III
* Mûller, Geogr. Gneci Min. Proleg. p. Liv .sqq.
* Il florissait, au rapport de Marcicn d'H<5rûcléo sou abrévialeur, vers ia clxix* olympiade (lOÂ-ioo avant l'èrc cliréticnnc).
térieur entre la côte et le Nil, n’y mentionnent que des tribus errantes et barbares, telles que le sont encore les tribus de la Nubie, sans qu'on voie nulle part le moindre indice d’un état régulier tel que celui qu’on trouve un peu plus tard sous le nom de royaume d’Axoum.
La même remarque s’applique à Strabon , à Mêla , et même à Pline , qui écrivaient aussi cette partie de leurs ouvrages sur des documents du temps des Ptolémées. La première mention des Axoumiles et de leur capitale [ixerpénoXts rüv Ai}^u/xitûv) est dans le Périple de la mer Erythrée*, ouvrage qui doit avoir été rédigé à Alexandrie vers l’année 8o de Jésus-Christ. La conséquence que l’on est fondé à tirer de ces rapprochements, c’est que les établissements commerciaux des Grecs d’Egypte sur les parties méridionales de la côte éthiopienne, et les rapports habituels qui en forent la suite, amenèrent de grands changements dans l’état social et politique de quelques parties de l’intérieur, et qu’un royaume dont Axoum fut la capitale se forma alors dans le haut pays. Du moins il est bien certain , si les commencements de ce premier royaume d’Abyssinie sont antérieurs aux temps voisins de notre ère ou tout au plus au siècle qui l’a précédée que ce ne
^ S 4 » p. 360, MüUcr.
’ Â prendre les listes de la première dynastie Iclles que les ont conservées les chroniques « le commencement de In royauté en Abyssinie pourrait l'emontcr h mi peu plus de deux siècles «ivant J. C. C’est cependant sur ces listes que la tradition abyssine se fonde
pouvait être qu’un de ces obscui's gouvernements de tribus, comparable à ceux dont les chefs prennent maintenant en Nubie le titre arabe de mek ou melek; tandis qu’à partir du i" siècle de l’ère chrétienne, on voit le royaume d’Axoum grandir rapidement en force et en importance.. Plusieurs faits bien connus prouvent d’ailleurs l’action directe de l’hellénisme égyptien sur le développement de la civilisation axoumite. Ainsi l’auteur du Périple rapporte que le roi d’Axoum, qu’il nomme Zoskalès , était familiarisé avec les lettres grecques*; et ce qui montre que cette influence eut une longue durée, c’est que deux siècles et demi plus tard on voit la langue grecque employée à Axoum dans les inscriptions concurremment avec la langue éthiopienne*. Ce qui existe encore de l’ancienne Axoum, particu-
pour dater la monarchie du siècle de Salomon. Il est vrai qu'on y trouve un premier règne de quatre cents ans.
' Peripl. Maris Erythr. S 5 , p. 261 des Petits Géographes grecs de Muller, vol. I, — Le Zoskaîcs du Périple se trouve, en elTet, dans une des listes des chroniques sous le nom de Za-Iiaqalé ou Iléklé, et son règne tombede76à 8g.[Comp. Sait, Voyage toAbyssinia, p. d6i, Lond. i 8 i 4 iin-d"; et Diilmann, Zar Geschichte des ahyssinischen Reichst dans ia Zeitschr. derDeaUch. Aforg. GeseVsch. VH, i 853 , p. 3 dd.) Cet indubitable synchronisme ûie l’époque de la rédaction du Périple.
* Au revers de la pierre sur laquelle est gravée l’inscriplion dé* couverte par Sait, il y avait une inscription éthiopienne, qui est aujourd'hui presque complètement effacée. Sur l'eitension de ia lan goe grecque, depuis le temps des Ptolémées, sur toute l’étendue des côtes occidentales de la mer Rouge et dans le royaume d’Axoum , on peut voir les savants développements de M. Letronne dans ses études sur l'inscription grecque de Silco, Journal des Savants» 1826* p. 260 et suiv.
lièrement ses obélisques, est d’un style grec, bien qu’on y sente une réminiscence égyptienne. Enfin, la religion des Grecs d’Egypte avait pénétré dans le royaume d’Axoum, en même temps que leur langue et leurs artistes, car dans les inscriptions le roi éthiopien se dit « fils de finvincible Arès. »
Il est donc hors de doute que sous plusieurs rapports essentiels les Grecs d’Égypte, tant de la période des Ptolémées que du temps des Romains, eurent une grande influence sur la civilisation axoumite. Il est moins facile de déterminer quelle fut l’étendue précise et la limite de cette influence. Ce serait sûrement en exagérer la portée que de penser quelle pénétra fort avant au cœur même de la nation. Nous croyons que ce qui se passe aujourd’hui peut donner une assez juste idée de ce qui eut lieu alors. Ouvrons les relations des modernes explorateurs, de ceux-là surtout qui se sont trouvés en rapports intimes avec les chefs, de M. Dufey, par exemple, dans le Choa, et après lui de M. Rochet d’Héricourt. Nous voyons ces hardis adventarers accueillis avec empressement et traités avec faveur parie prince abyssin, qui les regarde comme les représentants de la civilisation et des hautes connaissances de l’Europe. Il les interroge avec avidité sur leur nation, dont la lointaine renommée est arrivée jusqu’à lui; il voudrait être initié à ce que nos sciences ont de plus mei'vcilleux, surtout à ce que nos arts ont de plus utile dans leurs applications. Les riches produits de l’industrie européenne l’éton-
lient et le charment à la fois; il comprend par là notre immense supériorité, et il voudrait, en ouvrant avec nous des rapports d'amitié et de commerce , doter son peuple de ces connaissances qui lui manquent encore. Telle dut être l’impression des premiers chefs avec lesquels les Grecs d’Égypte se trouvèrent en rapport dans la haute Éthiopie. La religion aussi est un puissant auxiliaire dans ces rapports entre des races de civilisation inégale; et bien que les Grecs ne fussent pas un peuple prosély tique, il est naturel qu’ils n’aient pas négligé ce moyen d’action qui pouvait servir leurs intérêts. Mais ces idées de progrès, ces considérations d’utilité réciproque, le gros du peuple y est de tout temps plus difficilement accessible. Il y a là plus de préjugés à vaincre, plus de préventions à détruire, une couche plus épaisse d’ignorance à traverser. Aussi croyonsnous que , malgré l’exemple de leurs chefs , les tribus axoumites avaient peu changé leurs croyances primitives, et quelles avaient gardé en grande partie la rudesse de leurs mœurs. Reste toujours ce résultatimportant, que l’existence du royaume d’Axoum , avec lequel commence la nationalité politique des Abyssins, ne remonte pas au delà des premiers rapports commerciaux des Grecs d’Égypte avec l’Éthiopie méridionale. Nous werrons que l’inscription d’Adulis est dans un parfait accord avec ce résultat général.
