PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE
Les plantes ne possèdent ni la locoraotilité ni la sensibilité ; elles ne se déplacent qu’en obéissant à un mouvement de transport par alongeraent, par croissance, ou bien qu’en étant entraînées soit par l’eau soit par l’air. Les mouvements des plantes fléchies , en s’entortillant ou en retournant leurs feuilles sur elles-mêmes , lorsqu’elles cherchent la lumière ou qu’elles étendent leurs racines dans la meilleure terre, sont l’elfet de la propriété que Draparnaud 3i^^e\aiii excitabilité , et qui mérite ce nom. C’est une propriété inhérente à la nature des végétaux, qui les dispose à croître par le secours des corps et des agents ambiants. Le même secours, la même influence , avec plus d’énergie , produit l’irritabilité : autre propriété qui fait réagir les plantes par des mouvements manifestes de leurs parties, principalement quand on les a touchées. 11 u’y a de sensibles parmi les êtres organisés que ceux qui perçoivent des sensations , c’est-à-dire qui acquièrent par un sens connaissance de ce qu’ils éprouvent.
Ce n’est que par métaphore qu’on dit que la plante sent.
La sensitive est citée comme l’exemple de la plante la plus sensible : la moindre secousse lui fait replier ses feuilles, qu’elle abaisse contre la tige; cependant , en agissant fort doucement et peu à peu , on peut léser et blesser ses rameaux sans que les feuilles se dérangent de leur complet épanouissement. On peut presser et percer d’une forte aiguille ou de la pointe d’un canif un ou plusieurs rameaux de part en part, de manière à les clouer sur une planche de bois tendre que l’on aura passée audessous : c’est une expérience que j’ai souvent répétée et sur laquelle la beauté de l’épanouissement de la plante que nous multiplions beaucoup , à dessein , ne peut laisser aucun doute. Mais si l’on veut éprouver l’irritabilité, en vertu de laquelle la plante contracte toutes ses feuilles, il faut l’agiter tout entière. Les rameaux qui n’auront reçu aucun ébranlement ne contracteront point leurs feuilles. Une feuille ne se contracte que par l’incurvation d’un organe qui l’abaisse , et cet organe est un point très -limité : il consiste dans le renflement moteur, comme l’a appelé M. Dutrochet , situé à la base des pétioles. Ce renflement est irritable au plus haut degré dans le milieu de sa face inférieure ; il suffit de toucher ce point , si légèrement que ce soit, pour que la feuille s’abaisse aussitôt. L’irritabilité, dans les végétaux , est limitée à des organes spéciaux ; dans les sensitives, au renflement moteur
pétiolaire ; dans les cistes et dans les nopales , aux filets des étamines.
Le même mouvement d’extension et de flexion , opéré par le renflement moteur de la sensitive , ouvre ou ferme les pièces foliacées d’une *plante qui attrape les mouches et les sauterelles. Cette plante est la Dionœa des marais de la Caroline du nord ; scs feuilles , étalées en rosette comme celles d’une primevère , se terminent par deux appendices demicirculaires , unies comme les deux portions d’un coquillage bivalve. Un insecte vient-il à se poser entre les deux portions écartées , elles se rapprochent très-lentement sans que l’insecte en soit troublé ; il y est pris comme entre les deux panneaux rapprochés d’un piège. Ces panneaux , dans la Dionœa, sont de plus bordes de longs cils qui s’entrecroisent , ferment toute issue et emprisonnent l’insecte.
Toute classification des végétaux doit aider à les reconnaître, à les nommer, malgré l’embarras du nombre. Le but des premières méthodes n’a été que celui-là ; elles étaient établies sur des principes variables au gré des auteurs. Théophraste et Dioscoride avaient distribué les plantes d’après leurs qualités et leur grandeur. La botanique a beaucoup gagné en précision par ses descriptions , qui ont fixé les
degrés de conformité des plantes par espèces , genres et familles , groupes qui nous sont désignés par la nature même.
