BUT ET RESULTATS
L'École de Réforme, on le sait, est une maison de formation; d'éducation, pour l'erfance communément appelée coupable, bien que ce dernier qualificatif ne soit peut-être pas tout à fait le mot Propre. Les Anglais désignent volontiers cette classe d'enfants Par un terme qui, s’il n'est pas plus juste, a l'avantage d’être nius charitabie: “children more sinried against than sinning'”, disent-ils. Son équivalent français pourrait ètre: enfants plutôt lésés que fautifs. En effet, lésés, ils le sont dans bien des cas: soit par des Parents oublieux de leurs devoirs ou déplorablement négligents, soit par des compagnons et des amis plus âgés faisant l'office de mauvais conseillers et de tentateurs. I] semble donc que la distinction de coupable ne devrait pas être appliquée aussi couramment à ces Pauvres petits lésés. Queiques-uns, il est vrai, ont pu avoir leurs défaillances, ont mème pu commettre des actes délictueux; mais parce qu'ils sont enfants, parce qu'ils sont faibles, inconsidérés et faciles à influencer, ne méritent-ils pas d'être pris en pitié, et ne doit-on pas être avec eux plutôt Philinte qu'Alceste? Mais quoiqu'il en soit de cette désignation, il est vrai de dire que l'Ecole de Réforme est une institution où l'on reçoit, pour les instruire, moraliser et éduquer, de jeunes gens et enfants dont l'éducation première a été omise ou insuffisante, ou qui, ayant reçu une certaine éducation, ont subi des influences néfastes, où n'ont pas su résister à ieurs propres penchants mauvais. Cette école a donc pour mis-
sion de suppléer à ce que d'autres ont omis de faire ou n’ont fait
qu'imparfaitement, de réparer ce que d'autres ont vicié, et d’affermir dans le bien des volontés débiles et chancelantes. Mission grande et noble, sans doute, mais difficile. Difficile, parce que les enfants dont il s'agit, étant des petits lésés, des petits blessés, des petits malades, demandent à être guéris, et parce que guérir
est plus difficile que prévenir.
Mais passons, et voyons comment l'Ecole de Réforme de Montréal réussit dans cette mission et quels sont les résultats qu’elle
obtient dans ce sens. Le déterminer au juste n’est pas chose aisée.
Il faut que dans l'intérêt de ceux à qui elle a ouvert la voie à un retour honorable au bien, l'Ecole de Réforme soit discrète. Il ne faut pas qu'en les désignant elle dise: voilà mes enfants, voilà ceux que j'ai sauvés; ils sont mes obligés. De son côté, le jeune réformé, à sa sortie de l’École et pius.tar!, n’a guère intérêt à faire savoir a cout venant son histoire passée ses causes et ses conséquences; il lui faut taire sa gratitude et laisser ignorer à qui il est redevable de sa conversion. Et voilà comment l’action bienfaisante de cette institution s'exerce vraiment en très grande partie dans -ombre et le silence, et ne trouve aucun écho dans le public. Mais advienne le cas où un ex-pupille devient récidiviste par une rechute, si légère soit-elle, on a vite fait de le livrer à la publicité et d’en faire rejaillir l'odieux sur l'Ecole. Cependant malgré l'impossibilité où se trouvent les directeurs pour démontrer, avec noms et chiffres à l'appui, le bon rendement exact de leur oeuvre, des investigations assez sérieuses et probantes, faites pendant les sept ou huit années passées, leur permettent de conclure que les 90% environ
des ex-élèves se conduisent bien et sont devenus des sujets utiles
à la société, des ouvriers intelligents et laborieux, de bons pères
NT
de famille. Bon nombre d’entre eux poursuivent avec succès les métiers appris à l'Ecole. D'autres s'engagent, en attendant mieux, comme simples journaliers ; plusieurs sont plus heureux et réussissent à se placer dans des maisons de commerce et donnent pleine Satisfaction à Jurs patrons. N'est-il pas permis de se demander quel eût été l* sort et l'apanage de ces jeunes gens, s'ils
n'avaient pas été soumis à l'influence de cette institution? Or tout le monde conviendra que ramener dans la voie du devoir et de l'honneur 90 sur 100 jeunes existences parties à la dérive et menacées de naufrage, est un résultat assez consolant et digne d'être
apprécié.
Et que l’on veuille bien remarquer que cette conclusion par rapport au bon rendement de l'Ecole, ne ressort pas seulement des investigations et recherches faites par les directerrs. Monsieur le Juge F.-X. Choquet, le si distingué président de la Cour des jeunes délinquants, à qui ses fonctions et ses études donnent en cette matière une compétence spéciale, la corrobore entièrement. Le témoignage de l’éminent Magistrat fait assurément autorité et
devient un précieux appoint à la direction de l'Ecole.
Un autre témoignage non moins important et :avorable que le précédent, est celui de M. le docteur A.-L. De Martigny, inspecteur des asi'es, écoles de réforme, etc., etc., de la province de Québec, depuis environ 35 ans. Selon Monsieur l’Inspecteur, le pourcentage de bon rendement de l'Ecole de Réforme de Montréal s’élèverait jusqu'à 92. C'est, dit M. l'Inspecteur, la conclusion à laquelle on arriva, à la suite d’une enquête sérieuse faite à ce sujet,
il y a quelques années par M. Walton Smith.
La plupart des anciens élèves gardent un bon et reconnaissant Souvenir de leur passage à l'Ecole. 11 n'est Pas rare de voir, les dimanches et jours de fête, des groupes d'anciens visiter l’établissement, s'entretenir familièrement avec leurs maitres de jadis, leur confier leurs succès ou leurs ennuis, et solliciter d'eux encouragement et conseils. De cette manière, l'action des maîtres continue de s'exercer sur un Certain nombre des ex-élèves et les oriente même apr? leur sortie.
Par ce qui précède, on Peut, semble-t-il, e for:ner une appréciation assez légitime sur l'efficacité du rôle que remplit cette institution et sur son utilité à la société, Ne juge-t-on pas d’un arbre par la qualité et la quantité de ses fruits? Et il est permis de croire que les bons fruits de l'Ecole de Réforme seraient plus nombreux encore, si seulement on voulait les y laisser tous Parvenir à leur complète maturité. Mais tel n'est pas toujours le cas. Il arrive parfois que des parents, probablement bien intentionnés, mais guidés par une fausse tendresse et trop empressés de voir leurs enfants réintégrer le foyer, pz ’lennent, à force d'instances et d’expédients, à les retirer de l'Ecole prématurément, quelquefois après un séjour de cinq ou six ricis. De là, des défections qui ne se produiraient peut-être pas si ces enfants étaient restés plus longtemps sous l'influence salutaire de l'Ecole, au moins jusqu'à ce que leur conduite eût donné des garanties valables d'amendement. On semble oublier que l'éducation de ces enfants est une oeuvre de Patience et exige le concours du temps. C'est M. René Bazin qui dit quelque part : “Ja formation du jeune homme est le plus grand chef-d'oeuvre qui soit.” Or un chef-d'oeuvre ne se fait généralement pas à la hâte: l’artiste y met infiniment de soin et beaucoup de temps. Il en est du Progrès moral et intellectuel de l'enfant, comme de son développement physique: il ne se Produit que par degrés et comme insensiblement, et le temps y est un facteur de grande importance.
ASSV'I9 NA SHAWIA SANNAÎ