‹ Éclairage à l'électricité; renseignements pratiquesChapitre 41 sur 41 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Appareils à spirales métalliques, systèmes de Moleyns, Pétrie^ de ChaDgy et Edison. — Appareils à charbons encastrés par leurs deux extrémités, systèmes King, Lodygaioe, Konn, Bouliguine et H. Fontaine. — Appareils à contact imparfait^ systèmes Varley, Reynier, Werdermann et Ducretet.

Tandis que, grâce aux travaux de MM. Gramme et Jablochkoff, Téclairage par l'arc voltaïque prenait un développement considérable, l'éclairage par incandescence faisait également de rapides progrès. C'est même lui, bien cju'il ne fût pas encore entré dans le domaine de la pratique, qui a jeté récemment une grande perturbation dans les valeurs de l'industrie du gaz. Un journal américain ayant raconté que M. Edison allait éclairer tout un quartier de New- York à l'électricité, un grand nombre d'actionnaires des sociétés de gaz, de l'ancien comme du nouveau monde, se hâtèrent de vendre leurs titres, et jetèrent une véritable panique sur le marché de ces excellentes valeurs. Aujourd'hui le calme est revenu, le récit du journal en question est, à juste titre, traité de mystification, et les cours des actions ont repris leurs anciennes cotes. Mais le marché est resté très impressionnable, et nous ne serions pas surpris de le voir bientôt agité de nouveau par des racontars aussi dénués de fondement.

La vérité, c'est que le célèbre inventeur du phonographe n'a fait que rééditer une lampe à fil de platine, qui a?ail déjà été essayée, perfectionnée, et finalement reconnue impropre à un usage industriel par plusieurs électricim de grand mérite.

Nous allons examiner rapidement les appareils qu'on a proposés pour produire de Téclairage à réiectrîcité, en se servant d*un corps mauvais conducteur amené, par le courant, à une température voisine de la fusion.

Ces appareils peuvent se diviser en trois classes : V lampes à spirales métalliques; 2"" lampes à charbons encastrés ; S"" lampes à contact imparfait.

Nous citerons particulièrement dans la î" classe, les lampes de Moleyns, Pétrie, de Changy et Edison ; dans la 2*" classe, les lampes King, Lodyguine, Konn, Bouliguine et Fontaine ; et dans la 3* classe, les lampes Varley, Reynier, Werdermann et Ducretet.

1° Lampes à spirales métalliques

Lampe de Moleyns. — Le premier document que nous ayons trouvé sur l'incandescence électrique, est un brevet anglais délivré en 1841, à M. Frederick de Moleyns, de Cheitenham.

Le brevet de M. de Moleyns se rapporte à une nouvelle pile, à une lampe électrique et à la production d'une force motrice. Nous ne parlerons que de la lampe.

Cet appareil, que nous représentons fig. 71, se compose d'un globe en verre A, d'un réservoir B, traversé par une tige D, de deux presse-étoupes métalliques CC', de deui spirales en platine EE, et de deux bornes d'attache pour les conducteurs.

Le tube B est légèrement conique ; il contient du charbon

pulvérisé qui en tombant, grain à grain, sur le platine rendu incandescent par le passage du courant électrique, donne une lumière blanche d'un bel éclat. Le fil de platine étant disposé en deux spirales on peut, de Textérieur, rétablir le circuit si les parties en contact venaient à fondre. Tous les joints sont étanches afin que, après quelques minutes de fonctionnement, l'atmosphère de l'intérieur du globe devienne incomburante.

Fio. 71. Lampe de Moleyns.

Lampe Pétrie. — En 1849, M. Pélrie reprend la. même idée, et conseille d'employer l'iridium au lieu de platine . Voici en quels termes il explique son invention : « Une lumière peut être produite en faisant passer un courant électrique à travers un conducteur court et mince qui s'échauiTe et devient lumineux; mais la plus grande partie des substances fondent et brûlent rapidement; cependant, j'obtiens une bonne lumière en me servant de l'iridium ou de quelques-uns de ses alliages. L'iridium peut être fondu jusqu'à produire un lingot lorsqu'il est soumis à la chaleur de l'arc voltaïque ; on le décarbonise ensuite et on le rend plus malléable. Puis on le coupe par petits morceaux de

286 ÉCLAIRAGE A L^ÉLEC^TRICITè'