«Des caractères certains, a dit Magnol qui s'est »le premier servi du terme de familles à l’égard des «plantes , en font reconnaître de Bulbeuses , de «Papilionacées, de Graminées. J’ai été convaincu, «a-t-il ajouté, par l’examen attentif des méthodes «les plus accréditées, que les unes étaient insuffi- « santés et très-défectueuses, et les autres trop dif- «ficiles. Réfléchissant sur les moyens d’éviter de «semblables écueils, j’ai cru apercevoir dans les « plantes une affinité , suivant les degrés de laquelle «on pourrait les ranger en diverses familles comme «il y a des familles d’hommes. J’ai reconnu qu’il «ne suffirait pas de tirer les caractères de la seule «fructification ; j’ai choisi la partie des plantes où se «rencontrent les principales notes caractéristiques, » telles que les racines , les tiges , les fleurs et les «graines. Il y a même dans nombre de plantes une «certaine similitude, une affinité qui ne consiste pas « dans les parties considérées séparément , mais en «total; affinité sensible, qui ne peut s’exprimer; « comme on voit, dans les familles des Aigremoines et «des Quintefeuilles , que tout botaniste jugera avoir «entre elles les plus grands rapports , quoiqu’elles «diffèrent par les racines, les feuilles, les fleurs et «les graines. Je ne doute pas que les caractères des
» familles ne puissent être tirés aussi des premières » feuilles du germe au sortir de la graine. »
Adanson a cité tout ce passage pour en adopter les principes. Il a comparé les méthodes et les systèmes de tous les pays ; il a composé , pour sa part , 65 systèmes, discutés par proportion de succès à être mis en pratique. Les épreuves qu’il en a faites lui ont démontré qu’en systématisant , c’est-à-dire en classant les plantes d’après un seul organe ou une seule qualité , on dissocie inévitablement des plantes que Tceil le moins clairvoyant aurait découvertes enchaînées par un contact de similitudes; tandis qu’on rompt ce contact en désignant pour signe de rappel une condition qui manquera souvent, si l’on ne s’est pas rapproché le plus possible du plan de la nature.
Or, les végétaux, dans la nature, sont disposés en voisinage de familles , non sur une ligne , comme nous y ramènent les méthodes , mais bien plutôt ces familles s’entourent, sont rapprochées ou écartées comme des provinces dans une contrée. L’étude cependant nous guide à les ranger par chaînons , susceptibles d’être alignés au moyen de caractères subordonnés et gradués, des plus importants jusqu’à ceux de moindre valeur. Notre législateur pour fonder l’évaluation des caractères a été M. Laurent de Jussieu , dont la méthode a continué de se perfectionner par les combinaisons faites suivant les
principes qu’il a exposés, et dont M. Adrien de Jussieu a traité avec la plus grande clarté.
La classification du Jardin des Plantes de l’Ecole de Montpellier est celle du Prodromus de De Candolle.
BOTANIQUE TOPOGRAPniOUE.
Partout où voltige une graine, l’obstacle qui l’arrête peut devenir sa station. Les laves du Vésuve se couvrent à la longue de la végétation d’un Lichen Stereocaulon vesuvianum Persoon. Ce Lichen devient par détritus une terre d’assolement. Des plantes de plus en plus fortes s’y établissent , et les troupeaux paissent là où est venu croître leur pâture.
Sur la partie inaccessible des côtes de Ténériffe, on découvre de la mer des hommes suspendus à une hauteur qui effraie ; ils y recueillent le Roccella tincloria, précieux pour la teinture. Ailleurs, le signal de la terre est le Dattier qui borde l’horizon. Les côtes basses, sablonneuses d’Egypte seraient, sans cet arbre , un écueil que les navigateurs ne découvriraient que lorsqu’ils seraient dessus. Le Dattier ombrage les jardins autour des villes ; il en décore l’aspect par sa tige élancée, dont la base se confond avec les massifs d’épais Sycomores, dans l’équilibre parfait des plus belles proportions.
A l’abri de ces arbres , postes avancés dans le désert , les voyageurs sont atlemUis pour se reposer.
