D. L. II
(5) Id. ibid. in Stilp.
(6) • Hart fur.p uj n-stffav ttjv E/XxSa àtfoprltauv !« aùrov
ptyapfoui. • D. L. II, 113, 119. Voyez au même endroit la liste des personnages célèbres «jn'il eut pour disciples.
gariser avec lui. Ce professeur incomparable n’était pourtant qu’un médiocre écrivain . Ses neuf dialogues Moschus, Aristippe ou Caillas, Ptolèmée , Chérécrate , Métro clés (1 ) , Anaxim'ene , Epigène , son livre A sa fille (2), Aristote ne brillaient pas par l’intérêt (3). Mais ce qui le relevait aux yeux de tous , c’était la noblesse de son caractère , sa vie si pure , si désintéressée (4). Avec des passions ardentes, il vécut dans la continence. (5) Vénéré de la multitude, admiré des rois et courtisé par eux, il mourut pauvre (6). Laissons l’homme et occupons-nous du philosophe.
A le bien prendre, Stilpon n’a pas une seule doctrine. 11 en a deux ; et ces deux doctrines, loin de s’accorder, s’excluent réciproquement. C’est là un fait important que personne, je crois, n’a remarqué et qu’il importe de mettre en pleine lumière.
D’une part , Stilpon maintient le principe fondamental de son école. Il enseigne que l’être est un, que le non-être est divers , que rien ne nail , rien ne périt, rien ne se meut (T aucune façon. Ce sont les
(1) Probablement le philosophe cynique frère d'Hipparchia.
(2) Sans doute sur l’honnêteté. Voy. D. L.
(3) Diogène dit qu’on les qualifiait de tfjyjœi , et Chrysippc dans Plutarque est loin d’en faire l’éloge. ( Repug. Stoic. 5, 10 ). — A juger des sujets par les titres, Stilpon s'y serait proposé de réfuter les Cyrénaïques , les Cyniques cl les Péripatéticicns.
(A) Voyez les anecdotes dans D. L.
(5) Cic. De fat. 5.
(6) Voyez les anecdotes dans D. L.
propres paroles d’Aristoclès (1), c’est à Stilpon en particulier qu’elles se rapportent , et la doctrine qu’elles expriment est celle de l’unité pure qui exclut toute diversité substantielle.
D’autre part , il pose en principe que tout est isolé dans sa nature propre; que tout est distinct, divers, individuel. Et comme l’affirmation ne peut avoir lieu que du même au même , il en conclut que toute proposition légitime ne peut être qu’une simple tautologie. C’est ce qui résulte des phrases qu’on va lire :
« Colotès, dit Plutarque, déclame violemment contre Stilpon et lui reproche d’anéantir toute espèce de vie , en disant qu’aucune chose ne peut être affirmée d’aucune autre, kepov képev pù xamycpetoOai. Car , comment vivrons-nous s’il n’est pas permis de dire : l’homme est bon , l’homme est général ; mais seulement : l’homme est homme , le bon est bon , le
général est général Voici la pensée de Stilpon.
Lorsque nous affirmons d’un cheval qu’il court , il soutient que le sujet et l’attribut ne sont pas identiques , que homme et bon ne se définissent pas de la même manière , et que cheval et courir ne sont pas non plus la même chose , puisque si l’on nousdemande d’en faire connaître la nature , nous en donnons des définitions différentes : d’où il conclut qu’on a tort d’affirmer le divers du divers. Car si homme est identique à bon et cheval à courir , comment dirons-nous ensuite que les alimens et les re-
( 1 ) Voy. p. '16 de cc travail.
mèdes sont bons , que le lion et le chien courrent ? Et si tout cela est divers , on a donc tort de dire que l’homme est bon et que le cheval court » (1 ).
