Éclaircissements sur diverses parties de la botanique
Chaque science est professée dans le but de n’exclure rien d’utile de l’enseignement médical. Le titre d’accessoire j comme qui dirait auxiliaire, qui a été donné à la botanique , doit impliquer la nécessité de son accès auprès du médecin qu’elle ne peut quitter. Il est nécessaire qu’il la possède dès qu’il agit comme il est de rigueur que l’opérateur possède les appareils qu’il a choisis et préparés. Sans les sciences dites accessoires , il ne pourrait y avoir de médecine.
Attribuerait-on les guérisons à la médecine , si elle n’était qu’expectante , contemplative , sans prescription de régime ou de médicaments ? Elle est impuissante quand elle n’a plus de remèdes à opposer au mal : Contra vim morlis non est medicamen in hortis.
Trois chaires de botanique sont occupées à Montpellier, pour les progrès de la science , l’une à la Faculté de médecine , l’autre à la Faculté des sciences, et la troisième à l’Ecole de pharmacie.
Un très-beau jardin ohre les végétaux indigènes et exotiques , méthodiquement disposés pour l’étude et les démonstrations.
Les premiers jardins, à leur fondation pour l’enseignement , ont été appelés jardins à l’usage de la médecine, parce que l’on cherchait principalement à utiliser les plantes comnàe médicaments. L’expérience, associée aux théories médicales, a fait choisir, comme antidotes à nos maux, les plantes les plus efficaces.
Dü JARDIN BOTANIOÜE.
L’Ecole de Montpellier conserve la vieille gloire de son jardin botanique , le premier qui ait été consacré à l’instruction médicale en France.
Il a été fondé par Henri IV, qui fit choix , poulie créer, dé Richer de Belleval , passionné pour la botanique , et qui était docteur de la Faculté de médecine, reçu en 1596.
Richer de Belleval approvisionna sans relâche le jardin de près de 2000 plantes , procurées de toutes parts, de communications étrangères , et d’herhori-
salions des Pyrénées et des Cevennes. Il en publia l’énumération dans le catalogue ayant pour titre Onomatologia , imprimé l’année de la fondation du jardin; ce qui prouve qu’antérieurement à l’année 1598, fixée comme celle de la fondation , l’emplacement préparé possédait nécessairement une partie de cette collection , qui n’aurait pu être improvisée. Olivier de Serres, fameux agronome, dont le Théâtre d’agriculture fut imprimé eu 1600, parle du jardin de Montpellier comme d’un modèle à suivre en son genre; il le désigne sous le litre de Jardin médicinal. La botanique ne s’élevait alors que sous le patronage de la médecine. Il a donné à Richer de Belleval , son contemporain, des éloges mérités.
Les plantes étaient cultivées par gradins sur un monticule alongé qui existe encore, couvert aujourd’hui de grands arbres, et qui avait permis de choisir pour les plantes du nord ou du midi l’exposition qui leur convenait. Deux autres parties du jardin étaient remplies , l’une de fleurs de parterre , l’autre de plantes médicinales.
Tournefort et Linné ont connu des fragments des ouvrages inachevés , et perdus depuis , de Richer de Belleval. Sauvages, professeur de Montpellier, avait communiqué à Linné un çahier de figures de 35 plantes , gravées avec les noms grecs composés par Richer de Belleval ; ils sont cités dans le Philosophia bolanica comme essais de noms assez composés pour
embrasser les principaux caractères des plantes que l’auteur se proposait de faire connaître.
Broussonnet a fait réimprimer, en 1785, l’Onomatologia de Riclier de Belleval , ou catalogue des plantes du jardin de 1598.
Dorthes a écrit l’éloge historique de Richer de Belleval, mémoire couronné parla Société royale des sciences de Montpellier en 1788.