0",001 de diamètre et de 0-,010 à 0",020 de longueur que Ton fixe entre deux supports métalliques isolés^ lesqué sont en connexion avec les deux fils d'une batterie galvanique convenable. On obtient alors une belle lumière, i

Lampe de Changy. — Le 27 février 1858, M. Jobart, directeur du Musée industriel belge, écrivait à rAcadémie des sciences de Paris que M. de Changy venait de résoudre le problème de la divisibilité d'un courant électrique^ el qu'il avait vu, de ses yeux vu, une pile de douze éléments Bunsen produire douze lumières très fixes et tout à fait indépendantes les unes des autres. M. Jobart ajoutait que ce résultat était obtenu au moyen de spires de platine incandescentes et d'un régulateur diviseur de courant, empêchant la fusion.

Aucun brevet n'a été pris en France. Le seul document un peu précis que nous ayons trouvé sur cette invention se trouve dans le recueil imprimé des brevets belges. Le voici in extenso:

« D'après un travail que l'inventeur avait entrepris, depuis 1852, sur l'éclairage électrique à l'aide de l'incandescence de conducteurs imparfaits, el notamment du fil de platine, et sur la possibilité de diviser le courant provenant d'une seule source de génération de l'électricité, après de nombreuses expériences, il a acquis la preuve de la possibilité de cette division à l'aide de dispositions dont voici le principe: un électro-aimant placé en communication sur un circuit principal, et dont l'armature vient se bifurquer avec celle-ci et le bec contenant l'hélice en fil de platine, qui doit être maintenu à l'état incandescent, et l'autre partie du fil bifurqué attaché au delà du fil, l'armature étant maintenue à un certain éloignement par un ressort antagoniste et dont on peut faire varier la tension suivant la quantité du courant que l'on désire laisser passer. Le courant principal, à l'aide de cette disposition, peut se diviser en autant de points qu'on

r ÉCLAIRAGE PAR INCANDESCENCE 287

le désire, en faisant même varier au besoiii la quantité de l'électricité employée sur une ou plusieurs parties des becs "^'éclairage, sans que les autres y participent en rien. On lemploie, pour cet effet, soit les électro-aimants pleins pour l'attraction directe sur Tarmature, soit l'action magnétique qu'exercent les solénoîdes sur un fer mobile à leur intérieur.

tf Dans le cas d'électro - aimants pleins, ceux-ci sont creusés en cône , dont l'armature porte l'inverse pour établir une connexion plus ou moins grande, suivant l'éloignement de celle-ci. En définitive, le principe à l'aide duquel on obtient la division du courant repose essentiellement sur la possibilité de permettre à celui-ci de sauter en deçà du bec à éclairer, lorsqu'un maximum d'intensité réglé d'avance a été obtenu. »

Lampe Edison. — Les expériences sur l'éclairage par l'incandescence du platine se continuèrent après 1858, et plusieurs électriciens entreprirent de le rendre pratique; mais aucun d'eux ne réussit à faire faire un seul pas à la question. On la croyait même abandonnée à tout jamais , lorsque surgit, cette fameuse note américaine qui attribuait à M. Edison l'honneur d'avoir résolu complètement le problème de la divisibilité de la lumière électrique à l'aide de spirales en platine.

Nous extrayons du brevet de M. Edison la figure 72 et la description sommaire de son appareil.

a Le platine et les autres corps qui peuvent être fondus seulement à une très haute température ont été employés dans les lampes électriques, mais l'énergie du courant les a rapidement mis hors de service. Cette partie de l'invention est relative à la régularisation du courant électrique, de façon à empêcher la fusion tout en maintenant les corps à la température qui les rend ^imineux. La régularisation est obtenue automatiquement par la chaleur des conducteurs.

Le corps lumineux a est disposé en spirale. Il est attachi aux supports CC; dont Tun communique électriquemeil avec les leviers S et Tarbre avec Téquerre I et la vis Z.

La spirale a est placée à l'intérieur d'un cylindre en vem h^ ledit cylindre a un couvercle d et s'appuie sur une embase y et un socle e. Le tout est supporté par un pied g surmonté d'une colonne /. 11 est préférable d'avoir la lumière dans un globe, et, pour retenir la chaleur et diminuer les radiations, M. Edison conseille soit des verres colorés, soit deux verres concentriques contenant, dans l'espace annulaire compris entre le verre extérieur et le verre intérieur , certains liquides comme le sulfate de quinine. On peut fonctionner dans l'atmosphère ou en faisant le vide dans le cylindre h.

