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Éclaircissemens analytiques sur la doctrine physiologique de Barthez

Professeur de physiologie. Membre titulaire de la société de Médecine-Pratique, etc.

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F MARTEL Al»É, IMPRIMEUR DE LA FACULTE DE MEDECINE, rue de la Préfecture , N° dO.

1836. Il

Seconde Edition. ~ Prix : 1 Franc.

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Malgré les progrès toujours croissans d’une confraternité générale qui franchit les limites géographiques les plus éloignées ; malgré la tendance qu’a l’univers entier à n’être, en fait de sciences surtout, qu’une seule et même famille, l’esprit de rivalité n’est pas encore éteint dans les écoles , et les injustices auxquelles il préside ne sont encore que trop nombreuses , car ce n’est pas seu» lement sur des hommes , mais bien aussi sur des doctrines qu’elles pèsent. Convaincu de cette fâcheuse vérité , et jaloux de suivre les traces de ses aïeux qui s’étalent illustrés successivement depuis des siècles dans l’art d’enseigner, non moins que dans l’art de guérir, le docteur J. -B. -P. Laborie publia en 1823 des E clair cîssemens analytiques sur la doctrine physiologique de Barthez , qui est généralement peu comprise , soit parce qu’il est des esprits bornés qui ne peuvent jamais s’élever aux grandes conceptions de ce physiologiste , soit parce que d’autres , doués des

dispositions les plus heureuses , sè contentent* d’examiner sa doctrine en passant, afin de pouvoir en parler.

Les Etudians en médecine de la Faculté de Montpellier, en faveur de qui ces Eclaircis semens avaient été publiés , surent en apprécier toute Futilité ; et la promptitude avec laquelle la première édition fut épuisée en est une preuve incontestable. Mais il ne fut pas donné à Fauteur de jouir de ce succès : les travaux du cabinet, joints à la fatigue d’un professorat qu’on nomme improprement par» ticulier , lorsqu’il profite à de nombreux auditeurs , altérèrent si profondément sa santé, qu’il fut enlevé à l’humanité, à la science, à ses amis et à sa famille , dont il était l’unique rejeton, â peine âgé de 26 ans.

Une seconde édition des E clair cissemens analytiques étant vivement désirée , un ami de Fauteur s’est chargé du soin de la diriger.

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Ijv, but que je me propose , en donnant ces éclaircissemens , n’est point de me montrer Barthézien exclusif j les jeunes gens qui ont suivi mes cours à Montpellier, savent si je me suis plu \ rendre toujours justice aux divers physiologistes, et si j’ai jamais négligé de manifester mon estime pour Bichat , qu’un grand nombre de médecins regardent , de nos jours , comme l’antagoniste de Barthez. Quoique traducteur d’Hippocrate (i), je n’ai jamais refusé de reconnaître les services que les modernes ont rendus à la Science, et l’on m’a vu établir une distinction très-marquée entre Broussais , auteur de Y Histoire des Phlegmasies chroniques f et Broussais, auteur de Y Examen des doctrines mé-

(i) Les pronostics d’Hippocrate commentes par Piquer; traduction de M. Laborie. 1822

dicales . Mais a=t-on exercé la meme justice à l’égard de B artliez ? Je suis fortement éloigné de le croire. Du reste, deux causes se sont jusqu’ici opposées, à mon avis, à ce que son système put être sainement jugé : d’abord, et je n’ai pas craint de le dire hautement dans mes leçons de physiologie , il est des esprits bornés qui ne pourront jamais s’élever aux grandes conceptions de Barthez; d’autres, au contraire, nés avec les dispositions les plus heureuses, se contentant d’examiner sou système, en passant, pour en parler, 11e peuvent également s’en faire une idée exacte. Je sais, par moi-même, quelles furent les difficultés que je trouvai dans la première lecture des Nouveaux èlèmens de la Science de V homme ; ce ne fut qu’après les avoir profondément médités, que je me hasardai à en présenter les développemens à MM. les étudians en médecine de la Faculté de Montpellier , et ce sont ces développemens que je me fais un devoir de publier aujourd’hui dans tous leurs détails (t),.

