LA FOUDRE ET LE CHOLÉRA
Il y a deux ans, la question des générations spontanées passionnait vivement les naturalistes; l'Académie résolut de se livrer à une décisive expérience. Des chimistes habiles préparèrent une grande quantité de ballons de verre, tous de même volume, tous pourvus d'un tube de même forme, tous contenant la méma quantité de bouillon de levure. Les uns furent remplis avec l'air du grand amphithéâtre de la Sorbonne, et donnèrentpresque tous raison à M. Pasteur; mais les autres avaient été transportés à Bellevue, placés sous de gracieux ombrages remplis d'un air électrisé riche en ozone. La décoction de levure qui y était renfermée
ne resta point inerte. On eût dit que des germes sans nombre avaient pénétré dans leur intérieur, car la vie s'y était réveillée avec une activité surprenante. Presque tous étaient remplis de végétations, d'animalcules de composition assez élevée dans l'échelle des infusoires. N'est-ce point l'ozone, messager fidèle chargé de la puissance de la foudre, qui avait produit ces effets merveilleux inexpliqués encore?
En effet, le tonnerre exalte les propriétés, surexcite les appétits de l'oxygène de l'air, de celui qu'il arrache à l'hydrogène. Il transforme ce corps, déjà si actif, en agent de décomposition, en complice des germes, qui sait, peut-être en germe lui-même.
Pourquoi des foudres innombrables n'auraient-elles point accompagné la naissance de la Vie, s'il est vrai que ce grand événement ne soit pas contemporain de la création de la terre. Pourquoi l'énergie du grand comburant de notre monde sublunaire n'a-t-elle point été portée à son paroxysme par d'épouvantables orages, alors que toutes les planètes réunies dans le premier point du Bélier, employaient leurs énergies, si les astrologues ont dit vrai, à animer notre terre.
Sans remonter si loin vers l'origine inextricable des choses, nous pouvons dire que la plupart des végétaux seraient hors d'état de fixer l'azote de l'air, si l'électricité ne lui faisait subir des mutations préparatoires. La flamme merveilleuse fabrique sous nos yeux les nitrates aériens que l'eau de la pluie va précipiter à la surface de la terre. Elle met en rut l'azote, ce gaz inerte par excellence!
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Électricité divine, si tu coûtes la vie à quelques animaux, à quelques plantes, ce n'est point une raison pour blasphémer contre tes œuvres, pour méconnaître Futilité du rôle que tu remplis dans le monde. Quelle multitude d'êtres ne le doivent pas leur existence? N'est-ce point de toi que l'on peut dire ce que Lucrèce a dit de Vénus?
D'autres fois, après certains grands coups de tonnerre, l'abondance de l'ozone est si grande, que son odeur suflat pour mettre les témoins de l'explosion en danger de mort. Boyle rapporte un accident produit à Genève par cette merveilleuse électrisation de l'air, pendant qu'il séjournait dans cette ville, où il se réfugia pour compléter son éducation loin de la révolution d'Angleterre. Une sentinelle faillit être précipitée dans le lac, parce qu'elle fut suffoquée par l'odeur de soufre accompagnant un coup de tonnerre qui tomba dans le voisinage de sa guérite.
Cent cinquante ans plus tard, le même phénomène se produisit dans l'intérieur de l'église de Kervern, pendant que l'on chantait des litanies. La foudre ne blessa personne, mais l'odeur qu'elle développa sur son passage fut si épouvantable que tous les assistants perdirent connaissance. Il ne faut donc point s'étonner encore que les anciens aient été frappés de cette propriété, qu'ils aient remarqué que l'odeur laissée par la foudre offre une certaine analogie avec celle du soufre. Fidèles à leur habitude de généraliser leurs observations, ils en avaient conclu que ce corps était formé par le tonnerre, et ils lui avaient en conséquence donné
le nom de theion^ qui veut dire divin, dans la langue de Platon.
