CHAPITRE XIII
Lé monstre, sous le nom de béte^ qui monte de la mer^ — Sa puissance, sa guerre contre les saints*--^ Ses adorateurs n-^ Une autre béte qui monte de la terre* — Imitations de VanieL
Ce chapitre commence par la description d*un monstre tellement étrange, que si Ton n'en découvrait pas l'origine et de quelles pièces il est com-^ posé , on croirait qu'il est la création de quelque tête troublée par la folie la plus extravagante. Mais nous avons déjà vu , par l'exemple des chérubins à quatre têtes réunies d'animaux difFérens, que c'était l'usage des astrologues orientaux de grouper plusieurs constellations ensemble , et d'en composer des êtres qui devenaient des monstres par cette réuaîon^ Jean n'est pas le créateur de ce monstre , il n'feri est que le copiste ; et si l'on veut en faire une application ^ il faut la faire sur Daniel ou sur les livres d^eâ
astrologues chaldéens que ce Prophèle a imités; voici comme Jean s'exprime :
Puis f ai vu s* élevant de la mer une héte qui aidait sept têtes et dix cornes (i) , et sur ces cornes dix dia*dénies, et sur la tét'e unnom de blàsplième : et la bête que je vis ressemblait à un léopard, ses pieds étaient comme les pieds d'un ours , et sa gueule comme la gueule dun lion, et le dragon lui donna sa force, ei son trône et un grand pouvoir.
C'est Dupuis qui va nous dévoiler de quelles pié*ces ce monstre est composé. En suivant ^ dit-il^ la série des aspects que nous présente le ciel astrologique au moment où le soleil arrive à Técpiinoxe du printemps y au lever de la viergpe céleste, accompagnée du vaisseau qui se lève à son midi et de la tête du dragon qui la suit au nord , nous apercevons au couchant, sur les bords de la mer déjà emportée dans les flots, au-dessps desquels elle élève encore la tête y la grande constellation de la baleine , placée sous le bélier et les poissons. Cette constellatioa monstrueuse , appelée par Âratus le grand monstre , fut figurée diversement dans différens siècles^ chez différens peuples. On en fesait généralement un monstre marin. Les Hébreux et les Arabes l'appellent le lion marin; c'est le piscis ex mari des sphères anciennes. Cette constellation a porté différens
(i) Voy. Apoc. XVIT, 3, la même bête qui avait sept têtes et dix cornes ; v. 8, elle doit aussi monter de l'abvme ou de la mer.
noms , Leis que dracoj leo, ursus marinus et par-^ dus. La queue de la baleine «e couche au lever du Ijon et au coucher du dragon^ elle.se lève au coucher •du loup appelé pardus chez les Hébreux , et avec le passage au méridien inférieur de la grande ourse. Ces quatre aspects ont été unis par le prophète Jean^ et c'est Tastrologie qui a fourni le type des quatre animaux (i). L'Apocalypse a réuni dans son monstre marin les différons monstres que les sphères anciennes peignaient sous aries^ et désignait sous le .riom générique de cété ou cétus. (2).
Nous allons voir que la composition de ce monstre test empruntée de Daniel avec une légère différence. •Ce Prophète^ au lieu de faire un seuLanimal compose :dela réunion. de ces quatre animaux, savoir: dragon^ JioQy ours et léopard^ en avait fait quatre animaux rdifférens; mais c'est absdlument la même chose que l'animal, aux- quatre formes ^e T Apocalypse.
Les quatre animaux! ou betes de Daniel sont un lion avec des ailes d'aigle y un ours , un léopard avec quatre ailes et quatre têtes, la quatrième avait de grandes dents de fer ; elle avait dix cornes comme la
(1) Volney, dans se» Ruines^ dit que les anciens astrologues ont composa tontes leurs figures et toutes leurs fables en prenant les constellations qui se tionvaicnt en même temps sur la bande de riiorizou; et en asseitiblant les parties, ils en formaient des gi*oupes qui leur servaient d almanacli^ en caractères liiëroglypliiques ; voilà , dit-il , le secret de tous leurs tableaux , et la solution de tous les monstres raytliologiques.
(2) Dupuis, VI,p. 198, 201.
bête unique de l'Apocalypse. Cette quatrième bêtè, à grandes dents de fer , peut correspondre au dragon qui donne à la bête un grand pouvoir; en effet le dragon est représenté dans la sphère avec une gueule armée de grosses dents pointues.
Les quatre grandes bêtes de Daniel montèrent de la mer comme la bêle de l'Apocalypse : Je vis, dit ce dernier auteur, monter de la mer une béte^ etc.; ce qui indique une constellation qui se lève.