Si nous abordons maintenant la matière , sans nous livrer à de plus longues considérations , nous

(1) Il y a à peu près deux ans que je me suis fait une loi de consacrer , dans mes cours , quelques se'ances à l’examen des principes de Barthez: je m’étais borné jusqu’ici à renfermer mes notes dans mon porte-feuille , sincèrement persuadé que l’exceileut ouvrage de M. le professeur Lordat devait suffire désormais sur un pareil sujet. Mais , plus on avance, plus on semble sc plaire à fausser les pensées de Barthez au lieu d’approfondir sa doctrine ; aussi, est-ce d’après cette idée que, dans notre École sur-tout, je crois qu’il est de l’honneur des physiologistes de réunir sans cesse leurs efforts, pour tacher de signaler, avec autant de clarté que possible, l’esprit de ses diverses oeuvres.

voyons que Barthez» , à la suite d'un discours préliminaire sur la vraie méthode de philosopher, procède , comme il suit, à Imposition de sa doctrine.

CHAP. I. Vue générale des principes de mouvement et de vie qui animent la Nature. Abstraction faite de ses considérations sur les principes de mouvement ou de vie qu’on observe, soit dans les corps organiques, soit dans les corps inorganiques, Barthez établit, pour ce qui concerne essentiellement la nature de l’homme , que nous avons en nous une puissance, une force particulière qui préside, d’une manière spéciale, aux différentes fonctions vitales. Il assigne à cette force la dénomination de Principe vital , et il en donne la définition en ces termes : <£ J’appelle principe vital de l’homme, la cause qui produit tous les phénomènes de la vie dans le corps humain. Le nom de cette cause est assez indifférent et peut être pris à volonté. Si je préfère celui de principe vital, c’est qu’il présente une idée moins limitée que le nom d impetum faciens ( to svopp ouv ) qu’employait Hippocrate, ou autres noms par lesquels ou a désigné la cause des fonctions de la vie. » On voit, d’après cette définition , que le mot principe vital est une pure abstraction de l’esprit , et qu’on pourrait se servir indifféremment des expressions de Puissance vitale , de Force vitale , de X7 de Y y etc., pourvu, qu’à l’exemple de Barthez , on n’employât ces expressions que pour représenter la cause inconnue des fonctions vitales, sans qu’on puisse assurer si cette cause inconnue est une substance ou seulement un mode du corps humain, vivant. C’est ici une circonstance fort essentielle à

remarquer, car plusieurs physiologistes ont été induits en erreur par la fausse idée qu’ils se sont formée du principe vital. Ainsi , Haller n’avait point compris le professeur de Montpellier, lorsqu’il a dit, dans sa Bibliothèque anatomique , tom. II , pag. 583:

« Barthez admet une archée, qu’il nomme principe vital , qui est la source de la vie. » En effet , le principe vital , comme nous l’avons déjà dit , n’est qu’une simple abstraction de l’esprit ; tandis qu’à l’époque où écrivait Haller, le mot Archée n’avait été jusqu’alors employé , suivant l’observation judicieuse de M. Lorclat, que dans le sens de van Hel» mont, c’est-à-dire , pour indiquer une sorte d’àme substantielle chargée en chef du gouvernement du corps , douée d’une intelligence analogue à celle de l’âme pensante , et susceptible de colère, de terreur et d’autres passions. L’on conçoit facilement qu’on doit être toujours conduit à de fausses conséquences , lorsqu’on prend le mot principe vital dans le même sens que Haller; mais on évitera certainement ces fausses conséquences , si l’on veut bien se rappeler que le mot principe vital n’est qu’un terme Indiffèrent dont du se sert pour représenter la cause Inconnue des phénomènes de la vie.

CHAP. H. Exposition des diverses opinions des philosophes et des médecins , relatives à cette question : Si le principe de la vie , dans l'homme , y a son existence propre distincte de celle du corps organisé qu'il vivifie et de celle de V âme pensante » L’acception du mot principe vital étant bien déterterminée, Barthez partage ce chapitre en deux sec» Hoas* Il parle , dans la première, des philosophes