Avant rheiireuse distinction aperçue par Sait, on se trouvait fort en peine de concilier l’époque rela-
tivement récente, de la fondation d’Adulis avec celle que l'on était dans la nécessité d’attribuer à l’inscription de Cosmas; et cette difficulté était assez grave pour que des critiques eussent été jusqu’à nier l’authenticité même de l’inscription*. 11 est, en effet, à peu près impossible de faire remonter l’existence d’Àdulis au temps de Ptolémée Évergète. Le Périple d’Artémidore , qui est particulièrement détaillé sur toute la côte éthiopienne, dont il énumère les caps, les ports, les îles et les établissements de chasse ou de commerce, ne dit rien de cette ville. Si réservé que l’on doive être en fait de preuve négative, la nature particulière du document donne à celle-ci une force qu’on ne peut méconnaître. Dans la région du golfe Adulitique, Artémidore indique seulement le port de Saba , avec un établissement pour la chasse aux éléphants*, ensuite un port Elaea^, puis une île Straton et des écueils*, des hauteurs appelées col-
' Voyez particuiièrcmcnt à ce sujet BuUmann, dans le Muséum der AlUrüium^oistentchafl , II, M 808, p. io 5 et suiv. et B. G. Niebuhr, Vher dos Aller der zweiten Hœljîe der adulitischen Inschrifi (1810). réimprimé dans scs KUine Schriften, I, 4 oi. Nous osons ù peine citer Gosselün, qui a bien vu les difficultés chronologiques et géographiques de la question telle qu'elle était alors posée (liechercfies sur la ÿéogr. systémaU des aficfenj>ll, 1798, p. so 5 et 327], mais dont la discussion sur la question géographique est remplie d'erreurs inatérielles et de monstrueuses hypothèses.
* xoi xwT^ytov » £oe€àT 'trôht dans Pto-
lémée, IV, 7, 8, Nobhe.
^ Arprfv. — Elaea, 9 * Elaeae insalaedans Pline ( vulgo AUaeu,
VI, 34J; kXaXûdov piiaoi do Périple (S 4 ), avec l'addition initiale de l'article arabe.
* TiTpdroivos vî^aoç, ÀTiftnrp/ou axomal. Pline a également,
Unes de Conon’, un port Melinus, avec un forlin et un établissement de chasse®, et enfin plus au sud le port d' Antipliilus^. Parmi ces localités, tous les points notables sont aisément reconnaissables. La position que la ville de Saha occupe dans la Table de Ptolémée par rapport à la ville d’Adulis et à la presqu’île ùpeivii [Montuosa Chersonesus) , qui couvre Adulis du côté de la haute mer*, la porte sur la baie de Harkîko, où la ville de Massâoua, aujourd'hui la principale station de la côte abyssine, semble garder dans sa dénomination actuelle quelque trace de l’ancien nom®. Le port Elaea, dans une île, ne peut être que Dablak, port autrefois important sur l’îlc du même nom qui couvre l’entrée du golfe Adulitique. Le nom à'Antiphüas, donné ici à un port, s’est conservé dans la vaste baie de Hanfalah avec moins d’altération que les précédents. Au milieu d’un tel détail sur une côte barbare , qui n’avait d’importance pour les Grecs que celle que lui
parmi d'autres îles (cette partie de la c6te en est couverte), une in* sala Slratonis.
^ hiûfiol Kàwvos.
* MtjXivos AtfiTTv. “tvépxetTcu (ppoùptov xai hvvi^iop.
^ kvriÇiXov Xipriv.
* Cette presqu'île montueuse est un trait proéminent dans la con* formation de la côte. C'est cÜe qui £i>rme le golfe d' Adulis à l'orient. Il ne faut pas la confondre, comme on le fait communément, avec la vüaos Ùpeivii du Périple, dont les indications, très -précises et très-exactes, ne peuvent s'appliquer qu'à l'ile Dessèt, à l'entrée du golfe.
‘ M. Rûppell , Reise in Ahyss» II, s 1 3 , a le premier proposé ce rapprochement, qui nous parait indubitable, moins à cause du faible rapport des noms que de la parfaite convenance du site.
tlonnaicnt les élablissemenls qu’on y avait fondés, peut-on croire, si Adiilis eût existé dès lors, que le Périple égyptien l’eût omise? Evidemment cela n’est pas supposable.
La première mention qu’on en trouve est au sixième livre de Pline, qui a pu être écrit vers l’année 71 ou 72 de notre ère*, h' oppidum Adaliton, ainsi que le nomme l’auteur latin*, avait, dit-il, été fondé par des esclaves égyptiens fugitifs*. Quoi qu’il en soit de cette tradition, l’emplacement était parfaitement choisi pour la convenance d’un lieu de commerce. La ville était située sur le bord occidental d’un golfe spacieux de dix lieues de profondeur, couvert à l’orient par une longue presqu’île montueuse*, et auquel vient aboutir, du côté de l’ouest, une des principales descentes par lesquelles le haut pays communique avec le littoral *. Cette heureuse
^ Oo sait que THistoire de la Nature fut achevée en 77.
* AduUlon n'est sûrement qu^une transcription delà forme grecque an génitif pluriel. C'était la ville des Adoaïites. Le lieu était, en effet . sur le territoire de la tribu d'Adouléh , que Ptolémée a connue {.KèovXiraf, IV, 7. 27. Nobbe) et qui y existe encore sous le même nom.