Le courant électrique passé par le fil P, la borne h^ le iîl f^ le levier S isolé de la masse e, la tige XX', puis par le fil »i, le support C, la spirale a, le support C, la masse ^, le fil n, la borne k et le fil N. Les fils P et N sont reliés aux pôles Ju générateur d'électricité.

La double spirale a étant la partie la plus résistante du circuit, c'est dans cette partie que se développe naturellement la lumière, La tige XX' se dilate plus ou moins, suivant l'intensité du courant. Lorsque la chaleur s'accroît d'une façon dangereuse, la dilatation de la tige XX' fait mouvoir le levier S, lequel ferme le circuit en I, mettant ainsi en court circuit une partie du courant et réduisant par suite la température de la spirale.

Le courant n'a pas besoin de traverser la tige XX', car l'expansion de celte tige peut être produite par le rayonnement de la spirale a; cependant il est préférable, au point de vue de la sensibilité de l'appareil régulateur, de se servir de la chaleur directe du courant et de celle du rayonnement. Dans tous les cas, l'action du court circuit a pour effet d'affaiblir momentanément le courant qui traverse la spirale lumineuse ; le contact 1 s'ouvrant ou se fermant alterna-

iment de façon à conserver l'uniformité de l'éclat lumî- IX. M. Edison signale le platine, l'iridium et l'osmium

Fia. 73. lAinpe BdUon.

nme les substances les plus convenables pour former ipirale lumineuse.

290 ECLAIRAGE A KÉLECTRICITË

Le brevet renferme des dispositions assez cmieuses: l"" pour empêcher la ruptm*e du circuit générât^ si la spirak d'une des lampes fond; S"" pour introduire dans le circuit ime résistance égale à celle de la lampe qui s'éteint ; 3"" pour l'emploi d'un liquide comme régulateur; 4'' pour l'emploi d'un diaphragme comme régulateur ; 5^ pour la mise en série d'un grand nombre de lumières ; 6^ pour faire varier h résistance proportionnellement à Tinlensîté du courant, etc. Mais tout cela ne constitue pas une invention susceptible d'applications immédiates et, à plus forte raison, d'influencer un marché aussi important que celui des valeurs du gaz.

2<> Lampes à charbons encastrés

L'éclairage avec des charbons encastrés a été étudié depuis fort longtemps'; mais son application usuelle a rencontré de si grandes difficultés qu'aujourd'hui on peut encore le considérer comme du domaine purement scientifique, bien qu'il existe déjà un certain nombre d'appareils d'un assez bon fonctionnement.

Lampe King. — C'est à M. King que fut délivré, le 4 novembre 1845, le premier brevet où il soit question de charbons incandescents*.

L'inventeur, dans sa description, entre dans des détails précis sur son idée et présente des considérations qui tendraient à prouver que des machines magnéto-électriques, assez puissantes po.ur produire de la lumière, existaient déjà en 1845.

1 . Le brevet en question est bien délivré au nom de King» mais» d'après M. Giffard, lo véritable inventeur serait, J. W. Starr, de Cincinnati» dont Kiog était simplement l'agent.

Siarr était l'auteur de plusieurs ouvrages philosophiques» et ce fut Peabodf, le grand philanthrope» qui lui fournit le capital nécessaire pour expérimenter ses procédés en Angleterre. Starr installa un candélabre à 26 lumières pour symboliser les 26 États de TUnion. Faraday admira beaucoup cette première expérience, à la suite de laquelle Starr et King retournèrent aux États-Unis. Le lendemain do leur départ, Starr fut trouvé mort dans son lit.

ÉCLAIRAGE PAR INCANDESCKNCE 291

Voici la traduction des passages principaux de cette description ;

L'invention a pour base l'emploi de conducteurs métalliques ou de charbons continus, chauffés à blanc par le passage d'un courant électrique. Le meilleur métal pour cet usage est le platine, le meilleur charbon est celui de cornue. Quand on emploie le charbon, il est utile, à cause de son affinité pour l'oxygène à haute température, de le mettre à l'abri de l'air et de l'humidité, comme il est indiqué figure 73. Le conducteur C repose sur lai bain de mercure ; la tige B est en porcelaine; elle sert à soutenir le conducteur C, le conducteur D est fixé sur la cloche par un joint bien hermétique. La baguette en charbon de cornue  repose, en haut et en bas, sur des blocs conducteurs et devient incandescente par le passage d'un courant électrique. Le vide est préalablement fait dans la cloche, et le mieux est d'employer un véritable baromètre en mettant un des pôles de la pile en communication avec la colonne de mercure et l'autre avec le conducteur D.