N’était-ce là qu’un exercice de dialectique ? Plutarque le dit (2) et devait le dire, car dans un livre intitulé Contre. Colol'es, il faut bien que Colotès ait eu tort d’attaquer Stilpon. Mais quand il s’agit d’apprécier une intention , on peut à Plutarque opposer Colotès auteur déjà plus ancien ; puis , l’adversaire de Stilpon, Chrysippe, qui, dans Plutarque lui-même(3), prend très au sérieux la doctrine qu’il combat; enfin Simplicius dont les paroles méritent d’être citées (4) :
« Les philosophes qu’on appelle Mégariques ( entendez les Mégariques du temps de Stilpon) , prenant
(1) « To rrt 2T&7r(*»vo; rotovTov ioriv* si ittpi unro v to zpiyiiv xazy)yopovy.£y , ou yr,<Tt raùrôv etvat r« nspi ou xarriyopsïrou ro Y.urrrjopovfisv ov, ctXV irepov ptlv àoApùmp roû ri rpt ttvac rov Xoyov, irspo-j St tw àyaôw* Kat 7râXtv rô t7r7rov etvat, roû rpt^ovra etvat àuzfépsn' cxarecov yào àrratTovtxtvot rov ).ôyov où rov aùrov à7roSiSopt£v ùnèp àu upoïv. 56ev aptaprâvetv roùç îrtpo'i ixipov xaT>jyopoûvTa;. Et pèv yàp raûrôv cari rô> àvGpwTrw ro àyaôàv xai i7r7ro> rô rpèyu-j , 7rwç xai tnrtov xat yaoptxxou rô àyaGôv xat, vr) Ata, TrâXtv ),éovro; xai xuvo; rô rpiyîvj , xarvîyOjOoOjxev ; si S’erepov, oùx opQwç avûpowrov àyaûôv xat inrrov rpéystv ).£yotxev. » ( Âdv. Colot.y
(2) « nation» xai ^pwpttvo; yÉAwrt rpô; roû; uoeptora^. » /. /.
(3) De Stoic . repug . s. 10.
(4) ■ Ot Meyapexoi x>r ( 0ivTC? ytAo-royot ).a6ôvrt; w; ivzp’/ri 7rpôra<Jtv , ort wv ot Xâyot szspot raûra Irtpx tort , xat ort ri irepx xs^oiptiOat aXXtrjW;, èSôxouvSetxvvvat aùrôv avroû xs^ptopivov ëxaerrov. £7rst yào ai).o; uè-j )âyo; Iwxparou; pouuixoû , a»o; 8è Iwxpxrovç ).euxoû , et»» av xai î'wxoâri?; auto; au roû xe^woc-ruevoc. » ( Vc/ Arist. Phys. f. 26. )
pour un principe incontestable que les choses qu’on définit diversement sont diverses , et que les choses diverses sont séparées les unes des autres , ont paru démontrer que chaque chose est séparée d’elle-même. Car , puisque la définition de Socrate musicien n’est pas celle de Socrate blanc , il s’en suivrait que Socrate serait séparé de lui-même. »
On peut donc affirmer après Bayle ( 1 ) , après Tennemann (2) , après Ritter (3) , après tous les historiens, que pour Stilpon la doctrine de l’isolement absolu de toutes choses n’est pas une opinion de circonstance , mais un dogme sérieux et véritablement arrêté. Ce qui le prouve encore , c’est que Stilpon a dit et enseigné que toute idée générale manque d’objet , et que les genres et les espèces ne sont absolument rien. Cette doctrine est une conséquence. Et de quel principe sortcette conséquence? Précisément de ce principe que tout est isolé dans la nature. En effet, s’il n’y a nul rapport entre les choses, les idées générales ne sont que des chimères. Les mots qui les expriment ne peuvent même être d’aucun usage , si toute proposition légitime n’est qu’une équation entre le sujetetl’attribut. Maintenant, veut-on s’assurer que Stilpon a réellement nié la valeur des idées de genre ? Qu’on lise ces paroles (4) :
« Stilpon disputeur trop subtil alla jusqu’à sup-
(1) Dici. hist. et crit. , p. 246, en marge.
(2) Man. de t’hist. de la phit . , T. I , p. 159.
(3) Hist. de la phit. , T. Il, p. 119. — Rhcin Mas., p. 322.
(4) « Aetvô; 3i v-fxi 'ôv £7 zoi; ipmzir.aï( impti xai ri stîïj , ni T).sye
primer les idées. Selon lui , qui dit l’homme ne dit rien. U ne désigne ni tel homme ni tel autre; car , pourquoi serait-ce celui-ci plutôt que celui-là? Donc , il ne désigne personne. Et encore : l’herbe que l’on me montre n’est point l’herbe ; car l’herbe existait il y a mille ans. Donc, elle n’est point l’herbe que j’ai sous les yeux. »
Toute cette doctrine de Stilpon se résume ainsi il n’existe que des individus , ces individus sont isolés les uns des autres et n’ont, absolument aucun rapport entre eux.
