L'AIMANT ET LE TONNERRE
Il y a bien longtemps que Ton a soupçonné que ces masses d'aimant doivent leur propriété aux effluves de la terre, à ces magnifiques jets de lumière auxquels on a donné le nom d'aurore.
En effet, dès que le gracieux voile de lumière se montre
Fondre attirée par les filons.
au-dessus des horizons du cercle polaire, des courants spontanés couvrent toute la surface de la terre. Le filon renfermé dans les profondeurs inaccessibles à l'homme est impressionné par cette foudre gigantesque harmonieuse, comme la modeste aiguille qui tremble dans
grande, suivant sa masse, son état de pureté, et son orientation par rapport à la route suivie ordinairement par les efiQuves.
C'est aux riches minerais du nord, fréquemment traversés par des courants de direction régulière, que nous devons la connaissance du magnétisme lui-même. Sans la pierre aimantée, produite par les aurores polaires, nous ignoVerions la boussole, nous ne nous serions point aperçus des palpitations du pouvoir magnétique de la terre. Nous devons donc pardonner au feu du ciel sHl trouble quelquefois Taiguille qui conduit nos navires, car c'est lui qui nous a donné cet instrument prodigieux faute duquel la navigation serait encore réduite au cabotage. C'est encore lui qui nous permet de pénétrer dans Tharmonie des mondes. Jusqu'où ironsnous? Dieu seul le sait, dirons-nous, en songeant à ce que Newton a déjà découvert, rien que pour s'être aperçu de la chute d'une pomme, poussée par une force aveugle, brutale, et toujours pareille à elle-même.
L'exemple de navires foudroyés à différentes reprises est beaucoup plus commun qu'on ne le croirait, surtout après ce que l'on sait de la rareté des orages en mer. Le Rudder fut foudroyé une seconde fois'quinze jours après avoir essuyé une première décharge; le Saxon, dix jours seulement après avoir été touché une première fois; le Massachusetts fut visité deux fois par
la foudre en une heure ; la Louise reçut six coups dans la même période ; enfin, le West-Pfnnt eut à soutenir une espèce de lutte contre le tonnerre. L'acharnement des météores fut si grand, si inconcevable dans cette singulière circonstance, que le navire reçut en quelques minutes d'intervalle sept décharges terribles, sept bordées célestes qui finirent par lui enlever une portion de son équipage.
Comment concilier avec la théorie que nous avons énoncée plus haut ces étranges accès de fureur? La solution de cet étonnant paradoxe est très-facile à découvrir, en ayant recours aux tois que nous avons invoquées déjà à différentes reprises. En effet, les vaisseaux modernes, où le fer est si généreusement prodigué, ont tout ce qu'il faut pour attirer la foudre avec une grande énergie. Ils déterminent par conséquent, en voguant sur les mers orageuses, une infinité de coups de foudi^ qui n'auraient pas éclaté sans leur présence.
Si les mâts étaient élevés de plusieurs centaines de mètres comme le cerf-volant électrique de Franklin, les navires pourraient être considérés comme d'immenses déflagrateurs; de terribles décharges, des lames de feu prodigieuses accompagneraient les pas des navigateurs. Heureusement les proportions relativement modestes de nos constructions navales diminueAt da» une proportion notable le danger de ces provocations^ Cependant, quand les navires armés en guerre sont chargés de fer et de poudre, il devient plus redoutable. Ainsi les registres de l'Amirauté anglaise nous ap-
royale de la Grande-Bretagne perdit soixante-dix navires mis hors de service par le feu des orages. Nous pourrions dire que le dieu des armées navales avait pris la défense des Français, obligés d'abandonner les mers, et qu'il foudroyait les successeurs de Nelson pour venger Napoléon le Grand du désastre de Trafalgar.
Nous préférons rappeler simplement que la décomposition des fluides naturels était aidée par la présence des munitions accumulées dans les navires de Sa Majesté britannique. Ce qui nous confirmera dans cette opinion moins patriotique, mais raisonnable, c'est que la moitié des, navires désemparés étaient à deux ou trois ponts ; les pertes avaient donc porté sur la classe des vaisseaux de ligne dans une proportion beaucoup plus grande que leur nombre. La faveur dont ces navires ont été Tobjet prouve déjà que la foudre choisit en général ceux qui ont à leur bord une cargaison compromettante. Immédiatement après la paix, nous voyons le nombre des sinistres descendre. Le ciel les laissa en repos parce qu'ils avaient cessé de transporter de la poudre et des boulets en masse provoquante.