Pour obtenitune lumière intermittente, on rompt Lampe îang. périodiquement le circuit par un mouvement d'horlogerie.

L'appareil, convenablement fermé, peut être appliqué à l'éclairage sous-marin ainsi qu'à l'illumination des poudreries, des mines, partout où l'on redoute les dangers d'explosion ou l'inflammation rapide de corps très combustibles.

Lorsque le courant est d'une intensité suffisante, deux ou un plus grand nombre de lumières peuvent être placées dans le même circuit, en ayant soin de régler la puissance des machines magnéto-électriques ou des éléments de la pile, produisant le courant.

En 1846, Greener et Staite se firent breveter pour une

lampe analogue à celle de King, en indiquant qu'il serait bon de débarrasser, avant son emploi, le charbon de se> impuretés en le traitant par Tacide nitro-murîatîque.

L'éclairage par incandescence et le principe de sa production étaient depuis longtemps tombés dans Toubli, lorsqu'en 1873, un physicien russe, M. Lodyguine, ressuscili l'un et l'autre et créa une petite lampe qui servit de prétexte à la formation d'une société financière, laquelle société n'a jamais rien rapporté à ses actionnaires.

Dans sa lampe, M. Lodyguine employait des crayons d'une seule pièce en diminuant leur section à Tendroit du foyer lumineux, et il plaçait deux charbons dans un même appareil avec un petit commutateur extérieur, pour faire passer le courant dans le deuxième charbon quand le premier était usé.

L'inventeur prétendait que le seul inconvénient de l'emploi du charbon au lieu du platine consiste en ce que, dans la combustion, le charbon se combine avec l'oxygène de l'air et se consume peu à peu, et il avait paré à cet inconvénient en enfermant le charbon dans un récipient en verre hermétiquement clos. C'est exactement ce qu'avaient, trente ans avant lui, proposé et réalisé Starr et King.

M. Kosloff, de Saint-Pétersbourg, qui vint en France dans l'espoir d'exploiter le brevet Lodyguine, perfeclionna un peu la lampe primitive, sans cependant aboutir à quelque chose de passable.

Lampe Konn. — En 1875, M. Konn fit breveter une lampe plus pratique, que nous représentons figure 74, et qui a été construite pour la première fois, en France, par M. Duboscq.

Cette lampe se compose d'un socle A en cuivre sur lequel sont fixées deux bornes N pour attacher les conducteurs, deux tiges C,D en cuivre et une petite soupape K, ne s'ouvrant que de dedans en dehors. Un globe B, évasé à sa partie

supérieure, est retenu sur lé socle au moyen d'un écrou en bronze L pressant sur une bague en caoutchouc, exactement comme cela a lieu dans les niveaux d'eau de chaudières à vapeur.

Une des tiges verticales D est isolée électriquement du bâti et communique avec une borne également isolée. L'autre tige C est formée de deux parties : i"" d'un tube fixé directement sur le socle sans isolation, et 2"" d'une baguette de cuivre, fendue dans une partie de sa longueur. Cette fente lui donne de l'élasticité et lui permet de coulisser dans le tube, tout en restant fixe si l'on n'exerce pas sur elle un certain eiîort.

Les charbons de cornue E, au nombre de 5, sont placés entre les deux petits plateaux qui couronnent les tiges.

Chaque charbon est introduit dans deux petits blocs, également en charbon, lesquels reçoivent des baguettes de cuivre à leurs extrémités. Les baguettes sont égales entre elles à la partie inférieure el de longueurs inégales à la partie supérieure. Une charnière 1 est articulée sur la tige C et repose sur la baguette d'un seul charbon à la fois.