Est-il besoin de montrer que cette doctrine et celle de l’unité absolue sont diamétralement opposées l’une à l’autre, et tout-à-fait inconciliables entre elles ? Si tout est un , tout peut-il être divers? Si tout s’unit jusqu’à se confondre , comment tout reste-t-il isolé? Si les genres et les espèces ne sont que des chimères , que faut-il penser de l’un et de l'être qui sont les genres par excellence ?
Pour résoudre cette contradiction , dira-t-on avec M. Deycks que Stilpon ne proscrit pas toute proposition non identique , mais seulement certaines définitions peu rigoureuses dans lesquelles on applique au sujet ce qui ne convient qu’à l’attribut? (1) Mais
TOV XfyOVTOC SlvQ[Kê> 7T0V cl'J'X l, dmÏJ 6V«. 0*JT< yOLO TOVÔS AiyZl'J Q'JTZ tÔvSs. Ti yip paXXov rôvtta ij TÔvfo; Ours a pv. tovSk. Kat niîkvi' rô ).â- £avov oùx tvn ro SetxvOasvov’ )i/jxvov usv yip rjv npo uupiui'j crtuv. Ovx ipa. ifTTt T0ÛT0 H/JX-JO'J . » ( D. L. II , 119. )
(1) « Hic nil nisi vcram rci definiendæ notioncm coinmcndari arbitrer. Non igilur prædicari quidquam de quoquain
qu’on essaie d’abord d’échapper à ces formules si absolues et si précises: « 11 faut que l’attribut soit identique au sujet. » « 11 n’y a que le même qu’on puisse affirmer du même(1). » Puis , sera-ce aussi pour donner le goût des définitions rigoureuses que Slilpon supprime les genres elles espèces, élémens essentiels de toute définition?
Avouons-le , la contradiction dont il s’agit ne peut se résoudre ; mais elle s’explique et de diverses manières. D’abord , de qui est cette doctrine , qu’il n’y a ni espèces ni genres, mais seulement des individus? Elle est d’Antisthène. Or, c’est un fait important quoique peu remarqué , que Stilpon n’est pas seulement disciple deThrasymaque, maisdeThrasymaque et de Diogène de Sinope tout ensemble (2) . Par Thrasymaque, il touche àEuclide ; par Diogène, à Antisthène. Du premier de ses maîtres, il a appris que l’un
passe omnino ncgabant. » ( Ouv. cil. , p. 85. ) — ltittcr est très-étonné de cette interprétation : « Ich verstehc nicht wie Herr D. von dieser Lehre sagen kann : Diversa enim diversis non convenire aiebant , verum ea tantummodo quæ in ipsa rei notione inessent. » ( R/i. Mus. p. 322, not. ) — M. Degérando propose une interprétation à peu-près semblable. (Hist. comp. des Syst. T. II. p. 199).
(1) « Taùrôv tü ■Ktpi ou xaTïjyofstTat t'o swcTsyOjOoùpeuOT. * ‘
•* Krtpov iùpou xaTïi'/ooeïotfect. » K oy. pl. haut.
(2) D. L. VI, 76. — Il parait du reste qu’au temps dont il s'agit l’usage n’était plus de se contenter d’un seul enseignement. Cralès le cynique, Pvrrhon , Timon , Xénon» Epicurc ont chacun plusieurs maitres.
est l'élre, que le multiple n’existe pas ; du second (1), que tout est isolé , que les genres et les espèces ne sont rien . Donc , si Stilpon n’a pas une seule doctrine , c’est qu’il n’est pas d’une seule école ; et la diversité de ses dogmes s’explique par la diversité de ses origines.
