ÉCLAIRS
ET
UN ORAfiE SUR LES PYRAMIDES
Nous ne ferons point aux Hyperboréens l'honneur de leur attribuer Tinvention des paratonnerres, quoique Hérodote raconte que ces peuples avaient l'habitude de lancer des flèches contre les nuages afin d'en soutirer la foudre. Dieu nous garde également d'enlever à Franklin la plus belle partie de sa gloire scientifique, pour décorer la mémoire des Éduéens et des Tolosales, parce que les Commentaires de César semblent prouver que ces tribus gauloises allumaient de grands feux contre le tonnerre!
Nous n'imiterons point non plus Tabbé Gineau, qui a déclaré à V Association pour le progrès des sciences que, vingt siècles avant Rommas, les Romains avaient fait usagé dti cerf-volant électrique. Cependant nous coniiaiàsons comme lui la médaille gravée par Pellarin, où l'on voit un personnage plus ou moins fantastique
guidant vers le ciel un appareil garni d*une pointe de fer.
Nous admettons toutefois qu'il serait singulièrement imprudent de croire que les découvertes du bonhomme Richard n'aient point été précédées par des inventions analogues, familières aux grands peuples de l'antiquité, à ces nations dont le souvenir a péri comme tant de précieux secrets dans la longue et triste nuit du moyen âge!
11 y a quelques années M. Werner Siemens se promenait sur la haute plate-forme de la pyramide de Giseh. Tout d'un coup l'horizon se couvre de gros nuages orageux : bientôt le savant Allemand s'aperçoit qu'un flux de matière fulgurante sort de son doigt toutes les fois qu'il le dresse vers le ciel. Ce courant naturel est même assez énergique pour donner naissance à un sifflement très-notable. M. Siemens veut en trouver la cause. Il saisit une gourde munie d'un bouton de métal, il en tire quelques étincelles qui excitent sa curiosité. Mais ce spectacle scientifique est bien au-dessus des forces des pauvres musulmans qui l'accompagnent.
Comment rester au service d'un enchanteur qui possède le moyen de jouer avec le tonnerre, qui tire de sa poche une petite foudre de voyage! Malgré ce que peut dire M. Siemens, les pauvres et avares Bédouins se mettent à fuir. Ils descendent avec une rapidité vertigineuse les degrés qu'ils avaient eu tant de peine à gravir. Bientôt ils disparaissent dans leur désert, sans songer à réclamer leur salaire, tant la frayeur à laquelle ils obéisssent est prodigieuse.
Un orage sur les Pyramides.