Mais les femmes et les enfants , malgré le soleil brûlant, vont au loin au-devant des caravanes leur porter l’eau, dont la privation' a menacé leur existence. Tout est altéré de soif dans le désert. Il n’est pas surprenant qu’à la frontière de Nubie , la station d’entrée dans le pays fût celle du Sycomore sacré , mentionné dans la géographie de Ptolémée. D’ineffaçables souvenirs sont donc parfois écrits par la végétation.
Voici comment M. de Lamartine nous a fait connaître les cèdres qu’il vit au Mont-Liban , eu avril 1845 :
«Au-dessus du village d’Eden , le dernier habité, won découvre une large tache noire sur la neige: wee sont les groupes fameux de cèdres. Nous ne «pûmes, dit ce voyageur, les toucher de la main: wla neige nous fermait le passage.
» Ces arbres sont les monuments naturels les «plus célèbres de l'univers. La religion, la poésie »et l’histoire les ont également consacrés. Ils sont »une des images que les prophètes emploient »de prédilection. Les Arabes leur attribuent non- » seulement une force végétative qui les fait vivre » éternellement , mais encore une âme qui leur «fait donner des signes de sagesse, de prévision, «semblables à ceux de l’instinct chez les animaux , «de l’intelligence chez les hommes. Us connaissent «d’avance les saisons ; ils remuent leurs vastes ra-
» meaux comme des membres ; ils élcndent ou res- M serrent leurs coudes ; ils élèvent vers le ciel ou » inclinent vers la terre leurs branches , selon que la » neige se prépare à tomber ou à foudre. Ce sont des » êtres divins sous la forme d’arbres ; ils croissent »dans ce seul site des groupes du Liban ; ils prennent »racinebien au-dessus de la région où toute grande «végétation expire. Tout cela frappe d’étonnement «l’imagination des peuples de l’Orient, Cependant «ces arbres diminuent chaque siècle. Il n’y en a «plus que sept que leur masse peut faire présumer «contemporains des temps bibliques; autour de ces « vieux témoins des âges écoulés, qui savent l’histoire «de la terre, qui la raconteraient s’ils pouvaient «parler, il reste encore une petite forêt de cèdres
«plus jeunes Chaque année au mois de juin,
«les populations de tous les villages des vallées voi- «sines montent aux cèdres pour célébrer une messe «à leurs pieds. Que de prières n’ont pas résonné «sous ces rameaux, et quel plus beau temple, quel «autel plus voisin du ciel , quel dais plus majestueux «et plus saint que le dernier plateau du Liban, le «tronc des cèdres , et le dôme de ces rameaux sacrés «qui ont ombragé et ombragent encore tant de «générations humaines (1) ! «
(I) De Laiiiarline , Voyage en Orient , f. iii , p. 158.
Le médecin doit s’occuper préférablement des plantes usuelles. Il ne suffit pas qu’il ait vu au jardin le thé, le café; il faut qu’il les examine, le livre à la main , et qu’il cherche leurs caractères. L’instruction fera respecter son autorité et la rendra môme agréable. J’ai vu il y a longues années, à Toulon , le général en chef du Génie demander à un médecin de l’armée d’expliquer la singularité du noyau de la datte , qui diffère tout-à--fait du noyau et de l’amande de nos fruits. Ne demandera-t-ou pas au médecin qui doit avoir étudié la botanique , des renseignements pour décider des questions sur la grosseur, sur l’élévation et les qualités remarquables des végétaux dont on parlera , dont on lira les noms dans les relations de voyages ? Ne demandera-t-on pas au médecin ce que c’est que le duvet du moxa de la Chine , ou ce qu’est tout autre objet curieux naturel? Le médecin, quand ce ne serait que pour sa satisfaction d’homme instruit , ne peut rester en arrière des connaissances qui passent même son strict devoir.
