le déchargemenl, si pressé alors,
1 été conçu par M. A. Utrlhier el rfalis*' sous
des bateaux de betteraves et en conduire immédiatement le contenu à l'usine, sans mise en dépôt sur le terre-plein du canal. 11 importait d'ailleurs que le terre-plein restât libre en tout sens pour la circulation. Ce problème spécial fut résolu grâce à une machine Gramme de 200 becs, placée auprès d'une des machines à vapeur de l'usine, à 70 mètres de distance de la lampe. Les ouvriers, qui déchargent souvent deux bateaux simultanément, peuvent travailler sans le moindre embarras. Ce fait a été constaté par l'ingénieur du canal et par le directeur de la sucrerie ; ce dernier nous a écrit qu'il était très content de cet éclairage, que la machine Gramme atteignait à merveille le but qu'il s'était proposé et lui économisait au moins 10 francs par heure.
Il est bon de dire que dans les sucreries la dépense occasionnée par l'éclairage électrique est à peu près limitée aux baguettes de carbone des lampes, car la vapeur dont on se sert pour actionner le moteur peut être utilisée à nouveau en sortant de l'échappement.
Eclairage d'une piste de patinage
La Société de patinage de Vienne (Autriche) a fait installer l'éclairage à l'électricité dans la grande piste qu'elle possède près de Park-Ring, C'est l'installation en plein air la plus réussie qui soit à l'étranger.
La surface du banc de glace est de 5,700 mètres carrés.
La longueur de l'emplacement éclairé, y compris le promenoir, est de 133 mètres.
La largeur totale dudil emplacement est de 57 mètres.
La lumière est fournie par deux machines Gramme de 3,000 francs chacune, placées à 135 mètres de la piste et actionnées par une locomobile de 8 chevaux.
Les lampes sont du système Serrin. Elles sont placées
218 ÉCLAIRAGE A L'ÉLECTRI€ITÉ
à la partie supérieure de deux pylônes en sapin de 7" ,50 d'élévation. Leur écartement est de 57 mètres.
Deux abat-jour empêchent la lumière d'éclairer, en pure perte, le haut de l'espace et ramènent tous les rayons sur la surface glacée. A cet effet, les huit segments qui composent chacun de ces abat-jour sont courbés suivant \m ellipse, laquelle a Tun de ses foyers au point lumineux, et Fautre, un peu plus bas, à 1 mètre de distance.
Tous les points de remplacement sont très bien éclairés et l'ensemble de l'installation est des plus satisfaisants.
Il est à remarquer qu'aucun autre système d'éclairage n'aurait pu donner un aussi bon résultat, car la principale condition d'une piste de patinage c'est de n'être pas encombrée en son milieu par une série de poteaux. Chacun sait d'ailleurs combien le gaz éprouve de variations en plein air, et quelle dépense considérable il exigerait pour éclairer convenablement un espace de 5,700 mètres carrés.
La meilleure preuve que nous puissions donner de la réussite de cette installation, c'est que la Société de patinage qui avait pris les appareils en location, vient de les acheter définitivement.
Ateliers de MM. Ch.-L. Carels frères, à Oand
Nous avons trouvé dans le journal V Ingénieur Conseil de M. E. Bede des renseignements très précis sur cette installation, et bien que par leur nature ils anticipent un peu sur un des chapitres suivants, nous les donnons ici aussi complets que possible.
Depuis longtemps MM. Carels frères, constructeurs à Gand, éclairent leur fonderie par la lumière électrique, à l'aide d'un régulateur Serrin et d'une machine Gramme. Les avantages de cet éclairage se sont montrés si grands à
tous les points de vue, que MM. Carels ont voulu retendre à d'autres parties de leurs ateliers et tout d'abord à la halle de montage des locomotives^ à la chaudronnerie et aux forges ; mais ces deux premières parties ayant une longueur de 90 mètres sur une largeur d'environ 14 mètres, il importait, pour répartir la lumière uniformément, de placer plusieurs foyers. Il fallait pour cela établir plusieurs régulateurs et plusieurs machines électro-dynamiques ou bien diviser le courant d'un seul générateur d'électricité. MM. Carels se sont arrêtés à ce dernier parti, et ont eu recours aux appareils qui se sont jusqu'à ce jour le mieux prêtés à cette division de la lumière, c'est-à-dire aux foyers JablochkoflF.
La Société générale d'électricité a été chargée de cette installation qui nous a paru très intéressante et très réussie. La halle et la chaudronnerie, ayant ensemble environ 90 mètres de longueur, sont éclairées par cinq foyers, et la forge, qui a 17", 50 X 29 mètres, est éclairée par un seul foyer.
