‹ Éclaircissemens sur l'Apocalypse et sur l'Épitre aux Hébreux, ou analyse de leur compositionChapitre 14 sur 48 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

f^ision de la femme re^^étue du soleil et munie de deux ailes j gui met au monde un fils» — Du grand dra^ goh qui veut décorer T enfant, — Comhat des anges dans le ciel. — Fleui^e que la terré engloutit.

L'auteur de l'Apocalypse, en finissant le onzième chapitre où se terminent les tableaux dés malheurs du monde , gravés sur les sept tablettes du livre de la fatalité , ou sur les sept sphères^ porte ensuite ses regards sur le ciel des fixes , et particulièrement sur le zodiaque , et sur la partie du ciel qui , à minuit, fixait le commencement de Tannée au solstice d'hiver, et qui, au printemps, au coucher du soleil,

montàîiiâ j[>ï*einière sur Thorison au bord orienial. Ces constellations étaient le vaisseau appelé Arca ( i ) , et la vierge céleste accompagnée du serpent qui Se lève à sa suite , et qui parait la poursuivre dan» les cieux , tandis qu'à Tôccidetit le fleuve d'Orion semble s'englouthr soiis la terre^i en disparaissant à son coucher.

Quels sont les tableaux que nous offre ici l'Apocalypse? Le ciel s'ouvrit et Ton vit l'arche accompagnée d^éclairs^ etc.; il parut aussi une femme munie de deux ailes d'un grand aigle, comme la vierge de nos constellations que poursuit un serpent, et un fleuve que la terre engloutit. C'est à quoi se réduisent les tableaux mystiques du douzième chapitre, tels que Jean les aperçoit dans le ciel; ce ciel, le seul où l'on voie des vaisseaux ou arches, des femmes, des serpens et des fleuves.

La femme revêtue du soleil, qui avait la lune sous ses pieds , avec une couronne de douzç étoiles sur sa tété , est donc la constellation de la vierge , qui ouvre la révolution du soleil et de la lune et qui ouvre la marche des douze mois et des douze signes qui y répondent. ^

Sur le globe céleste la vierge est représenté^ avec deux grandes ailes, presqu^aussi longues que son corps; elle est appelée la vierge céleste.

(i) Le navire d'Argas* Qnclcpics astronomes donnaient a cette constellation le nom de V Arche de Noé, On l'appelle encore Oirrus volitans. Encyclopédie. '

C'est aussi dans les deux que l'auteur de rApocalypse voit le grand dragon , et celui du pôle s'ap-^ pelle aussi dragon céleste. Ce peut être aussi Thydre dont la longue queue s'étend sous la vierge et qui est représenté comme un énorme serpent.

Le fleuve que la terre engloutit et que le dragon ou le serpent vomit pour submerger la femme , est pareillement une des constellations qui se trouve en aspect avec la vierge , c'est l'Eridan. Les astrologues l'avaient uni à ce signe , à cause de la coïncidence de son coucher avec le lever du signe de la vierge (i).

Le dragon est évidemment le même être que la bête du chapitre XIII; car il avait comme elle sept têtes et dix coraes, et sur ses têtes sept diadèmes. La quatrième bête de Daniel (VII, 7) avait aussi dix cornes, et quant aux sept têtes nous les trouvons dans Thydre de Lerne , qui était un serpent monstrueux jl^e les poètes dépeignent avec sept têtes. Cette hydre est devenue une constellation située sous Féquateur, et s' étendant obliquement vers le midi au-dessous du lion et de la vierge. Il parait que c'est cette constellation que l'Apocalypse avait en vue, car elle dit que sa queue entraînait la troisième partie des étoiles du ciel ; en effet la longue ^ueue de l'hydre est parsemée d'étoiles, mais elles 8ont fixes, et ne tombent pas sur la terre; circons-

(i) Dapuit, tom. YI, pages 172, 187.

lance que F Apocalypse ^ajoute pour donner plus de vie à son tableau ^ à moins qu'il ne faille entendre par là le passage de ces étoiles sous Thorison. Dupuis croit que le dragon dont il est ici question , est le dragon céleste, qui est placé à peu près entre la grande et la petite ourse, dont le corps comprend l'étendue de 9ept signes, et dont les étoiles de la queue tombent alors vers le couchant; ses sept têtes pourraient bien être les sept principales étoiles.

La femme qui fait le sujet de la vision de ce chapitre , ayant mis au monde un fils, s'enfuit avec deux ailes dans un désert pour échapper au dragon rouxqui voulait dévorer l'enfant. Ce fils, qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer, fut enlevé vers Dieu et auprès de son trône.

Au chapitre XIX, ï5, on retrouve celui qui doit gouverner les nations avec un sceptre de fer ; il se nomme le fidèle et le véritable ^ la parole de Dieu, ses yeux étaient comme une flamme de ftu^ etc. On reconnaît encore ici le génie lumineux des premiers chapitres , qui tient les clés de l'enfer et de la mort. L'auteur entend par là Jésus-Christ , mais il est singulier qu'il annonce qu'il gouvernera les nations avec un sceptre de fer, car ce n'est pas ainsi que Jésus-Christ gouverne.