Si l'on place cette lampe dans un circuit en attachant les deux conducteurs d'une pile aux bornes NN' (la borne N' est cachée par la borne N ; mais elle est identique et n'est pas isolée du socle), la tige de carbone E est traversée par le courant qui passe par l'intermédiaire de la charnière I, de la baguette de cuivre F, des deux blocs de charbon 0, 0, de la baguette de cuivre G et du plateau couronnant la tige D.

Le vide a été préalablement eff^ectué en plaçant sur l'ajutage de K le conduit d'une pompe à air ou d'une machine pneumatique quelconque.

La tige E rougit, blanchit et devient lumineuse. Sa lumière est d'abord blanche, fixe, constante ; puis petit à petit la section diminue, la tige se rompt et la lumière disparait.

La charnière I tombe alors sur une autre tige, et, presque instantanément, l'éclairage est rétabli.

Quand tous les charbons sont usés, la charnière s'arrête sur une tige en cuivre H et le courant n'est pas rompu. De cette manière, s'il y a plusieurs lampes alimentées par im même générateur d'électricité, l'extinction de l'une n'entraîne pas celle des autres.

Pour éviter la projection des petits charbons rompus et de leurs blocs contre le verre, M. Konn a placé à la partie inférieure de sa lampe un tube mince en cuivre M, qui reçoit les débris jusqu'à ce qu'on garnisse de nouveau les plateaux.

Lampe Bouliguine. — Un officier russe, M, BonUguine, a combiné une lampe (fig. 75) qui atteint à peu près le même but que celle de M. Konn avec un seul charbon. Elle se compose comme la précédente, d'un socle en cuivre, de deux tiges verticales, de deux barres de prise de courants et d'une soupape d'évacuation.

Une des tiges est percée d'un petit trou du haut en bas et possède, sur presque toute sa longueur, une fente permettant le passage de deux petites oreilles latérales.

Le charbon est introduit dans cette tige comme la mine d'un porte-crayon ordinaire, et il est sollicité à monter par des contre-poids reliés au moyen de deux câbles microscopiques, aux oreilles du support en croix sur lequel repose le charbon.

La partie du charbon qui doit entrer en incandescence est retenue entre les lèvres de deux blocs coniques en charbon de cornue.

Une vis, placée sous le socle, permet d'augmenter ou de diminuer la longueur de la tige qui porte le bloc conique supérieur, et, par suite, de donner à la partie lumineuse une plus ou moins grande longueur.

La fermeture du globe est obtenue par la pression latérale de plusieurs rondelles en caoutchouc.

Lorscpie la lampe est placée dans un circuit, la baguette de

charbon rougit et s'illumine jusqu'à ce qu'elle vienne à se

e rompre. A ce moment, un petit mécanisme ' commandé par

V un électro-aimanl ouvre les lèvres des porte-charbons, le

contre-poids du haut chasse les fragments qui pourraient rester dans l'entaille, les contre-poids du bas relèvent la tige en charbon^ laquelle pénètre dans le bloc supérieur et rétablit lo courant. Le mécanisme commandé par l'électroaîmant agit de nouveau, mais en sens inverse de sa première

I. Le mécnnisme en question, que l'oxîguïtê de noire dessin ne nous K pas permis do figurer, se cmnpnse en substance d'una armature en fer placée dsns l'intérieur de la lampe et do deux tringles métalliques agissant sur deux leviers croisés et arliculi^ sur la bague enveloppant les porto-charbons.

ECLAIRAGE A ITELBCTRICIT:

manœuvre, les porle-crayons se resserrent et ta îuinière renaît.

Nous avons, à plusieurs reprises, expérimenté cette lampe et nous n'avons jamais oblenu de très-bons résultats. Elle renferme trop d'organes en mouvement, et le moindre obstacle empêche le mécanisme de jouer. Cependant, nous avons observé que, lorsque par basard elle fonclionnail régulièrement, les contacts étant meilleurs et moins nombreux que ceux de la lampe Konn, il fallait moins d'intensité de courant pour la production d'un éclat lumineux déterminé. Avec une machine Gramme de 100 becs, nous avons obtenu avec une seule lampe jusqu'à 80 becs, tandis qu'avec une lampe Konn nous ne pouvions jamais dépasser 60 becs.