Ces foyers sont placés à envion 7 mètres de hauteur, et leur lumière, à celte hauteur, est assez douce pour qu'on ait pu, sans aucun inconvénient, se dispenser de globes dépolis ou opalins. De grands abat-jours réfléchissent et dispersent cette lumière. L'éclairage est parfait et remplace celui de 126 becs de gaz qui ont été supprimés.
Chaque foyer est de quatre bougies qui durent chacune environ 1**35"*. Quand une bougie est consommée, on tourne un commutateur pour en allumer une autre.
Les lampes qui portent ces quatre bougies sont fixes. On y arrive facilement dans la halle de montage au moyen de la grue mobile de cette halle qui passe sous les lampes et assez près de celles-ci.
Le courant électrique est fourni par une machine Gramme à courants alternatifs pour six foyers ; une petite machine Gramme à courant continu excite les électro-aimants de
220 ÉCLAIRAOR A L'ÉLECTRICITÉ
la première. Celle-ci produit deux couranis alternatifs qui
éclairent chacun trois foyers.
^'ous avons mesuré la force absorbée par ces machines et nous avons trouvé qu'elle était, de I '''6 par bougie.
Le frottement seul des machines Gramme absorbe environ l/î) de cette force.
Nous n'avons pas pu mesurer l'intensité de la lumière dos bougies JablochkofT, de sorte que nous ne pouvons comparer le résultat de cette expérience à ceux d'essais semblables. D'ailleurs, celte comparaison ne me paraît pas avoir une importance pratique. L'essentiel, c'est que la force absorbée soit faible en comparaison de l'éclairage obtenu, et e'esl bien le cas ici, où un seul bec, absorbant 1 ,6 cheval, éclaire parfaitement une forge de î>07",2 de surface.
La dépense occasionnée par cette force est presque insi — gnifiantc. En effet, la machine Sulzer de MM. Carels ne? dépense guère plus de 8 kllog. de vapeur par heure et pai' cheval indiqué, ce qui, avec une bonne chaudière, correspond à moins de 1 kilogr. de charbon. Ainsi les 9,5 chevaux indiqués, absorbés par les 6 becs Jablochkotf,- ne coûteraient pas par heure, chez MM. Carels, lOkilogr. de charbon ordinaire valant moins de 10 centimes.
On objectera peut-être que beaucoup de machines à vapeur consomment plus de i kilogr. de charbon par heure et par cheval. Nous répondrions que lorsqu'on veut bien conserver une machine dispendieuse, on ne doit pas trop se préoccuper des forces absorbées. Si un manufacturier qui possède un moteur de GO chevaux consommant 2 kilogr. par cheval et par heure au lieu de i kilogr., veut bien subir cet excès inutile de consommation de 60 kilogr. par heure, pourquoi se préoccuperalt-il des 20 kilogr. que la machine Gramme consommerait utilement.
Les 6 bougies Jablochkoff remplacent chez MM. Carels 126becsde gaz qui étaient ainsi répartis : 80 dans la halle de
montage, 22 dans la chaudronnerie et 24 dans la forge, remplacés respectivement par 4 bougies, une bougie et une bougie.
On peut admettre que ces 126 becs consommaient en moyenne pour 3 centimes de gaz par heure, sans tenir compte de Tamortissemenl et des frais d'entretien du matériel. On aurait ainsi une dépense de 126 x 0,03 = fr. 3,78 par heure.
MM. Carels ont bien voulu me communiquer leurs notes de dépenses de bougies JablachkofT. Elles se résument comme suit:
Du 2 janvier au 19 janvier pour 26^8°^ de travail 90 bougies.
29 — — 2 février — 25 13 — 96 —
2 février — 8— — 26 50 — 100 —
ensemble pour 151 17 — 578 —
Chacun des 6 foyers a donc dépensé en moyenne 578 : O = 96.3 bougies pour 151 h. 17 de travail. Ce qui donne F>ourla durée pratique d'une bougie llil*'17°' : 96,3= 1**34"'.
Le prix de ces bougies est actuellement de fr. 0,60; 1^ dépense de bougies chez MM. Carels a donc été par
rieure, pour les 6 loyers: fr. t 34^^"^ ^'' • ^'^
11 faut y ajouter :
Combustible absorbé par la machine fr. . 0,10
Sanreillance et graissage fr. . 0,15
Ce qui donnera en tout fr. . 2,50
Telle serait la dépense qui serait à comparer à celle du gaz si l'on avait à installer l'un des deux éclairages. Car il est certain que Tamortissement et Tentretien de tous les appareils et de la canalisation nécessaires pour les 1 26 becs remplacés chez MM. Carels représenteraient une somme au moins aussi forte que celle dont on devrait charger les frais
222 ËGLAIB/AGE A L*ÉLECTRICITË
de l'éclairage électrique. Dans ces conditions, on pourrait dire que cet éclairage coûte 34 0/0 de moins que celui qu'il remplace et dont le prix doit, avons-nous dit, être évalué au moins à fr. 3,78 pour le gaz seulement.