L’ancienne famille de Belleval s’est conservée à Montpellier. Nous connaissions, il y a peu d’années, par son goût pour la littérature et pour la botanique, M. Charles de Belleval, qui a enrichi les recueils de la Société d’agriculture de l’Hérault de plusieurs mémoires attrayants. Il les publiait sous le voile anonyme de simple herboriste , pour éviter une critique sévère d’erreurs de nomenclature qu’il aurait pu commettre. Il a donné le titre de Beautés méridionales de la flore de Montpellier à une esquisse élégamment tracée de la physionomie végétale de la région méditerranéenne. Il caractérise cette région par l’Olivier, le Laurier, l’Arbre de Judée ; ajoutons-y le Myrte , que M. Dunal a découvert sauvage tout récemment. M. de Belleval a écrit qu’il s’était proposé, « en nommant les plantes qui sont en «grand nombre à Montpellier, les mêmes qu’en «Grèce et en Italie , de faire estimer à sa juste valeur «notre sol , que la foi de nos pères nous rend sacré, «et de rappeler aux voyageurs les nobles contrées
» dont les peintures immortelles font le charme des «esprits cultivés de toutes les nations. »
Les plantes essentiellement méridionales , qui méritent le plus d'être citées, sont, parmi les arbres, après ceux ci-dessus , les Cyprès , les Pins d’Alep et d’Italie, le Chêne-vert, les Phyllirea et les Alaternes toujours verts, les Pistachiers, la Vigne , le Tamarix ; parmi les fleurs, l’Asphodèle, les Narcisses , les Iris , le Pancralium maritimum , les Cistes , la Sauge , les Lavandes , la grande Pervenche et la Pervenche de Magnol , Vinca media Nobis.
Il y a des plantes qui sont moins méridionales , parce qu’elles quittent des localités circonscrites , et que les communications de notre grand centre d’acclimalion les répandent.
Combien nous souhaiterions encore voir Charles de Belleval admirer la floraison des plantes nouvelles au jardin, de même qu’il s’extasiait, citant fort à propos un vers du poème des Jardins de l’abbé Delille , devant
Les Bananiers touffus et de fruits et d’ombrage , devant le Strelilzia et les plantes liliacées , si riches de couleur, que Linné, pour leur éclat, les a appelées patriciennes , sénatoriales , placées au plus haut rang de beauté du règne végétal !
Chacun éprouvera un vrai plgiisir, dans nos serres , à voir le Buginvillœa , dont le nom est un hommage à la célébrité navale de Bougainville, élaler d’abon-
dantes fleurs, légères et d’une teinte rose fort délicate , posées comme serait un nuage sur la verdure des autres plantes qu’elles recouvrent. A l’automne, rien n’égale en vivacité de couleur l’écarlate des grandes rosettes de V Euphorbia pulcherrima , arbuste qui , avant d’être connu dans aucun jardin de France , a été pour nous un don du baron Taylor, auteur du Voyage pittoresque dans l’ancienne France. Il le vit si beau sur les terrasses de Cadix, qu’il nous l’envoya aussitôt, nous ayant accoutumé à lecevoir, de ses voyages, des plantes et des graines recueillies par lui , d’Orient et de Sicile.
GLOSSOLOGIE.
Le langage botanique est très-essentiel; c’est un vocabulaire qui s’apprend par l’usage et que les définitions rendent fort clair. Linné a orné de poésie la nomenclature qu’il a introduite. Elle n’est aride que pour quiconque répugne à la philologie , qui est cependant une lumière. Ses sources principales émanent du grec et du latin , connus des adeptes de la science; elles émanent même des langues de l’Orient.
L’Afrique, prodigue des grains dont s’approAÛsionnait Rome, a reçu sou nom du mot feric , qui est arabe et qui signitie épi (1). Les noms Daphné,
(I) Hochart, Gao(jr. sacra , p. 53G.