Nous allons montrer que Vauteur de l'Apocalypse continue à copier Daniel ; voici ce qu'il dit, XIII , 7 : On donna à la hête la puissance sur toute tribu ^ sur toute langue et sur toute nation, et les Iiabitans de la terre F adorèrent. On trouve dans le chapitre XIV^ 9, la condamnation de celui qui adore la bête, f. 14. U parait ensuite quelqu'un assis sur une nuée blanche^ qui ressemblait au fils de T homme; il aidait sur la tête une couronne dor et une faux tranchante à la maimy avec laquelle il moissonna la terre. Au chapitre XV, 2^ on voit que la bête est vaincue. Et au chapitre XI ^ i5, Fauteur avait dit : Les royaumes du monde sont soumis à notre Seigneur et à son Christ y et il régnera aux siècles des siècles.
Venons à Daniel. Ce prophète avait dit, VII, 6»: La domination fut donnée à la troisième bête. 7 : Lu quatrième bête foulait à ses pieds ce qui restait. 12 : La domination fut ôtée aux bêtes ^ i5 : Le Fils de t homme vint ai^ec les nuées des deux; Van^ cien des jours lui donna la seigneurie et le règne , et
tous les peuples y les nations et les langues le serviront^
On voit que TApocalypse donne à la bête la même puissance sur toute tribu^ etc.^ que Daniel avait d'à- .bord donnée à la bête et ensuite au Fils de Thommet De même TÂpocalypse donne ensuite la couronne au Fils de l'homme* Car le Fils de Thomme vient aussi sur les nuées ou assis sur la nuée (Âpoc. 1^7; XIV, 14); il porte sur la tête une couronne d'or^ signe de royauté; il moissonne la terre, signe de puissance : l'imitation est donc évidente. Continuona la comparaison.
Apoc. XIII, 5 : La bouche de la hé te prononçait des discours pleins de blasphèmes contre Dieu^ 7 : Elle reçut lepouifoir défaire la guerre aux saints^ et de les vaincre.
Daniel, VII, ^5 : Un des rois proférera des pa-^ rôles contre le soui^erain , et détruira les. saints du souverain.
L'Apocalypse attribue à la bête les mêmes chosea que Daniel attribuait à un des rois , dont l'emblème était une petite corne; les autres dix rois avaient pour emblèmes les dix cornes de la bête , et la petite corne fesait aussi la guerre contre lea saints , elle proférait des blasphèmes : le roi et les rois sont donc la même chose que la bêle.
On retrouve la même bête dans le chapitre XVII ; c est sur elle qu'était assise la femme prostituée ; elle avait aussi la bouche pleine de blasphèmes; elle avait également sept têtes et dix cornes ; et la femme qu'elle portait était enivrée du sang des saints, ce
qui identifie la femme avec la bête. Dans le chapitre XVII, l'auteur de FApocalypse applique d'autres circonstances que Daniel avait racontées de sa bête. Il dit comme Daniel que les dix cornes sont dix rois, et il ajoute que ces dix rois n'ont pas encore commencé à régner, ce qui répond à ce que dit Daniel , que ce$.dix rois s'élèveront du royaume de la quatrième bête; ils ne régnaient donc pas encore. Dans les .deux livres^ c'est une réponse d'un ange aux questions que lui fesaient les deux prophètes. Autre ressemblance.'
On trouve une autre circonstance qui paraît imitée d^ Daniel. Les sept têtes de la bête ^ dit F Apocalypse, sont sept rois, dont cinq. sont tombés , il en reste un. Daniel avait dit : Un autre roi s'élèvera après les dix rois , qui abattra trois rois ; voilà dans les deux auteurs des rois tombés ou abattus et .uu seul qui subsiste. Ce dernier roi représente encore la bête de l'Apocalypse, car Qjgi détruit ce roi et on le fait périr , et la bête s'en .va à la perdition , ce qui est la même chose. : . ,
U y/aiqi des ciccpnsji^poes qui; pourraient faire aUujaiQi^auroiNébucsu^ii/sj^^ qui/ dans xin état de d é meçL c e, vécut avec les ; liâtes d^=^ champs et se nourri^ comme les.bŒufsv,Il avait détruU les saints du souiferaù^, en détruisant .Jérusalem et les Israël lites , et en les emmenant captif^ lorsqu'ils fiirent Iwrés dans sa main. Dan. VII , ^5 — 27 : La domina^ tion sera donnée au peuple des saints du souçeram^ ce qui signifierait le rétablissement de Jérusalem et le retour de la captivité.
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