Lampe Fontaine. — Nous avons également combiné une lampe à incandescence, qui renferme une série de tiges rayonnantes portant chacune un crayon et une tige centrale couronnée par une rondelle dans laquelle sont encastrés tous les crayons. Au moyen d'un électro-aimant et d'un petit mécanisme à revolver placé dans le pied de la lampe, dé* qu'un charbon est consumé, le courant traverse le charbon suivant, et l'exlinction ne dure qu'une fraction de seconde. Cette lampe n'a pas encore été essayée assez longtemps poui~ que nous puissions nous prononcer dès aujourd'hui sur si valeur pratique.

Tout ce que nous pouvons dire, c'est que le mouvement de revolver destiné à faire passer automaliquement le courant d'un charbon à l'autre va bien, et qu'il est applicable aux bougies Jablochkoff et à tous les régulateurs électriques.

30 Lampes à contact imparfait

Lampe Variey. — Les lampes à contact imparfait sont d'invention toute moderne, et nous ne connaissons aucun appareil qui ait fonctionné un lanl soil peu régulièrement

avant 1878. La lampe Varley, que nous représentons figure 76, et qui se compose d'un charbon T monté sur un levier U et reposant sur un galet en charbon N, n'est nullement pratique. Elle est comprise dans un brevet relatif à une machine électrique et daté de décembre 1876.

Lampe Reynier. — Les véritables difficultés que rencontrèrent King et tous les physiciens qui, plus tard, rajeunirent son idée, résidaient dans la taille des petits charbons qui, pris dans une masse peu homogène, se cassaient facilement

et coûtaient très cher, et aussi dans l'absence d'un bon générateur d'électricité.

Aujourd'hui, grâce aux progrès réalisés dans les machines dynamo-électriques, grâce surtout à l'admirable fabrication des petits crayons artificiels créée par M. F. Carré, les inventeurs ont beaucoup plus de chances de pro- Fio. 76. Lampe Varley. duirc un bou appareil et d'en poursuivre les applications. C'est' en étudiant la question sous ce point de vue que M. Reynier, déjà connu par son régulateur à rhéophores circulaires, a combiné la jolie lampe à incandescence que nous allons décrire.

M. Reynier avait exécuté, sous notre direction, une série d'expériences avec des lampes russes, semblables, en principe, à celle de M. King, et il avait remarqué que le petit crayon placé entre deux blocs s'usait tout particulièrement au milieu, et que lors de l'extinction, les débris représentaient une notable partie du petit charbon en ignition ; de là une perle considérable de baguette de carbone. Il avait également constaté que par le fait de la combustion du charbon, la lumière était plus intense à l'air libre que dans le vide.

Ces deux judicieuses remarques ont amené M. Reynier à rechercher les moyens d'user complètement les crayons et

de les brûler en plein air ; et, après une série d'essais et f ^ tâtonnements, il s'est arrêté à un dispositif très-bien caractérisé dans la note présentée à l'Académie d<^s sciences, 1& 13 mai 1878, par M. le comte du Moncel.

Voici un extrait de cette note :

ce Ma nouvelle lampe électrique à incandescence reposa sur le principe suivant : Si une mince baguette de carbone ^ pressée latéralement par un contact élastique et poussée, suivant son axe, sur un contact fixe, est traversée entre ces deux contacts par un courant assez énergique, elle devieni

Fio. 77. Fio. 78

Principe de la lampe Reynier.

incandescente dans cette partie, et brûle en s'amincissant: vers l'extrémité. A mesure que l'usure du bout se produit, la baguette, continuellement poussée, progresse en glissant dans le contact élastique, de manière à buter sans cesse sur le contact fixe. La chaleur, développée par le passage du courant dans la baguette, est grandement accrue par la combustion du carbone. »

Tout d'abord, M. Reynîer se contenta de faire presser une baguette de carbone C (fîg. 77) sur une petite masse B, également en charbon, et d'établir un contact latéral / pour limiter la longueur de la partie incandescente I J. Puis il mit en communication la masse B avec le pôle négatif et la pièce de contact / avec le pôle positif d'une pile. Il vit

irs la baguette se tailler en pointe en y, et s'user aussi régulièrement qu'une bougie ordinaire. Mais il constata en même temps que les impuretés contenues dans le charbon donnaient lieu à un résidu qui encrassait rapidement le contact, et ne voulant pas compliquer sa lampe par l'addition de contre-poids en la retournant, il fut amené à remplacer le contact fixe inférieur par un contact mobile (fîg. 78).