Hyacinlhus , SUene sont des noms propres qui ont désigné des personnages fabuleux , et qui ont été donnés à des plantes : le laurier, la jacinthe , le silène. Les noms antiques , Suzanne , Eslher, signifient lys , myrte. Suse, en Perse, était la ville des lys, du luxe printanier de la végétation. L’histoire rapporte que les rois de Perse habitaient cette résidence en hiver pour y jouir de la douceur du climat. Longus a dépeint Daphnis à chevelure de myrte, image qui s’explique par celle du reflet foncé-noiràtre du feuillage du myrte : myrtus opaca, comme a dit Virgile. Esther est un mot persan composé d’c5 myrte et ther noir , nom assez gracieux pour perpétuer tout à la fois un souvenir historique , et l’estime que l’antiquité a accordée au myrte. 11 était dédié à Vénus , comme le peuplier à Hercule , le chêne à Jupiter.
Beaucoup de plantes ont un nom significatif. Lychnis rappelle qu’on s’est servi de feuilles cotonneuses pour avoir de la lumière au moyen des mèches qu’on en peut faire pour les lampes ; l’on*gan , V orohanche signifient plantes des montagnes : voilà pour le grec. Les noms latin urtica , salvia , signifient qui brûle; c’est Vortie : qui sauve ou qui guérit ; c’est la sauge, dont une espèce est la toute bonne.
Faire des remarques de cette sorte sera glaner parmi des mots nombreux, comme on met la main
sur la plante que l’on préfère, quand on herborise dans une prairie où toutes les plantes intéressent.
M. Laurent de Jussieu, l’auteur profond, lumineux du Généra plantai'uin , a rédigé, dans la confection du grand Dictionnaire d’histoire naturelle , les articles explicatifs de tous les noms des plantes qu’il a extraits de rares et nombreux ouvrages. Goethe, célèbre poète de l’Allemagne , qui a fait faire des progrès à la botanique, se plaignait de la gêne de la nomenclature. Il y découvrit par la suite de tels avantages , qu’il est convenu qu’elle se prête de la manière la plus recommandable à l’exigence des détails de la science. Le suffrage de Goëtbe dispose à accorder aux recherches philologiques assez d’intérêt , pour que je les fortifie des remarques de l’historien de la médecine, Daniel Leclerc. Il s’est expliqué sur la synonymie et l’homonymie des plantes , pour ôter tout doute à leur égard au médecin. La synonymie est la juste application qui doit être faite à une seule et même plante de plusieurs noms , quand cette plante a été connue des auteurs ou du vulgaire sous plusieurs dénominations. On nomme , au contraire , homonymie l’emploi d’un seul nom pour désigner des plantes différentes , comme lorsque les Romains ont appelé viola la violette et la giroflée , et comme le mot hyssope a désigné tantôt un arbre , tantôt une petite herbe. La synonymie est beaucoup plus abondante que
l’homonymie, et ces deux branches de la nomenclature ont des points de contact tels, que l’examen de l’une entraîne celui de l’autre dans les livres qui les exposent.
L’art d’exercer et d’agrandir la mémoire , la mnémonique , prouve que , fussent -elles fictives , les idées que l’on attache aux mots , et qui exigent une complication du travail de l’intelligence, fixent mieux dans notre esprit ces mots qui , avec moins de travail , seraient oubliés. Il est utile de flatter et de surprendre la mémoire , comme on le fait surtout dans les langues grecque et arabe , où l’on remonte aux racines ou mots concis , qui sont la clef des idées.
Des mots qui paraîtraient barbares sont accueillis quand ils sont construits dans les règles de l’euphonie d’une langue pure. Linné a remanié utilement beaucoup de noms : il a appelé gilhago la nielle , du mot hébreu giih , moins euphonique , faute de terminaison sonore ; et il a appelé medicago la luzerne, du mot medica, plante de Médie, pour la distinguer de l’homonyme medica, qui signifie aussi le citronnier venu également de Médie. Il a conservé persica le pêcher de Perse, armeniaca l’abricot d’Arménie. Notre mot abricot est un mot déformé de mala prœcocia des Latins.
L’ensemble des pétales , qui sont les feuilles colorées des fleurs , n’avait point de nom qui lui fut
propre , et était appelé la fleur par Tournefort. Linné appela l’ensemble des pétales corolle ; et comme la corolle est la partie douée du plus grand éclat dans les fleurs , ce terme petite couronne fut bien choisi, les premières couronnes dans l’antiquité ayant été des couronnes de fleurs.