Mais, dans la plupart des cas, il s'agira de remplacer l'éclairage au gaz par la lumière électrique, et l'on devra tenir compte de l'amortissement de la nouvelle installation, sans en déduire celui de l'ancienne.
La valeur de l'amortissement par heure dépend naturellement du nombre d'heures d'éclairage qui varie beaucoup d'un établissement à l'autre. En admettant 800 heures par an, nous serons généralement au-dessous de la vérité et en portant i 5 0/0 d'amortissement et d'intérêt, nous compterons largement cette partie de la dépense.
Or, chez MM. Carels la dépense totale a été inférieure 6,000 francs ; l'amortissement par heure serait donc
fr. 0,15x6000 : 800 = 1,13.
En ajoutant cette somme à fr. 2,50, on arrive à fr. 3,63, ce qui est encore en dessous de ce qu'il y avait à payer précédemment aux Compagnies de gaz .
Au reste nous avons pu voir par les livres de MM. Carels que la consommation de gaz pendant le mois de janvier de cette année est de 1,900 mètres cubes inférieure à celle du mois de janvier 1 874, pendant lequel on travaillait le même nombre d'heures. Pendant le mois de février des mêmes années, la différence a été de 1 ,360 mètres cubes. Ces différences correspondent à une économie de fr. 3,70 c. par heure, qui dépasse le prix de la lumière électrique.
Je ne parle pas de l'entretien des appareils. Il suffît d'avoir vu de près ce que coûte dans un atelier l'entretien des becs, des genouillères, des tuyaux et des compteurs pour être certain que c'est de beaucoup au-dessus de ce que peut coûter l'entretien de deux machines Gramme, de quelques commutateurs et de quelques fils.
Mais ce n'est pas tout. J'ai pu voir aussi par les livres de MM. Carels que pendant le mois de janvier il y a eu, comparativement à 1874, une économie d'huile de fr. 1,75 par heure. En effet l'éclairage au gaz dans un atelier de construction et dans bien des industries ne dispense pas de Téclairageà Thuile. On est obligé d'avoir des lampes mobiles pour tous les travaux où il faut approcher la lumière de l'objet au travail.
L'économie de fr. 1,75 dans le cas qui nous occupe est un bénéfice net réaUsé sur l'éclairage.
Ainsi les résultats pratiques obtenus chez MM. Carels démontrent industriellement que l'on peut remplacer l'éclairage au gaz dans un atelier de construction par l'éclairage électrique, même à foyers divisés y non seulement sans surplus de dépense, mais avec une économie réelle, sans parler de celle qui résulte de la facilité de travail et de surveillance et devant laquelle s'effacerait même un excès considérable des frais d'éclairage.
Photographie électrique
L'application de la lumière électrique dans la photographie est vraiment très avantageuse, car la qualité photogénique de ses rayons lui permet de remplacer avantageusement le soleil. Les ateliers de photographie sont toujours situés aux derniers étages des maisons, ce qui n'est pas agréable pour la clientèle ; ils doivent être vitrés sur toute leur étendue, et avoir une exposition telle qu'il y ait le plus de jour possible sans cependant recevoir les rayons directs du soleil qui gêneraient le modèle et donneraient des clichés trop durs. M. Liébert, vient d'installer dans son atelier à Paris, un système très ingénieux qui lui permet de faire des portraits et de tirer des épreuves, non seulement par tous les temps, mais à n'importe quelle heure de la nuit. La
224 ÉCLAIRAGE A L'ÉLECTRICITC
lumière est produite par Tare voltaïque de 2 crayons aclionnéi par une machine Gramme, mise en mouvement para» machine à gaz. L'arc lumineux n'éclaire pas directement k modèle, mais il passe au travers d'une lentille qui rend les rayons parallèles ; ceux-ci sont projetés sur îm premkr réflecteur qui les renvoie sur un deuxième réflecteur d w ils sont dirigés sur le modèle. On obtient ainsi un éclairage constant, au lieu de la lumière variable du soleil ; on éclaire le modèle comme on le veut, à toute heure du jour ou delà nuit et dans n'importe quelle chambre, fût-ce même une cave. Le temps delà pose est moindre qu'avec la lumière do jour. On comprend l'importance de tous ces avantages, qoi évitent aiix photographes l'obligation d'avoir un atelier spécial, haut 'perché et coûteux, dans lequel ils obtienneot néanmoins rarement une bonne lumière.
L'emploi du moteur à gaz, qui a l'avantage de ne dépenser que lorsqu'il fonctionne, rend le procédé adopté par M. Liébert aussi économique que commode,