Dans cette nouvelle disposition, la baguette C repose, en avant de t'axe vertical, sur un petit galet de carbone B ; et la composante tangentielle du poids de la tige détermine la rotation du galet, et par suite l'entraînement des résidus qui isolaient la pointe .

Partant de cette dernière idée , M. Reynier a fait exécuter une série d'appareils qu'il a successivement améliorés, et s'est arrêté finalement à la combinaison représentée f fig. 79) , laquelle est surtout remarquable par sa simplicité.

La baguette de charbon est fixée à l'extrémité du bras ou traverse supérieure couronnant une tige en cuivre carrée. Cette tige glisse dans l'intérieur de la lampe entre quatre petits galets métalliques.

mpe ynier. ^ ^^^ ^^ charbou Bst maintenue

r un collier embrassant le corps de la lampe et isolé de

300 ÉOLAIRAaE A L'ÉLECTRICITÉ

celle-ci par une garniture en mica. L'axe de la roue repose sur une petite bascule.

Le charbon est guidé, un peu en haut du contact inférieur, par un galet en cuivre ; et le contact supérieur est oblwiu par un petit bloc de charbon emmanché à l'extrémité d'une tige oblique en contact direct avec le corps de la lampe. La borne de gauche sert à attacher le fil qui conduit au pôle positif de la pile ou de la machine électrique et la borne de droite relie la roue en charbon avec le pôle négatif.

La baguette de charbon, en appuyant sur la roue, lafail tourner très lentement, et comme cette roue est montée sur une petite bascule, elle exerce une action de coîncement sur la tige motrice qui diminue son effet et empêche la partie du charbon qui est en ignition de se briser.

Les charbons ont 2 millimètres de diamètre et O",30 de longueur; ils durent deux heures.

Nous avons vu fonctionner cette lampe avec une batterie de 12 éléments Bunsen, et nous avons évalué son intensité de 15 à 20 becs Carcel. La lumière était réellement très-fixe.

Des expériences avec une machine Gramme et 1 lampes Reynier, exécutées chez MM. Sautler et Lemonnier, ont donné des résultats qui méritent d'être consignés.

La machine Gramme actionnée par une locomobile spéciale très-bien réglée, tournait avec une vitesse de 920 à 930 tours. La résistance intercalée entre la machine et les lampes était de 100 mètres de fil de cuivre de 3 millimètres.

Les lampes étaient munies de crémaillères et d'engrenages. La baguette de carbone rencontrait le galet à 30* de la normale et le faisait tourner par l'action de la composante tangentielle. Les lampes brûlaient des charbons cylindriques de 2 millimètres de diamètre, fabrication Carré. La longueur de la partie incandescente était de 5 à 6 millimètres dans toutes les lampes : elle était réglée au moyen d'un contact élastique fait d'un fil de platine de 26/10 de millimètres

avec contre-contact en fer. Le contact en bout était un galel de charbon de cornue du diamètre de 30 millimètres, avec une épaisseur de 10 millimètres au centre et de 4 millimètres à la circonférence :

Voici le tableau résumant les expé-

cbiqot limpa.

15 becs

Le régulateur Serrin donnait, dans les mêmes circonstances, avec une déviation de 2V, une intensité lumineuse de 320 becs.

La lampe de M. Reynier est simple, son emploi est commode, son prix peu élevé. Trois grandes qualités. Nous ignorons ce que l'avenir lui réserve au point de vue des applications industrielles, mais dès maintenant sa place est marquée dans tous les laboratoires.

Lampe Werdermann. — La lampe Werdermann, représentée flg. 80, offre une grande analogie avec la précédente, quant au principe. Sa construction seule présente des particularités qui méritent d'être signalées.

Fio.8o.Lampewerd«rmaDD. Cette lampc sc composc : d'uu dIsque en carbone A en communication avec le pôle négatif et d'un petit crayon B en communication avec le pôle positif de la source électrique ; d'un portecrayon C muni d'une lèvre mobile, d'un ressort et d'une vis pour assurer le contact du crayon contre ses parois ; d'un

302 ÉOLAIRA.QE A L'ÉLECTRICITÉ |

support D isolé électriquement du corps de l'appareil et d'ut bague E servant à maintenir le disque A dans une poàlioi déterminée ; enfin d'un contre-poicU P agissant par l'intermédiaire d'une corde et de deux poulies sur le crayon B poor amener constamment sa pointe contre le disque A. Plusieurs expériences ont déjà été faites en Angleterre A en France avec cette lampe; mù jusqu'à ce jour, il n'existe aucune installation pratique sur laquelle nous puissions porter un jugemenL Ltmipe Dueretet. — M. Ducrelel s'est aussi beaucoup occupé des lampes à contact imparfait et il a présenté récemment à l' Académie des sciences diverses dispositions n'ayant avec les précédentes d'autre différence que le système de r^ prochement du charbon incanil«cent. Nous représentons une de ces dispositions, figure 81.

