DIX-SEPTIÈME HOMÉLIE
L'Annonciation de la Vierg^e Marie (1).
Luc, I, vers. 26-38 (2).
Audite domus David : dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce Virgo concipiet et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel. (Isa. VII, 13-14.)
Le Fils unique du Très-Haut est venu sur la terre sous les apparences de la misère, de la faiblesse et de l'humilité ; mais, du sein de cette humilité , de
(1) Ce grand mystère, qui est le principe du salut du monde et qui a changé la face de la terre, arriva l'an 3950 depuis la création du monde ; 2293 après le déluge ; 751 de la fondation de Rome ; 42 du règne de César Auguste ; le sixième mois de la conception de saint Jean-Baptiste ; à Nazareth, petite ville de la Galilée, située non loin du mont Thabor, dans l'humble maison où la sainte Vierge vivait avec son chaste époux Joseph, et que l'apôtre saint Jacques convertit en église l'an 42 de Notre-Seigneur. Cette maison fut, dans la suite, transportée par les anges, d'abord en Dalmatie, puis à Lorette en Italie, où elle reçoit encore aujourd'hui les hommages du monde entier.
(2) On lit cet évangile à la messe du jour de Y Annonciation :de Y Attente de l'enfantement, 18 décembre; de la Pureté de Marie, troisième dimanche d'octobre ; du mercredi des Quatre-Temps de l'Avent et à la fête de l'archange Gabriel. La présente homélie est comme un commentaire du même évangile.
— G4 — cette faiblesse et de cette misère, qui montrent son humanité, il a fait admirablement jaillir, dit le docteur saint Maxime, la majesté, la gloire et la grandeur, qui manifestent sa divinité (I).
Or, l'histoire même de rincarnation présente, comme en abrégé lumineux, ce surprenant contraste et ce double caractère de sa personne adorable. Eu effet, le st}le eu est simple, les paroles en sont vulgaires ; mais, toute dépouillée qu'elle est des artifices du langage humain, cette histoire porte en soi les signes les plus évidents de l'inspiration divine ; et, tout en nous annonçant, en termes si ordinaires, le grand mystère, elle prouve invinciblement qu'il est le prodige des prodige qu'Isaïe prédisait à la royale famille de David, quand il disait : «Ecoutez, maison de David, le Seigneur vous donnera un signe : voilà que la Vierge concevra et enfantera un Fils, et il sera appelé Emmanuel (2). »
Chaque point de cet admirable passage est important, chaque parole est une vérité, et chaque circonstance signalée, une nouvelle preuve. Quoiqu'on n'y remarque rien qui serve à l'ornement du discours, tout y est néanmoins si merveilleusement combiné, que tout y contribue à montrer l'accomplissement de l'oracle ; si bien que la manière môme dont ce mystère est raconté est une preuve éclatante de sa réa-
(1) Unigenitus Altissiiui sic humilitor ingrossus est in mun« dum, ut indubitata divinitatis suœ deferret iudicia {De Epiph.).
(2) Audite domus David : dabit Dominus ipse vobis siguum : Ecce Virgo coucipiet et pariet filium : et vocabitur uomeu ejus Emmanuel.
lité ; et T historien qui le décrit semble aussi grand que Dieu qui l'a opéré. Et il doit en être ainsi, puisque l'Esprit qui a accompli ce prodige a inspiré lui-même la narration à saint Luc. D'ailleurs, l'Esprit de Dieu seul pouvait présenter les mystères divins d'une manière telle, que la simple exposition en fût en même temps la preuve et l'apologie.
Puisque je dois, mes frères, dans ce jour où l'Église en célèbre la douce mémoire, vous entretenir de ce fait immense, sans m'arrêter à aucune autre idée, je me contenterai de commenter cette histoire divine : elle seule sufl&t pour nous faire comprendre la vérité d'un mystère qui est le fondement de nos espérances, et pour nous inspirer les sentiments d'une foi humble, d'une confiance solide et de la reconnaissance pleine d'amour qu'il demande.