Les coups de foudre maritimes atteignent quelquefois des proportions gigantesques, dont les orages terrestres ne permettent point de se faire une idée ; car quelquefois il suffit d'un seul coup de foudre, pour envoyer un navire au fond de Tocéan. Rien que dans les deux années 1829 et 1830, la marine royale d'Angleterre en perdit deux, que Ton vit disparaître corps et biens! Qui nous dira combien de vaisseaux ont été traités de la sorte dans les mers lointaines? combien seraient
revenus de leurs croisières s'ils avaient été pourvus de paratonnerre? Peut-être ont-ils péri parce que leur paratonnerre, plus défectueux que celui du New-York, ne pouvait suflBre à l'écoulement d'un torrent de matière fulgurante?
L'invention des machines à vapeur et des cuirasses en fer, dont les Monitor et les Napoléon sont revêtus, aurait donné au danger provenant de la foudre une proportion réellement effrayante, si le mal n'avait porté en lui-même son propre remède, car la foudre semble éviter les bateaux à vapeur. Si elle tombe, ce n'est guère que dans le voisinage. Les navires cuirassés semblent moins menacés que les navires ordinaires. C'est en réalité un malheur.
Si la foudre avait détruit ces affreux navires, nous aurions eu à déplorer la mort de braves marins, mais nous n'aurions pas vu des nations qui se disent civilisées gaspiller tant de millions à perfectionner simultanément les moyens d'attaque et de défense; ces monstres d'acier n'auraient pas promené sous tous les climats leur hideuse carapace; le tonnerre aurait fait justice de ces produits informes du génie de la destruction. Mais le feu du ciel nous aurait également contraints de nous en tenir aux anciens moyens de transports maritimes. La vapeur n'aurait pu dompter tous les océans. Félicitons-nous donc, malgré les Miantonomak et les Warrtor, de ce que le génie du fondateur de la république des États-Unis semble veiller à la conservation des œuvres d'un de ses plus illustres compatriotes, du grand Fulton lui-même ! !
POUVOII FOUDIOTAIT ITIM HOME FOUDIOYC
M. Baudin, rédacteur des Armaks cTkygiène^ justement estimé par la sagacilé de ses remarques, raconte, dans une note publiée récemment, que Taclion de la foudre serait susceptible de se transmettre et de tuer les imprudents qui toucheraient une victime du tonnerre après un certain temps. Il raconte que plusieurs fois les passants qui ont voulu ramasser des cadavres sur lesquels la foudre venait de tomber auraient été frappés à leur tour.
Voilà la charité récompensée d'une façon qui fait peu d'honneur au météore ! Ne dirait-on pas que le malheureux sidéré est la proie d'une puissance jalouse , néfaste, impitoyable, qui ne veut point qu'on lui arrache sa victime? Place à la foudre ! que nul ne s'avise de toucher ceux qu'elle a destinés à mourir!
Un malheureux fut foudroyé dans la journée du 30 juin <854, près du Jardin des Plantes de Paris. Sbn corps resta pendant quelque temps exposé à une pluie battante, ce qui semblait devoir favoriser la dissémination du fluide dans le réservoir commun. Aucun effet réflexe ne semblait donc à craindre. Lorsque l'orage se fut apaisé, deux soldats se mirent en devoir de relever le cadavre, qu'on ne pouvait laisser surla voie publique; mais au moment où ils le touchèrent, ils reçurent une violente commotion, une douleur très-vive, qui leur fit éprouver une surprise plus vive encore.
Il y a trois ou quatre ans, un orage éclata à Zara, en Dalmatie, et renversa le télégraphe électrique. Deux artilleurs furent chargés de remplacer les fils rompus. Qui aurait pu supposer que ces excellents conducteurs, qui laissent passer le courant avec une facilité si surprenante, auraient conservé la foudre dans leur intérieur? Cependant les deux artilleurs reçurent une commotion si vive qu'ils furent terrassés tous deux et roulèrent l'un et l'autre.
L'un de ces deux foudroyés de seconde main perdit immédiatement connaissance ; l'autre essaya de se relever, mais il retomba immédiatement au moment où il toucha un de ses camarades accourus pour le secourir. Ce dernier, qui goûtait, s'il est permis de s'exprimer ainsi, la troisième édition de la foudre, éprouva encore des accidents nerveux de la nature la plus grave ; son bras présenta même la trace d'une brûlure à l'endroit où il avait été touché par le foudroyé du second degré. Mais au risque d'être foudroyés nous-mêmes, ne laissons jamais sans secours une victime du tonnerre.