Dans cet appareil le charbon incandescent plonge dans un bain de mercure T. Un chapeau métalliques qui sert de guide au crayon C es( isolé du tube rempli de mercure, soit par un espace libre, soit par l'inlerposilion d'une enveloppe concentrique en bois ; il est mis en communication avec la partie inférieure du tube par un fil conducteur t.

Les guides métalliques fixés sur le chapeau B sont mobiles, et leur ouverture dépend dudiamètre des crayons qu'on emploie.

Par suite de l'action répulsive de deux portions consécutives d'un même courant, mais surtout par suite du conlaci

Pio. Bl. Lampe Dueretet.

[iparfait du crayon G contre le bloc H, qui complète le cirlit, il se produit un très petit arc ; puis le crayon rougit sur ne certaine longueur et s'use au fur et à mesure de sa >mbustion, constamment amené au point d'appui H par L poussée du mercure. — La chaleur intense du crayon 3 communique de suite au chapeau métallique B, puis cuve un écoulement rapide par le conducteur métallique /, ui y est fixé. Le calorique tend donc à arriver, par Tinterlédiaire de ce conducteur /, à la partie inférieure du tube T l à échauffer le mercure par la partie inférieure du tube T ; lais le rayonnement et la masse rendent cet effet nul. Cette érivation de la chaleur est tellement efficace que, après une xpérience de longue durée, le chapeau B devient extrémeaent chaud ; mais le tube de fer T reste sensiblement froid la partie supérieure, où s'arrête le mercure. — Le courant lectrique arrive directement, parla masse de l'appareil, à la artie supérieure des crayons ; en même temps, par dérivaion, le conducteur t amène le courant directement au chameau B, la portion de crayon traversée par le courant se pouve ainsi limitée par la dislance comprise entre le bloc H t le chapeau B, lequel a donc pour effet de guider les rayons,' de faciliter le passage du courant électrique et de aire dériver le calorique, qui agirait directement sur le merure, si l'enveloppe isolante i était supprimée.

Le conducteur f relie le verrou v (isolé de l'appareil) avec B support Sf également isolé du tube T; il amène le courant u point d'appui H, qu'il suffit de déplacer un peu, après haque séance de lumière, pour renouveler la surface de ontact.

De tous les physiciens qui se sont occupés de l'incandes- ;ence, c'est M. de Changy qui a fait la meilleure lampe à ;pirale, M. Konn la meilleure lampe à encastrement et \l. Reynier la meilleure lampe à contact imparfait.

Ce dernier serait sans doute parvenu à une solution pra^ tique si le problème de l'éclairage par petits foyers électriques ne présentait pas des difûcultés presque insurmontables.

Les inconvénients de ce système résident surtout dans son faible rendement par rapport à la force motrice employée, et dans les frais considérables de premier établissement par rapport à l'intensité lumineuse obtenue.

Dans l'état actuel des choses, avec les générateurs d'électricité en usage et les appareils proposés pour utiliser l'électricité, nous ne croyons pas qu'on puisse parvenir à généraliser l'éclairage par incandescence. Il pourra se présenter des circonstances où son application sera intéressante et même utile, mais pour qu'elle se développe, il faut qu'on invente un moteur à gaz d'un prix peu élevé ou que les piles thermoéleclriques deviennent réellement pratiques. En attendant, on peut recommander les lampes à incandescence, celle de M. Reynier surtout, dans les laboratoires et chez les industriels qui ont déjà des appareils électriques à puissants foyers et qui peuvent, sans inconvénient, intercaler dans le circuit une ou plusieurs lampes à contaôt imparfait.

655.79. — Saiot-Oueu (Seine). — Imprimerie Jdlbs Botei (Société générale dUmprimerîej.

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