' Plin. Histor. natur. VI, 3 é , p. 342 » Hard.
* La Xep<T6»rj<fosùp£tvif de Ptolémée, dont il vient d'etre question.
^ Les caravanes employaient huit jours à se rendre d'Adulis 4
Axoum. On mettait trois jours à gravir la montée du Plateau, jusqu'à la station de Coloë, qui est évidemment notre Halaî actuel, au débouché supérieur du col de Tarants, et cinq jours de Coloê à la capitale du royaume axoumite [Periplus maris Erylhr. S 4 , p. 260, Muller). Procope, vraisemblablement d'après Nonnosus, marque douze journées pour le même trajet {Bellun Pers. I, 19). La distance réelle de la côte à Halaî estde vingt-deux à vingt-trois heures, et de trente heures environ de Halaî à Azoum.
situation en fit promptement le principal emporium (le la côte des Troglodytes, pour employer les expressions de Pline; et ce fut précisément parce qu’Adulis était devenue le rendez-vous des étrangers cpii venaient trafiquer ici avec les tribus de l’intérieur, que le roi éthiopien auquel est due l’inscription de Gosmas fit choix de ce lieu pour y placer un monument destiné à répandre au loin la renommée de ses victoires et de son nom.
Gosmas et Procope, tous deux de la première moitié du vi° siècle, sont cependant, avec Ptolémée et le Périple de la mer Érythrée, les seuls auteurs, après Pline, où se trouve mentionné le nom d’Adulis; tant nos informations sont limitées sur ces contrées méridionales de l’ancien monde. Après le vi‘ siècle, le nom d’Adulis ne reparaît dans aucun document du moyen âge; c’est seulement par des renseignements tout récents recueillis de la bouche dos indigènes que l’on a pu conjecturer que si Adulis avait perdu depuis longtemps son importance commerciale’, sa ruine totale, que l’on attribue à diverses causes, ne doit pas remonter au delà du
‘ C'est le port de Dablak, dans l'ile du même nom (le Aipilv ÈXata d'Artémidore, kXaXalos du Périple), qui parait avoir succédé à Adulis comme rendez-vous commercial de cette partie de la côte (voy. Rüppell sur les ruines de OaUak, Reise in Abyssinien, I, p. i 45 et sniv. etsnr l’importance politique de ceUe île au xv* siècle, Makriii, dans les Mémoires géogr. sur l’Égypte de M. Quatremère, t. II, 171 etsuiv.]. Massâoua n’a pris que plus tard (depuis le xvi' siècle) le rang quelle occupe aujourd'hui comme station maritime.
XVI* siècle*. Il était d'un grand intérêt d’en examiner le site, où l’on pouvait espérer de retrouver les marbres copiés par Cosmas. Sait est le premier, lors de son voyage de 1809, qui porta sa pensée sur cette investigation. L’état de sa santé, pendant son passage à Massàoua, ne lui permit pas d’entreprendre lui-même cette excursion**; celui qu’il en chargea, entravé par la défiance des indigènes, ne put arriver jusqu’à l’ancien site*.
Le docteur Rüppell, en i 83 n, et, dix ans plus tard, deux des compagnons de M. Lefebvre et M. Antoine d’Âbbadie ont été plus heureux. T.,a meilleure description des localités est encore celle de Rûppell, à laquelle néanmoins MM. Vignaud et Petit ajoutent quelques particularités intéressantes**. Le lieu de débarquement, situé, comme nous l’avons dit, sur la côte occidentale à quelque distance du fond du golfe , garde le nom de ZouUa. Quelques huttes y forment un médiocre village; mais ce n’est pas là que sont les ruines. On ne les rencontre qu’à une heure de là dans l’intérieur, et la tradition locale leur conserve toujours le nom A'Adoalé. Cette
* Aiil.d’Abbadie.flansle Bulletin de la Soc. de Géogr. j84a ,XVni, p. 336.
^ De Massàoua au site d'Aduiis U distance est de doute à qua. torse heures de marche , en se portant au sud dans ia direction de la côte.
^ Voyage lo Abjssinia, p. 45 1 et suiv. Lond. i8i4 « in-4*.
* Rôppeil, sOô et suiv. Vignaud et Petit , dansla Re/ation
historique du voyage de M. Lefebvre, t. III, 437 . On n'a sur la visite de M. d'Abbadie que quelques notes pea précises ( Bulletin de la Soc. de G^ogr. i84a, XVIIl, 333).
J. \n. Extrait n* 10 . (i863.) 3
distinction entre l'escale et la ville est bien conforme aux données anciennes; elle est formellement exprimée dans Procope , qui compte vingt stades entre la ville et le port , ASovXts Sè é véXts toü (tèv Xifiévos (térp^ etxoïTi <7laSlaiv Sié^ei Le même intervalle de vingt stades est également marqué dans le Périple, et Cosmas le traduit par deux milles, ce qui revient à un peu moins de quatre kilomètres.
Adoulê présente, sur une longueur de cinq cents pas, des monceaux considérables de décombres. Rien n’est resté debout. L’emplacement de trob églises se peut encore reconnaître, avec de nombreux fragments de colonnes cannelées , et quelques rares débris d’ornements sculptés où perce le style byzantin. Toutes ces constructions, de même que celles d’Axoum sur le Plateau, étaient en pierre de lave, très-commune dans cette région pleine de déjections volcaniques.
Ces vestiges de constructions annoncent un degré de splendeur (au moins relative) infiniment supérieur à ce qu’ont jamais été les autres grandes stations de la côte éthiopienne, par exemple Souâkïn et Massâoua. Mais au milieu des débris qu’ils ont examinés, nos explorateurs ont vainement cher- ché les pierres sur lesquelles était gravée la double inscription copiée par Cosmas vers l’année Sao*.
* Beü. Pers. I, tg.
* Cette date ne peut varier que de 5 19 à Sai. D'une part, nous savons par Cosmas iui-roèine qu’il se trouvait à Âdulis dans les pre* miers temps dn règne de Justin (lequel arriva au trône en 5i8); et
Peut-être ne doh-on pas perdre tout espoir que de nouvelles investigalions auront plus de succès; mais dans tous les cas il n'y a pas apparence que l’examen même des marbres dût modifier en rien d’essentiel la copie que nous en a transmise le voyageur égyptien.