Il convient de rendre hommage aux novateurs qui font connaître utilement leurs secrets. M. Dunal est le premier qui ait donné un nom à l’ensemble des étamines, celui à’ androcée , et un nom à l’ensemble des pistils, celui de gynécée.
ORGANOGRÂPIllE , MORPHOLOGIE ET ANATOMIE VÉGÉTALES.
Il y a des végétaux microscopiques ou géants , éphémères ou persistants. Le grand nombre est moyen entre ces limites de taille et de durée ; ils sont annuels, herbacés, vivaces ou arborescents. Le plus petit végétal est une cellule. La matière verte lepra infusionum, les globules ou filaments qui végètent sur des murs ou sur des écorces humides , et qui ont été appelées protochloris, protonema , sont de la plus grande simplicité ; mais le doute plane sur la question de pouvoir décider si ces cellules sont des plantes propres, plutôt que le développement primordial de conferves et d’algues plus grandes.
Comme une cellule pousse à la manière d’une
graine privée d’appendice ou cotylédon , on a appelé les plantes cellulaires acoiijUdonées.
L’organisation végétale , en prenant pour point de départ la cellule , établit sur un axe primordial , ou système axile, le système appendiculaire.
L’axe croît en tige qui monte, qui est aérienne, et eu racine qui descend et est souterraine.
Le collet est la partie qui distingue la racine de la tige. Les extrémités des racines sont les spongioles ; celles des tiges, des bourgeons.
La tige, à son début, à l’état de bourgeon qui sort des enveloppes de la graine , est pourvue ou d’un seul appendice latéral , caractère des monocotylédonées ; ou de deux appendices verticillés , c’està-dire situés sur la même ligne horizontale et se correspondant l’un à l’autre , caractère des dicotylédonées.
Les feuilles, organes respiratoires, membraneux, se montrent sur la tige au-dessus des cotylédons , et sont disposées tantôt par étages ou verticilles , tantôt alternes sur deux lignes opposées, tantôt sur une ou plusieurs lignes spiralées.
L’intervalle qui sépare une feuille d’une autre , en hauteur sur la tige, est appelé mérithalle.
Les mérithalles s’anéantissent tout-à-fait de longueur, se dépriment tellement dans la fleur, qu’ils ne sont plus que le point de connexion circulaire de feuilles modifiées en quatre verticilles.
Le calice est le ver ticille extérieur dont les feuilles sont appelées sépales; ces feuilles , soudées par conjugaison latérale, forment le calice gamosépale.
La corolle est le deuxième verticille ; ses feuilles sont appelées pétales , et la soudure de ces pétales entre eux constitue la corolle gamosépale.
Ces deux premiers verticilles sont tégumentaires ou protecteurs.
Les deux autres sont sexuels , savoir : Tandrocée , composé par les étamines -, et le gynécée , par les pistils.
Une période de végétation s’accomplit, en métamorphosant le pistil en fruit qui contient la graine , but du travail ou des etforts du végétal pour se perpétuer.
Deux modifications de tissu entrent dans la composition du végétal ; il est formé par l’application , les unes aux autres, de fibres cellulo-vasculaires. Les cellules sont de plusieurs ordres , les vaisseaux aussi.
Un arbre est un agrégat d’autant dHndividus qu’il peut donner de bourgeons ; ils sont séparables , et deviennent des individus isolés quand on les propage , principalement par boutures. Ces bourgeons , artificiellement enlevés , pousseront , dans le sol où on les mettra , des racines ; tout comme des bulbilles , autres bourgeons , pousseront aussi des racines en se détachant de certaines plantes.
