LES FAUX JUPITERS
Les anciens faisaient de la foudre une partie essentielle des marques de la puissance divine. C'étaient des foudres que les aigles, ces hérauts ailés de Jupiter^ portaient dans leurs serres. Lui-même^ le bruit du tonnerre était en quelque sorte considéré comme sacré, et le contrefaire était par conséquent une sorte de sacri-
2» ÉCLAIRS BT TONNERRE.
lége. Qui n'a oublié le supplice de Salmonèe, ce prince orgueilleux que le roi des Dieux et des hommes avait précipité dans les fonds du Tartarei Quel ayertissement pour les rois qui chercheraient à faire croire qu'ils peuvent aussi lancer leurs foudres, et qui réveilleraient leurs sujets en faisant, comme Salmonée, rouler la nuit leurs chariots sur un pont d'airain.
On montra pendant des siècles, dans les environs d'Albe, un lac couvrant les campagnes où se trouvait jadis la capitale d'un prince qui, suivant Denys d'Halicarnasse, s'avisa de fabriquer une foudre factice. Des eaux vengeresses, soulevées en un jour de colère, avaient englouti cette ville déshonorée par le sacrilège!
Un des plus sanglants reproches qu« Tacite adresse à l'empereur Caligula, c'est d'avoir eu la même fantaisie. Plus ambitieux que Salmonée, le successeur de Tibère ne se contenta point d'étourdir ses sujets en faisant retentir à leur oreille un bruit inoffensif. Raffiné jusque dans ses fantaisies despotiques, ridicules, le parfait tyran inventa une petite catapulte qui répondait aux dieux en lançant une pierre vers le ciel, toutes les fois que la foudre tombait sur la terre.
De nos jours, le bruit du tonnerre n'est plus considéré comme de nature à blesser les susceptibilités de Jehovah. M. Robin est resté en paix avec le pape, quoiqa'il ait montré, pendant bien des années, une foudre artificielle qui valait bien celle de Caligula. Il exercerait encore son industrie, si M. Haussmann n'avait eu à faire passer un boulevard sur l'emplacement qu'occupait son théâtre.