Plusieurs physiciens ont cru que l'absence de l'ozone semble liée à l'invasion du choléra, comme si ce corps actif était un vigilant gardien de la salubrité de l'atmosphère et disparaissait avec elle.
En effet, il ne paraît pas illogique de supposer que l'oxygène électrisé détruit les germes morbides, ces riens volants qui nous portent la mort. Quel désinfectant plus énergique que le gaz qui fait virer au bleu le papier amidonné que l'iode a rendu sensible! quelle fumigation au chlore pourrait, comme celle que produit le tonnerre, s'étendre sur un pays tout entier! Cependant, par une sorte de contradiction infernale, il semble que le choléra fasse rarement son apparition dans les grandes villes sans se faire annoncer par la tempête. 11 est vrai que, môme dans ce cas, il disparait souvent comme il a commencé, à la suite de violents orages. Pour ne citer qu'un exemple, nous rappellerons que la ville de Milan fut débarrassée par un vent épouvantable de l'affreuse peste noire. Le souffle puissant de cet ouragan bienfaisant renouvela l'air putréfié jusque dans les plus humbles réduits, les plus obscures chaumières. Craignons donc de laisser calomnier les grands bouleversements de l'atmosphère, fléaux aussi nécessaires parfois que ceux qui dramatisent l'histoire du monde. Ne nous laissons entraîner à calomnier, ni les guerres, ni les révolutions, ni l'ouragan, ni la foudre, ni le tonnerre !
LA RECOLTE DE LA FOUDRE. iil
L'on trouve souvent à la cime des rochers des métaux fondus, qui semblent avoir été transportés par la foudre, dont les traces sont encore visibles.
Au mois de mai 1772, le duc de Bourbon se promenait à Chantilly avec une suite nombreuse, lorsqu'on le vit tout à coup enveloppé d'une flamme claire. Quand ses serviteurs s'approchèrent, ils s'aperçurent avec stupéfaction qu'il portait sur les joues et à la lèvre supérieure des traces onctueuses, noirâtres, produites par une espèce de suie, déposée par le météore.
Quelquefois ces matières noirâtres sont en quantité assez notable pour changer la couleur de la peau des victimes du tonnerre. Le docteur Sestier rapporte l'histoire d'un vieillard et de sa fille, qui furent trouvés dans leur chambre avec la figure noircie par la foudre qui les avait frappés de mort. Le même auteur ajoute ailleurs qu'on s'aperçut que les corps de quelques marins foudroyés semblaient avoir été trempés dans de la poudre à canon, car ils étaient couverts des pieds à la tête par une substance noire.
Quand on releva le cadavre d'un vigneron des environs d'Orléans qui avait été sidéré, on s'aperçut que sa figure était barbouillée d'une couche d'oxyde de fer!
Voilà des faits étranges, effrayants, paradoxaux; cependant la physique nous défend de crier à l'imposture, au miracle! Tout le long de la courbe qu'elle parcourt
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dans les airs, la foudre ramasse de la matière. Elle charrie son butin au point où elle aboutit; que ce soit un chêne ou un brin d'herbe, un palais ou une chaumière, un paysan ou le premier prince du sang royal de France, elle ne fait aucune ditïérence. La nature du dépôt ne dépend que de la composition des substances rencontrées au hasard de la fourchette dans Tatmosphère.
Les aérolithes qui se dissolvent dans Tocéan aérien, qui se consument en tombant à la surface de la terre, renferment d'immenses quantités de soufre ou de sulfures dispersés à Tétat de poussière impalpable, invisible, insaisissable. La foudre, qui ne laisse rien échapper, saisit et recueille bien des fois ces atomes et les étend à la surface des corps sur lesquels semble se diriger sa fureur.
Ainsi M. Fusinieri reconnut plusieurs fois que les maisons frappées de la foudre étaient recouvertes d'une couche de sulfure de fer.