Mais ces doctrines , dira-t-on , ne sont pas seulement diverses ; elles s’excluent l’une l’autre , elles sont contradictoires ; or , entre les contradictoires, en bonne logique , il faut opter. Sans doute , mais au temps dont il s’agit , qui croit encore qu’une contradiction tire à conséquence? Qui prend au sérieux la métaphysique ? Stilpon affirmant simultanément les contraires, c’est Diodoreparlantd’un passé qui ne fut jamais présent, d’un avenir qui ne le sera jamais ; ce sont tous les philosophes contemporains dont chacun dispute contre tous , en sens divers et sur toutes choses. Diodore et Stilpon , deux disciples d’une même école, ont l’air de deux adversaires; et le premier, dit-on (2) , est mort de douleur de n’avoir pu répondre à un argument que lui opposait
(1) Il faut ici rappeler un mot de Diogène de Sinope à Platon :
« Platon discourant sur les idées et parlant de la table en soi, de la coupe en soi : Pour moi, dit-il, je vois bien telle table, telle coupe ; ?nais non la table en soi, ni la coupe en soi. Eyw, elne-j, timomIkï j/iv xai zùafoï Ofü' Tf<wrtÇoT/,Ta Si xui xuaOonira O'jSapü;. ( D. L. VI, inPiog.). C'est la pure doctrine d'Antistliène et de Stilpon,
(2) D. L. II, 112. — Plin. Hist. nul. VII, 53.
l'autre. Au milieu de ce débordement de sophismes, les esprits honnêtes se réfugient dans la morale, les esprits conséquens dans le scepticisme. Stilpon s’est réfugié dans la morale. C’est sa morale qui lui importe, et c’est d’elle qu’il tire sa gloire. Or , il y a cela de remarquable que les doctrines de l’unité pure et de l’isolement universel qui s’excluent en métaphysique, aboutissent en morale aux mêmes conséquences. Car, d’un coté, si le bien et l’être sont l’unité , le bien de l’homme en particulier est dans l’unité de l’ame. Or, qu’est-ce qui détruit l’unité de l’ame? Ce sont les désirs, les douleurs, les craintes, les joies, les espérances , passions mobiles , vaines apparences , sans aucune espèce de réalité. Le sage détruit le mal dans sa source; il échappe à la passion par l’insensibilité. D’un autre côté , si, par nature, chaque chose est isolée de toutes les autres , le souverain bien de l’homme gît dans une souveraine indépendance. Par conséquent , le sage se suffit à lui-même; il ne tient nul compte de ses semblables , il vit pour lui , et voilà encore , pour conclusion dernière , l’insensibilité. Or, toute la morale de Stilpon est dans ces deux conséquences. C’est ce qu’il faut montrer d’abord (1).
« Vous désirez savoir , dit Sénèque , si Ëpicure a raison de blâmer , dans une de ses lettres , ceux qui disent que le sage se suffit à lui-même , et par
(1) An rncrito reprchendat in quadam epistola Kpicurus cos qui dicunt sapicntcm se ipso cssc contcntum cl proptcr
conséquent n’a pas besoin d’ami. C’est ce qu’Épicure objecte à Stilpon et à ceux qui placent le souverain bien dans l’impassibilté de l’àme. »
C’est donc l’impassibilité de l’àme ( animus impatiens ), qui est le souverain bien de l’homme (1). Traduisez en grec ( et c’est plutôt une restitution qu’un changement ) , et vous avez Yehte^eut qui joue un si grand rôle dans une autre école.
Autre dogme : Le sage se suffit à lui-même et n’a pas besoin d’ami. Voilà Yavrdpxsia , qui avec Yairtddeicc constitue toute la morale stoïcienne. Et veut-on le dernier mot de Stilpon sur cette matière? Qu’on lise Plutarque ; on y trouvera , sous forme d’anecdote , ce que nous n’hésitons pas à regarder comme le résumé du Métroclès (2).
« Stilpon, malgré les dérèglemensde sa fdle , n’en fut pas moins le plus gai des philosophes de son temps. Métroclès lui en fit un crime :
hoc amiconon indigcre, desideras scire. Hocobjicitur Stilponi ab Epictiro cl bis quibus summum bonum visum est animus impatiens. » ( Senec. Epist. 9. )
(1) Rittcr s'efforce de prouver ( R/iein. Mus. p. 303. — Hist. de la phil. anc. T. II, p. 120) que pour Stilpon Y animas impatiens est le bien en soi et non le bien de l’homme. D’abord , si Y animus impatiens est le bien en soi , comment ne serait-il pas le bien de toutes choses ? Puis , pour Stilpon , le bien en soi peut-il être autre que l'imité ?