Nous allons maintenant en aborder l’examen.
$ a. EXAMEN DE L’INSCRIPTION D’ADCLIS.
a. TEXTE BT TBAOUOTION DU UONDUENT. .
Nous n’avons pas à retracer l’bistoire bien connue du monument adulitique, depuis sa première publication par Léo Âllatius, en i63i, jusqu’à sa reproduction la plus récente dans le Corpus inscriptionum græcarum de Bœck L Le texte que nous joignons ici n’est que la reproduction pure et simple de l’édition du^Corpas; et nous nous sommes attaché, dans la traduction qui l’accompagne, à reproduire fidèlement la coupe même des phrases, afin de conserver à l’inscription sa physionomie lapidaii'e.
Après avoir rapporté la première inscription, celle de Ptolémée Évergète, gravée sur une des
faces d’un bloc de basalte quadrangulaire de trois
d'autre part, le prince éthiopien alors régnant, que Cosmas nomme Eieshaas , se retrouve sous son véritable nom d'Ela-Aubab dans la liste principale des anciens rois d'Aioum conservée par les Cfaromqucs.à une époque qui, d’après la série des chiOios antérieurs depuis l’ère chrétienne , doit se placer de 5 1 8 à 5 a i .
‘ Vol. III, p. 5o8, i848.
coudées de hauteur ^ Cosmas interrompt sa transcription pour faire remarquer qu’une brisure à la partie inférieure du bloc y avait occasionné une petite lacune dans l'inscription; upuis, dit-il, comme faisant suite*, ceci est gravé sur le siège, n Et il transcrit alors la seconde inscription , qui est celle du roi éthiopien*.
. . .Meô* of àvSptlan và (dv êyyie/la toü ^aeriXeiov fiou iûvti elpnvneerOai xsXevo'as, iiroXéixtiva xcù vitéraBu isâyats Tct throyeypafift/va iûvtt- l6vof inoXéfvia’a, htena kydftat xul 'Siyvtiv, xo) vmtiaa.s, tfiv ^filaeia» xsâtno») tüv tvap’ aüro7$ épi£pl<Tapri>>‘ Ava xcù Ttapà, rois Xeyé/jicvovs T^iapü , xa) rois Tap£tiXà, xaî Tct fyyis otÎTcâv*, x«l TiiyyaSiivè , xai AyyaSi, xaJ Tiapaà,
‘ Cosmas, ap. MoQtfaucon, CoI2«cf(o iVora Patrom^ vol. I,p. lis. — M. Lelronne a expliqué avec beaucoup de vraisemblance rorigioe et la destination de ces pierres inscrites, qui pouvaient constater une sorte de prise de possession , au nom du monarque égyptien , des difTérents points de la côte où des établissements égyptiens étaient fondés (Joamal r/ej iSav. 1835 , p. a6i). ^
* Celle expression, e<ra dts àxoXouQiat, de même que toute la description que fait Cosneas de la borne en basalte et du siège en marbre blanc, conlirmeraient pleinement, s*ü en était besoin , la dis* tinction que Sait a établie entre les deux inscriptions.
^ Le siège en marbre sur lequel l'inscription du roi d'Axoum était gravée était regardé comme le symbole de la puissance royale, et c'était, à ce qu'il paraît, l'usage des rois d'Éthiopie d’en placer de semblables dans les terres conquises. C’est ce qu’on voit par la fin de la grande inscription cthiopieone d’Axoum, traduite par M. Dillmann et par le P. Sapeto \Zûtschr. der Dealsch, Morgenl. GeseüscK. Vllr i853, p. 358, et Noue, Annulés des Vojmges, t. fl de i8iS, p. 3o3).
^ Le manuscrit de la bibliothèque Laurentiane de Florence, dont M. Bigot communiqua un extrait à Thévenot, qui le fit imprimer dans 1a première partie de son Beciioil de Voyages (i664)« porte
xai ÀOayaoùf, xal KaXtxol, xai Sa/zivi idvos ztépav joô NeAou év Sv(7€drots xai yiovûSeatv èpeviv olxoSvras, é» ois Stà ‘sravris pi^eToi, xai xpvti xai ^ixôetai,
às péyjpi yovértuv xxT(tSûveiv âvSpa, t6v ttoTapiv Staëàs ÉTrma Kaaiva), xai hoA, xal Fa^oXcÈ,
olxoCvras urap’ êpstri B'epfjuSv t/Sdraiv 0Xv^ovat xal xa~ ta^^tois, k.Tak(iü xal xai ni avv oairots SSvn
vrdtna. TayyaÏTÔiv tous P-éyjpi tüv iris Alyûn^ov bpiuv oixovvras ùxorâ^as, vte^evea-dai énolrtva ti)v ôSbv ànà t&v riis épris ^aaikelas tbitm> pi'ypi AlyuTilov, ëTtena Xvvivà xeù MeT«i>é év dtioxprfpvois oixovvTXS 6peeriv. "Seeréa êOvos éTfoXéprjtra, ovs xai péyialov xal Sv<r€aTiü- •tartov 6pos dveX66vras trepi(Ppoupt!eras xajrfyayov, xal dneyje^ptiv épcarnS tous ts véous aÙTÜv xal ywoüxas xal ■acüSas xal isapôévovs xal tsàaav ti)v intâpyorjaav oû- TOÎî XT^atv. Paveroiv êOvtj peaéyaia Xtèavoyro^bpoiv j3apêdpuv, oixovvTa évrès ■tsreSiarv peydXuv dvvSporv, xal SuXarè êôvos ùnéra^ , ois xal roùs aiyiaXovs tvs S - a - \ol<^<x>is (pvXdaa-etv éxéXsvtra, Toüra Sè isâvra rd iSvrt ôpsatv layupois ‘eeÇpovptipéva arirbs éy&i év raU pdyais vsapdni vtxtitras xal vTtotd^as, éyaptadprtv aùrois ladaas tds Kfiipas éTtl Ç6pots. AXXa re •aXüaia ëOvri ëxovra vTterdyii poi énl ^6pois. Kal •esépav Sè Ttjs ÈpvOpSs Qa- \dairrts oixovvtas kppa<ahas xal Is.ivaiSoxo'kTTitas , t/lpdrevfia vavrixàv xal tfe^ixbv Siairep'i/dpevos , xal ùnord^s
icif après atjrûvj les mots Xéyet éOvn rà vépav rov Ne/Aou, qui ue sont pas dans te manuscrit plus ancien du Vatican « et que les crili> ques se sont généralement accordés à regarder comme une note marginale que les copistes ont fait passer dans le texte. Le mot Aé^et a même été pris par Bigot dans sa traduction comme un nom de peuple { Aéyei).