En examinant les débris de la toiture de l'église d'Upsal, qui avait été frappée par un coup de foudre, Bergman aperçut une poudre d'un aspect singulier, qui ressemblait à du soufre; mais en y regardant de plus près, il put se convaincre qu'il avait affaire à du cuivre réduit en limaille, arraché par l'électricité à quelque toit du voisinage. Une lame de cuivre s'était comportée comme l'appareil de physique connu sous le nom d'excitateur, dont une partie laisse échapper une traînée métallique lorsque la décharge est d'une intensité exceptionnelle.
Quelquefois le soufre apporté par la foudre arrive en grande abondance, comme on Ta vu à Toccasion de Forage du 24 août 1764. On trouva que les ardoises du château d'Heidelberg étaient couvertes de petits corps jaunâtres, et que les murailles atteintes par le météore avaient été recouvertes d'une espèce de vernis.
La matière ainsi projetée est lancée par une main si puissante qu'elle pénètre jusque dans Tintérleur des corps, paraissant se jouer de l'impassibilité de la matière. M. Jwinder raconte qu'il a retrouvé des traces de sous-sulfure de fer jusque dans le cœur de peupliers frappés par le tonnerre.
Si le soufre, toujours chargé d'électricité dans un trajet de cette nature, tombe sur des matières susceptibles d'entrer en combinaison avec lui, il s'y engage avec Une facilité très-facile k comprendre. On sait, en effet, combien les substances électrisées sont avides de former des produits nouveaux. M. Bonjean donne, dans les Comptes rendus de C Académie des sciences^ un exemple saillant de ces transformations si communes sans doute dans le grand creuset de la nature.
Le 14 juin 1 846, la foudre tomba sur Téglise de Saint- Thibaux-de-Cour. Comme il arrive souvent, Tédifice se trouva tout d'un coup rempli de fumée exhalant une odeur sulfureuse. Quand on examina ce qui s'était passé, on reconnut qu'un cadre et six chandeliers dorés étaient recouverts d'une couche de sulfure formé sur place par une réaction soudaine.
Il y a des coups de foudre qui produisent un effet inverse. Au lieu d'apporter quelque chose, Tétincelle atmo-
sphérique enlève au malheureux qu'elle a choisi pour pôle de départ un nombre plus ou moins grand d'atomes.
Une jeune fille qui portait un collier d'argent fut traitée comme le toit de l'église d'Upsal. La foudre ne se borna point à rompre le coquet ornement, elle arracha des molécules à chacune des petites sphères. Quand on l'amassa la malheureuse, on s'aperçut que sa peau était marquée de petites lignes noires répondant à l'inlervalle des grains de sa parure. Là s'était déposée la poussière argentine que le météore avait arrachée au moment où il se précipitait sur elle.
Une dame riche, qui portait une chaîne d'or quand elle fut foudroyée, portait une cicatrice analogue. On trouva sur son cadavre une ligne pourpre formée des débris de la chaîne.
Ces observations auraient pu apprendre aux chimistes, s'ils ne l'avaient pas su déjà, que les métaux changent de couleur quand ils sont réduits en poussière d'une forme extraordinaire.
Nous devons donc reconnaître à l'aide de ces faits, que la foudre possède le pouvoir de triturer les éléments des corps au point de les réduire, pour ainsi dire, en vapeur sans le secours de la chaleur. N'est-ce point ce qui semble résulter de l'observation faite bien des fois sur des cordons de sonnette qu'on a trouvés volatilisés par arrachement moléculaire?
Cette vapeur, produite dans des conditions aussi extraordinaires, serait froide, analogue peut-être à celle qui est répandue dans les régions planétaires, et qui, par sa condensation, donne naissance aux aérolithes.
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L'étincelle atmosphérique possède donc, avec une effrayante énergie, des propriétés diamétralement opposées.
