ACTIONS CHIMIQUES DU TONNERRE
que peut prendre le retour rapide à l'état inorganique quand la foudre tue profondément, dans les cas où elle enlève radicalement, en même temps que Tintelligence, toute vie locale végétative.
Sénèque avait signalé la rapidité avec laquelle les vers se mettent dans les cadavres des sidérés, dont ils s'emparent quelquefois aussitôt que le vent tout-puissant du tonnerre a soufflé sur la vivante étincelle.
Franklin rapporte, à cet égard, un fait de corruption qui frîÇ)pera non-seulement par son origine, mais encore par sa rapidité. Presque tous les moutons d'un nombreux troupeau qui s'était abrité sous un grand chêne ayant été tués, le propriétaire envoya dès le lendemain des gens chargés de les écorcher ; mais Tinfection était déjà si épouvantable quand les bouchers arrivèrent, qu'il leur fut impossible d'exécuter cet ordre.
Les hommes ne sont pas traités avec plus de respect*
Au mois d'août 1865, une foudre frappe trois jeunes gens des environs de- Sedan, A peine a-t-on le temps de les enterrer, avant qu'ils soient changés en un li^ quide infect.
Richman, martyr de la science» tué à Saint-Pétersbourg dans une expérience sur la foudre, était telles ment corrompu, qu'on eut du mal à le mettre entier dans son cercueil. Quelquefois la putréfaction arrive dans des circonstances horribles» atroces !
Le 25 juin 1794» à cinq heures de l'après-midi, la foudre frappe une dame dans une salle de bal, à Fribourg. Le cadavre, encore paré de ses vêtements de fête^
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est relevé au milieu du bal, avant que Forcheslre ait le temps de se taire. Un médecin, appelé pour l'examiner, est sur le point de s'évanouir tant l'odeur est repoussante. La pauvre femme tombait par morceaux quand on la mit dans son cercueil. Les habitants de la maison où s'était donnée cette infernale contredanse, avaient été obligés de s'enfuir à toutes jambes.
Nous savons, d'une façon irrécusable, par mille expériences, que le corps humain est un excellent conducteur du fluide électrique. L'expérience prouve, en outre, que parmi la multitude de substances qui constituent cet objet si complexe, si merveilleux dans toutes ses parties, aucune n'est douée d'une conductibilité comparable à celle des nerfs, nulle n'est en fermentation comme la substance cérébrale à laquelle les nerfs aboutissent. Électriquement parlant, nous pourrions comparer ces filaments blanchâtres, régulièrement répartis dans le sein de notre chair, aux filons métalliques qui traversent les différentes couches stratifiées du globe. Ce sont autant de routes tracées à l'avance et que les courants induits doivent suivre de préférence, comme nous avons vu qu'ils suivent les veines de fer, comme ils suivent peut-être aussi les veines d'or.
Si les courants primaires sont faibles et lointains, ils ne donneront naissance qu'à des effets tout à fait né-
gligeables. lisse manifesteront par une sorte de malaise, de surexcitation nerveuse, ou d'abattement. Trompés sur l'origine de ces crises, nous n'y verrons le plus souvent que la conséquence des mille petites misères dé la vie humaine. Nous ne nous douterons point que le tonnerre est complice de nos leçons, de nos ridicules emportements.
Si la foudre gronde dans le voisinage, les phénomènes prendront une forme plus nette, plus précise. Qui sait si nous ne deviendrons pas la proie de véritables convulsions? qui sait si nous ne tomberons pas anéantis, réduits en poussière, dispersés par une puissance que rien ne limite, que rien ne contrôle, et qui semble planer au-dessus des bornes qu'entrevoit notre faible raison ?
Aveugles et insensés ceux qui croient n'avoir à combattre que contre le froid et le chaud, le sec et l'humide ! l'électricité, trop longtemps oubliée, reprendra bientôt son rang dans tous les traités sérieux d'hygiène. Qui sait si elle n'est point, jusqu'à un certain point, destinée à donner un démenti aux enseignements de la morale dite indépendante?
Un officier de l'armée belge, héritier des doctrines de Cornuol, a sans doute exagéré l'importance du tonnerre dans le monde.