tvùrüv TOUS ^aatkéas, <p6povs rrjs yvi 7eXetv ixdXaxra, xiû iSeûetrôat fin’ slptfvvs xa\ •akéeirOai, ittà re Asuxitt Kûiftifs ÿeas râv ^aëai'aiv X^pas ènoXéftrfaa.. Havra Si tavra. tà êôvtj tapôhos xoi fiôvos ^naikétav taiv tsrpb éfioS üirértt^a' St’ li'v êxoi rspàs toi> fiéyialov B-s&v ftov Aptjv evxotptaUav, is pe xa} iyévvnat, St’ oS tsolvra rà i6vti rà èfiopovvTa TÎj épp àiro pèv àvaroXijs p^xpt tij* Xi€a~ v<ino(p6pov , dirb Si Siasajt piyjpi tâ>v rris AlBtottlais xs2 2aoou T^TTwv ûtt’ ipatnhv èntoir\aa., & piv txûris èyia èX6év xaà vtxriaoiSy i Si Siantspmàpzvos , xa\ iv elptivft xataol rivets tsdtna rbv vn’ ipo\ x6vpov xajrjXBov sis Ttjv ASoûXtjp tÇ Ati, xaï tÇ Apst , xai UovsiSüvi Bvfftelvai ùnip raiv isX[ù)\iXopéva>v iOpolvets Sé pou rà vl pensé panx xai ù^’ Sv ootrlvas éit) roéro) rÇ Towÿ xaBlaats t6vSs rhv SI(ppo» 'aetpoStlxriv Apst inolvva ,
net Tijs épris ^avtXslets elxovlâ éëSop^.
«... Par cette fermeté, ayant obligé les peuples voisins de mon royaume de vivre en paix, j’ai ensuite vaincu et subjugué par les armes les peuples dont voici l’énumération. J’ai vaincu les Gazi, puis les Agamé et les Sighyên, et les ayant vaincus, j’ai pris la moitié de tout ce qu’ils possédaient. [J’ai vaincu] Aoiia, et [ceux de] Tiamô, qu’on appelle aussi Tziamô, et les Gambila, et ceux qui leur confinent, et ceux de Zingabêné, d’Angabc et de Tiamaa, et les Athagaô, et ceux de Calaa, et le peuple Saminé, qui habite de l’autre côté du Nil dans des montagnes neigeuses d’un accès difiicile, toujours remplies de frimas, de glace et de neiges profondes où l’on enfonce jusqu’aux genoux, J’ai vaincu [ces
Digilized by Gooj^jll
peuples] de l’autre côté du fleuve. Puis ceux de Lasiné, de Tzaa, de Gabala, qui habitent des montagnes d’où sortent et s'écoulent des eaux chaudes; puis ceux d'Atalmô et de Béga, et toutes- les tribus avec eux. Ayant soumis les Tangaïtes, qui habitent jusqu’aux frontières de l’Égypte, j’ai porté les communications par terre depuis les lieux de mon royaume jusqu’en Égypte. [J’ai] ensuite [soumis] les Anniné et les Mctiné , qui habitent des montagnes escarpées. J’ai vaincu les Séséa , qui se sont réfugiés dans une grande et rude montagne; je les ai enveloppés, je les ai contraints de se rendre, et j’ai pris leurs jeunes gen», leurs femmes, leurs enfants et leurs vierges, et tout ce qu’ils avaient avec eux. J’ai vaincu les Rhausi , peuple barbare de l’intérieur des terres, chez lequel croît l’encens, et qui habite de vastes plaines sans eau, et les Sôlaté que j’ai obligés de veiller à la sûreté des côtes de la mer. Tous ces peuples que défendent des montagnes d’un accès diflicile ayant été vaincus et subjugués dans des combats auxquels j’ai assisté en personne, je leur ai rendu toutes leurs terres en les soumettant au tribut. Beaucoup d’autres sont venus d’eux-memes se soumettre au tribut. Et j’ai envoyé des forces de terre et de mer contre les Arrhabites * et les Kinédocolpites, qui habitent de l’autre côté de la mer Érythrée; leurs chels vaincus m’ont payé tribut, et ils ont cessé d’inquiéter les routes et la mer. J’a [ainsi] porté mes armes depuis Leucé Comê jus- ' kpaShai dans te ms. de ta I.anrentiane.
(|u’aux terrrs des Sabéens. Le premier et le seid des rois dont je descends, j’ai soumis tous ces peuples. Je rends grâces â Mars, le dieu très-grand, de qui je tire mon origine; par lui j’ai pu soumettre à ma puissance tous les peuples qui confinent à mon royaume, â l’orient jusqu’au pays de l'encens, au couchant jusqu’aux terres des Éthiopiens et de Saso. Ayant fait ces choses en personne et remporté ces victoires, je les ai fait annoncer par des messagers; et la paix étant établie dans toutes les terres de ma domination , je suis descendu ù Adoulê oQ'rir un sacriBce à Jupiter, à Mars et à Neptune pour la sécurité des navigateurs. Et ayant rassemblé là mes armées, j’y ai consacré ce trône à Mars dans la vingtseptième année de mon règne, n
b. GÉOURAPilIE DE I.’iNSCRIPTION.