Au moment où Ton voit des foudres qui rassemblent des objets épars, peut-être en jaillit-il d'autres qui réduisent en atomes ceux qui semblent doués d'une dureté prodigieuse. Faut-il s'en étonner? Évidemment non, puisque tout ce qui tient à Télectricité ou au magnétisme nous montre le concours de deux forces ennemies éternellement en lutte Tune contre l'autre.
Les anciens avaient été conduits à attribuer à la foudre un véritable pouvoir générateur , parce qu'ils avaient reconnu qu'elle traîne avec elle une multitude d'objets dont il leur paraissait impossible d'expliquer l'origine. Que notre science soit aussi logique que la leur, dont nous nous moquons avec si peu de droit. Nous dirons donc que ces immenses éclairs nous apportent des échantillons des substances qui errent dans les flots de l'océan aérien. Un ballon qui porterait un aspirateur ramènerait également la preuve que les vents promènent dans ces solitudes inexplorées des masses de poussières métalliques et sulfureuses .
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Arago a démontré, en comparant un grand nombre d'observations, que les tonnerres sont beaucoup plus rares en pleine mer que sur les continents. C'est la
turbateur par excellence dans le mouvement incessant des températures. En effet, elle passe par de brusques alternatives de froid et de chaud, tandis que la surface de Teau est maintenue en équilibre par la mobilité de ses particules, et par la facilité avec laquelle elle émet d'inépuisables vapeurs. Mais si elle n'était soutirée par rextrémité des montagnes, merveilleux paratonnerres naturels, Télectricité s'accumulerait indéfiniment dans les régions supérieures. Il arriverait sans doute un moment où le repos de la nature serait compromis, car l'atmosphère deviendrait iinpuissante !
C'est, en effet, loin des côtes et de l'action providentiellement provocatrice des roches, que se forment les cyclones, faible image dé ce que seraient les tempêtes électriques si la terre était recouverte par un Océan sans rivages, si Taction plutonnienne n'avait soulevé les cônes des grands monts, sublimes provocateurs.
Ne nous est-il pas permis d'admirer la grande parcimonie de la nature, qui fait concourir au même but tant de forces et tant d'élémenls contraires ! Les révolutions de lair et celles du dessous 'du monde ne semblentelles pas conjurées pour maintenir la stabilité nécessaire à la production de la vie, rendre possible l'évolution de la pensée, de sorte que la terre puisse servir de théâtre à la vertu, d'objet de recherches à la science ! Cependant jusqu'à ce jour les géologues ont souvent confondu les traces de la fulguration avec les effets de simples éruptions volcaniques. Ils ont presque toujours négligé d'étudier ces honorables cicatrices, provenant des forces inconnues qui résident au-dessus de
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nos têtes. Quel sera le savant qui comprendra qu'il peut recueillir une gloire immortelle en étudiant des traces sans doute plus faciles à saisir que la direction des roches striées ? Est-ce que Faction du feu du ciel n'a pas dû être aussi énergique sur nos massifs pyrénéens et alpestres que la simple friction des roches erratiques? Qui oserait affirmer que Ton ne découvrira point un jour que la terre a passé par un âge fulgural comme elle a traversé une période glaciaire?
Est-ce que Jupiter n'a pas dû intervenir bien des fois dans les batailles que Neptune et Vulcain se sont si souvent livrées l'un à l'autre? Croit-on qu'il se soit lui-mênue condamné à conserver une neutralité attentive?
Hâtons-nous de rendre hommage à quelques penseurs, ne' laissons point peser un seul instant nos critiques sur les recherches faites par Saussure au mont Blanc, par Roman au Pic du Midi, par Humboldt et Bonpland à la haute cime de Toluca. Partout les traces de l'action du tonnerre ressemblent à un véritable émail parsemé d'une infinité de petites bulles. On voit par transparence, derrière cet enduit ou vernis, la marque de stratifications nombreuses que la foudre a couvertes d'une espèce de glacis destiné à mettre en valeur leurs différentes teintes. L'épaisseur de celte vitrification est presque toujours très-faible, la surface ne dépasse pas quelques centimètres carrés ; on dirait que la foudre a plutôt caressé ces roches qu'elle ne les a réellement ébranlées.