Les plantes usuelles sont celles que nous proposons le plus aux examens , et à l’occasion desquelles nous signalons ce qu’il y a de plus important à graver dans la mémoire. Les heures passées aux
herborisations sont des heures d’école pratique ; on y recueille les plantes, dont on fait facilement un herbier qui offre les avantages de contenir les plantes sous peu de volume. Il devient facile de les examiner en tout temps, de consulter les échantillons qui rafraîchissent la mémoire , et qui suppléent à des gravures et à des dessins. L’impossibilité de rencontrer vivantes autant de plantes que l’on souhaite, rend les herbiers indispensables , et les amateurs les reçoivent de tous les pays. On a tout le loisir aux herborisations de découper, d’examiner dans les moindres détails les plantes, de reconnaître par le toucher, par la saveur, leurs caractères , pour juger les exceptions à la fréquente analogie entre les vertus et les formes déterminées des végétaux. M. De Candolle a dressé un tableau comparatif des degrés auxquels des plantes possèdent des caractères organiques en rapport avec leurs propriétés médicales^ 11 a traité ce sujet dans une thèse inaugurale , pour obtenir, en 1804 , le grade de docteur en médecine à la Faculté de Paris. Il a passé eu revue toutes les familles de plantes. Il est résulté de leur examen, que les exceptions à une concordance entre les propriétés médicales et les caractères botaniques, ne détruisent point les règles qui démontrent que les propriétés sont le plus généralement communes entre les plantes de groupes naturels.
Le genre Eupatorium renferme des espèces raé-
tlicales en Amérique comme en Europe. Haller n’avait employé que V Eupalorium cannabmum. Les Eupatorium perfoliatum aux Etats-Unis , E. Guaco au Mexique, E. Ayapana au Brésil, sont les remèdes de la fièvre, de la goutte , du choléra.
Les plantes labiées , malvacées , crucifères , omhellifères, ont, dans chaque famille respective, des propriétés communes. Les sucs amers des chicorées, des gentianes sont salutaires, tandis que l’amertume est un signe de poison dans les Strychnos , ou noix Vomique, et dans le Menispermum Coccuîus , coque du Levant. Il ne faut pas perdre de vue les circonstances qui compliquent le jugement que l’on doit porter des vertus d’une plante ^ en proportion du développement organique qui diffère selon l’àge et selon les espèces. Il faut l’ensemble des mêmes conditions pour produire les mêmes effets. Dans un âge jeune, les bourgeons du Phytolacca dioïca , les laitues ^ le coquelicot sont alimentaires. Les mêmes plantes sont pourvues de sucs âcres, lorsqu’elles sont montées en tige. Les troupeaux broutent les premières sommités douces, étiolées, des asphodèles et des narcisses, qu’ils ne touchent plus quand les plantes sont devenues vertes, âcres et dangereuses.
Il est commun que les graines des centaurées soient amères; elles guérissent de la fièvre.
Trois légiiinineuses , CoroniUa Securidaca , Orni-
thopus scorpioides , Sophora alopecuroides sont trèsamères et guérissent de la fièvre , comme on en guérit par le quinquina. L’amertume est innocente dans beaucoup de plantes, et purgative dans l’aloès. Il y a un arbuste qui porte le nom de thé chez les Abyssins : cet arbuste est de la même famille que ceux appelés thé de Paraguay et thé de Caroline, dans ces pays où leurs feuilles remplacent avec profusion le tbé de Chine.
La médecine prend l’expérience pour base, use de discernement et de méthode , et répand avec clarté ses préceptes. Elle devient dogmatique, c'està-dire enseignante , par l’appréciation des résultats curatifs des maladies ; ce qu’exprime l’adage Naiuram morborum ostendunt curationes .
Or, les sciences naturelles fournissent les moyens curatifs ; il n’en est pas de plus puissants , de mieux établis par la statistique des guérisons , que ceux empruntés aux plantes. Je ne prétends pas que la botanique soit la médecine; mais j’affirme qu’un médecin qui ne la connaît pas est fort aveugle , incapable en beaucoup de cas d’éviter de graves reproches , tandis que , rassuré par son savoir, il rend ses soins et même jusqu’à sa présence salutaires.