LA MENUE MONNAIE DE LA FOUDRE
En 4850, Joule, célèbre physicien établi à Manchester depuis de longues années, observa un magnifique exemple de dispersion de la foudre. Il vil, pendant un violent orage, un splendide arbre lumineux, avec un tronc robuste hardiment dessiné et des branches, se montrer subitement au milieu des nimbus.
Liais, dans son magnifique ouvrage de Y Espace eé^ leste^ donne la figure d'un éclair arborescent qu'il aperçut au Brésil, et qui montrait également que le feu du ciel se prête à une division infinie pareille à celle que subit le courant de la pile de Volta !
L'électricité, dont l'ambition paraît immense, semble se précipiter à la fois dans toutes les routes qui sont ouvertes. C'est ainsi que les humbles courants voltaïques se partagent entre les branches d'un circuit métallique. Aucune limite, l'observation de Joule en fait foi, ne s'oppose à ce merveilleux éparpillement.
Éclair ramifié.
La loi de Ohm règne donc sans partage dans le ciel comme dans nos laboratoires, ou dans les télégraphes électriques, dont le circuit est complété grâce au pouvoir conducteur de la terre. Quelques auteurs constatent ce fait avec une surprise voisine de l'incrédulité. En effet, dans les observations relatives à la foudre, il y a toujours une grande porte tout ouverte au scepticisme. Comment se fier sur la fidélité des sens pour contrôler
LA MENUE MONNAIE DE LA POUDRE. î
une observation qui ne peut durer qu'une imperceptil fraction de seconde? Quand donc Rendra le jour les photographes seront assez habiles pour emploi leur art à la détermination de la figure des éclaii Quand feront-ils, de propos délibéré, ce que le phoi graphe de Berlin, dont nous avons raconté plus haut surprise, a fait sans \p vouloir, quand il a saisi involc tairement l'éclair obscur qui aboutissait en silence fer de l'Amazone.
Dans certains cas, le tonnerre laisse heureuseroe des témoins qu'il suffit d'interroger avec intel gence.
En août i777, la foudre rompit la croix en fer c surmontait la flèche du clocher de l'église de Grémoi Elle lança au loin une girouette en cuivre étamé ( tournait juste au-dessous de la croix, et qui était reco verte sur ses deux faces d'une couche épaisse de pei ture.
Quand on ramassa cette lame de métal, on trou qu'elle était percée de dix-huit trous dont les barl étaient toutes parallèles, quoiqu'elles fussent dirige suivant deux directions distinctes; neuf de ces cré circulaires sortaient d'une face, et neuf, au contrai émanaient de la face opposée.
Qui donc oserait prétendre cette fois qu'une dispo tion aussi compliquée est l'œuvre d'un pur hasard ; q c'est une réunion purement accidentelle d'éléments f gurants tombant du dehors? ^ j
Ne semble-t-il pas démontré âux'yeux, m\ mai:
dans rintérieur de la girouette avec une énergie farieuse ? Emprisonnée de partout par la couche isolante, la substance mystérieuse a brisé le rempart de peinture et pratiqué dix-huit brèches parallèles, par lesquelles les éléments antagonistes, se précipitant avec fureur, ont dû se fuir les uns les autres.
Quoique réduite en menue monnaie, la foudre est terrible. Il y en a assez dans le plus petit fragment pour que l'être le plus robuste ait son compte. Chaque trait isolé, le plus minime, a la puissance de frapper à mort, tant est grande l'énergie de cette substance invisible, impalpable, incompréhensible, dont toutes les molécules de la matière semblent saturées, dont elles sont imprégnées en quantités tellement grandes que nous ne saurions imaginer une mesure de la masse d'électricité qu'elles renferment !
Le 28 juin 1865, la foudre tombe, vers sept heures du soir, sur un groupe de seize cultivateurs occupés à travailler dans une lande située près du moulin de Lorozen, commune de Coray (Finistère). Partagé, dit-on, en seize branches différentes, le météore fait seize victimes à la fois : six sont terrassées, trois sont contusionnées, et les sept autres sont foudroyées à mort. Les cadavres de ces sept malheureux sont dépouillés de leurs vêtements, que le tonnerre déchire et lance à une grande distance.
Le 18 juin 4865, vers deux heures de l'après midi, pendant la guerre d'Amérique, on remplaçait les hommes de garde à Zullahorna, dans le Tennessee. Tout d'un coup un éclair sillonne le ciel : Ton entend
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éclater un de ces coups de tonnerre épouvantables qui permettent aux Yankees de dire que la nature fait tout sur une plus grande échelle en Amérique qu'en Europe, y compris les orages et les tremblements de terre. Tous les hommes de la garde descendante et une partie de la garde montante sont renversés en un clin d'œil. Le choc est si violent que ceux du dernier rang sont précipités sur les autres par une force irrésistible. Quand le désordre s'est apaisé et que tous les vivants se sont relevés, on reconnaît qu'un malheureux soldat foudroyé à mort reste sur le carreau. Trente-deux portent les traces de blessures faites par le fluide électrique. Le factionnaire, devant lequel se passe la scène, est le seul, chose étrange, qui ne soit point terrassé ; mais son fusil lui est arraché des mains. Avant de retomber à terre, Tarme exécute une étrange culbute : on la trouve profondément enfoncée dans le sol, la pointe en bas ! Le soldat ne peut dire qu'une chose: il lui semble que son arme lui a été [enlevée par un sesech invisible doué d*une force immense!