La circonstance très-singulière du tissu filamenteux végétal , suspendu naturellement et flottant à l’air dans une cave , a mis un physiologiste , auteur de beaucoup de découvertes , à même de prouver le fait de la réunion de filets devenant , par leur quantité , la masse solide d’un champignon. Ce végétal, d’un ordre inférieur, est un exemple convaincant : il s’est présenté ébauché de croissance, d’une manière très-propre à nous dévoiler la structure intime des végétaux plus élevés dans l’échelle organique. Pour bien comprendre l’étendue des explications fournies par l’observation de M. Dutrochet sur le champignon que je viens de citer, il est nécessaire de savoir ce que sont les champignons, tels que nous les voyons pousser : ils sont le couronnement d’un tissu ou substratum filamenteux , appelé mycélium , disséminé dans un milieu , terre , bois, tuf, d’où il parvient à se montrer au-dehors prenant la morphose , c’est-à-dire la configuration que nous connaissons aux champignons. Ce mycélium souterrain occupe , sans y être aperçu , de grands espaces , s’écarte autour des centres qu’il épuise , et décrit dans les bois de grandes lignes arquées , garnies de champignons , appelées cercles des devins. Ces conditions connues du mycélium n’avaient pu être si clairement prouvées. La croissance fortuite du mycélium suspendu dans une atmosphère humide, dans une cave, a permis de
Yoir ce qu’un autre milieu, le sol , dérobait à nos yeux. *
L’axe du bourgeon d’alongement d’une tige s’adapte à celui de l’axe qui l’a précédé, comme le bourgeon par greffe s’adapte au sujet sur lequel on
a inséré.
Le mérithalle qui naît d’une greffe fait corps, face à face de cellules et bouche à bouche de vaisseaux, avec le sujet auquel il est superposé.
On voit à V Arbutus Andrachne , greffé sur l’^rbutus Unedo , la ligne d’union entre les deux individus que la greffe soumet à une vie commune. Ils ne perdent , chacun en particulier, rien de leur individualité; ils la reprennent, si on les disjoint, par boutures de l’un et de l’autre. Chaque fragment pris d’un des deux ne poussera pas un mélange, mais l’espèce individuelle.
Un arbre poussé de greffe est une tête transportée d’un individu sur un autre. Là où la tête s’unit au tronc , là où la différence des écorces fait distinguer V Arbutus Andraclme de VA. Unedo, est le point de cohérence des deux individus continués de tissu. Les fibres et cellules de chacun des deux êtres , nées mucilagineuses , se soudent sans confondre leur nature. Une intime union fait croître les deux êtres l’un par l’autre , et ne rompt aucun des attributs spéciaux de chacun. Le travail organisateur est unique dans l’être qui est complexe.
La fable a imaginé le Centaure , qui portait la tête et le buste de l’homme sur un corps de cheval. Un arbre greffé est un centaure.
Un pêcher greffé, cultivé pour la beauté du fruit ; un mûrier, dont le couronnement est de feuilles précieuses pour la soie , sont des arbres de choix par la tête , des sauvageons par le pied.
Du Petit-Thouars soutenait que les fibres ou cordons de vaisseaux qui descendent du bourgeon dans le tronc d’un arbre greffé , et qui sont par le haut dissemblables de couleur et de grosseur de ce qu’ils sont par le bas , n’en sont pas moins les mêmes fibres dans toute leur longueur. Il expliquait que le bout supérieur, sans interruption de travail organisateur, joignait le bout inférieur, comme un fil peut être commencé avec de la soie et continué avec du coton. Un bourgeon greffé ressemble à certains végétaux parasites qui font corps avec d’autres. Le Lathrœa clanclestina s’implante dans l’épaisseur de l’écorce du saule ou du peuplier, par la juxta-position exacte des cellules de ses suçoirs contre les cellules de l’écorce où elles se creusent un gîte.
