‹ Éclaircissemens sur l'Apocalypse et sur l'Épitre aux Hébreux, ou analyse de leur compositionChapitre 10 sur 48 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les quatre anges aux quatre coins de la terre y doit soufflent les vents. — Les douze mille de chaque tribu marqués au front. — Sur le nombre douze.

Les anciens plaçaient des intelligences innombrables dans le ciel, dans tous les astres, dans les élémens, etc., et générafement partout où se trouvait le siège de quelque action particulière, comme par exemple dans les vents qui soufflent de divers points de l'horison. Ces intelligences se nommaient dieux y génies , anges , esprits célestes , etc. ; c'est ainsi que les vents étaient gouvernés par dçs anges.

Les Hébreux admettent quatre anges chargés de garder les quatre coins du monde. L'astrologie avait a^ccordé cette surveillance à quatre planète», les Perses à quatre grandes étoiles placées aux quatre points cardinaux du ciel. Les Indiens ont aussi leurs génies qui président aux diverses régions du monde (i). Bad , chez les Perses, est le nom

(i) Les Arabes croient qu'il y a des esprits qui habitent les airs. les eaux, les déserts et Tenfer.

de Tan^e qui préside aux vents. Cette théologie a passé chez les Chrétiens. Origène disait : ce J'avance hardiment qu'il y a des vertus célestes « qui ont le gouvernement du monde; l'une préside « à la terre y l'autre aux plantes , telle autre à la (c pluie, aux vents, etc. »

Il y avait douze vents , à cause des douze portes du soleil ou des douze signes ; ces vents étaient grouppés trois par trois , et se plaçaient aux quatre coins du monde ^ d'après la division astrologique, qui affectait trois signes à chacun de ces points. Un ange présidait à chaque vent en particulier.

Le nombre douze, ou celui des signes , donna lieu d'imaginer douze grands anges gardiens du monde, dont Hyde nous a donné les noms; chacune des divisions du temps en douze mois, eut son ange. Nous avons vu que le nombre douze était aussi fameux que le nombre sept, parce qu'il exprimait celui des signes par lesquels les sept planètes voyageaient (i).

(ij Jusqu'ici ce chapitre est extrait de Touvrage de Dupuis déjà cité.

M. le ministre Basset dit que le nombre douze ne doit pas être pris a la lettre (tome III , pag. io3) ; qu'il faut entendre par là un nombre plus ou moins considérable, ou une grandeur considérable. Cette opinion sufiirait à elle seule pour prouver que M. Basset n'a pas compris l'Apocalypse.

A l'occasion des douze étoiles dont il est fait mention dans le chapitre XII, cl qui représentent les douze signes, M. Basset dit qu'elles signifient les douze Apôtres. Assurément les douze étoiles ne signi-

Nous voyons dans ce chapitre le nombre des serviteurs de Dieu qui furent marqués au front pour être garantis des fléaux que la terre et la mer devaient éprouver. Leur nombre était de douze mille par tribu, et comme il y avait douze tribus, cela fesait en tout cent quarante-quatre mille élus. Us sont devant le trône de Dieu , et l'agneau qui est au milieu du trône les paîtra.

Ces tribus des enfans d'Israël portaient les noms des douze fils de Jacob ^ qui, dans les prédictions que Jacob leur adressa dans son lit de mort, se trouvent porter chacun les traits caractéristiques de l'un des signes. C'est ainsi que Muben, l'aîné des douze fils, était grand en dignité et en force; il avait sans doute pour sigillé le bélier qui était appelé signe royal , le chef des signes qui ouvrait la carrière du dieu soleil. Siméon et Zm enlèvent des bœufs et agissent de concert pour se venger; ils avaient sans doute pour signes le taureau et les gémeaux. Juda est un jeune lion, il était sans doute sous le signe du lion. Dan jugera son peuple et les autres tribus, il devait avoir pour signe la balance. L'arc de Joseph est demeuré en sa force , ce qui lui donne le sagittaire pour signe. Issacar est un âne couché; c'est donc le capricorne qui est représenté accroupi. Aser y dont le pain sera excellent, avait pour signe la vierge qui tient un

fient pas les douze Apôtres ; mais le choix du nombre douze pour celui des Apôtres, peut bien tirer son origine des douze signes.

épi de blé à la main. Zabulon se logera au port des mers^ il avait donc pour signe les poissons (i).

Les 144 mille personnes qui étaient marquées sur le front du nom de Dieu se retrouvent au chapitre XIV. Ce sont les vertueux sans tache, qui suivent aussi l'agneau partout où il va^ comme les brebis suivent leur berger. Cette fiction a des rapports avec le zodiaque ; c'est la suite naturelle des douze signes , dont le premier est Aries ou Fagneau qui porte le soleil; c'est-à-dire qu'à mesure que le signe du bélier s'avance (que les Perses nomment Yagneau)^ tous les autres signes le suivent.

La marque au front, apposée par un ange avec le sceau du Dietf^ vivant, pour garantir les élus des plaies qui allaient fondre sur la terre , est un moyen emprunté du neuvième chapitre d'Ezéchiel. Le prophète est transporté en vision à Jérusalem pour être témoin des idolâtries des habitans et de la vengeance que les anges du Seigneur vont exercer contre cette ville. Au moment d'exercer sa vengeance, l'Eternel commande à l'homme qui était vêtu de lin , et qui était au milieu de six hommes ou anges, de faire une marque sur les fronts des hommes qui gémissent à cause de toutes les abominations qui se commettent au-dedans de Jérusalem. Les six hommes reçoivent l'ordre de passer

(1) Genèse , XLIX, 3—24 : Les douze signes sont le Bélier, le Taureau , les Gémeaux , le Cancer, le Lion , la Vierge , la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau et tes Poissons.

par la ville , et de tout exterminer, à l'exception de ceux sur lesquels était la marque (i).

On trouve dans le chapitre douzième de l'Exode, un moyen analogue pour garantir les premiers nés des Israélites^ de la dernière plaie infligée au pays d'Egypte; c'est le sang d'un agneau ou d'un chevreau mis sur la porte des maisons, qui servit de signe à l'Eternel pour ne pas frapper les Israélites (ir* 23) : r Eternel passera par^dessus la porte et ne permettra point que le destructeur entre dans vos maisons pour frapper.

Les fidèles et les élus initiés aux mystères de Mithra (le dieu soleil) étaient comme ceux de l'Apocalypse, distingués par une marque au front , et signati in frontibus.

Les trois derniers versets de ce chapitre septième sont répétés au chapitre XXI , où l'on voit que Dieu habitera avec les hommes dç la nouvelle Jérusalem, qu'il essuiera toute larme de leurs yeux, et que la ville n'aura pas besoin de soleil^ ce qui a le même sens que la phrase , le soleil ne frappera plus sur eux.

(i) L'auteur de l'Apocalypse emprunte donc les grands malheurs annoncés a la terre de Jérusalem, pour peindi*e ceux qu'il annonce Il tout runiyers , à cause des crimes de ses habitans. Quant aux détails > il les tire d'une autre source.

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