Cependant, quand une lourde nuée chargée de tempêtes. pèse sur la capitale, (Jix-sept cent mille cerveaux oppressés par une commune langueur attendent une commune délivrance. Quand l'éclair brille au ciel, dix-sept cent mille poitrines hument plus librement
ToxygèBe de Faîr. Alors tout paraît plus jeunes plus aimable et meiUeur.
. Heureux qui saisit ce moment où le tonnerre vient de parler pour demander ce qu*il recherche avec ardeiff ! Noh* nuage qui parais si menaçant, approche^ je ne crains point le feu que tu portes dans tes flancs assombris, car peut-être avec la flamme contiens-tu le pardon des injures !
Mais, ce qu*il y a de plus merveilleux peut-être encore que la puissance de la foudre, c'est ce que nous appelons sa diversité. Nous ne saurions trop admirer cette factdté qui lui permet d^être strictement toute à tous.
Comment définir une force que Ton voit produire avec la même facilité les effets les plus contradictoires? Ne semble-t-elle point affranchie, comme nous Tavons déjà dit à plusieurs reprises, des règles ordinaires de la nature, cette flamme qui peut, en passant dans le même eudiomètre, réunir de l'oxygène avec l'azote/ ou détruire la combinaison nitreuse de ces deux
Cependant, si rêlectricité souflBe ainsi le froid et le chaud, ce n'est point qu'elle ait un seul caprice, ni qu'il y ait rien d'arbitraire ou de miraculeux dans les merveilles qui accompagnent sa présence.
Deux hommes se précipitent Fùn contre rautre,,ils tirent le sabre en contractant vivement leurs muscles. L'un se sont paralysé, l'autre croit qu'un dieu invisible conjibat avec lui^ car il sent une vigueur nouvelle.
D'où provient cette différence ? N'est-ce point de ce qu'il y a production d'uû courant électrique qui a tra-
LE TONNS&UB ET LE MICKQOOSME. 293
versé VsàTj et qui a exercé des effets d'induction de nature inverse, suivant la manière dont il a éclaté I C'est donc la foudre qui mériterswt d'être couronnée peut-être !
Une servante, citée par Felstrone, semble poussée par un mouvement convukif et s'élance par la fenêtre. Gomme elle ne se fit aucun mal, elle était tout étonnée de se trouver étendue sur le sol, et l'on ne pouvait lui faire comprendre qu'elle s'était précipitée. Ceux qui l'avaient vue marcher s'étaient mieux qu'elle-même rendu compte de ce qu'elle faisait. En effet, ses muscles étaient pour ainsi dire les esclaves du tonnerre.
Un exemple cité par Ludwig est encore plus étonnant.
Une autre domestique se trouve par hasard sur le passage de l'étincelle voltaïque. Pendant vingt minutes, on la voit monter et descendre machinalement les marches de l'escalier.
Tout d'un coup elle tombe sans parole, sans mouvement; on accourt, on la relève sans mémoire.
Sous l'influence de la force qui s'était emparée de son être, le moteur intime de la volonté l'avait abandonnée. Il lui fallut un certain temps pour reprendre possession de son être. Quand on est en quelque sorte chassé de sa propre raison, l'on n'y rentre point sans coup férir.
Ûabbé Chabrol cite encore quelque part l'exemple d'un ouvrier que la foudre transforma en somnambule éveillé, absorbant sa raison, confondant pour un moment son intelligence. Quand ce foudroyé revint à lui, il se trouvait dans une autre maison, mais il n'y était pour rien, il lui était impossible de savoir ni ce qui
rayait amené, ni comment il était venu dans un lieu où il n'avait que faire. Allez donc faire comprendre cette excuse à un juge d'instruction, si le tonnerre vous mène de nuit malgré vous dans le voisinage d'un coffre-fort !
Quelquefois les hallucinations cérauniques prennent une forme distincte, et font comprendre que le tonnerre ait pu faire des visionnaires. Une femme qu'il avait blessée jetait des cris aigus chaque fois que quelqu'un entrait chez elle. Il lui semblait qu'un démon venait la chercher pour la po/ter en enfer.
