CHAPITRES VIII, IX, XI, XV, XVI
JJange qui tient un encensoir de(^ant le trône. — Les sept anges sonnant de la trompette et produisant des fléaux terribles. — Les sept anges versant des plaies semblables ai>ec des coupas. — Comparaison a{>ec les plaies d Egypte. — Réflexions sur cette comparaison.
Il y a une telle liaison entre ces cinq chapitres^ quoique éloignés les uns des autres, qu'on est obligé de les traiter ensemble.
A l'ouverture du septième sceau, le livre des destinées est entièremeiit ouvert. Les sept anges qui assistent devant he trône de Dieu ^ annoncent, en sonnant de la trompette , les fléaux qui doivent tomber sur la terre ; ils ne sonnent pas tous ensemble , mais l'un après l'autre, exécutant, chacun à son tour, une plaie différente. Ces plaies se répètent dans les chapitres quinzième et seizième ; les anges les versent alors avec des coupes.
Lorsqu'on eut donné aux sept anges les sept trompettes, et avant qu'ils en sonnassent, un autre ange se tint devant l'autel, portant un encensoir rempli de parfums, qu'il offrit avec les prières des saints, sur l'autel d'or qui était sur le trône dans le ciel. La fuméedes parfums, avec les prières des saints, monta
de la main de Fange jusque devant Dieu. Ensuite Tatige remplit l'encensoir du feu de Fautel, et le jeta sur la terre, et il se forma des voix^ des tonnerres, des éclairs et un tremblement de terre. Cet ange, en jetant du feu de Tautel sur la terre, donne le signal aux sept anges pour commencer à verser des plaies sur la terre.
• Les Juifs croyaient qu'il y avait un ange qui présidait à la prière et qui la portait dans le ciel; ainsi on lit dans Tobie, XII, i5, qu'un ange dit : Je suis Raphaël, tun des sept anges , saints y qui présentent les prières des saints et qui marchent devant la majesté du saint j c'est-à-dire qui assistent devant le Seigneur, comme le dit l'Apocalypse, VIII, 2.
L'autel d'or est l'autel des parfums , qui était devant le voile; cet autel devait être tout couvert d'or (i); le voile séparait le saint des saints du sanctuaire. L'ange de l'Apocalypse représente le sacrificateur qui prenait les parfums dans sa main et les répandait sur les charbons de l'autel. L'ange retourne à l'autel des holocaustes où il remplit l'encensoir du feu , qu'il jeta sur la terre.
On voit dans Ezéchiel X , 2, que l'homme vêtu dé lin reçut l'ordre de remplir ses mains de charbons de feu, et de les répandre sur la ville ; il les reçoit d'un chérubin: on entendit le bruit des ailes des chérubins comme la voix du Dieu fort. Voilà donc deux circonstances semblables : dans l'une et l'au-
(1) Exode, XXX, i, 3, 4? 6.
tre des charbons de feu sont jetés et sont suivis de voix et de bruit ; les tonnerres tiennent lieu du bruit des ailes des chérubins ^ et les voix de la voix du Dieu fort.
L'auteur de l'Apocalypse place dans le ciel et devant le trône de Dieu l'autel des parfums , qui dans le fait était sur la terre là où étaient Moïse et les Israélites. Il suppose le même hommage des parfums; il n'est donc qu'un copiste. Nous verrons toujours mieux que son livre n'est qu'un habit d'arlequin, composé de pièces rapportées et artistement rangées.
Dans le livre de Tobie, c'est l'un des sept anges qui présente les prières des saints; dans l'Apocalypse, c'est un ange qui n'élait pas un des sept, parce que ceux-ci avaient leurs fonctions particulières^ qui étaient de sonner de la trompette; c'est sans doute cette raison qui a fait ajouter à Fauteur un ange de plus.
Il paraît que ces sept anges sont la même chose que les sept lampes (I V^, 5) allumées devant le trône, qui sont les sept esprits de Dieu ; car dans ce moment il sortit du trône des éclairs , des tonnerres et des voix; et nous venons de voir que l'ange qui était devant l'autel auprès du trône ^ et qui était avec les sept, produisit des voix^ des tonnerres et des éclaira, en jetant du feu sur la terre.
L'homme vêtu de lin, d'Ezéchiel (X, 2), qui reimplit ses paumes de charbons de feu de l'entre-deux des chérubins, et qui les répand sur la ville, ayant fourni l'idée de l'ange qui jette du feu de l'autel sur
se
la terre, on comprend que les six hommes QX, 2, 5) qui passent par la ville de Jérusalem pour tout ex^ terminer, doivent avoir fourni l'idée des sept anges munis de sept trompettes , et qui versent des plaies terribles sur la terre; mais quant aux plaies , nous verrons qu elles sont erbpruntées d'une autre source.