Si nous avions la date précise de cette inscription , la question chronologique de l’origine du royaume d’Axoum serait résolue; car elle nous fait assister en quelque sorte pas à pas à la formation et au développement de l’empire axoumitc. « Le premier et le seul des rois de ma race , j’ai soumis tous ces peuples,» dit le prince; et l’identification que nous pouvons faire encore d’une partie au moins des noms de cantons et de tribus mentionnés dans l’inscription, nous montre ses premières conquêtes aux environs mêmes et à peu de distance d’Axouin, siège de sa principauté native, évidemment. Puis nous voyons scs armes .se porter successivement
et de proclie en proche dans les contrées environnantes : à l’ouest, entre le Takazzé et le grand lac Tzana; au nord, dans les plaines basses qu’arrosent l’Atbara et le Mareb, et de là plus loin encore dans les déserts de la Nubie, où les caravanes auront désormais une communication assurée depuis Axoum jusqu’en Égypte; au sud, dans la chaude région que nous désignons sous le nom fort impropre de royaume d’Adel, dans la contrée de Harrar et des Somâl, qui produit les aromates, et jusqu’à la région littorale que baigne la mer d’Aden et qui se termine au cap Guardafui; enfin, franchissant l’étroit bassin du golfe Arabique , le conquérant éthiopien envoie une expédition navale sur la côte opposée, et fait reconnaître son autorité sinon dans le Yéinèn ou pays des Sabéens (ce que le texte peut laisser douteux), au moins sur une grande partie de la côte du Hedjaz en se portant au nord jusqu’à la hauteur de la Bérénice d’Égypte, c’est-à-dire sur une étendue de côtes de dix degrés au moins jusque vers le vingt-cinquième parallèle. Tel est l’aperçu de cet ensemble d’expéditions militaires et navales, conçu évidemment à un point de vue de commerce autant que de conquêtes, et qui fut peutêtre l’époque la plus glorieuse du royaume d’ Axoum. C’est maintenant aux rapprochements de détail entre les désignations géographiques de l'inscription et les noms actuels à justifier cet aperçu : nous allons les reprendre et les expliquer successivement, dans l’ordre même où l’inscription les donne. Les no-
tions acquises depuis vingt ans sur l'Abyssinie et les contrées limitrophes permettent aujourd'hui d'ajouter notablement aux synonymies déjà aperçues par Montfaucon, Vincent et Sait*, et de les modifier sur plusieurs points essentiels.
Gazi est le premier peuple dont la soumission soit mentionnée. M. Sait voit dans ce mot la ville d’Adé-Gada^ dans le nord du Tigré ; nous lui croyons une signification bien plus étendue. Il est constant que Âgazi, ou Agaazi, a été autrefois le nom de la partie du Plateau abyssin dont l'escarpement domine la mer Rouge au-dessus de MassAoua, sans doute parce qu'à une époque ancienne une tribu de ce nom y avait dominé. Le nom parait être aujourd'hui tombé en désuétude; mais les passages réunis par Ludolf^ prouvent que même encore au xvii” siècle il était employé, au moins par les lettrés, comme synonyme d'Abyssin. Le mot est d’ailleurs resté en usage pour désigner la langue ancienne de l'Abyssinie septentrionale (le ghiz ou ghez, aujourd'hui la langue savante). S'il en fallait croire Bruce*, une
* Montfaucon. notes sur la relation de Cosmas. CoUectio Nova Patrum, vol. I . p. i43 , 1706; Vincent» The Periplas oj ikeEryihrean •Seo, p. 49» in- 4 *« i 8 uo; Sait (1*' voyage)» dans Valentia, Vayagesand travels to India, C^lon, the RedSea, Àbyssinia, etc. in- 4 % vol. III» 1809 (t. II» p. 255 , de la traduction françai.se de la relation parüculiërc de Sait insérée dans les Voyages de lord Valentia, dont Sait était alors le secrétaire) ; comparez le compte rendu de M. Sil> vestre de Sacy » dans les Annales des Voyages, t. Xfl , 1810.
’ Adé est en tigrëen un terme générique qui signitie ville.
* Hiit. Aeth. I, c. 1, iv, et Comnicntar. p. 56 .
^ Travels, vol. ll,p. 3 1 4 « édition de M. Alex. Murray, i 8 o 4 «
tribu du nom d'Agazi occuperait encore les montagnes de Habab, au-dessus de Massâoua-, mais comme l’aventureux écrivain n’appuie cette assertion d’aucune autorité , pas même de la sienne (nous entendons son autorité personnelle de voyageur), et que personne depuis lui n’a parlé de ces Agazi des monts Habab leur existence nous parait plus que douteuse. Bruce a pu être induit en encur par le nom de Kasi ou Gazi, que les tribus nubiennes limitrophes du nord de l’Abyssinie donnent encore aujourd’hui aux habitants du Tigré en général, et du Hamaçên en particulier.
Le nom à'Agamd ne fuit aucune difficulté; ce nom désigne encore une province importante du plateau tigréen , directement à l’est du site d’Axoum. L’ethnique suivant, Sighyên, auquel on n’a pas trouvé d’application, pourrait bien se rapporter aux Tzigam, grande tribu agaou qui habite aujourd’hui l’Agaoumidër, à l'ouest du lac Tzana, mais que ses propres traditions rattachent aux Agaous du Takazzé. Le peuple agaou, qui est la race aborigène du Plateau abyssin'^, et qui conserva, dans ses différents
^ Bien que plusieurs explorateurs aient recueilli (tous par infor* mations, il est vrai) des renseignements tr&s-circonsUnciés sur ce canton, notammentle docteur RûppeH,M. Ant. d'Abbadie, M.Fer> dinaod Werne (pendant son excursion au Taka], et tout récemment MM. Muntinger et de Heiiglin.
‘ L'importance ethnologique de ce peuple n'a été révélée que par les études de nos récents explorateurs, particulièrement M. Antoine d'Abbadie et M. Bcke.
groupes *, la division en tribus des peuples primitifs , a été en lutte, à toutes les époques de l’histoire, avec les dominateurs du pays d'Axoum, aujourd’hui le Tigré.
Le nom qui vient ensuite est celui d’Aoaa. La position en est fixée par l’itinéraire de Nonnosus, envoyé de Justinien vers le roi d’Âxoum en l’année 53 1 , c’est-à-dire onze ou douze ans seulement après le temps où Cosmas visitait ces parages. Dans cet itinéraire, dont Photius nous a conservé un trop court extrait®, Aoué (Aü)?) est un canton situé à michemin entre Âdulis et Axoum. Le nom subsiste encore dans celui de la ville d’Adoua (Ad’Oua, littéralement ville de l’Aoua), aujourd’hui la capitale du Tigré.
