LES FAUX JUPITERS
M. Dennery et ses émules pourraient, s'ils le voulaient bien, faire du tonnerre une espèce de maître Jacques destiné à les tirer d'embarras dans une foule de difficultés; car l'électricité a plus d'une note à son service, et le bruit du tonnerre remplit d'autant mieux sa place qu'il éclipse souvent une tirade.
Ils auraient eu d'autant plus tort de négliger cette source féconde d'émotions, que les procédés employés sont simples et peu dispendieux, bien que la science soit loin d'avoir dit son dernier mot.
Personne n'ignore que l'illusion, quelquefois trèssatisfaisante, est produite par un mécanicien agitant prosaïquement dans la coulisse une longue bande de tôle qui ne coûte pas cent sous. Ce ruban, saisi délicatement entre le pouce et l'index, donne naissance au roulement désiré, quand l'opérateur fait tourner viv^ement sa main autour du poignet. Cette manœuvre si simple est susceptible d'une certaine perfection. Le public perçoit donc un son d'autant plus analogue à celui de la nature, que le nouveau Salmonée à quarante sous par soir, caché par les toiles, est plus habile dans son art. Si, au lieu de se contenter de ces effets rudimentaires, on employait toutes les ressources de la bobine de M. Ruhmkorff, on produirait certainement des effets merveilleux, qui auraient fait crier de jalousie tous les faux Jupiter de l'empire romain.