L’Hypociste parasite est implanté autrement; il vit de granulations qui sont répandues sur le bois au-dessous de l’écorce de la racine du Ciste. Ces granulations s’amassent en certains points, forment des tubercules qui percent l’écorce , et deviennent des bourgeons et des tiges. Cha{[ue année une
couche de cambium, tissu de l’écorce et du bois à l’état de larme ou mucilage , se concrète autour des tubercules qui bourgeonnent. La couche nouvelle du bois reste percée en anneau , qui est la trace du passage de la tige d’hypociste après que cette tige s’est détruite. Les granulations d’hypociste se propagent , montent à la face corticale de la dernière couche de bois qui s’est formée, et s’y comportent, comme elles ont fait une année auparavant , sur la couche ancienne qu’elles abandonnent et où elles meurent. La succession elle soulèvement des couches ligneuses du ciste, entremêlées de couches de granulations d’hypociste, font grossir monstrueusement les racines , les détériorent et les font périr.
L’hypociste se nourrit dans le bois du ciste , le Lathrœa dans l’écorce du saule ou du peuplier.
Le mérithalle radiculaire peut manquer, la graine du Nelumbium en est un exemple. Son embryon n’a point de radicule; il est sans tigelle autre que le point de jonction des deux bases des cotylédons. L’absence de la radicule , dans une graine qui n’en poussera pas moins, démontre que ce n’est pas un organe indispensable. Les bourgeons des arbres , par leur mode d’évolution , ressemblent à des graines; ils montrent des feuilles avant d’avoir poussé des fibres descendantes.
Il est facile de voir qu’une bouture de vigne se garnit de feuilles à l’air plutôt que de racines en
terre. La bouture , à son début avec des feuilles au sommet et point de racines en bas , prouve qu’elle peut temporairement se passer de racines.
L’air est l’agent le plus puissant qui imprime au tissu végétal l’excitabilité qui le rend susceptible de croître. J’ai découvert des bourgeons qui opèrent visiblement leur évolution sous l’eau par l’air dont ils ont la propriété de se tuméfier, et qui deviennent assez légers pour monter au contact de l’atmosphère.
Les bourgeons de Y Hydrocharis morsus ranœ se trouvent déposés en hiver au fond de l’eau ; ils y sont tombés , à l’automne^ de leur point d’attache aux branches que la pourriture a détruites. Ces bourgeons vus dans l’eau y sont debout, prêts à monter à la surface au printemps ; leurs écailles commencent par grossir et se renfler ; il sort , de l’aisselle des plus inférieures , des feuilles imparfaites avec lesquelles la jeune plante nage d’abord entre deux eaux ; elle flotte peu après avec des feuilles parfaites à l’air. Les racines ne paraissent pas avec les premières feuilles, mais seulement avec celles qui sont un peu tardives.
Les bourgeons sont axillaires ou terminaux sur les plantes ^ ou latents par molécules dans le tissu d’organes où on ne les soupçonne pas. On les a vus se développer dans l’épaisseur d’une feuille en ruban d’ Ornithogalum thyrsoideuni, espèce de plante monocotylédonée. Ils couvrirent toute la feuille sur la-
quelle rien n’avait pu faire présumer la disposition à une telle métamorphose. Ordinairement, quand des bourgeons naissent du corps d’une feuille, de ses bords , de ses nervures , de son sommet , leur point de développement est préparé par un arrêt glanduleux de végétation : on le remarque ainsi dans les crénelures des feuilles du Bryophyllum , dans les sommités des feuilles de VAlUutn magicum.
Voici le fondement de la théorie des métamorphoses de Goethe, clairement expliqué par la citation suivante, prise d’un rapport de M. Auguste Saint- Hilaire à l’Académie des sciences :
« Les premières feuilles d’un palmier fChamœrops ))humilis J sortent de terre simples et lancéolées; à » celles-là en succèdent d’autres où les divisions com- »mencent à se montrer, et bientôt il en naît d’autres » encore qui, plus découpées, s’étalent comme de » magnifiques éventails. Mais ces brillantes produc- »tions ont épuisé la plante ; elle revient à peu près »à l’état où elle était d’abord par faiblesse ; les «enveloppes ilorales ne tardent pas à se montrer, «puis les étamines, puis les ovaires. «
La métamorphose est , selon Goethe, la condition physiologique qui détermine la modification d’un seul et même organe en divers autres , de manière à présenter tous ceux que l’on peut compter dans la plante la plus complète. La métamorphose normale se rencontre dans la marche directe de la végé-
talion , accomplie depuis les cotylédons jusqu’à la fleur.