(2) C’est à Ritter qu’appartient cette ingénieuse conjecture. Rhein. Mus. p. 303, not. — Hist. de la phil., T. II, p. 120. — Le Métroclès est un des dialogues de Stilpon. Voy. pl. haut, p. 205.
« Cette faute , dit Stilpon , est-elle la mienne ou celle de ma fdle (1)? »
t. C’est à votre fdle qu’est la faute , répondit Métroclès , mais le malheur est à vous. »
« Que dis-tu , reprit Stilpon , toutes les fautes ne sont-elles pas des chûtes ? »
« Sans aucun doute , » dit Métroclès.
« Et ces chûtes , n’est-ce pas pour ceux qui les font qu’elles sont des revers ? »
Métroclès en convint.
« Et ces revers , n’est-ce pas pour ceux qui les éprouvent qu’ils sont des malheurs ? »
Il montra donc par cette discussion calme et philosophique que l’accusation du Cynique n’était qu’un vain aboiement. »
Ce qu’il faut surtout remarquer en ce passage, ce ne sont pas les expressions dfiapvniiara , Jioorrwpata, cczv'/rtpxzix qui , de la langue vulgaire , semblent être passées dans la langue particulière des Stoïciens ; c’est cette doctrine admirée de Plutarque , que la faute la plus grave de la personne qui nous est le plus chère ne doit altérer en rien notre propre félicité. Les Stoïciens sont-ils allés au-delà? Ce n’est
(1) « Ejxôv ovv stpvj dgiàjsrjipa toütô sortv r, èxttvr 4 ç ; Emtovto; Si toû M rjrpox), sou;' Exstv/,; ptsv ûuicrr.yM y <rov 8s àrû^aa* Ilôiç Xryst; ei7rtj , où^î Ta âpapTriOara xat StarreoptaTà cari ; Ilavû psv ouv , b^yj. Tà Si Stanrrwuata , où^ wv otarrrwpÆTa , xat iîror sv/para ; Ivvwpo r/7 *v b MvrrpoxXvj ç. Tà Si arzor vjy^juroi , o wv àn-orr^pwtra, àru^r,pwtra ; U ocra Xôyw xat (yt).o<TÔ<pw xsvôv à7roSstÇa; Oxxypa rrjv toü xuvtxoû ^Xatrpijitav. * ( D« anim. Iranq. 6. )
pas l’avis des Stoïciens eux-mêmes, car voici ce que Sénèque dit de Stilpon et de son école (1).
« Il y a entre eux et nous cette différence que notre sage surmonte la douleur mais l’éprouve, tandis que le leur ne l’éprouve même pas. »
Nous aurons plus tard à nous prononcer sur la valeur de cette doctrine. Remarquons dès à présent que la morale de Stilpon comme celle des Stoïciens se résume en deux préceptes purement négatifs : ne pas souffrir, n’avoir besoin de personne. De là , deux vertus YahtàQtioiet VaÙTâpxua. Par YocnaOua, on se soustrait à l’influence des passions mobiles , on se maintient énergiquement dans l’unité ; ce qui suppose que l’unité est le vrai bien. Par Yaùrdpxeia, on se concentre en soi-même, on vit de la vie individuelle, ce qui suppose que , par nature , tout être est isolé et indépendant de tous les autres. Ainsi , comme nous le disions , les deux principes ennemis de l’unité absolue et de l’isolement universel se réconcilient dans leur application à la conduite morale , et se confondent en une seule et même doctrine L’école de Mégare n’est pas arrivée seule à cette doctrine. Elle s’est inspirée de l’esprit d’une autre école- Mais elle lui rend aussitôt ce qu’elle lui a emprunté Stilpon, disciple de Diogène, a pour disciple Cratès. Cratès et Stilpon sont les maîtres de Zé-
(1) « Hoc inter nos et illos interest : noster sapiens vincit quidem incommodum omne, sed sentit; ilionim ne sentit quidem. » ( loc. laud. ).
non. Ainsi se sont lentement élaborés au sein de l’école mégarique et de l’école cynique les matériaux divers dont le stoïcisme est l’harmonieux assemblage. C’est à Stilpon que Zénon a emprunté les principes de sa morale ; c’est aux Mégariques en général qu’il doit sa dialectique tout entière.