Sémélé ne put se contenter longtemps, dit la légende, de recevoir Jupiter dans l'humble déguisement qu'il avait pris pour dissimuler son rang suprême. Elle supplia son divin amant avec tant d'ardeur de se montrer dans toute sa gloire, qu'il se vit obligé de con-
.yGoogk
descendre à satisfaire un caprice dont il comprenait mieux que personne tout le danger.
L'ambitieuse Sémélé 'fut satisfaite, mais Téclat dont le dieu fut entouré produisit sur la malheureuse Teffet d'un terrible coup de foudre, et la réduisit en poussière. Jupiter n'eut que le temps de sauver le fils qu'elle portait dans son sein. Comme le petit dieu n'était point encore d'âge à étreJançé dans le monde, il le renferma dans sa cuisse. Cet enfant, espèce de Moïse sauvé non des eaux du Nil mais du feu céleste, n'était autre que Bacchus, à qui nous devons la connaissance de la vigne et l'usage du vin.
Il était naturel que cette fable poétique laissât quelque trace dans les opinions botaniques et électriques des anciens. Columelle fait l'éloge de la sagacité d'un patricien peureux qui avait trouvé le moyen de mettre sa maison à l'abri du feu du ciel en l'entourant de vignes. Plus de deux mille ans d'expériences, ajoute ironiquement Ârago, n'ont pu justifier l'habitude de transformer nos treilles en paratonnerres.
Les Romains croyaient encore avoir remarqué que plusieurs espèces d'arbres, entre autres le laurier, ne sont jamais frappés par la foudre. Quoique trop absolue, sans aucun doute, cette opinion n'est peut-être point tout à fait aussi ridicule qu'on a essayé de le faire croire. En effet, les arbres qui donnent la résine, le caoutchouc, le camphre et autres substances rebelles au passage de Télectricité, peuvent être considérés comme passablement isolants dans les coups, de foudre qui n'ont point une intensité trop grande. Mais les
sLBciens aimaient à pousser les mythes jusqu'à leurs extrêmes limites. Non-seûlement Ajax, fils d'Oïlée, est puni de son impiété par Jupiter, qui le change en rocher, mais Neptune tient à contribuer au châtiment du sacrilège, et brise en deux le rocher en le frappant d'un coup de son redoutable trident.
Conséquents avec leur croyance, ils avaient fait du feuillage de certains arbres résineux une sorte de talisman pour repousser la foudre. Suétone nous raconté que Thôtede Gaprée se mettait sur la tête une couronne de laurier chaque fois qu'il entendait résonner le tonnerre de Jupiter. Ce prince soupçonneux, qui croyait avoir coupé à ses ennemis toutes les routes de l'assassinat, voulait se garantir contre le sort de TuUus Hostilius. Il eût mieux fait de chercher à éviter les coussins de Macron.
La foudre semble, au premier abord, être coupable de la mort d'un assez grand nombre de princes pour que Ton comprenne l'effroi d'un tyran pour le moins aussi soupçonneux qu'il était cruel. Mais des esprits sévères se diront que la foudre a dû souvent être aussi innocente de la mort des princes qu'on l'accuse d'avoir fait disparaître, que de celle de Romulus à laquelle aucun critique n'ajoute foi, malgré le témoignage de Julius Proculus.
Ne reconnait-on pas en quelque sorte la main des assassins dans la fin funeste de Caius ? Est-ce que cet empereur prétendu foudroyé n'avait pas dans son étatmajor Arius Aper, cet homme sanguinaire qiie Dioclétien fit périr dans les supplices comme coupable du
meurtre de Numérien? Croit-on que ce soit le feu du ciel -qui ait réellement frappé Tempereur Anastase? Peut-être; mais il faudrait oublier que ce prince se brouilla avec les évoques, qu'il eut le malheur d'exciter les haines théologiques, les plus implacables de toutes, celles qui sont plus à craindre que tous les météores du monde.
En général, la vraie foudre du ciel semble respecter les souverains et ne frapper que leur entourage, quoique le jeune roi de Grèce ait été renversé de nos jours, pendant un orage, sur le pont d'un navire qu'il montait: mais un roi de Grèce n'a peut-être pas une suite bien nombreuse. Il paraît certain que la foudre qui tomba sur la litière d'Auguste, en expédition chez les Cantabres, ne lui fit pas éprouver le moindre mal, pendant qu'elle tuait l'esclave qui portait la torche destinée à éclairer la route du maître du monde.