Les deux noms qui viennent après Aoua , Tiamô ou Tziamô, et Gambéla, trouvent, dans la mêmerégion du Plateau, leur correspondance déjà reconnue par Sait, le premier dans le district de Tzama, aux confins de l’Agamé, le second dans la vallée de lambéla de la province d’Enderta. Le nom de Tiamô se reproduit d’ailleurs plusieurs fois dans la géographie épigraphique de l’Abyssinie, et, à ce qu’il semble, avec des applications diverses. Nous aurons à y revenir à propos des inscriptions d’Axoum.
Jusqu’ici nous n’avons pas franchi les limites du Tigré; les noms suivants nous portent de l’autre
' li y eu a trois priocipaux : les Hamàra ou Agaous du Takazz^» ies Falacha du Sénièn, et les Agaoua de l'AgaouRiidèr.
* Diblioth, Codex iii , p. 7 , édit, de 1 653.
côté du Nii , tfépav rov NeAou. Cette dénomination de Nil désigne ici non le ileiive beaucoup plus occidental (l’Abaï des Abyssins) auquel s’applique plus particulièrement ce nom célèbre, mais bien le Takazzé, son grand affluent oriental*. Zingabéné, Angabé et Tiamaa sont d’une application incertaine; Sait rapproche du second de ces trois noms celui de i'Andabèt, qui est un district du Béghamidèr dans Ludolf. On peut déterminer avec moins d’bésitation la place des deux noms qui suivent, Athagaô et Calaa; Addagô et Kalaoué sont encore deux districts de la gauche du Takazzé, au-dessous des montagnes du Sémèn®.
Ce nom de Sémèn , que l’inscription donne exactement avec son orthographe actuelle’, se détache au milieu des noms obscurs qui le précèdent et de quelques-uns de ceux qui le suivent. Le Sémèn, avec ses hautes et froides montagnes, est une des régions les plus remarquables de l’Abyssinie; le tableau que l’inscription en trace est de la plus grande vérité, Cosmas, dans sa relation*, ajoute que c’était un lieu d’exil ordinaire pour les criminels.
Cosmas dit que de son temps les provinces de
' Le Takazzé se réunît en Nubie à l*Atbara [YAstahoras des anciens), lequel porte ses eaux à la droite du Nil.
* Cette application locale du nom d'Athagad ne permet guère de songer aux ÂtAacue de Ptolémée (lib. IV,c. viii, 3, Nobbe,p. 307 , Wilb. Comp.Plin. VI, 35, p. 346), qui semblent devoir se placer au sud de l'Abyssinie et avoir une grande extension territoriale.
^ Notre texte, qni est celui du manuscrit du Vatican, donne 5aminé: le mannscrit de Florence a Séméné.
* Ap. Montf. Collect, Vor. Pair. l. supra cit.
Laziné, de Tzaa et de Galala portaient encore le même nom Ces cantons étaient donc bien connus. Si ces trois noms, ainsi que celui d'Atalmô qui les suit, n’ont pas cessé d’être en usage, comme il est arrivé de beaucoup d’autres , iis doivent avoir éprouvé une altération qui les rend plus düTicilement re* connaissables. Laziné, cependant, pourrait être la terre de Baséna, sur la frontière nord du Tigré, au pied des derniers gradins du Plateau. Baséna est dans la direction du Taka, la grande oasis de la Nubie orientale, où l’inscription va nous conduire.
L’agroiipement des noms dans le texte [kraXiui xotl Beyi) semble aussi devoir porter ce nom d’Atalmô en dehors des frontières de notre Abyssinie, dans la direction du nord. M. Sait avait rapporté Béga à la province de Béghamidèr, entre le Takazzé et le lac Tzana, pays dont le nom signifie, en effet, littéralement terre de Bégha ; mais , outre l’induction naturelle qui dans notre inscription même se peut tirer de la suite et de la contiguïté des noms pour mettre celui-ci dans la Nubie, les inscriptions d’Axoum, dont nous parlerons tout à l’heure, ne laissent pas de doute à cet égard. Béga se rapporte à la race antique des Bedjas ou Bodjas (que les auteui's arabes appellent aussi Boga), qui, sous son nom actuel de Bicharièh*, couvre de ses tribus nomades une grande partie des landes sablonneuses
* Jbitl. p. i43.
^ Bichari^h et Beéja ne sont du reste que deux formes ditléreutcs d'ua seul et même nom.
■“ DiQitiTÔcnj^irÎTîOglc
de la Nubie, entre le Nil et la mer Rouge. Il paraît qu’au temps où l’inscription nous reporte, les Tangaîtes étaient la plus puissante des tribus bedja; cette tribu a donné son nom au pays de Taka, que les eaux réunies du Takazzé et de l’Atbara arrosent et fertilisent. On remarquera que Tangcütes, pour Tanga ou Taka, est une forme purement grecque; l’inscription grecque d’Axoum porte de mèmeBougaïtes, là où les inscriptions éthiopiennes correspondantes écrivent Bouga. Anniné et Métiné sont nommées comme deux tribus de la même région dans les montagnes, conséquemment en se portant vers la côte.