et des médecins qui ont cru que le principe de vie n’est point un être distinct du corps et de l'âme > il indique, dans la seconde, les opinions de ceux qui ont été d’un sentiment contraire. Il est donc facile de voir que , dans cette division, Barthez a pour but de faire observer que, si dans des temps plus ou moins reculés, il est des philosophes et des médecins qui n’ont admis , il est vrai , dans l’homme, que deux principes , l’âme et le corps ; il en est d’autres qui ont admis , en outre, un autre principe intermédiaire , qu’ils considéraient comme produisant tous les phénomènes vitaux , tandis que , d’après eux , l’âme ne s’occupe que des phénomènes intellectuels. Or, puisqu’il est des philosophes qui ont admis avant lui, outre l’âme et le corps, un troisième principe , Barthez croit pouvoir être fondé à l’admettre également,* avec cette différence toute» fois , comme il le prouve plus bas , que les philosophes dont nous parlons considéraient ce troisième principe comme essentiellement distinct de l’âme et du corps, tandis que lui se contente d’en étudier les effets , sans pouvoir assurer si ce principe est distinct de l’âme et du corps , ou si ce n’est qu’une simple modalité de la matière organisée.

i.re Section. Il cite d’abord les spiritualistes ou cette classe d’anciens philosophes qui , n’admettant en nous que deux principes , l’âme et le corps, croyaient que l’âme de l’homme était une substance aérienne, c’est-à-dire , qu’elle était formée d’une substance subtile et invisible , qui était répandue et sans cesse agitée dans l’atmosphère. Il passe de là à l’opinion d’Hippocrate qui a pensé que l’âme est

une chaleur innée , qui est continuellement tempérée par la transpiration. Jl vient ensuite à Heraclite qui , combinant l’opinion des spiritualistes avec celle de la chaleur innée , a dit que l’air , dont la substance spirituelle est formée, est une vapeur de l’élément du feu. Barthez établit que c’est par une chaîne d’idées métaphysiques, qu’on a pu parvenir à supposer une abstraction générale de tous les attributs sensibles de la matière , et, enfin, à former le concept d’une substance immatérielle. Ce principe ramène à parler des philosophes matérialistes, dont les chefs , Démocrite et Épîcnre , considérant l’âme humaine comme étant composée de deux parties, l’une raisonnable, placée dans la poitrine, et l’autre irrationnelle , répandue dans toute la machine, regardent ces deux parties comme n’en formant qu’une , et nient que cette âme soit immortelle. 11 ajoute que l’immortalité de l’âme a été au contraire soutenue par les chefs de deux sectes , qui n’admettent de même aucun agent interposé entre l’ame et le corps -, iî cite alors Aristote et Descartes.

Après s’être suffisamment occupé des opinions d’Aristote, il s’arrête aux principes de Descartes qui , n’ayant distingué dans la Nature que deux sortes d’êtres, les esprits et la matière, doit être mis â la tête des philosophes et des médecins modernes qui n’ont distingué que l’aine et le corps dans l’homme vivant. Il observe que les médecins qui ont suivi cette opinion de Descartes, se sont partagés en deux sectes , celle des mécaniciens et celle des animistes. Les premiers , qui ont eu pour chefs Bellini et Boêrhaave, croyaient, qu’au eom-

aiencement de la vie , l’âme mettait d’abord en jeu les organes , mais qu’ensuite ces memes organes continuaient leurs fonctions par leurs rapports réciproques , et que Pâme ne s’occupait plus que des phénomènes intellectuels. Les seconds (parmi lesquels on compte le fameux Perrault et Stahl , qui , dans la suite , donna son nom à cette secte'! admettent, au contraire , que, jusqu’à la fin de la vie, l’âme est sans cesse agissante dans toutes les parties du corps.

2. e Section. De l’énumération des médecins animistes , Barthez passe à cette seconde section du chapitre II de son ouvrage , où il s’occupe , ainsi que nous Pavons déjà dit, des philosophes et des médecins qui, outre Pâme et le corps , ont encore admis un principe particulier , dont chacun d’eux a donné une explication plus ou moins différente. Dans le nombre de ces philosophes , il cite :

i.° Pytbagore, Platon, les Stoïciens , Bacon, qui, outre l ame raisonnable , ont soutenu qu’ii y avait encore en nous une âme irrationnelle, dont l’existence est essentiellement distincte.

2.0 Léibnitz , Cudworth et van Helmont qui ont avancé , qu’outre Pâme raisonnable et le corps , il existait , dans l’homme, des principes intermédiaires bien distincts , chargés du gouvernement du corps, et que Léibnitz appela monades $ tandis que Cudworth se servait du nom de natui'cs plastiques , et van Helmont de celui d 'archée,

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