Éginhard raconte que le même fait serait arrivé à Charlemagne. Le cheval qu'il montait fut tué par une foudre étrange qui respecta le cavalier. Etait-ce la main de la Divinité qui s'étendait ainsi sur le divin empereur?
Sans doute il ne manque point en notre siècle sceptique de flatteurs qui chercheront à faire croire à une immunité du rang suprême. Mais comment ne pas nous rappeler ce qui arrive lorsqu'on fait la chaîne auprès d'une machine électrique? Qui ne sait que les personnes situées aux extrémités reçoivent les . chocs les plus intenses, qu'elles sont quelquefois les seules à recevoir des secousses? Des hommes marchant les uns à la suite
des autres peuvent être considérés comme étant dans la même position que ceux qui se touchent la main et font la chaîne. Or, il est rare que les majestés se trouvent isolées, sans coureurs d'avant-garde et sans escorte à leur suite, par crainte, non de la foudre, mais des mauvaises rencontres. Si le tonnerre, appelé souvent par les broderies du monarque, vient à tomber, c'est presque toujours pour tuer ou blesser Tentourage.
Lorsque la foudre tomba, le 12 août 1783, sur M. d'Aussac, ce malheureux gentilhomme n'était pas le seul à chevaucher sur la route maudite ; il cheminait à côté de MM. de Contran et de Lavalongue, dont les chevaux furent tués comme le sien, et qui semblaient, par conséquent, destinés à partager son sort. Comment expliquer que ces deux compagnons aient échappé au météore ? Qu'est-ce qui nous dira pourquoi le tonnerre choisit deux victimes parmi les quatre cents spectateurs entassés dans la salle de spectacle de Mantoue? Qui est-ce qui devinera ce qui détermina la mort des dix individus tués par le coup de tonnerre qui visita la salle de spectacle de Feltre,' dans la Huit du 26 au 27 juillet 1779?
Bien plus malin encore sera celui qui nous dira pourquoi plusieurs personnes ont été frappées à plusieurs années d'intervalle. Est-ce que le feu du ciel éprouveverait quelque singulière satisfaction à renouveler les
anciennes blessures qu'il a faites? C'est ce que Ton serait tenté de croire en voyant madame Haine, américaine de rindiana, frappée au pied deux fois successives. Ne croirait-on pas qu'il tient à reprendre ceux qu'il a marqués de son sceau, et qu'il considère comme devant lui appartenir, quand on apprend que le père Bosco a été foudroyé à trois reprises, à plusieurs années de distance?
Le nombre des sidérés est si petit, que la répétition de ces événements ne saurait être l'effet du hasard. Il serait plus facile de gagner plusieurs quines successifs à l'ancienne loterie royale, que le terne du père Bosco, à la loterie du tonnerre.
Peut-être serait-il plus raisonnable de croire que certaines personnes ont la propriété d'attirer la foudre, comme d'autres ont celle moins compromettante de laisser passer les effluves de la terre, et de se couronner d'auréoles mystérieuses? S'il en était ainsi, nous dirions que ce ne sont point, toutes choses égales d'ailleurs, les hommes les plus éminents, les plus sympathiques, les plus impressionnables, que menace le feu du ciel. Ils ont tant à souffrir de l'ignorance des hommes, que le ciel devait bien leur faire une légère faveur; il se devait à lui-même de ne les frapper pour ainsi dire qu'à regret, quand Téclair ne peut passer ailleurs!
Une multitude d'anecdotes semblent prouver que les êtres animés sont d'autant plus exposés qu'ils sont en quelque sorte plus réfractaires au passage du fluide mystérieux. En effet, presque toujours il choisit de préférence les animaux. La foudre tomba, dit la chro-
nique, sur la fameuse abbaye de Noirmoutiers dans le courant de Tannée 1715; elle tua vingt-deux chevaux dans les écuries, mais elle ne fit aucun mal aux cent cinquante religieux qui étaient réunis dans le réfectoire, auquel elle rendit cependant visite. En effet, elle renversa la bouteille que chacun des cent-cinquante révérends pères avait devant lui, et qui renfermait ce que la chronique, toujours véridique, appelle sa ration d^abondance.