Le reste de finscription se repporte à des expéditions toutes dififérentes. Ici le conquérant axoumite nous conduit vers la contrée de Barbara où croît l’encens , c’est-à-dire dans la région Cinnamomifère des Grecs et des Romains. Il y soumet les peuples de Séséa, les Rhaasi et les Sôlaté, et il oblige ces derniers de veiller à la sécurité de la côte. A l’e.xception des Sôlalé dont la correspondance est incertaine , les autres noms mentionnés dans cette partie de l’inscription se reconnaissent sans diiliculté. Barbara ou Berbéra a été de tout temps l’appellation d’une partie de cette contrée en se portant vers l’océan Indien. C’est, de ce côté, la dernière extension d'un nom de race aborigène et d’origine primordiale, dont on retrouve les vestiges disséminés dans une grande partie de la vallée du Nil et dans tout le nord de l’Afrique. On sait que Berbéra est resté
le nom du port principal de la côte des Somâl , visà-vis d'Aden. Séséa doit désigner une partie au moins du peuple somâli, dont une des tribus principales porte encore le nom d'Tssa, qui parait même avoir été l’appellation patronymique de la race. Cosmas, qui emploie sûrement le nom tel que le prononçaient les marins grecs de ces parages , s’éloigne encore davantage de l’ethnique véritable en écrivant Sasou. C’était, dit-il, le dernier pays de l'Éthiopie vers la mer Érylhrée, et il nous apprend que de son temps les rois d’Axoum y envoyaient des caravanes annuelles qui en rapportaient beaucoup d’or^ Enfin, le nom des R/iaosi (qui très-probablement ne dilTère pas des Rhapsii de Ptolémée, IV, vm), subsiste à peu près sans altération dans celui des Arousi , grande tribu de l’intérieur au sud de l’Abyssinie, une de celles qui entretiennent avec la côte des relations de trafic régulières On voit par là combien peu de changements ont eu lieu depuis l’antiquité dans l’ethnographie de ces parties orientales du continent africain.
L’expédition eontre l’Arabie , à laquelle l’inscription ne consacre qu’une courte mention , ne dépassa pas au nord la contrée littorale des Kinédocolpites. Ce nom de Kinédocolpites, qui selon toute probabilité se rapporte à quelque branche de la grande tribu de Kinda*, se retrouve identiquement dans
* Dans Montfaucon , l. cit.
* Joamalof the Boy. Geogr. Soc. vol. XVIIÏ, p. i36 , Lond. j 848.
* Voy. Caussin de Perceval. Ejmu jlir T/iMtoir* des Arabes avant
Ptolémée. Le géographe alexandrin met ce pays sur la partie moyenne de la côte en tirant vers le nord , à peu près entre Médine (qui s’appelait alors Yathrib) et le territoire de la Mekke. Comme les Bénou-Kelb habitaient de toute antiquité cette partie de la côte arabe (qu’on nomme le Téhâma), nous croirions volontiers que la dernière partie du nom des Kinédocolpitcs , à part sa terminaison grecque, s’applique à une fraction de cette race de Kelb. A une époque plus voisine de Mahomet, les auteurs arabes parient d’une émigration des Bénou-Kelb qui se réunirent à des tribus de race Kinda Ce rapprochement suppose des rapports antérieurs. Au temps de Justinien, c’est-à-dire au commencement du VI* siècle, les historiens byzantins mentionnent la même tribu de Kinda sous le nom de Chindini [Xiv- S(vot), précisément dans la même situation que les Kinédocolpites des documents antérieurs, c’est-àdire dans le Hedjaz actuel, au-dessus des Hômérites duYémèn. Ajoutons que du texte de notre inscription il résulte que la ville maritime de Leuce Corne devait être située vers les confins nord des Kinédocolpites : cette indication confirme le sentiment de ceux qui ont identifié cette place avec Haoura, dont le nom a en arabe la môme signification que les Grecs d’Égypte rendirent par leur traduction de Leuce Corne.
rülamisme, t. II, p. a64. Paris, 1847 . Klialdoun était issu
de la tribu de Kinda.
> tiiJ. Il, p. 265.
J. As. Extrait n' 10 . (i863.)
Au sud des Kinédocolpites, l'inscription désigne seulement les habitants de la côte sous l'appellation générique à'Arrhabites (ou plutôt Arabiles). Il reste incertain, d’après le contexte de l’inscription, si les conquêtes du roi d'Axoum s'étaient étendues sur la contrée des Sabéens (qui est noti’e Yémèn), ou si elles s’étaient arrêtées à leur frontière. Dans tous les cas, si le pays de Saba ne fut pas soumis dès lors à l’empire éthiopien, il dut l’être bien- ^ tôt après, comme le montrent les inscriptions d’Axoum.
Les dernières lignes de l’inscription, résumant les conquêtes de ce règne glorieux, disent quelles se sont étendues à l’orient jusqu’au pays de l’Encens (pays d’Adel et des Somàl), et à l’ouest «jusqu’à l'Ethiopie et au pays de Saso. » Ceci montre d’abord que les Axoumites proprement dits (c’est-à-dire les habitants de notre Tigré actuel, qui est la partie nord-est du Plateau abyssin) n’avaient pas encore adopté pour eux-mêmes l’appellation grecque d’£thiopiens, comme ils l'ont fait depuis. Le nom de Saso, qui paraît ici pour la première fuis, nous porte également vers les contrées inconnues de l’occident; c’est donc par une confusion manifeste que Cosmas, trompé par un rapport apparent, l’a confondu, comme nous l’avons dit, avec le pays maritime de Séséa. M. Harris, qui fut envoyé vers le Ras du Choa, en iSàa, par la Compagnie des Indes, dans le but de nouer des relations de commerce avec ce chef puissant de l’Abyssinie mé-
Digiti^byCoi ^
ridionale, parmi les informations qu’il y recueillit, pendant son séjour, sur les pays encore plus méridioua'ux du bassin du Nil, entendit parler d'un grand royaume de Sousa, le plus puissant, lui dit-on,, et le plus étendu de tous les Etats indigènes situés vers le sud et le sud-ouest du Choa ^ Il résulte des détails mêmes donnés par les informateurs de M. Harris que ce pays n’est pas différent du Kàfa , où M. Antoine d'Âbbadie a fait deux apparitions , en 1843 et i 845 ^. Le nom de Kâfa, selon toute apparence , serait d’origine moderne , peut-être galla , tandis que celui de Soasa serait la dénomination ancienne et indigène. Gomme le pays de Saso confinait aux extrémités occidentales du bassin de l’Aouacb, grande rivière qui descend des Alpes méridionales de l'Abyssinie et arrose une partie de la Regio Cinnamomijera des anciens , que le roi d’Axoum avait soumise è ses armes et où il envoyait des caravanes annuelles qui en rapportaient de l’or et des aromates, on s’explique comment le nom de cette contrée lointaine était arrivé jusqu’aux Axoumites, et put être cité comme touchant aux limites de l’empire.