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QUELQUES MOTS SUR L'HISTOIRE DU PARATONNERRE

Les premières expériences relatées dans les Mémoires de l'Académie des sciences portent la date de 1752 ; c'est seulement en 1784 que le premier paratonnerre s'éleva sur un édifice français.

Si on arriva à ce résultat au bout de trente-quatre ans d'efforts, c'est à la suite d'innombrables réclamations de l'horloger Leroy, membre de l'Académie des sciences. Mais, malgré l'extrême ardeur de ce savant influent, la routine était si puissante, qu'il fallut trentequatre ans de luttes pour obtenir un essai officiel.

C'est sur le Louvre que la construction eut lieu, grâce à la protection de Louis XVI, imposant le nouvel instrument à l'Académie des sciences. Étrange contradiction! c'était à la même époque l'Académie de Berlin qui imposait au roi de Prusse l'usage des paratonnerres.

C'est seulement en 1823, c'est donc une trentaine d'années encore après cette innovation importante, que l'Académie prépara une instruction générale pour l'usage des paratonnerres; jusque-là les ingénieurs avaient été abandonnés à leur inspiration, et ne s'en étaient pas peut-être beaucoup plus mal trouvés. Il est digne de remarque que cette instruction fut demandée par l'autorité, et que ce n'est pas de son propre mouvement que l'Académie s'occupa d'un sujet pour lequel elle avait toujours-montré peu de goût.

Élait-ce une répulsion instinctive pour une partie de la science qui reste encore à faire, et dans laquelle ridée cartésienne, dont TAcçidémie *se croyait débarrassée pour toujours, heurte en quelque sorte à chaque pas les préjugés vulgaires ?

L'instruction tardive de 1823 n'apprit rien à personne. Elle ne contenait que des lieux communs scientifiques; cependant elle servit à populariser l'usage des paratonnerres, car on la répandit à profusion, tant en France qu'à l'étranger. Elle servit aux ingénieurs de la marine pour protéger les navires à «vapeur, aux officiers du génie pour écarter la foudre des poudrières. Enfin, elle fut également employée par les architectes des bâtiments civils pour défendre les églises. ,

Cependant on observa un grand nombre de phénomènes, dont nous avons indiqué les plus saillants, dans lesquels il était évident que le système de protection indiqué par l'Académie était insuflisant. On reconnut alors que le paratonnerre jouit de la propriété d'attirer la foudre, de sorte qu'il devient une cause de danger s'il ne fonctionne pas d'une manière parfaitement satisfaisante. Pressée par la multitude croissante de ceç observations, l'Académie résolut de reviser l'instruction reconnue incomplète de 1823, et la, section de physique tout entière fut chargée de ce soin.

Le rapport, qui parut en 1854, formule des recommandations assez vagues. Il recommande de maintenir les paratonnerres en bon état, de s'assurer que les extrémités inférieures des tiges sont en communication constante avec des masses d'eau. Cependant le rapport

ne fait aucune allusion indirecte à la question des décharges latérales. Il semble que les chocs en retour n'existaient pour ainsi dire pas aux yeux de ceux qui Tont rédigé. Bien plus, le moyen de suivre à la mer les instructions académiques n'est en aucune façon indiqué. «Cependant, c'est surtout eh mer que l'on éprouve quelques difficultés à maintenir la liaison des • différentes parties des tiges, à cause de la mobilité des parties supérieuies de la mâture. M. Harris a imaginé de garnir les parties fixes de bandes métalliques sur lesquelles viennent glisser les portions mobiles, d'une longueur suffisante pour que le cuivre repose toujours sur le Suivre. M. Phipson, le traducteur de mon édition anglaise, fait, avec raison, le plus grand éloge de cette disposition ingénieuse.

Ce qui est étrange, c'est que l'existence de ce procédé . parait avoir été ignorée de la façon la plus absolue par la commission, quoique son inventeur ait été honoré d'une récompense.de premier rang, à TExposition universelle de 1851 . En effet, il n'en est fait aucune men- V tion dans le rapport des commissaires, et nul n'en aurait parlé sans quelques observations présentées par le baron Charles Dupin, qui paraît avoir été froissé d*une omission aussi inexplicable qu'extraordinaire.

Quelques mois plus tard, le ministre d'État demanda à l'Académie des sciences un avis sur les mesures à prendre pour protéger le nouveau Louvre. Ces constructions, alors en projet, devaient contenir une masse de fer considérable, suffisante pour légitimer les inquiétudes les plus vives.