Venons maintenant aux plaies produites par le son des trompettes des sept anges ; ils reçurent le signal de l'exécution , de l'ange qui avait jeté du feu sur la terre» Nous indiquerons à mesure le rapport que ces plaies ont avec celles versées avec des coupés;
La première trompette produisit une grêle et du feu mêlé de sang; la septième trompette produira aussi de la grêle. La quatrième coupe tourmenta les hommes par le feu , et la septième fit tomber une grosse grêle,.
La seconde trompette changea en sang la troisième partie de la mer, et fit périr une partie consi-rdérable des créatures qui y avaient vie. La troisième coupe changea en sang l'eau des fleuves et des sources , et la seconde coupe fit périr tout ce qui avait vie dans la mer.
La troisième trompette fit tomber une grande étoile sur la troisième partie des fleuves et sur les sources d'eau; l'eau fut changée en absinthe (1) et devint amère, elle fit mourir un grand nombre d'hommes^ Cette plaie est une seconde imitation de
^taM«aMa*B^aiirt*Ék^iri»M*nMBBiK^^liMa*^B*K*«WK^K*a
(1) Le mot absinthe est employé dans le Deiiteronome > XXIX « •18» poui; «désigner ramertume ; il est joiut au mot fiel ou poisoa pour 'figurer Tidolâtrie ou d*au(res crimes dignes de mort.
celle versée par la traisième coupe ^ qui change en sang et non en absinthe^ l'eau des fleuves et des sources. Nous verrons que c était la première des plaies d'Egypte y les Egyptiens ne purent pas boire de l'eau du fleuve.
La quatrième trompette fit perdre au jour et à la nuit le tiers de sa lumière ; la cinquième fit monter du puits de Fabyme une grande fumée qui obscurcit lesoleil et de l'air^ et de cette fumée du puits il sortit des sauterelles. Les hommes souhaiteront de mourir et la mort les fuira. La cinquième coupe rendit le royaume de la bête ténébreux , et les hommes se mordaient la langue de douleur. Il y a une grande ressemblance entre ces deux résultats*
La sixième trompette délie quatre anges qui tuent la troisième partie des hommes. Cette plaie n'a pas sa correspondante dans aucune des sept coupes; mais on en trouve une analogue dans la dernière des plaies d'Egypte , celle de la mort de tous les premiers nés. Ce ne furent pas des anges qui effectuèrent cette plaie y mais TEternel lui-même passa au travers de l'Egypte^ et frappa tous les premiers nés ; il n'y avait aucune maison où il n'y eût mort ; la même chose dut avoir lieu lorsque les quatre anges tuèrent la troisième partie des hommes. On trouve cette idée d'un tiers dans Ezéchiel, Y, 12. L'Eternel dit au royaume de Juda : Un tiers d'entre vous mourra par la famine, ui} tiers par l'épée^ et l'autre tiers sera dispersé.
La septième trompette sonna ^ des voix se firent
entendre dans le ciel , le temple de Dieu s'ouvrit . {j4poc. X, 7 ; XI, i5 , 19) , il se fit des éclairs et des voix et des tonnerres et un tremblement de terre , et il y eut une grosse grêle. De même la coupe du septième ange (XVÎ^ 17 — 21) fit tomber du ciel une grosse grêle, précédée de tonnerres.
Les plaies causées par les sept trompettes et par les sept coupes sont donc à peu près les mêmes et se correspondent. Les trompettes ne fesaient que prédire et annoncer à Tunivers les maux que les sept coupes devaient verser.
Les sept anges avec leurs sept trompettes , dont le son fait tomber successivement de la grêle , du feu , une montagne ^ une grande étoile , la troisième par-* tie des hommes , ont quelque rapport avec les sept cors de bélier ou trompettes des sept sacrificateurs , qu'ils devaient sonner le septième jour , en fesant sept fois le tour de la ville de Jéricho (i), dont l'effet fîit de fkire tomber la muraille de cette ville, et d'y faire entrer l'armée des Israélites , qui mirent tout ce. qui y était au fil de l'épée, et brûlèrent la ville. Ces trompettes des sacrificateurs étaient probablement semblables à celles dont Moise se servait pour convoquer les assemblées (Nombres, X, i — 9) , et quand les troupes marchaient en bataille contre l'ennemi, elles produisaient aussi un effet merveilleux, celui de délivrer les Israélites de leurs enixemis.