On dirait que de toutes lés espèces d'animaux qui vivent à la surface du globe, la race humaine est celle qui vit le mieux dans la société de la foudre, comme si le tonnerre était susceptible d'indulgence pour l'être chargé de porter sur les choses de ce monde le jugement d'une raison volontaire et distincte.
Le 26 septembre 1820, la foudre tombe sur un paysan qui conduit péniblement sa charrue; le coup est si violent, que les pauvres animaux qui la traînaient sont renversés foudroyés à mort à côté du laboureur. Celui-ci n'est qu'étourdi. Après quelques minutes d'étonnement, il se relève sain et sauf, sans autre mal que la peur.
Le 13 août 4862, un fermier de Saint-George-sur- Sarre menait un atelage de quatre bœufs lorsque la foudre se précipite sur sa voilure. Deux animaux sont tués, un troisième est jeté sur le flanc entièrement paralysé du côté gauche. Que croyez-vous qu'il arriva au fermier du passage d'un courant susceptible de terrasser trois êtres si robustes? II en est quitte pour un léger engourdissement!
Les anciens prétendaient que l'aigle et le veau marin
sont invulnérables. Singulière association de deux espèces si différentes. Il est possible que le célacé, enveloppé dans sa cuirasse de graisse, soit difficile à frapper, et que la plume donne une protection efficace. Ce dernier point paraît plus certain, car jamais la foudre ne paraît réellement redoutable pour les aigles des nuages.
Nous verrions Tétincelle atmosphérique préférer à rhomme presque tous les êtres animés, comme si elle avait la mission de ne frapper qu'à la dernière extrémité le grand prêtre de la pensée dans le monde! Qui sait si elle n'est point elle-même le véhicule de la pensée de la terre !
' En 4 526, un coup de foudre éclate près de Worcester, et frappe une jument, mais non Tenfant qui la menait à Tabreuvoir. En Fan IX, ayant à choisir entre un cheval, un mulet et un charretier, Fétincelle atmosphérique prend le mulet et le cheval, mais elle respecte le charretier.
En 1810, la foudre pénétra dans la chambre d'un M. Corven qui était à jouer avec son chien; elle tue le chien, mais elle ne fait rien au maître!
Neuf ans après la mort du chien de M. Corven, elle s'introduit dans l'église du Château-Neuf. Elle n'ôte la vie qu'à cinq personnes sur les deux cents qui s'y trouvaient rassemblées. Mais aucun des chiens qui s'étaient glissés dans l'enceinte consacrée en môme temps que les fidèles n'est épargné; ils sont tous étouffés sans miséricorde.
Le 9 mai 1855, elle tombe dans un champ de la com-
miine de Saint-Léger, où se trouvaient un troupeau de soixante-dix-huit moutons et deux chiens; tous ces animaux sont tués roides, mais la femme qui gardait le troupeau n'est que légèrement atteinte. Môme dans le cas où le' berger partage le sort de son troupeau, ces animaux sont en quelque sorte plus sévèrement traités que lui.
Le il mai 4865, vers six heure? et demie du soir, un formidable coup de tonnerre se fait entendre au sommet de la montagne dite Gay-Vieux-Sarts. Le berger d'un troupeau qui y paissait n'est pas épargné, il est tué avec cent vingt-six des moutons qui lui avaient été confiés. Quand on ramassa les cadavres, on trouva que les ., cheveux du berger avaient été enlevés et que ses vêtements avaient été réduits en lambeaux. Un petit crucifix en métal et un scapulaire, loin de le protéger (avis aux porteurs de reliques), avaient été lancés à 45 mètres de distance. Les moutons avaient été mutilés d'une façon effrayante; quelques-uns avaient la tête percée d'outre en outre, d'autres avaient même le coup coupé net comme s'ils avaient été guillotinés.
Ce n'est pas seulement d'une espèce à l'autre que ces étranges différences doivent être notées; mais dans le sein de la race privilégiée l'on pourrait sans doute constater des inégalités saillantes. Il est impossible de ne pas songer à l'idée que la nature ait senti la nécessité de protéger les nègres, comme s'ils couraient des dangers exceptionnels. Cependant on a de ce fait une explication plus simple, car l'on sait que la peau de nos
frères noirs est si fortement isolante qu'ils arrêtent généralement la commotion quand on les inter^le dans les chaînes!