Celte fois la commission *ne se borna point à omettre de faire mention des chocs en retour. En effet, elle répondit au ministre en conseillant de réunir aux paratonnerres voisins toutes les pièces métalliques entrant dans la charpente du palais. Si l'on avait suivi ce conseil, on aurait transformé le Louvre en un' immense paratonnerre habité ! On préparait ^ la foudre les voies pour circuler dans tous les sens, et produire une infinité de décharges, pareilles à celles qui ont épouvanté nos lecteurs.

Le moindre nuage orageux n'aurait pu se montrer à l'horizon sans qu'une multitude de courants içussent circulé dans tous les sens, produisant des maux de tête, des convulsions, des troubles nerveux ! Mais les architectes, plus prudents, se fiant au hasard, refusèrent de suivre ces recommandations. En pareille matière, il vaut mieux s'abstenir que de multiplier des précautions qui, en s'accumulant, peuvent produire un danger plus sérieux que l'autre.

Nous avons déjà signalé à nos lecteurs les principaux incidents qui semblent rendre nécessaire un examen sérieux, entre autres le coup de foudre qui tomba sut la poudrière de Béihune ; l'action fulgurante exercée^ à Paris même, par un individu sidéré dans les rues de la capitale ; la rupture des conduites de gaz et le commencement d'incendie produit dans une multitude de magasins, etc., etc.

La construction du Palais de l'Exposition universelle vint pettre en évidence d'une façon véritablement burlesque l'ignorance des architectes. On garnit

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(l'un système complet de paratonnerres un brUiment en fer massif! En outre, on prit soin de réunir ces lignes par un conducteur, que Ton chercha à isoler de la massa de fer^jsur lequel 11 reposaiti Le ridicule de cette erreur signalée dans les journaux excita le rire général. Mais ropinion scientifique dominante ne fut point ébranlée. Le nouveau rapport que la commission de r Académie se décida à publier depuis lors n'est guère que la répétition du rapport de 1854. Cependant, les protestations furent plus vives qu'alors contre une nouvelle édition de lieux communs évidemment dépourvus de sens.

Nous ne sommes point encore arrivés au moment où les coups de foudre seront traités avec toute l'attention qu'ils méritent. Qui sait si la création prochaine de Tobservatoire de Montsouris formera un centre naturel pour les études relatives à la foudre?

La multiplication des lignes télégraphiques et des chemins de fer ne permettra pas longtemps de négliger l'élude de ces phénomènes. Les faits recueillis par une foule d'observateurs seront groupés naturellement en quelque sorte, et mettront forcément en évidence des faite remarquables. Des esprits ingénieux profiteront de ces coïncidences pour pénétrer plus avant dans Tétude de la nature. Its découvriront les liaisons encore inconnues qui rattachent le tonnerre aux autres phénomènes cosmiques. On leur devra des moyens pour perfectionner les instruments inventés j^a^^^^n|-^

Bientôt, sans doute, il n'y aura plus un seul paratonnerre qui ne soit transformé en indicateur, pas un seul télégraphe électrique qui ne soit considéré comme un moyen d'interroger le pouvoir magnétique de la terre.

Ajoutons que cette renaissance fulgurale semble se préparer par la multiplicité des publications spéciales dont la foudre estTobjet, car il n'y a pas, depuis l'apparition de la première édition de ce volume, de journal scientifique ou politique qui ne fourmille de faits relatifs à la foudre. Puisse bientôt V Association britannique^ ou quelque société française, faire pour la foudre ce que l'on a fait déjà pour les météores lumineux, pour les tremblements de terre! Alors la ceraunologie sera fondée sur des bases indestructibles.

Puissions-nous avoir contribué à avancer d'un jour l'heure de cette importante fondation, et nous aurons la conviction d'avoir rendu un essentiel service à la science de la nature! Car la théorie de la foudre renferme certainement la solution d'un nombre considérable de mystères de la plus haute importance. Mais, en attendant que de plus habiles que nous viennent travailler à cette grande œuvre, nous prions nos lecteurs de nous adresser, à la librairie de MM. Hachette frères, les renseignements qu'ils peuvent recueillir sur les phénomènes naturels dont ils seront témoins. Nous ferons nos efforts pour contrôler leurs indications et pour en tenir compte dans les futures éditions de cet ouvrage. Cest par l'initiative privée de tous les gens qui aiment véritablement la physique que Ton arrivera à réagir contre les tristes habitudes d'in-

différence, si ordinaires en France depuis un trop grand nombre d^années. Il ne suffit pas de blâmer les hommes qui se reposent sur leurs lauriers académimiques ou autres, il faut encore agir chacun dans sa sphère pour augmenter l'étendue des sciences humaines. Dans ce monde infini où nous vivons sans trop savoir pourquoi, il n'y a pas d'homme intelligent qui n'ait des découvertes à faire, s'il utilise ses loisirs à admirer et à étudier la nature.

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