Voici d’autres rapports. Un fds de Stilpon , Bryson, disciple de Clinomaque (1), a été, dit-on, le maître de Pyrhon (2). Le maître de Timon a été Slilpon lui-même (3). Au fond, par sa morale toute négative , par ses préceptes de YocndQeia (4) , de Yàtapa- £ia, Pyrrhon est un Mégarique pur. Par son aVaraXw)*», par ses Tpcnoi rfis , par tout son scepticisme , c’est un Mégarique plus conséquent que tous les autres.
Ainsi finit la seconde branche de l’école mégarique ; imbue comme la première de cet esprit négatif qui lut commun à l’école entière, mais supérieure à elle par le caractère et les destinées de ses doctrines. Zénon n’est pas un dialecticien pur; il n’a pas détruit sans rien fonder. Appliquées à la morale, ses négations deviennent fécondes, et à l’instant il en sort des doctrines nouvelles embrasai) Celui qui le premier écrivit sur les prédicats , les propositions et autres sujetsde ce genre. Voy. p. 11 de ce travail.
(2) Suid. v. nù/j/»>v. — D. L. IX, 61.
(3) D. L. IX, 109. Il n’y a à tout cela rien d’impossible. Stilpon a vécu tout un siècle.
(4) Ainsi, ViniSiix se trouve à la fois dans les deux disciple» de Stilpon. Nouvelle preuve qu’elle appartient au maître.
sées par une nouvelle école, propagées dans la Grèce et défendues avec éclat. Attendez quelques siècles encore , et ces doctrines , transportées sur un plus grand théâtre , s’y produiront avec une gloire nouvelle, s’empareront des consciences , agiront sur le fond des caractères, et jusque sur la législation des peuples (1).
C’est à Rome que les principe? de Stilpon portent leurs fruits. Au temps des empereurs , quand un petit nombre d’ames énergiques conservent seules , au milieu d’une multitude avilie, l’indépendance et les vertus antiques, c’est au nom de VàmiOtuoc qu’elles résistent aux séductions de la volupté , au nom de Vaùxàfjxeia qu’elles bravent les menaces et les supplices des tyrans. Ainsi , l’école de Mégare règne encore quand déjà son nom n’est plus que dans l’histoire. A le bien prendre , elle se transforme, elle ne périt pas.
Pour finir, il nous reste à déterminer autant que possible l’époque où vécurent ces différens philosophes , et l’ordre dans lequel ils se sont succédés.
Notre point de départ est l’an 400 , époque de la plus grande gloire d’Euclide. Euclide a pour disciples Ichthyas , Eubulide , Pasiclès , Thrasymaque , qui tous florissaient dans la première moitié du quatrième siècle.
(1) Le droit romain est plein de stoïcisme. Presque tous les jurisconsultes de Rome sont stoïciens.
lchthyas, le successeur immédiat d’Euclide, n’a pas de disciple connu .
Eubulide, autre successeur d Euclide, a pour disciples Euphante et Apollonius Chronus. Nous ignorons l’époque où ils enseignaient; mais nous savons que Diodore, contemporain de Ptolémée Soter et disciple d’Apollonius , était célèbre vers l’an 300. C’est donc au milieu de la dernière moitié du quatrième siècle, vers 330, qu’il faut placer le maître.
Enfin, Alexinus, disciple éloigné d’Euclide et adversaire de Zénon , peut être rapporté à l’année 290.
Restent deux autres disciples d’Euclide , Pasiclès et Thrasymaque qui ont pour disciple commun Stilpon. Mais, entre Stilpon et ses maîtres, il convient de placer le maître de Bryson , Clinomaque de Thuriura, qui a écrit sur la logique avant Aristote, avant l’an 340 probablement.
Stilpon était depuis longtemps célèbre lorsque Démétrius s’empara de Mégare, en 308. Son Jîls Bryson est de la dernière génération des Mégariques. Nous le plaçons au temps d’ Alexinus (1).
A nos risques et périls, nous résumons ces relations diverses dans le tableau suivant :
(1) M. Dcycks met 60 ans d’intervalle entre Stilpon et Diodore. C’est trop. Par compensation, il ne met aucun intervalle entre Diodore d’une part, Bryson et Alexinus de l’autre.
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