Eclaircissements geographiques et historiques sur l'iscription d'Adulis, et sur quelques points des inscriptions d'Axoum par m. Vivien de SaintMartin
L’inscription d'Âdulis est au nombre des monuments épigraphiques les plus célèbres et le plus souvent reproduits; mais l’importance qu’on y avait attachée n’a longtemps reposé que sur une erreur matérielle, alors que , trompés par l’assertion de Cosmas, les savants croyaient trouver dans l’inscription un témoignage formel de la conquête de l’Étbiopie par le troisième des Ptolémées. On sait par quelle heureuse inspiration , ou plutôt par quelle induction naturelle, après la découverte qu’il avait faite dans les ruines d’Âxoum d’une inscription grecque tout è fait analogue à celle de Cosmas, Sait fut conduit à distinguer dans le monument adulitique deux par-
lies qu’on avait jusqu’alors confondues, et qui n’ont entre elles rien de commun que leur juxtaposition : une courte inscription commémorative des conquêtes de Plolémée Évergète en Asie, et une inscription beaucoup plus longue, où sont racontées les expéditions d’un roi éthiopien au voisinage de ses propres Etats et de l’autre côté du golfe Arabique. Cette distinction, dont la justesse frappa tous les yeux dès quelle fut signalée, en même temps quelle rend au monument son vrai caractère et qu’elle en fait disparaître les difficultés historiques, lui donne aussi une importance toute nouvelle. Les inscriptions trouvées depuis cinquante ans au milieu des ruines d’Axoum font connaître quelques faits particuliers des règnes de deux princes axoumites, l'un du iv', l’autre du vi' siècle de notre ère; mais l’inscription d’Adulis (c’est du moins ce que nous croyons pouvoir établir) nous fait assister à la formation même et à forigine de l’empire.
Ces monuments sont, au total, à peu près les seuls titres historiques qui nous restent du royaume d’Axoum , dont le rôle dans les affaires générales de l’Orient eut cependant une certaine importance durant les premiers siècles de notre ère. Les écrits que l’Abyssinie chrétienne a pu posséder autrefois furent sans doute anéantis par les Falacha du Sémèn, lorsqu’au x' siècle ils expulsèrent du trône d'Axoum la dynastie alors régnante; car il est bien reconnu que dans aucune des chroniques aujourd'hui existantes, sauf de simples listes de noms qui paraissent
avoir ét-liappé seules au naufrage général, on ne trouve ni un fait ni une indication d’une valeur sérieuse qui soient antérieurs à la restauration de la dynastie dépossédée, c’est-à-dire au milieu du xiii' siècle. Pour les temps contemporains de la domination romaine et de l’empire de Constantinople, la lacune est absolue. Le monument d’Adulis et les inscriptions d’Axoum sont les seuls documents indigènes que nous ayons sur celte longue période, et l’on sent assez combien leur prix s’en augmente. Pour nous en tenir à notre objet particulier, on peut dire qu’il y a dans ces inscriptions plus de données positives sur l’ancienne géographie de l’Éthiopie méridionale qu’on n’en pourrait tirer de tous les documents écrits que possède actuellement l’Abyssinie.
L’insetiption d’Adulis, incomparablement la plus précieuse à la fois par son contenu et par son époque, devra nous occuper d’abord.
.Mais il est bon de jeter au préalable un coup d’œil rétrospectif sur les premiers rapports des Grecs d’Égypte avec l'Éthiopie maritime, et sur l’époque réelle à laquelle on peut placer l’origine du royaume d’Axoum , que les Abyssins font remonter au temps de Salomon.
Dès les premiers temps de leur établissement en Égypte, l’attention des Ptolémées se tourna vers la mer Rouge. Ptolémée Évergète et plusieurs de ses successeurs y envoyèrent des expéditions maritimes, qui avaient pour objet la reconnaissance des côtes de l’Afrique et de l’.àrabie en deçà et au delà du
détroit (le Bab el-Mandeb), et en même temps la fondation sur le littoral éthiopien de stations destinées soit à faciliter le commerce avec les contrées orientales, soit à servir aux grandes chasses d’élépbants Il paraît par un passage de Diodore * que la relation de ces expéditions était déposée à Alexandrie dans des archives appelées les Actes royaux, et plusieurs géographes contemporains en avaient fait entrer les résultats dans leurs descriptions du monde rédigées sous forme de périples, notamment Agatharchide de Cnide, qui vivait, selon l'opinion la mieux justifiée, sous le règne de Ptolémée VIII, dit Soter, entre 117 et 107 avant Jésus-Christ*, et Artémidore d’Éphèse*, plus jeune seulement de quelques années. Les fragments qui nous restent d’Agatharchide et d’Artémidore sont les plus anciens documents géographiques que nous ayons sur l’Éthiopie maritime. Le fait important qui ressort de leur description très-circonstanciée, c’est qu’au temps où cette description nous reporte, c’est-à-dire au in* et au n' siècles avant l’ère chrétienne , il n’existait dans la sud de l’Ethiopie, c’est-à-dire dans notre Abyssinie actuelle, aucun état politique de quelque importance. Artémidore et Agatharchide , qui énumèrent en plusieurs endroits les populations de l’in-
* AgatliarcliiJcs » F, i; If, 56^ de. dans les Geo^raphi Minores de Mûller.