Loin de nous, encore une fois, la pensée de relever le baquet de Mesmer, de conduire nos lecteurs au sabbat des sorcières, ou même de leur faire suivre Faust dans ses invocations devant l'Empereur !
Mais la baguette et le bonnet du nécromancien ne font-ils point rêver au pouvoir des pointes ? Qui sait même si l'électricité sécrétée par un cerveau puissant, par une volonté énergique, ne peut pas produire, à une faible distance, une portion des effets d'un tonnerre lointain ? En tout cas, il est incontestable que l'électricité produit sur Tintelligence les effets les plus divers.
Quatre hommes qui s'étaient réfugiés sous une grange voient tomber la foudre à une quarantaine de pas d'eux. Tous quatre sont saisis d'un grand effroi, mais trois conservent parfaitement leur raison. Un seul est frappé de folie furieuse. Ce malheureux se baissait et se relevait avec fureur comme un véritable possédé. Il criait à tue-tête : « Mais la foudre* couvre la terre ! baissez-
VOUS pour la ramasser ! il y a de quoi en remplir plusieurs corbeilles ! »
Scheutzer raconte, de son côté, que >a foudre qui tomba sur un groupe de trois jeunes gens en laissa un avec la vie sauve. Cet échappé du feu céleste se précipita dans un temple en hurlant qu'il allait y chercher sa léte, que le tonnerre lui avait volée de dessus ses épaules.
Les anciens regardaient les fous comme des instruments passifs de la volonté divine ; c'est pour cela qu'ils écoutaient leurs moindres paroles; c'est en vertu du même principe que nos bonnes femmes croient que le temps va se mettre à la pluie quand le chat se gratte Toreille, que la grenouille monte à son échelle. Plus habiles instinctivement que les astronomes de l'Observatoire impérial ou les membres du Bureau météorologique d'Angleterre, ces familiers de Thumble foyer domestique ne se trompent jamais sur la nature des présages. '
C'est, en effet, sur les êtres maladifs, imparfaits, souffrants, que le temps se fait le plus énergiquement sentir. C'est quand l'électricité de Tatmosphère s'agite, que le faux Louis XVII se dresse plus fièrement dans son cabanon. Alors le Père éternel répond à ses gardiens d'un air plus grave et plus majestueux.
Quand les follets sont plus étincelants dans les cimetières, les remords, les regrets sontplus ardents : Hamlet voit le spectre de son père, Macbeth est poursuivi par le spectre du monarque assassiné ! C'est surtout à la lueur des éclairs que la reine coupable voit apparaître
sur ses mains amaigries les taches indélébiles et sanglantes.
Souvent le passage de la foudre produit le délire d'épouvante, et cette terreur fulgurale peut frapper les hommes les plus robustes, les plus vivants, les plus courageux du monde.
Un marin du navire la Médée resta plus d'un quart d'heure dans un état de mort apparente après la chute du tonnerre qui le blessa grièvement. A peine rappelé à la vie, il jeta des regards effarés autour de lui, et voulut s'échapper de son lit, où on le retint avec force. Alors commencèrent des plaintes, des gémissements, des pleurs accompagnés de tremblements nerveux de tout le corps. Il appelait à chaque instant la Vierge à son secours.
Quelquefois, au contraire, le tonnerre semble éclairer les idées et donner plus de pénétration au génie, comme si l'intelligence s'était trouvée soumise à une action bienfaisante. Ainsi Ingenhous croit que sa raison gagna beaucoup à la décharge d'une bouteille de Leyde, qu'il reçut dans la tête. Cependant il commença par tomber privé de mouvement, et par rester pendant quelques instants privé, comme un foudroyé vulgaire, de toute son intelligence. A ce compte, que de savants patentés auraient besoin qu'un petit coup de foudre vint remuer les circonvolutions de leur cervelle académique.
Qui sait si quelque tonnerre fortuné n'a point éclaté quand Archimède méditait sur le poids de la couronne de Hiéron? quand Newton a vu tomber sa pomme? quand Galilée regardait l'oscillation du lustre? ou