‹ Éclairs et tonnerreChapitre 39 sur 63 · DANGERS DE LA RICHESSE ET DE LA COQUETTERIE · texte numérisé non relu

DANGERS DE LA RICHESSE ET DE LA COQUETTERIE

Suétone raconte qu'Auguste portait une peau de veau marin pour se protéger de la foudre, et les Césars, ses héritiers de la Rome, paraissent avoir redouté ce météore au moins autant que le poignard des conspirateurs. Peut-être était-ce à cause de la légende de Romulus ; peut-être çraignaient-ils que Jupiter ne vengeât la liberté romaine déshonorée depuis Brutus. Le cauteleux fondateur de Tempire aurait pu plus mal choisir j?our défendre sa royale personne contre une foudre séditieuse, car une tunique faite avec cette matière épaisse et toujours huileuse doit offrir une trèsgrande résistance à la fulguration. Elle doit être considérée comme un écran certainement aussi efQcace que la robe de soie d'une élégante ou l'étole d'un prêtre.

Les vêteinents isolants exercent une influence préservatrice incontestable, dont on pourrait citer mille exemples : mais les parties d'or» et généralement Ibé Inétaux qui entrent dans l'ajustement détruisent l'effet utile ; ces masses métalliques soutirent la foudre quelquefois avec une facilité telle qu'on peut se trouver

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changé en bouteille de Leyde ambulante. Que Ton nous permette de citer quelques-unes de ces circonstances instructives.

. Il y a cent ans, Saussure fut surpris par un orage au sommet du Brevent avec plusieurs compagnons. L'air était si fortement imprégné de fluide, que chacun des voyageurs sentait un picotement quand il levait un doigt en Tair. Celte sensation était due au passage d'un jet de matière fulminante qui sortait du rocher par le corps des physiciens, et se dispersait dans les airs, comme il arriva au physicien Siemen sur le sommet de la pyramide de Giseh. Un des voyageurs, qui portait un galon d'or à son chapeau, n'avait pas besoin de provoquer la décharge. Il entendait constamment un bourdonnement effrayant retentir autour de sa tête. Chaque fois qu'on approchait la main d'un bouton d'or qui couronnait son couvre-chef, on en tirait de violentes étincelles. Arago rapporte, sur la foi d'un auteur allemand, l'histoire plus caractéristique encore d'une jeune fille à qui le météore enleva une aiguille d'or quf servait à retenir ses cheveux. La foudre avait fondu ce bijou sans faire de mal à la jolie promeneuse. Mais, sans la présence de cet objet brillant, le feu du ciel n'aurait pas troublé sa douce réveçie.

Singulière analogie bien digne d'occuper les méditations des philosophes! ces bijoux, qui ont si vivemejit le privilège d'attirer nos yeux, de les fixer par un magnétisme étrange, indéfinissable, semblent provoquer les aflanités secrètes du tonnerre.

Ce danger spécial, fort réel, attira sans doute trop

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viTement rattention du célèbre Bridone. Désespérant de voir les femmes renoncer à une sorte d'hypnotisme, qui rehausse trop bien leurs charmes, l'illustre voyageur voulut remédier au danger par un procédé mécanique. Il imagina donc un paratonnerre portatif, à Fusage des élégantes, et proposa à chaque femme de porter dans ses jupes une petite chaîne ou un fil d'archal qu'elle accrocherait en temps d'orage aux parties métalliques de sa coiffure. Il lui semblait, avec raison du reste, que la matière fulminante s'écoulerait jusqu'à terre par cette route facile. La foudre ne serait plus obligée de traverser encore les membres inférieurs, en produisant sinon toujours la mort, du moins les plus terribles accidents. Un farouche prédicateur du temps déclara qu'il valait mieux laisser les femmes exposées au feu du ciel. Si quelque pécheresse était foudroyée, s'écria-t-il, cela ferait peut-être peur aux autres! L'usage des cerceaux de fer, qui servent d'âme aux crinolines, semble avoir augmenté notablement l'attraction que le beau sexe doit exercer sur la matière fulminante, et mis en péril l'immunité dont elles ont paru jouir! Cependant les statistiques du savant M. Boudin ne paraissent point avoir établi que le nombre des femmes foudroyées ait augmenté notablement depuis la naissance de cette mode dispendieuse. Peut-être l'habitude de porter de la soie qui s'est généralisée a-t-elle servi à contre-balancer les effets des cages? Du reste, les villageoises, qui fournissent le plus grand contingent aux morts féminines par sidération, n'ont point encore pris l'habitude de traîner les crinolines dans les

champs où elles gardent les moutons, les porcs, les oies ou les dindons, comme au moyen âge.

Quoi qu'il en soit, Tinvenlion du bon Bridone est bien loin d'être la plus ridicule de toutes celles que la crainte du tonnerre ait mises au jour.

Un savant du siècle dernier a imaginé un parafoudre parapluie, en soie bien entendu, et terminé par une chaîne destinée à être traînée par terre.

Peut-être était-ce à la suite d'un accident arrivé à notre grand-père maternel, et qu'il raconte en détail dans ses mémoires. 11 paraît qu'il fut frappé d'un coup de foudre qui tomba sur un parapluie en soie qu'il tenait à la main. Il se vit enveloppé d'un tourbillon de flammes qui ne lui firent aucun mal. Malheureusement il se crut sauvé par la protection divine. Oubliant que le taffetas pouvait être pour beaucoup dans le miracle, il se crut obligé depuis cet événement de se consacrer à la défense de l'autel et du trône jusqu'à la fin de sa carrière, qui fut fort longue. Il n'eut pas lieu de se féliciter d'avoir tenu la promesse qu'il avait faite au Dieu qui lance son foudre sur les pécheurs ! ^

Personne n'a sans doute oublié le conseil métaphorique, donné par Socrate à ses disciples, d'élever une maison de verre. Quelques gens peureux ont suivi à la lettre les avis du philosophe, et ont construit une cloche isolée qu'ils habitaient pendant les tempêtes. Nous ne croyons pas qu'il existe encore des originaux de cette force. Aussi nous avons cru devoir représenter un de "es trembleurs tapis dans son refuge, et attendant pour sortir qu'il n'entende plus le bruit du tonnerre.

Cloche paratonnerre.

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