La. femme fut nourrie dans le désert un temps, des temps et la moitié d'un temps (i). Nous retrou-

(i) C'est-k-dire trois ans et demi, le mot temps signifiant annëe,

vons encore ici ce nombre mystique emprunté de Daniel, et qui signifie un certain espace de temps. Ce nombre se trouve exprimé ailleurs par la moitié de sept ans»

Le serpent n ayant pas réussi à entraîner la femme par un fleuve qu'il avait jeté de sa gueule , il s'irrita contre elle et s'en alla faire la guerre au reste de ses enfans.

En comparant l'histoire de la femme ^ de son fils et du dragon, avec celles de Marie, de l'enfant Jésus et du roi Hérode, on est frappé de leur ressemblance {Malt. Il, i5 — 16, i6).

Marie, avertie qu Hérode cherchait à faire mourir son enfant , s'enfuit avec lui en Egypte, et y resta jusqu'à la mort d'Hérode. Hérode ^st donc le dragon qui veut dévorer son fils ou le faire mourir. Le dragon s'irrita contre la femme, et s'en alla faire la guerre an reste de ses enfans. De même Hérode , n'ayant pas été informé par les mages du lieu où était le petit enfant, comme il le leur avait ordonné , fut fort en colère , et mit à mort tous les enfans qui étaient dans son territoire.

La femme de l'Apocalypse est bien la vierge du zodiaque, puisqu'elle est assimilée à la vierge Marie; ou bien Marie, mère du petit enfant, est supposée vierge, parce qu'elle représente la vierge des constellations , la seule qui peut allé{][or:quement devenir mère, sans cesser d'être vierge.

La sphère des mages et des Chaldéens, dît Dupuîs, peignait, dans les cieux, un enfant naissant, appelé

Christ et Jé^us; il était placé dans les bras de la vierge céleste ou de la vierge des signes, celle-là même à qui Eratosthéne donne le nom d'Isis, mère d'Orus ou d'Apollon. On peignait souvent Bacchus à côté de la vierge sa mère ou de Gérés , appelée la sainte vierge, autrement Isis, ces deu^iL noms étant ceux de la vierge de nos constellations.

Il n y a personne , dit Dupuis , qui ne reconnaisse dans les traits tracés du dragon qui poursuit la femme^ le fameux Typhon^ ennemi d'isis et d'Orus ^ celui que les Egyptiens peignaient avec des pieds et des mains de serpent^ et qu'il disait être rouXf suivant Plutarque.

L'Apocalypse raconte à cette occasion qu il y eut un combat dans le ciel entre Michel et ses anges, d'un coté , et le dragon et ses anges , de l'autre; ces derniers furent précipités en terre. On trouve dans la fable égyptienne un combat d'Orus et de ses comr pagnons, contre un serpent qui poursuivait une iëmme. Ce combat dura quelques jours , et Typhon fut enchaîné.

Le dragon est le même que celui du chapitre XX, 2 ; car il porte les mêmes noms de serpent ancien , de diable et de satan. Dans le chapitre xii il est précipité en terre y et dans le chapitre XX il est jeté dans l'aby me par un ange qui descendait du ciel etqui était lange Michel (i) ; il lia le dragon avec une chaîne

(i) Ou voit dans Daniel, XII, i , que Tarchange Micaël était protecteur du peuple de Dieu, qu'il tenait bon en sa faveur.

pour mille ans. Nous venons de voir dans la fable égyptienne que le serpent Typhon fut aussi enchaîné. Dupuis (p. 191) croit que Michel, toujours peint avec le dragon sous ses pieds ^ n'est que le fameux Hercule grec, que les sphères représentent foulant aux pieds le dragon.

Les théologiens chrétiens considèrent l'histoire de la femme comme étant tout allégorique, et comme ^yant rapport à la Religion chrétienne sous les empereurs romains ; ils appliquent même à quelques empereurs certains détails. La femme vêtue du soleil est l'Eglise chrétienne éclairée par Jésus-Christ. Les anges de Michel sont pour ces théologiens les princes chrétiens et en général les fidèles. Les anges du dragon sont tons les ennemis de la Religion et de l'Eglise chrétienne. Leur défaite est celle <lu pa-» ganisme (i).

La persécution exercée par le dragon contre la femiQC^ est appliquée à diverses persécutions que l'Eglise a souffertes depuis Constantin. Ils entendent par la terre qui ouvrit son sein pour engloutir le fleuve, les princes chirétiçns <jui ont pris les armes pour défendre l'Eglise, 'etc, (2). Ce sont tout autant

(1) Qui fut cependant rétabli sous les papes par le culte de la Vi6ri(év dés saints , dès images et des reliques ; la Fête-Dieu représente b^ fût e de Jupiter, les fêtes des saints représentent celles des autrt;s dieux.

*'•(!>)' Voyez la traduclion du nouveau Testament par Bcausobre cl JifUfant, toroc il, pag. 667--670. Amsterdam, lyôG.

aupposidons gratuites , qui n'ont aucun fondement ^ et qu'aucun rapport direct ou évident n'autorise. .

Les théologiens n'ont été que trop portés à chercher et à croire trouver dans l'ancien Testament et dans l'Apocalypse qui n'en est qu'une compilation , des prophéties sur les difFérens âges ou époques de la religion chrétienne.

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