(i) Josuë, VI, i5, 20, 24.
sa
Dans les deux scènes où les (ronipettés sonnent ^ le nombre sept joue un rôlp très-important; il y a quelque chose de mystérieux et de magique dans ce nombre si souvent répété, il semble qu'un tout autre nombre n'aurait pas pu produire les mêmes effets ; nous avons déjà fait remarquer que ce nombre tire son origine des sept planètes. Dans les deux scènes , le son dés trompettes produit des maux qui ont quelque rapport : dans l'une et Fautre il en résulte du feu et la destruction des hommes; dans l'une y c'est une montagne qui est jetée dans la mer; dans l'autre , c'est une muraille qui est jetée par terre , avec cette différence , que dans la première tout est fictif, et dans la seconde tout est réel.
Nous avons déjà indiqué deux plaies empruntées de celles d'Egypte; nous allons montrer maintenant que les sept plaies versées avec des coupes par les sept anges, sont toutes empruntées des plaies d'Egypte, telles qu'on les trouve dans l'Exode, VII — XII.
Avant que les anges reçoivent l'ordre de verser les coupes, le temple dans le ciel s'ouvre, il se remplit de fumée, comme nous l'avons vu lors des anges avec les trompettes; cette fumée était sans doute la même que celle de l'encensoir balancé par un ange.
Les sept anges sortirent du temple ouvert dans le ciel, et reçurent , d'un des quatre animaux ou chérubins , les sept coupes d'or pleines de la colère de Dieu qu'ils devaient verser sur la terre. Ici com-
mence l'imitation de l'Exode. Dieu, irrité contre Pharaon de ce qu'il ne voulait pas laisser aller les Israélites hors de son pays , commanda à Moïse et à Aaron de verser des plaies sur l'Egypte : ici c'est Dieu qui commande et qui donne le pouvoir ; dans l'Apocalypse c'est l'un des quatre animaux du un signe du zodiaque , qui donne aux anges les sept coupes pleines de la colère de Dieu.'
La première plaie versée sur la terre par l'un des anges descendu du ciel, frappa les hommes d'un ulcère malin et dangereux (XVI, 2). La sixième plaie d'Egypte donne aux hommes et aux bêtes des ulcères et des abcès enflammés.
Par la seconde plaie versée par le second ange, tout ce qui avait vie dans la mer mouinit. En Egypte, le poisson dû fleuve mourut ; cette plaie , dans l'Exode, fait partie de la suivante.
Le troisième ange versa la coupe sur les fleuves et sur les sources d'eaux, et elles furent changées en sang, en sorte que les hommes eurent du sang à boire. De même en Egypte, toutes les eaux furent changées en sang ; il n'y eut que du sang dans totitç l'Egypte.
La coupe du quatrième ange tourmenta les l^pm-^ mes par le feu. En Egypte le feu , entremêlé de grêle, se promenait sur la terre. .
Le cinquième ange rendit le roy9,ame de la bête ténébreux ; c'est la même plaie que celle du chapitre I X , 2 , où le soleil et l'^ïr furent obscurcis de la fu-r
mée qui s élevait de Tabyme. En Egypte il y eut des ténèbres fort épaisses dans tout le pays^ durant trois jours.
Lorsque le sixième ange eut versé sa coupe , trois esprits immondes , semblables à des grenouilles ^ 3ortent de la ^^ule du dragon et de la bête et dé la bouche du faux prophète. La seconde plaie d'Egy pte fut produite par des grenouilles qui infestèrent toutlepays.
Il y a ici une circonstance remarquable^ empruntée de Jérémie : Le sixième ange (XVI, 12) versa sa coupe sur le grand fieu^ de tEuphrate^ et Ufut mis à sec pour préparer le chemin aux rois d Orient. Dans Jérémie (LI), l'Eternel , voulant détruire Babylone pour venger les maux que ses habitans avaient com« mis dans Sion, soulève les nations de TOrient contre elle Ç'- le messager annonce au roi de Babylone que Ifis m^Lrais de l'Euphrate sont brûlés au feu^ que TEternel desséchera sa mer et fera tarir sa source ^ ç est en d'autres termes la même idée imitée par l'Apocalypse; Fauteur (i^« 14 ) assemble aussi lei rois de la terre (i).