11 n'y a pas un siècle encore qu'un simple curé de
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village, le pasteur HermandeMassel, trouva dans le sein de la terre sablonneuse de Silésie un tube irrégulier qui disparaissait en se ramifiant à de grandes profondeurs. Quel était cet objet étrange? La route souterraine mystérieuse que le feu du ciel avait suivie pour aller s'éteindre le plus rapidement possible dans les eaux intérieures ! Le sable vitrifié s'était figé sur place et avait été façonné en tuyau de forme assez régulière. Que de choses le microscope nous permettrait de lire le long de cette ligne oblique ! Que de réactions produites par ces bandes capricieuses! Que de groupements inexpliqués sous l'action d'une chaleur susceptible de tant de nuances, depuis le mouvement insensible jusqu'à des températures inaccessibles aux creusets de nos laboratoires! Qui. sait si la grande industrie moderne ne doit point déjà aux leçons de la foudre un grand nombre de ses merveilles? En effet, les anciens connaissaient les fulgurites. Ils étaient même assez populaires pour qu'on en trouve une mention expresse chez les poètes, et notamment chez Lucain, comme nous le verrons tout à l'heure.
Qui oserait affirmer que ce n'est pas la vue de ces conduits qj^culaires, dont la paroi intérieure est semblable à ufte opale vitreuse, qui donna aux hommes du monde primitif l'idée de fabriquer la poterie? N'est-il pas naturel de chercher à employer le feu que nous savons allumer, à produire les effets que nous montre le feu qui sort de la main des dieux eux-mêmes?
Puisque le ciel manie si bien la foudre, est-il donc ridicule de croire qu'il a pu prendre la peine de
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faire réducation de rhumanilé naissante? Pourquoi les mythes de Tancien paganisme n'auraient-iis point un sens profond? ne songe-t-on pas involontairement à
Fulguriles.
Promélhée qui tire le feu du ciel, et aux vestales qui sont chargées de l'entretenir?
A une époque où les idées de Lucain avaient été oubliées dans notre Europe ravagée, les Chinois étudiaient les fulgurites avec un soin dont nous n'étions pas capables encore. Ils les connaissaient peut-être
mieux que nous ne les connaissons aujourd'hui nousmêmes.
Les missionnaires nous apprennent que Temperenr Kang-hi n'avait point dédaigné de faire sur les pierres de foudre des travaux et des remarques que plus d'un savant moderne considérerait peut-être comme n'étant point indignes d'occuper ses loisirs.
Les dimensions des fulgurites, ainsi que tout ce qui tient à Télectricité, élément dont le vrai nom nous semble devoir être inconstance, sont excessivement variables. On en connaît qui ont 14 millimètres d'ouverture et dont la paroi vitrifiée a jusqu'à près de 30 millimètres d'épaisseur. Quelquefois on a pu suivre les traces du passage de la foudre sur une longueur de plus d'une dizaine de mètres, ce qui indique que la décharge a dû avoir un parcours beaucoup plus long. Dans des cas aussi remarquables, le fulgurite a été même le siège d'une action calorifique très-intense. Souvent le sable voisin des parois a lui-même subi une espèce de transformation chimique, due à une sorte d'action métamorphique pareille à celle que Ton constate près d'un filet de laves incandescentes.
Quelle différence avec les traces presque insaisissables que nous avons retrouvées sur le sommet des pyramides de basalte! Le foudroyé n'est jamais le grimpeur qui cherche à dompter la cime couverte de neiges virginales! Arban, Crosby, Sadler, ont pu impunément naviguer au milieu des orages. L'éclair a circulé autour de leur nacelle! Respectant leur hardi aérostat, la foudre a frappé sous leurs pieds. Elle a réduit en poussière