‹ École de réforme de Montréal pour garçons [microforme]Chapitre 2 sur 7 · PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRE

Ce n’est pas dans un but de réclame que les directeurs de l'Ecole de Réforme ont consenti à la publication de ce modeste travail. Ils ont simplement cru devoir déférer aux invitations réitérées d'amis dévous à leur oeuvre qui, depuis longtemps, leur représentaient qu’a.jourd'hui, où la cause du relèvement ral de ‘enfance tombée occupe tant d’esprits, cette publication n: -erait

pas hors de propos et pourrait même être de quelque utilité.

Lettre de l'Hon. Juge F.-X. Choquet, Juge de la Cour des Jeunes Délinquants.

Montréal, 9 Février 1914.

Monsieur le Directeur,

Vous me demandez une préface au premier rapport que vous avez l'intention de publier sur votre institution, depuis environ quarante années qu’elle existe däns cette Province. Est-ce chose bien nécessaire, bien utile? La simple lecture de votre brochure n'est-elle pas suffisante pour faire connaître tout le bien que vous faites si humblement, si modestement, sans la moindre ostenta-

tion ?

Je réponds néanmoins à votre appel et d'autant plus volontiers que nous travaillons dans la même sphère, sur le même terrain, quoique à des titres différents. Notre objectif est le même, nous PGursuivons la même tâche: celle du relèvement de la jeunesse souvent compromise, pervertie par un milieu vicieux, immoral, que la salutaire influence de votre institution parvient à relever après atelques mois, quelques années, puisqu'il est avéré que 90 pour cent des sujets qui en sortent, sont totalement corrigés et deviennent par la suite d'excellents citoyens, reconnaissant les bienfaits qu’ils vous doivent et remerciant le Magistrat qui vous les a

ccnfiés.

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Les résultats que vous obtenez sont merveilleux; mais vous voulez faire mieux encore et atteindre un pourcentage plus élevé. Ce serait la perfection qui, dit-on, n'est pas de ce monde. Il faut y tendre malgré tout et je vous félicite du zèle que vous mettez à vous en rapprocher.

Quand on visite votre établissement, M. le Directeur, la chose qui surprend tout d’abord et qui semble curieuse, pour ne pas dire étrange, c’est de voir toute la gaieté, toute l’exubérance de jeunesse, toutes les apparences de santé qui animent les enfants dont vous avez la charge. On est supposé entrer dans une prison ou tout au moins dans un lieu de détention. Erreur complète: on pénètre dans un milieu sain, réconfortant, qui n’a rien, absolument rien sentant la gêne, la crainte, la peur des châtiments. Les surveillants sont les amis du groupe qui leur est confié; mais leur véritable père, celui qu’ils chérissent, auprès duquel ils sont empressés, c'est vous, M. le Directeur, tant il est vrai de dire que la fermeté, la droiture, mélées à la bonté ont toujours su conquérir la

première jeunesse.

C'est donc bien à tort que l’on a dans le public cette impression absolument fausse que l'Ecole de Réforme est comme une sorte de prison où les enfants sont menés militairement, avec rigueur, et l’on devrait sans plus tarder supprimer ce mot de “Réforme” qui sonne mal à l'oreille et prête à une interprétation erronée de l'oeuvre humanitaire, toute de bienveillance, toute de persuasion que vous

poursuivez.

L'Ecole de Réforme, en effet, n’est Pas une prison, mais une école de formation. On y redresse par tous les moyens imagina-

bles l'enfant qui aprisun mauvais pli et qui, laissé à lui-même,

è une famille souvent dépourvue de sens moral, lâche, insouciante, aurait nécessairement contracté des habitudes vicieuses conduisant

aux pires infamies.

Ce qui, selon moi, donnerait à votre Ecole une plus grande excellence encore, M. le Directeur, ce serait un changement de localité et, sur ce point je sais que vous êtes de mon avis D'ailleurs ies circonstances vous y forceront un jour ou l’autre et le plus tôt sera le mieux pour vous. Mon avis serait que vous vous établissiez dans les environs de Montréal, pas trop loin, mais pas trop près de la ville non plus, afin de pouvoir donner à votre institution un caractère à la fois industriel et agricole. Il est admis, et tous les auteurs qui traitent spécialement de la question du relèvement de la jeunesse, sont unanimes à le reconnaitre, que l'influence de la cam- Fagne est sous tous les rapports de beaucoup préférable à celle de la ville pour en arriver aux fins que vous poursuivez.

Vous pourriez continuer dans ce nouvel établissement à enseigner à vos élèves les différents métiers qu’ils apprennent ici, en y ajoutant la culture de la terre. précisément pour les sujets les moins disciplinés qu’une longue et pénible journée dans le champ, dans le grand air, au milieu de la vivifiante et belle nature, aurait pour effet de calmer, de mâter, ce qu'on ne saurait guère demander ct obtenir d'un travail tranquille et sédentaire. Il me semble que ce serait là une innovation d’une extrême importance et dont on serait en droit d'attendre d'excellents résultats. Pour ma part, je me déclare prêt à l’appuyer vigoureusement au cas où vous seriez

disposé à la tenter.

Un autre point sur lequel je voudrais attirer votre attention,

ÀL le Directeur, c'est celui des libérations hâtives. Certains en-

Lee à rome

RUETE Drome à res

fants que j'avais cru, pour des raisons majeures, devoir vots confier jusqu’à l'âge de seize ans, ont réussi à obtenir leur libération avant l’époque fixée, et ce sans consulter le juge qui avait cependant bien pesé et müûri la condamnation. La libération à l’âge de treize, quatorze, et quinze ans ne devrait être accordée que pour des raisons tout à fait exceptionnelles. A cet âge, l'enfant se trouve dans la période critique de sa vie: il s’achemine vers l’adolescence et subit les premiers assauts des passions. Si alors il retombe dans un milieu mauvais, il reprendra aussitôt les tristes habitrides que vous vous efforciez de lui faire perdre et tout votre

travail restera infructueux pour lui.

Permettez-moi, maintenant, M. le Directeur, de vous témoigner ainsi qu'à vos dévoués collaborateurs toute ma sympathie pour l'oeuvre à laquelle vous consacrez Vos nobles et patients efforts. Vous secondez admirablement ma tâche et votre concours m'est

infiniment précieux.

Je tiens à vous donner cet excellent certificat, espérant que la maison-mère des Frères de la Charité de Gand en aura connaissance et qu'elle vous en saura gré de quelque manière. Cette oeuvre canadienne doit lui être particulièrement chère et nul doute qu’elle

sera heureuse de la voir justement appréciée.

Votre dévoué serviteur,

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