Elle est anormale quand elle ne suit pas avec la régularité accoutumée les degrés de la période végétale. Elle explique la formation des fleurs doubles, des fleurs et des fruits prolifères.
Le calice des fleurs est formé d’une réunion des mêmes feuilles que celles qui naissent à distance les unes des autres sur les rameaux. La corolle est une modification semblable à un autre degré, puis les étamines et le pistil sont aussi modifiés de la feuille. Les nympliæa , les pavots, les sempervivum ne laissent point de doute sur ces modifications qui s’y trouvent fort évidentes.
Depuis la graine jusqu’au développement complet des feuilles, il y a expansion. Un resserrement produit le calice , et une nouvelle expansion la corolle; un autre resserrement produit les étamines et le pistil; enfin, la plus grande expansion a lieu dans les péricarpes , et la plus grande concentration dans la graine.
Une plante qui produit des feuilles s’étend, celle qui fleurit se resserre. Le même organe, foliacé en principe , passe à d’autres formes que celle de feuille.
Il y a dans le végétal l’axe qui se convertit en l acine par le bas et en tige par le haut , portant tous les organes appendiculaires modifiés , émis par le bourgeon.
La Üiéorie de Goethe n’a point été vulgarisée en France à son origine ; un autre botaniste d’Allemagne, Frédéric Wolf, avait, précédemment à Goethe, fondé une théorie presque tout-à-fait pareille ; et quoique les deux théories se confirmassent l’une par l’autre , elles ont beaucoup tardé à être répandues dans la patrie même de leurs auteurs, Goethe revendique principalement en sa faveur la considération de l’état alternatif de resserrement et de dilatation , auquel il attribue le développement successif des organes dans le cours complet de la vie du végétal.
Goethe était si plein et si charmé de son sujet, qu’il adressait beaucoup de reproches à la marche scientifique, qui n’était pas en tout positivement la sienne , lors même que des exemples bien choisis prouvaient que des auteurs précédents avaient vu comme lui.
Le passage suivant , extrait des Amœniiates acaclemicœ de Linné , est tellement d’accord avec la théorie des métamorphoses, qu’il en devient une explication des plus claires, que Goethe cependant ne trouvait pas suffisante. « Si l’on met en pleine «terre bien cultivée un arbrisseau qui, tant qu’on «l’aura tenu en vase, aura fleuri tous les ans, il «ne donnera plus que des feuilles. Cela prouve que «ce qui aurait produit des (leurs quand l’arbrisseau «était en vase ])ioduit des feiiilles ; et tour à tour,
» selon que l’arbrisseau sera changé de mode de cul- »ture, les feuilles et les fleurs se remplaceront les »unes par les autres (1). »
C’est ainsi que la métamorphose est le changement d’état d’une plante ou de ses organes.
La morphose est l’état spécial du végétal germant, foliacé, fleuri, fructifiant,
L’espèce végétale n’est point ou n’est que légèrement contrariée dans sa marche ou ses progrès par les irrégularités ou anomalies de morphose , qui ont été appelées variations , variétés , races.
Une ronce qui prend racine par les deux bouts est une morphose accidentelle, une variation due à la saison d’automne, qui provoque cette radication par le contact du sommet d’une ronce couchée avec le sol humide.
Une rose blanche; une violette , une campanule blanches sont des variétés. Cet albinisme n’est point pathologique.
Les races se propagent plus constamment que les variétés par graines ; beaucoup de nos légumes , choux et navets principalement, sont de races différentes.
Toute morphose qui nuit à la marche régulière de la végétation est une déviation monstrueuse , une monstruosité.
(I) Linn,, Amœn. acad. , t. vi , p. 3'27.
La classificatioii des moustruosités a éfé perfectionnée par M. Moquin dans un traité spécial. Nous lui avons emprunté plusieurs expressions.