La coupe du septième ange fit tomber du ciel une grosse grêle, précédée de tonnerres, et la plaie qu'elle causa fut fort grande pour les hommes* En
Il %
(1) n est bien frange que l^aùteur etaptunte un ëv^nement qui ayait eu lieu bien des sièclesauparavaDt , et cela dans un pays fort éloigné. Le miracle du dessèchement de TEuphrale est semblable à celui du Jourdain lorsque les Israélites le traversèrent pour faire la conquête du pays de Canaan.
Egypte y la septième plaie fut une grêle dévastatrice accompagnée de tonnerres^ qui fit périr toute l'herbe et brisa tous les arbres ; elle frappa depuis les hommes jusqu'aux bêtes«
J'étais surpris que^ parmi les plaies versées par les sept anges avec leurs coupes^ imitées si exactement des plsûes d'Egypte ^ il n'y eût point de sauterelles , ni de mort des premiers nés^ deux autres des dix plaies de l'Egypte; mais je n'avais pas remarqué qu'elles.se trouvaient déjà dans le diapitre neuvième; voici comme elles y. sont annoncées : Le cinquième ange^ en sonnant de k trompette^ ouvre le puits de Tabyme ; il en sort de la fumée et des sauterelles qui se répandirent sur terre; elles ne devaient faire de mal qu'aux hommesy en les tourmentant comme le feraient des scorpions. La description de ces sauterelles est des plus extraordinaires et des plus étran-^ ges; il semble que l'auteur ait voulu confirmer ce que l'Exode (X^ i4)avaitditdessaaterellesd'Egypte^ qu'il n'y en avait point e^ de semblables comme elles, et qu'il n'y eti aura point de semblables après elles. Les sauterelles de l'Apocalypse ne nuisirent ni à l'herbe ni aux arbres; elles se répandirent cependant sur la terre comme celles d'Egypte.
Nous avons vu que la plaie de l'Apocalypse, qui correspond à celle de la mort de tous les premiers nés, était celle du sixième ange qui délie quatre anges qui devaient tuer la troisième partie des hommes j ces hommes périrent parle feu^ par la fumée
et par le soufre qui «ortaient de la bouche de mont* 11*68 se mblables à des chevaux ( i ) .
Les sauterelles avaient des rapports avec ces chevaux; car elles ressemblaient à des chevaux prépa-* réi pour le eombat; elles avaient;des dents comme des dents de lion^ les chevaux avaient des têtes de lion ^ les sauterelles étaient armées de cuirasses , et ceux qui montaient les chevaux avaient des cuirasses ; les sauterelles avaient ^des queues de scorpion ; les chevaux avaient des queues de serp^nsqui pro^ duisaient les mêmes effets nuisibles. .
Voilà donc des imitations . évidentes, des plitries d'Egypte» On comprend que Fauteur^ ayant besoin de verser des plaies sur la terre , a trouvé fort qodgh mode d'emprunter celles d'Egypte , quoiqu'elles eussent eu lieu plus de seize siècles auparavant (2) , et que plusieurs d'entre elles ne pussent convenir qu'à l'Egypte > et nullement à la partie occidentale de l'Asie mineure où étaient les sept Eglises, et où il prophétisait. Il n'avait pas besoin d'une révélation pour décrire ces plaies ^ il le$ copiait ; il lisait dans le livre de l'Exode ce qu'il disait voir dans le ciel et sur la terre, en mettant peu.de. distance entre l'un
(1) Joël, n, 5, TEtemel dit : Je ferai des miracles dans les deux et sur. la terre y du sang et du feu ^ et des colonnes de fumée; comme il en sortait de la bouche des chevaux de TApocalypse , seulement le soufre est mis à la-place dû sang.
(2) C'est ainsi (jue saint Luc (XXI, ao — a6) a emprunté du prophète de Jërémie des evénemens passes depuis des siècles, pour prédire les malheurs de Jérusalem et de ses habitans.
et rautre. Les petits changemens qu'il a iaits ajoutent plus de merveilleux; plus de monstrueux, surtout les pièces dont il compose ses sauterelles , qui en font des monstres qu'une imagifiatipn extravagante seule pouvait créer.
On sent combien sont vains les efforts des théologiens qui ont voulu trouva dans la description de ces plaies des prophéties sur le$ ms^ux qui devaient affliger, le monde chrétien après rétablissement du Christianisme. Ces maux avaient affligé Ti^gypte bien des siècles auparavant, et plusieurs d'enU*e eux affligent l'humanité , pour ainsi dire> toutes les années dans quelque coin de la terre; alors quelle année choisir pour y trouver Faceomplissement de prophéties imaginaires. v^ ,.
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