Au contraire^ le nombre des femmes sidérées est si petit par rapport au nombre des hommes, malgré la conductibilité de leur peau fine et tendre, que Ton serait tenté de croire à une galanterie toute spéciale du tonnerre, si les statistiques très-brutales ne nous montraient que le nombre des femmes exposées aux orages est relativement moins considérable que celui des hommes. Le sexe masculin est en général adonné aux professions foraines et vagabondes, parmi lesquelles la foudre exerceprincipalementsa conscription funèbre.
Cependant on cite nombre d'exemples qui pourraient •porter à croire que les femmes situées au milieu d'un groupe d'hommes jouissent d'une immunité à peu près aussi grande que les bergers placés au milieu de leurs troupeaux.
Le 1*' août 1854, la foudre tombe à Pierrecourt (Haute-Saône); elle frappe, au milieu d'un -champ, un homme et une femme qui travaillaient à côté l'un de l'autre. L'homme est tué roide, tandis que la femme échappe; elle éprouve une paralysie tout à fait passagère..
Le coup de tonnerre de Maileret est encore plus favorable au beau sexe. Une famille composée de cinq personnes, la mère, deux fils et deux filles, se réfugie sous un arbre pendant un violent orage. La foudre vient à tomber au milieu de ce groupe : l'un des fils est tué et Vautre blessé; les deux filles en sont quittes pour la
AVANTAGE D'AVOIR Mî PETITS PIEDS. 207
peur, la mère seule éprouve une commotion qui peutêtre aurait suffi pour assommer un homme, un bœuf; elle ne reçoit qu'une légère blessure.
Le 27 mai 4853, Tétincelle atmosphérique tombe à Agremont, village du département du Gard. Elle frappe un groupe composé de sept femmes et d'un berger. Le berger tombe, tué'roide, sans faire un mouvement; les sept femmes se relèvent bientôt aussi bien portantes, mieux peut-élre qu'avant la catastrophe.
Le 47 août 1863, vers trois heures de l'après-midi, un violent coup de tonnerre éclate à Hutterdorf, village de la Prusse rhénane. La foudre se dirige encore contre un groupe composé d'un homme, d'une jeune fille et d'un enfant. L'homme est encore foudroyé à mort, la jeune fille et l'enfant n'ont aucune blessure. Cependant la sidération avait été si terrible, que les effets dynamiques de la foudre persistent d'une façon singulière : deux fois la jeune fille et l'enfant se relèvent inutilement, deux fois ils retombent, terrassés par une force incroyable ; c'est à la troisième reprise qu'ils parviennent à rester debout; ils cherchent alors à soulager leur compagnon. Le malheureux qui est à leurs pieds reste immobile pour toujours!
Cependant nous n'engageons point les dames à se fier aux galanteries du tonnerre, car la foudre étant tombée, le 1" octobre 4868, sur un hêtre de la commune de Perret, Côtes-du-Nord, la seule personne qui fut tuée était une femme dont les vêtements, mis en fines lanières, furent retrouvés dans les branches^ Peu humain dans son choix, le fluide avait choisi
une mère de deux enfants en bas âge, qui soutenait par son travail un mari impotent!
Pour comprendre tous ces faits de fulguration, il faut considérer que Fôtre animé se comporte vis-à-vis du tonnerre comme un corps brut ordinaire. Plus il est en communication avec le réservoir commun, plus il offre une large issue au fluide, plus il court risque de provoquer des décharges, inoffensives, s'il est bon conducteur, terribles, s'il ne possède qu'une conductibilité insuffisante. Fortement appuyés sur leurs quatre membres, larges colonnes terminées par des extrémités applaties, les animaux sont plus exposés que les hommes, malgré leur taille élancée et leur haute stature. En outre, l'homme, plus assimilable à un métal vivant, por/« mieux la foudre^ s'il est permis de hasarder cette expression.
Les pieds des hommes sont généralement isolés de la terre par des chaussures en cuir qui les protègent aussi bien contre le feu du ciel que contre Thumidité de la terre, tandis que les chevaux ont les cornes gar^ nies de pesantes ferrures. merveille! le sabot qui fait jaillir Tétincelle du pavé peut également soutirer le feu des nuages.
Plus légères encore, plus sveltes, possédant des membres plus délicats, les femmes courent des dangers infiniment moindres que leurs compagnons, quand la mode n'en fait pas naître de spéciaux, que nous examinerons tout à l'heure. Toutes les fois qu'il n'est pas excessif, cet amour du beau, qui est inné dans leur cœur, diminue notablement les chances funestes. Si des grandes